Comment rendre l’Ecole inclusive. Boîte à outils Actes du Colloque

Comment rendre l’Ecole inclusive. Boîte à outils Actes du Colloque

Après avoir posé la question, en mars 2022, « Comment les Pôles territoriaux peuvent-ils aider les écoles à devenir plus inclusives », la Ligue des Droits de l’Enfant a proposé en novembre 2022 un colloque « boite à outil » pour compléter l’année civile sur une note complète.

Si l’idée de départ était d’inviter les participants de s’essayer à un des outils proposés pendant 4 mois, puis à se retrouver en avril 2023 pour faire un bilan de cet essai et échanger entre eux leurs expériences afin de s’enrichir mutuellement, nous avons dû changer notre fusil d’épaule. A ce dernier colloque, les profs n’étaient pas majoritaires. Ils représentaient 22 % des 230 participants, soit autant que les Pôles territoriaux et les CPMS réunis, suivis par les Pouvoirs organisateurs (18%), le monde associatif (17%), les étudiants et formateurs d’étudiants (15%), le reste se composant de familles (6%). Tout cela, sans compter les militants de la Ligue qui se partagent entre enseignants, associatif et familles, qui coordonnaient entièrement et/ou intervenaient dans le colloque.

Dès lors, nous avons fait le choix de proposer aux participants de nous donner leur avis sur ce qu’ils ont besoin comme outils, informations, formations pour aller vers plus d’inclusion, afin d’élaborer le colloque d’avril 2023. A l’heure d’éditer cette analyse de ce colloque, toutes les réponses ne nous sont pas encore parvenues. Rendez-vous en février prochain.

1.    Introduction

A une semaine de présenter notre « Mémorandum pour une Ecole inclusive » à la presse, il était fondamental de rappeler en introduction ce que doit être une Ecole inclusive. Le Pacte pour un enseignement d’excellence réduisant l’inclusion à une forme minimale d’intégration, il était essentiel de commencer par rappeler la définition de l’UNESCO (1996), l’école inclusive est « L’école pour Tous et pour Chacun ». Nous avons, à notre tous, précisé cette définition en précisant que « L’École inclusive concerne tous les élèves avec leurs diversités, qu’elles soient intellectuelles, physiques, culturelles, sociales, de genre, de langue, d’orientation sexuelle, … tout au long de leur scolarité et non uniquement les élèves en situation de handicap, qualifiés actuellement « à besoins spécifiques ».

Il faut comprendre que l’inclusion est, avant tout, un changement de paradigme, un processus et non un état. Et ce processus se co-construit au sein de communautés scolaires, en lien avec la société tout entière. L’inclusion suppose de faire des changements pas à pas, à la fois dans l’organisation de l’école, dans les rapports entre les divers acteurs de la communauté scolaire, et dans la pédagogie déployée (principes de la pédagogie universelle). L’Ecole inclusive identifie et supprime les barrières, afin de se préoccuper des élèves à risque, ceux qui sont marginalisés ou exclus ou en décrochage (et pas seulement des élèves dits en situation de handicap). L’Ecole inclusive, nécessite d’avoir une vision systémique.

Une Ecole inclusive peut être comparée à une lasagne, une succession de couches pédagogiques. Pour faire une lasagne, on commence par le contenant, le plat. Dans une école inclusive, ce contenant, c’est le Postulat d’éducabilité.

Ensuite, au sein de ce Postulat, s’ajoutent les couches pédagogiques : pédagogie active et inclusive, pédagogie institutionnelle, aménagements universels et travail collaboratif.

Pour clarifier tout cela, nous avons donné la parole à différents intervenants. A commencer par celles et ceux qui sont concernés, ou auraient dû l’être mais n’ont pas eu cette chance : les membres du Mouvement Personnes d’abord, représentatif des personnes avec une déficience intellectuelle et l’ASBL Inclusion qui représentait les parents.


[1] https://www.liguedroitsenfant.be/2813/en-marche-vers-une-ecole-inclusive-le-principe-deducabilite/

Queer Mais Trash : séance scolaire d’une projection de films LGBTQIA+ (Analyse)

Queer Mais Trash : séance scolaire d’une projection de films LGBTQIA+ (Analyse)

PROBLÉMATIQUES

  • Comment organiser un événement culturel LGBTQIA+[1] dans une école secondaire ?

Cas analysé :

Séances scolaires de « Queer[2] Mais Trash”, projection de courts métrages LGBTQIA+ par le Festival Courts Mais Trash.

Public visé par l’analyse :

  • Des directions d’école
  • Des professeur.es en :
  • art, français
  • Religions, morale, philosophie et citoyenneté
  • sciences, sciences sociales

Personnes interviewées :

  • François Marache, directeur et programmateur du festival
  • Gwen De Wolf de l’Institut Sainte-Marie à Saint-Gilles
  • Renaud Lourtie du Collège Saint-Hubert à Boitsfort

INTRODUCTION

Cette analyse vise à expliquer comment s’est déroulée l’organisation d’un événement pour une école inclusive par le festival « Courts Mais Trash”, dirigé par François Marache (directeur et programmateur du festival).

Nous allons voir comment un festival « qui ose” a décidé d’aborder le public scolaire en même temps que l’univers cinématographique LGBTQIA+, féministe et intersectionnel[3]. La manière dont le festival a fait ses démarches auprès des écoles et la manière dont elles ont réagi, tant à l’invitation qu’à la projection des films.

Cette analyse permettra aussi de mettre en évidence ce qui a bien fonctionné et ce qui devrait être amélioré. Ceci afin d’informer les personnes désirant organiser des événements dans les écoles ainsi que les écoles elles-mêmes, face à leurs craintes et leurs questionnements.

PRÉSENTATION DU FESTIVAL COURTS MAIS TRASH

Format et lieux

Le festival Courts Mais Trash est un événement de 3, 4 ou 5 jours, selon les années, qui existe depuis janvier 2013. Courts Mais Trash existait auparavant sous forme de séances de projections de courts métrages en soirée.

Alors que le format séance unique existe encore par sa participation à des événements culturels ou festivaliers (carte blanche au BIFFF ou à Anima à Bruxelles, séances de projections à Liège, Mons, Lille, Paris…), son directeur et programmateur François Marache s’est lancé dans une formule Festival en janvier 2013. Au fil du temps, des séances thématiques sont apparues en festival ou hors festival. Cela a été le cas pour les spéciales Female Trouble et Queer Mais Trash, et également pour les séances scolaires. Tout comme ses soirées événements avant 2013, le festival est organisé avec le soutien du Centre culturel de la Ville de Bruxelles, Les Riches-Claires où la majorité des événements Courts Mais Trash ont lieu.

Nom et concept

Son nom provient de la prononciation « Courts métrages” avec l’accent belge. Alors que le « Courts” est assez rapidement intégré par le public et la presse, le terme « Trash” doit souvent être (ré)expliqué et décliné avec des synonymes choisis (décalé, subversif, politique, cheap[4]). Le nom Courts Mais Trash est adjoint du titre “Brussels Indépendant Short Film Festival”, permettant d’une part à l’identité du festival d’être comprise, d’autre part d’avoir un qualificatif pouvant traverser les frontières de la francophonie et de la Belgique.

Tout comme les anglicismes « cheap”, “fun” ou “cool”, le terme « trash”, s’il peut d’abord évoquer une certaine crainte pouvant prêter à la confusion, permet d’inclure des concepts créatifs multiples liés tant à des valeurs artistiques et culturelles propres au genre cinématographique, qu’à des valeurs politiques et sociétales.

La diversité du programme du festival lui permet de montrer des courts métrages qui ne se distinguent pas seulement par leur genre habituellement évoqué (drame, comédie, documentaire etc) mais aussi par leur format de longueur, leur technique et surtout leur contenu. Nous y reviendrons au point suivant.

Films

Le directeur du Festival en est aussi le programmateur. Ce qui signifie qu’il compose une séance et un ensemble de séances qui contiennent plusieurs films courts. Ces films sont choisis de deux manières différentes : soit il les trouve lors d’autres projections en Belgique ou à l’étranger, soit il les reçoit de la part des réalisatrices et réalisateurs principalement via la plateforme d’appel à films FilmFreeway.

Les films sont extrêmement divers artistiquement :

  • Longueur : de quelques secondes à plusieurs quarts d’heure, frôlant parfois avec le moyen métrage.
  • Formes : fiction, documentaire, œuvre visuelle, performance filmée, art vidéo…
  • Techniques : vidéo, animation, film-footage[5], techniques mixtes. Sujets évoqués :

Les sujets sont divers, mais dans le cas qui nous intéresse ici, il est à remarquer que, en parallèle avec les valeurs artistiques que contiennent chaque film, les sujets politiques et sociétaux sont très souvent mis en valeur, ce qui justifie leur place dans un festival cinématographique engagé et inclusif.

Des sujets critiques tels que la fragilité de la démocratie, la mondialisation, le néo-capitalisme, le néo-colonialisme sont mis en avant politiquement. Tandis que les problématiques des discriminations, de la santé, de la drogue, de l’environnement ou de la sur-consommation sont évoquées dans une dimension sociétale.

Inclusivité

Courts Mais Trash est un festival engagé. Comme décrit ci-dessus, c’est un festival culturel qui s’adresse à un public majoritairement progressiste et défenseur des droits humains. Dès les débuts, le directeur du festival, a tenu à inclure dans ses projections des films féministes et issus de la culture queer, parmi d’autres films abordant d’autres problématiques sociétales. Depuis plusieurs années, une séance inclusive qui traite de thématiques féminines a été créée : la Female Trouble[6] (en référence au titre du film éponyme de John Waters de 1974).

Si cette séance existe toujours, le festival a également voulu introduire la parité dans sa sélection de films, en offrant à autant de réalisatrices que de réalisateurs l’opportunité d’avoir son film projeté au festival.

Courts Mais Trash a aussi créé des séances LGBTQIA+ nommées « Queer Mais Trash” qui, suite à leur succès, sont devenues festival à part entière en octobre 2022.

Soutiens

Courts Mais Trash reçoit le soutien de l’échevinat de la Culture et de la Cellule Egalité des Chances de la Ville de Bruxelles, du ministère de l’égalité des chances de la Région Bruxelles-Capitale (equal.brussels), de la COCOF, de la Sabam, de la Loterie Nationale et de la Délégation générale du Québec à Bruxelles.

Cependant, le festival est indépendant financièrement puisqu’une grande partie de ses recettes provient de la vente des tickets que le public paie pour assister aux projections de films. Les festival a également des sponsors plus ou moins réguliers qui l’aident à mettre en valeur certains de ses événements (séance gratuite, drink d’ouverture, remise des prix…)

Pédagogie

En mars 2022, Courts Mais Trash a invité les écoles à participer à une séance scolaire. 2 séances ont eu lieu avec 2 écoles différentes.

En octobre 2022, en parallèle avec le festival Queer Mais Trash, 2 séances scolaires LGBTQIA+ ont eu lieu. Ce sont ces événements récents qui nous intéressent pour cette analyse.

PROJET PÉDAGOGIQUE

Suite à la manifestation de plusieurs personnes enseignant en écoles secondaires et présentes dans le public du festival, Courts Mais Trash s’est ouvert aux écoles début 2022. Dans son invitation aux écoles, le festival valorise l’activité culturelle liée à la forme artistique du court métrage et l’ouverture sur le monde tels que nous le connaissons actuellement. De plus, comme il s’adresse à un public adolescent, il veut, par son côté indépendant, montrer que tout jeune peut utiliser ses moyens de prises de vues pour mettre en forme une histoire sans pour autant avoir une maîtrise technique et artistique du médium vidéo.

En 2022, le festival a organisé une série de séances dans le cadre de la Belgian Pride. Son directeur François Marache déclare avoir voulu organiser une séance mixte pour public mixte. Comme l’expérience scolaire s’était bien passée, l’idée de créer une séance LGBTQIA+ destinée au public scolaire s’est affirmée.

L’organisation d’une séance scolaire

Une séance contient, comme pour les séances adultes, environ 5 films de longueur différente. Chaque film permet de montrer un aspect technique et un aspect artistique. Par exemple, un dessin animé de fiction de 3 minutes peut se succéder à un documentaire filmé de 14 minutes. Aussi, comme dit plus haut, outre le format des films, leurs sujets évoqués sont également variés, voire complémentaires, surtout lors de la projection Queer Mais Trash.

La programmation scolaire ne présente pas de films différents de ceux montrés au festival. Il s’agit d’une sélection parmi ces films, correspondant au public adolescent visé.

Alors que François Marche est présent aux séances en tant que directeur, Mathieu Molitor gère le contact et l’organisation avec les écoles et Philippe Fontaine assemble techniquement les 5 films pour les préparer à la projection.

Enfin, Isabelle Mbuyamba[7] assure la présentation et l’animation auprès des écoles. Elle tient le rôle le plus important lors des séances scolaires.

Rôle du court métrage dans un événement culturel scolaire

La diffusion du court métrage offre une possibilité pédagogique spécifique : celle de montrer plusieurs genres et sujets cinématographiques aux jeunes, en une seule séance. Ces jeunes apprécieront sans doute ces courts métrages de manière différente pour de multiples raisons, ce qui pourra alimenter le débat qui suit la projection : quand un court sera plébiscité ou pris en exemple par une personne, ce sera un autre film qui le sera quand une autre personne s’exprimera.

Public cible

Dans son invitation aux écoles, Court Mais Trash s’est adressé aux classes du 3e degré tous réseaux et toutes filières confondues, dans des écoles organisant des options artistiques. Il n’y avait pas de profs ou de cours spécifiquement visés.

Domaine LGBTQIA+

Lors de la séance scolaire de Courts Mais Trash en mars 2022, la question du genre et sexisme avait été abordée, au même titre que l’orientation sexuelle et l’homophobie.

En octobre 2022, pour la séance scolaire Queer Mais Trash, ce ne sont que des thèmes liés aux questions des genres et des sexualités qui sont abordées.

Choix des films

En plus de la qualité elle-même des films, le choix s’est fondé sur les différentes thématiques de genres et LGBTQIA+. Le directeur a privilégié des films avec des protagonistes souvent jeunes afin que les élèves du public puissent s’identifier.

Le format des films est varié dans le but de susciter l’intérêt des jeunes si l’un des sujets ne les attire pas.

Les films à caractère explicite, alors qu’ils apparaissent lors du festival, ne sont pas montrés aux séances scolaires.

Le i de LGBTQIA+ : un seul film sur la thématique des intersexuations[8] a été montré en festival mais, celui-ci n’étant pas adapté à un public jeune, il n’a pas été diffusé lors de la séance scolaire. Cela montre que ce sujet n’est pas encore beaucoup abordé au cinéma.

LES ENJEUX

Le contact entre le festival et les personnes des écoles

Directions et corps enseignant

Le festival a envoyé des invitations par e-mail aux écoles d’art de la Région bruxelloise. Dans les écoles présentes, ce sont les profs qui ont répondu à l’appel du festival et qui ont eu l’accord de leur direction.

Elèves et parents

Pas de communication directe envers le public scolaire. Il n’y a pas eu de cas où ce sont des élèves ou parents qui ont proposé l’activité à leur classe ou aux professeurs.

Écoles participantes

Le Collège Saint-Hubert à Boitsfort a répondu positivement et a participé. Un professeur avec une classe d’élèves en général de transition artistique ont participé. Le prof aborde beaucoup l’art du cinéma dans ses cours et a vu dans cette séance une bonne opportunité pédagogique. Il y est allé avec l’accord de sa direction, sans lui préciser la thématique LGBTQIA+ de la séance qui lui semblait secondaire pour justifier la participation de sa classe.

L’Institut Sainte-Marie à Saint-Gilles a aussi répondu présent, entre autres parce que la professeure connaît déjà bien le festival. La direction a appuyé la participation des élèves à la séance LGBTQIA+. Tant le médium vidéo que les thématiques LGBTQIA+ sont connus par les élèves de cette école.

3 écoles ont répondu positivement mais ont annulé leur participation aux projections :

  • l’une pour des raisons techniques liée à la salle réservée et au nombre d’élèves participants qui a été trop fluctuant pour une bonne organisation par le festival.
  • une autre, qui venait de Wallonie, qui a subi une grève des trains.
  • une dernière, dont la direction a jugé peu appropriée la thématique LGBTQIA+ pour ses élèves.

Animation

Les séances Queer Mais Trash ont été présentées par une animatrice dont le rôle a été de valoriser pédagogiquement la projection des films tant auprès des élèves que des adultes qui les ont accompagnés.

Après l’introduction à la séance et après la projection, l’animatrice a ouvert la discussion et la création d’un débat autour de toutes les problématiques abordées durant la diffusion des courts métrages.

L’animatrice a été appréciée pour son travail, tant par les profs que par le directeur du festival : neutre, dans la retenue, avec un ton très posé, impliquant les élèves et profs dans les discussions (elle s’est efforcée à retenir tous les prénoms des personnes intervenantes), elle a écouté avec un esprit ouvert les réactions du public.

Réactions

Les élèves ont pu assister à 5 courts métrages et, selon leurs profs, leur réaction a été mesurée lors de leur visionnage. Leur réaction après la projection a été sobre et naturelle mais pas du tout bridée. Les élèves étaient en phase avec les thématiques abordées et il y a eu peu de débat. Seules des questions de goûts ont différencié leur avis à propos des films. Environ une moitié d’élèves a participé activement aux discussions pendant que les autres écoutaient.

Les élèves ont pu voter pour leur film favori une fois de retour en classe. Les professeurs ont envoyé les résultats aux organisateurs.

Apport pour les écoles

La projection de courts métrages a permis aux élèves de participer à une activité culturelle qui peut susciter l’envie de créer des films, tant chez les élèves que chez les profs avec leur classe.

La thématique LGBTQIA+ de la séance Queer Mais Trash permet d’éveiller chez les élèves et leurs profs les problématiques qui y sont liées. Selon le directeur du festival, certains thèmes peuvent effrayer élèves et adultes, autant que les parents et directions. Aborder les thématiques LGBTQIA+ via un tel support artistique peut apporter une solution. Vivre cette projection peut leur permettre de ne plus avoir peur, et ensuite de discuter et dialoguer.

Le festival n’a pas fourni aux écoles de dossier pédagogique permettant de poursuivre les sujets abordés lors des cours en classe. Les profs ayant assisté à la projection admettent avoir des difficultés à revenir en classe avec ces sujets-là. Selon le directeur, l’objectif de la séance est avant tout artistique. Mais il est d’accord qu’un accompagnement pédagogique lié aux thématiques de la séance serait une bonne chose à mettre en place, au moins en redirigeant les profs vers les associations de terrain.

Apport pour le festival

Le festival a été positivement étonné des réactions des élèves, qui ont selon son directeur apporté beaucoup à la séance par leur curiosité et leur tolérance. Les élèves des 2 écoles participantes semblaient avoir déjà intégré les notions de genres et être au fait des thèmes LGBTQIA+. La curiosité des profs a également été appréciée.

Selon son directeur, l’organisation d’une séance scolaire permet au festival d’entrer en contact avec un public jeune et donc d’observer les attentes et habitudes audiovisuelles d’un tel public. Les festival existe depuis de nombreuses années et rencontrer un public plus jeune permet au festival de comprendre son futur public. L’équipe du festival a beaucoup à apprendre de la jeune génération.

CONCLUSIONS

Dans cette analyse, nous observons comment un festival peut argumenter sa volonté de s’adresser aux jeunes. On peut aussi imaginer ses difficultés à rencontrer les écoles, pour des raisons liées à sa programmation bien spécifique.

Courts Mais Trash n’est pas un événement ni une association LGBTQIA+. Mais l’on peut voir qu’au fil des temps, s’il se déclare “Trash”, c’est qu’il veut être progressiste et engagé tant artistiquement et culturellement que politiquement. C’est donc tout naturellement que le festival est devenu inclusif : parité des réas en sélection, toilettes non genrées sur le lieu du festival, séances Femal Trouble, séances Queer Mais Trashe et enfin, séances s’adressant spécifiquement aux jeunes.

Les projections scolaires du festival sont nées de la rencontre avec des profs parmi son public et non d’une demande des écoles ou d’une instance socio-culturelle. Mais il s’avère que leur organisation est une réussite, surtout au moment-même de la projection et des débats qui s’ensuivent.

Le festival aimerait pouvoir toucher une plus grande diversité d’écoles participantes et surtout avoir moins d’hésitation de leur part quant aux sujets abordés.

Courts Mais Trash est avant tout un événement culturel et artistique et son objectif est l’ouverture des jeunes au cinéma indépendant. En revanche, le festival pourrait à l’avenir proposer des solutions aux écoles en collaborant avec les associations LGBTQIA+ de terrain déjà existantes à Bruxelles et en Wallonie. C’est d’ailleurs ce qu’il a déjà fait avec l’association Ex Aequo lors d’une projection autour du Chemsex[9], un soir de son festival Queer Mais Trash en octobre 2022.

Enfin, il faut noter que les 2 écoles participantes ont répondu positivement à l’invitation car elles avaient la confiance de leur direction. Aussi, il est apparu que les élèves de ces écoles avaient déjà le privilège d’évoluer dans un environnement favorable à l’éducation aux diversités de genres et d’orientations sexuelles. Reste au festival de parvenir à toucher des publics moins à l’aise face à ces problématiques.

Si les futures séances scolaires Queer Mais Trash semblent incertaines selon son directeur (car elles sont en dehors des dates du festival annuel et donc plus difficile à organiser logistiquement) la dimension pédagogique des séances scolaires a un réel intérêt pour enseigner l’inclusion au travers d’exemples mis en scène dans des films que les élèves déclarent adorer.


[1] Nommé LGBT (lesbiennes-gay-bi-trans) il y a quelques années, cet acronyme a évolué au fil des ans pour y inclure les personnes ne se reconnaissant pas dans ces 4 lettres. Le Q inclut les personnes se déclarant Queer et le I inclut les personnes intersexuées. Le A inclut lui les personnes asexuelles https://www.asexualite.org/

D’autres pays ou cultures ajoutent à ce terme d’autres lettres évoquant des personnes en questionnement, alliées, autres… qui sont généralement incluses dans le + qui conclut cet acronyme. Quand on parle de discriminations contre ces personnes évoquées, on parle de LGBTQI-phobies.

[2] Signifiant « étrange” en Anglais, Queer est un adjectif péjoratif récupéré par la communauté LGBTQIA+ pour désigner les personnes qui ne s’identifient à aucune catégorie relative à leur orientation sexuelle et à leur identité de genre. Selon l’office québecois de la langue française, une personne queer privilégie une vision globale de l’individu plutôt qu’une vision axée sur son identité de genre ou son orientation sexuelle, qu’elle considère souvent comme fluides. https://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id Fiche=8353764

[3] D’après Kamala Marius en 2016, l’intersectionnalité (Crenshaw, 2005) est une démarche des sciences sociales visant à intégrer dans l’étude des pratiques spatiales la prise en compte des mécanismes de domination divers, liés au sexe, au genre, à la caste, à la race, à la communauté, aux générations. Cette réflexion sur l’intersectionnalité des catégories a très largement nourri le champ des postcolonial studies, des diaspora studies, des queer studies. Ce type de démarche permet également d’expliciter l’empilement (ou l’intersection) des dominations, dans la mesure où les individus et les groupes peuvent appartenir à plusieurs catégories discriminées. http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/intersectionnalite

[4] Cheap : anglicisme signifiant à l’origine “pas cher”, “de qualité médiocre”, ce mot a été récupéré par la langue française, surtout dans les cultures alternatives, pour signifier une œuvre ou un objet qui intéresse par son côté peu cher, mais surtout par son côté créatif réalisé avec peu de moyens.

[5] Film-footage : film collage composé d’une succession d’images, de photos ou se séquences filmées de provenance diverses : films amateurs, journalistiques, extraits d’œuvres cinématographiques. La réalisation d’un film footage est alors un travail de montage, même s’il peut inclure des séquences filmées spécialement pour le film. Exemples : L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot (Serge Bromberg & Ruxandra Medrea, 2009) ou l’ensemble des films composant Le Grand Détournement (Michel Hazanavicius & Dominique Mézerette, 1992-1993)

[6] https://www.rtbf.be/article/female-trouble-de-iohn-waters-a-la-cinematek-10133586

[7] Isabelle Mbuyamba est journaliste culturelle et vidéaste fondatrice du Ciné-Club d’Isabelle https://www.mediarte.be/fr/talent/isabelle-mbuyamba

[8] Les personnes intersexuées sont celles dont les caractéristiques physiques ou biologiques, telles que l’anatomie sexuelle, les organes génitaux, le fonctionnement hormonal ou le modèle chromosomique, ne correspondent pas aux définitions classiques de la masculinité et de la féminité. Ces caractéristiques peuvent se manifester à la naissance ou plus tard dans la vie, souvent à la puberté. – Glossaire ONU

Nous définissons l’intersexuation selon deux définitions non contradictoires et non nécessairement cumulatives :

1.            Les personnes intersexes sont nées avec des caractères sexuels (génitaux, hormonaux, gonadiques ou chromosomiques) qui ne correspondent pas aux définitions binaires types des corps masculins ou féminins. Le terme intersexe s’emploie hpour décrire une large gamme de variations naturelles du corps, qui se développent à tout moment de la vie.

2.            Les personnes intersexes sont des personnes ayant subi une invalidation médicale de leurs corps sexués. – Charte du CIA-OII France

[9] Le Chemsex est un terme issu de la fusion des mots anglophones « Chemicals » (produits chimiques) et « Sex », et désignant la consommation de substances psychoactives en contexte de sexualité. https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/rapport chemsex abenyamina.pdf

Comment faire sauter les verrous qui empêchent les écoles à devenir plus inclusives

Comment faire sauter les verrous qui empêchent les écoles à devenir plus inclusives

Ce 29 avril 2022, 130 personnes se sont réunies en ateliers avec un objectif : inventer des pistes pour faire sauter les verrous qui empêchent les/des écoles à devenir plus inclusives ?

Le public était composé de professionnels de l’Ecole : Pôles territoriaux, directions, enseignants, futurs enseignants, membres des CPMS, de même que des professionnels associatifs (accompagnants d’enfants en situation de handicap, associations représentatives, …), et des familles d’enfants à besoins spécifiques.

La liste des freins avait été préalablement dressée par l’équipe éducative de l’école Decroly. Ces freins ont été répartis entre les ateliers, de manière à ce que chaque participant puisse réfléchir tant à des freins humains, qu’à des freins temporels ou spatiaux.

Cela a été extrêmement riche. Et, si tous les freins n’ont pas trouvé de réponse toute faite, d’autres freins sont apparus et des pistes sont émergées et ne demandent plus qu’à être essayées.

Atelier 1

Freins humains :  compétences professionnelles >< relationnel

  • Peur de ne pas respecter le bien-être de l’enfant, de ne pas pouvoir assurer la sécurité de l’enfant et des autres.
  • Crainte d’une surcharge de travail (conséquence des peurs).

Freins temporels :

  • Manque de temps pour les échanges avec les collègues et les personnes intervenantes.

Freins spatiaux :

  • Agencement des classes (taille, aménagement en tant que tel, mobilier).

Retour de l’atelier

Sur les freins humains, les participants ont insisté sur ces trois mots : besoins, proposer et responsabiliser.

A partir des besoins, on peut aborder les pictogrammes, choisir entre les différents actes de communication, voire la communication alternative « Sésame ».

A aussi été abordée la question du nombre d’élèves qui doit être réduit, la disposition « Arc de cercle » pour faciliter la communication et la connexion verbale, para verbale, non-verbale.

Co- enseignement = 1 enseignant + 1 personne ressource (expert, parent, stagiaires, …) à préparer, co-construction, accompagnement, encadrement.

Cellule d’appui interdisciplinaire permanente au sein de l’école : Parent, Elève, Enseignement.

Réduire la surcharge de travail en optant pour la Mutualisation des outils et bonnes pratiques – Ouverture.

Collaboration avec les Hautes Ecoles, les Organismes régionaux et fédéraux, le milieu associatif ….

Le climat : gestion des émotions, créer un espace paroles, les milieux associatifs, BALE (Bienveillance à l’école).

Le recours au numérique encadré et réfléchi.

Sur les freins temporels, ils ont relevé :

Des classes ouvertes ;

Une table ronde :  Mettre à profit les 1560’= 26 h pour le fondamental ;

Mettre en place des routines, institutionnaliser ces routines, les placer dans l’organigramme ;

Profiter des conseils de classe ;

Anticiper 1 agenda de collaboration ;

Concertation avec une personne référente par secteur (ATL (Accueil Temps Libre), …) ;

Concertation avec tous les acteurs de l’école.

Enfin, concernant les freins spatiaux, il a été relevé :

Taille des classes ;

Ouvrir l’espace aux élèves : Organiser les coins dans une classe de fonction à ne pas avoir top de coins inutiles ;

Laisser le choix aux enfants de s’approprier l’espace-classe, les responsabiliser ;

Le SAS de « décompression » ;

Mobilier modulable, flexible et travailler sur le volume (mezzanine, par exemple) ;

Raccordement pour le numérique et l’électronique adapté et conforme ;

Classe flexible.

Atelier 2

Freins humains :  compétences professionnelles >< relationnel

  • Crainte du regard porté par les enfants sur ces enfants en particulier (stigmatisation, crainte des enfants à Besoins Spécifiques) – crainte du handicap par les enseignants et les parents
  • Pression des parents qui craignent un « nivellement par le bas », de remarques diverses sur la gestion de la classe.

Freins institutionnels « Ecole » (au sens large) :

  • Complexité administrative (documents à remplir…. Dans le cadre des Pôles ???).

Freins spatiaux :

  • Agencement des classes (taille, aménagement en tant que tel, mobilier).

Retour de l’atelier

Inclure les enfants à Besoins Spécifiques dès le plus jeune âge, afin d’habituer tout le monde à vivre avec des personnes différentes. Inclure dans l’école des personnes handicapées adultes. Cela ouvre le regard et la bienveillance et démystifie le handicap. 

La sensibilisation est fondamentale. Associer différentes associations et différents publics, afin de s’ouvrir à toutes les différences

Voir l’association impro-jeu, jeu de l’improvisation pour mieux échanger et milieux se connaitre. Faire différents types d’animations dans les classes. Par exemple des ateliers pour se mettre dans la peau d’un élève « dys », afin de voir que les aménagements raisonnables ne sont pas un avantage, mais un réel besoin.

Insister auprès des parents qu’il n’y a pas que le pédagogique qu’on apprend à l’école mais il y a des choses plus importantes, comme le social, notamment.

Le projet d’inclusion doit être clairement inscrit dans le projet pédagogique de l’école afin que les familles sachent où elles inscrivent leur enfant.

Sur la complexité administrative, il est difficile de se projeter par rapport à un projet qui n’existe pas encore. Il y a une demande que les documents soient les plus simples possible, de manière à limiter la charge administrative. De même une digitalisation des documents est essentielle, afin que d’une année à l’autre les enseignants puissent avoir accès aux documents de l’élève. De même que les documents soient les mêmes entre les 48 Pôles.

Le DaccE (Dossier d’Accompagnement de l’Elève) devrait permettre de limiter le poids de l’administratif. La question de l’intégration des conseils de classe dans les Pôles Territoriaux est importante, de manière à réduire les documents à traiter et assurer la continuité, au travers de documents communs à tous les Pôles et tous les réseaux.

Concernant l’aménagement des classes, il est important d’informer sur les besoins de tous les enfants. Par exemple, si un enfant est rassuré en restant tout le temps à la même place, il faut l’expliquer avec bienveillance à tout le monde de manière à ne pas le stigmatiser. Suivre l’évolution de l’enfant. En grandissant les besoins changent.

Pour l’aménagement des locaux, penser à la récup’ afin de permettre un meilleur aménagement pour un prix moins cher. Des classes flexibles sont chères à mettre en place.

Atelier 3

Freins humains :  compétences professionnelles >< relationnel

  • Peur de perdre le contrôle (enseignants, inspections, directions, …), angoisse de ne pas être à la hauteur du défi et pas assez soutenus.
  • Pression d’objectifs disproportionnés (en fonction des possibilités de l’enfant).

Freins temporels :

  • Difficultés à partager son temps entre toutes les attentes légitimes.

Freins pédagogiques/communication :

  • Manque de centralisation des informations concernant les enfants (clarté et lisibilité de celles-ci).

Retour de l’atelier :

Dans ce qui a été proposé, imaginé et même rêvé, les participants trouvaient important par rapport à l’arrivée d’un enfant avec un handicap ou avec des besoins spécifiques, l’information du début d’année qui est très importante, de pouvoir rencontrer l’enfant – même en dehors du cadre scolaire – pour apprendre à le connaître. De même il apparaît comme important de rencontrer ses accompagnants, dont les parents, bien avant la rentrée scolaire.

Il est important également que l’enseignant ne reste pas seul. Par exemple, il existe des ASBL qui proposent des tables rondes où les enseignants peuvent se rencontrer, des enseignants de différentes écoles avec des enfants ayant des difficultés différentes, mais l’important est de pouvoir échanger ce que l’on vit tous les jours, pouvoir échanger les outils, partager les difficultés.

Il serait intéressant que la FWB organise une plate-forme où l’on peut échanger ce qui est fait en classe, les outils qui sont utilisés. Cette plate-forme pourrait être commune aux intervenants, aux professeurs, aux parents. La communication pourrait ainsi être facilitée entre les intervenants et plus rapide qu’en temps normal. Cela permettrait la centralisation des informations. 

Intérêt de mettre en place des projets d’écoles qui prévoiraient avant l’arrivée de l’enfant quels sont les intervenants qui vont le suivre durant sa scolarité.

Le PIA devrait comporter des objectifs avec des exigences à court, moyen et long terme permettent de ne pas avoir de pression, ce qui pourrait être moins angoissants pour l’enseignant. Les projets à court terme permettent des résultats visibles qui g-permettent de guider le professeur.

Ce qui permettrait de lever les pressions est pouvoir avoir dans l’école une personne de référence : orthopédagogue, ergothérapeute, quelqu’un qui puisse coordonner entre les intervenants, le professeur et les parents.

L’idée du co-enseignement dans l’idée d’avoir 2 enseignants et un nombre réaliste d’enfants. En imaginant aussi de pouvoir préparer ensemble le travail et de pouvoir aller aider par moments dans la classe parallèle. Cela permet d’avoir le regard extérieur de la collègue qui vient une ou deux heures sur la semaine.

Pouvoir se faire aider par les collègues, avec une mise en commun des outils, de ce qui est mis en place.

L’intérêt d’avoir parfois des stagiaires de troisième année en ergothérapie et orthopédagogie. Cela permettrait d’être en lien avec la nouveauté, de voir ce qui se fait ailleurs, d’avoir des énergies différentes.

Au niveau des formations continuées ou initiale, ainsi que les formations en école, former à évaluer sans points et de former sans devoirs. Les évaluations externes mettent une pression sur les professeurs. Il serait imaginable de mettre en parallèle à ces évolutions, une évaluation de compétences afin que ces enfants puissent passer dans le secondaire général avec les compétences qu’ils ont acquises. Ils ont des compétences, ils savent faire de choses – pas toujours tout ce qu’on leur demande – et ces compétences sont très peu valorisées.

Dans certaines écoles il existe des groupes de parents et d’enseignants qui réfléchissent à la mise en place d’aménagements raisonnables pour les élèves à besoins spécifiques. Ces personnes font les liens entre les enseignants et les autres parents et permettent de chercher des outils.

Importance de se focaliser sur les réussites plutôt que sur les difficultés.

Atelier 4

Freins humains :  compétences professionnelles >< relationnel

  • Peur de ne pas arriver à gérer les apprentissages (angoisse de ne pas être à la hauteur du défi et pas assez soutenus).
  • Démultiplication des intervenants et difficultés de rassembler tous les intervenants en même temps.

Freins institutionnels « Ecole » (au sens large) :

  • Attentes sociétales en termes d’apprentissages.

Freins pédagogiques / communication :

  • Manque de centralisation des informations concernant les enfants (clarté et lisibilité de celles-ci).

Retour de l’atelier

Donner aux enseignants un sentiment de compétence. Trop d’enseignants se sentent dévalorisés ou pas prêts à remplir toutes les missions auxquelles il est confronté. Autre concept qui a surgi, c’est que la diversité est un avantage.

A partir de ces deux concepts, une série d’idées ont émergées. Il faut permettre un changement de lecture aux enseignants, et pour permettre ce changement de grille de lecture, il faut changer le système dans lequel il est. Par exemple, une enseignante débutant dans le spécialisé s’est dit qu’il suffirait de supprimer les années et au niveau des épreuves, ne les faire que quand l’enfant est prêt. Cela simplifierait beaucoup de choses au niveau de la vie de tous les jours. Il y a donc lieu de changer de mode de fonctionnement et d’évaluer progressivement, selon le rythme de l’enfant. C’est voir l’élève et non plus voir la classe.

L’enseignant n’est pas tout seul, c’est une équipe avec toute une série de gens qui gravitent autour de l’école. C’est parfois un peu difficile de s’y retrouver. L’idée d’un référent permettant la mise en lien avec tous les intervenant est certainement intéressante.

L’importance de mettre l’accent sur la diversité a été relevée.

Si on veut que l’enseignant change de posture, il faut modifier la formation initiale des enseignants. Il faut également changer de pratiques : par exemple le tutorat est un outil très intéressant.

Un des rôles principaux de l’école est de ne pas décevoir. De ne pas décevoir ses collègues en disant « je ne vais pas arriver à telle chose et de ne pas décevoir les enfants en disant « je suis incapable de… ». Il faut que l’école soit un lieu où l’enseignant puisse être heureux de faire toute une série de choses.

Au niveau de la gestion du quotidien, il s’agit d’anticiper toutes les rencontres. Plutôt que de convoquer à des moments impromptus, il vaut mieux que ce soit planifié. Cela permet de respecter les différents partenaires qui interagissent dans l’école.

Atelier 5

Freins humains :  compétences professionnelles >< relationnel

  • Peur de notre propre échec (inclusion) (angoisse de ne pas être à la hauteur du défi et pas assez soutenus).
  • Crainte des interventions des parents qui ont un enfant en inclusion (sous-investissement ou surinvestissement).

Freins institutionnels « Ecole » (au sens large) :

  • Côté normatif de l’Ecole (CEB, …).

Freins matériels :

  • Matériel spécifique en nombre par classe.

Retour de l’atelier

Afin de soutenir les enseignants, il faudrait qu’il y ait une cellule inclusion au sein de l’école qui soit le relai entre les familles et les enseignants. Cela doit être un soutien de proximité, quelqu’un d’accessible dans l’école. Et quelqu’un qui a la même identité professionnelle permet de sortir de la solitude, cela donne un sentiment que ce soutien est accessible et permet de se sentir en sécurité.

Rendre le travail collaboratif comme faisant partie de la culture de l’école. Etre plusieurs dans la classe, dans le co-enseignement, le mentorat (soutien d’un jeune par un enseignant plus chevronné).

L’intérêt des pédagogies alternatives, parce qu’elles transposent une partie de la réussite à l’élève qui devient, en partie, responsable de ses apprentissages. Il y a donc partage de la responsabilité de la réussite entre les deux parties, même si l’essentiel reste à charge de l’enseignant ?

Permettre le compagnonnage et l’échange d’expériences. Permettre à des enseignants d’aller voir ailleurs ce qui se fait. Plutôt que de faire une journée pédagogique, pourquoi ne pas fournir la possibilité d’aller voir dans une autre école.

S’accorder le temps de l’observation. S’arrêter pour se regarder marcher. Prendre le temps de se demande ce qu’on a fait avec sa classe et comment on a avancé.

Ne pas faire porter la charge de l’activation du réseau sur le seul enseignant mais se dire que dans une école il y a des ressources, de même qu’autour de l’école, il y a un monde associatif qu’il est important d’activer. Faire le répertoire de ces ressources-là.

Apporter un soutien à la parentalité pour les parents d’élèves à besoins spécifiques. Communiquer avec un parent d’élève à besoins spécifique c’est autre chose que communiquer avec un parent d’élève sans besoins spécifiques. Il y a de l’inquiétude, il y a de la fragilité car le parent se sent aussi porteur du trouble de son enfant. L’école inclusive a le souci de s’adapter à l’élève, mais elle doit également s’adapter aux parents de l’élève.

Reclarifier le rôle des CPMS auprès des parents, qui ne voient dans le CPMS qu’un organisme orienteur et, de ce fait, ils préfèrent l’éviter.

La barrière de la langue pose parfois problème. Le parent doit pouvoir se faire accompagner par un interprète de son choix.

Il faut un apprentissage de la communication envers les parents au sujet des difficultés de leur enfant. Cela ne s’improvise pas. Comment communiquer quand cela se fait par personne interposée (via un éducateur d’une institution spécialisé, par exemple) ? Il serait intéressant d’inviter les parents à d’autres moments que lorsque c’est pour parler des difficultés ? Des moments de prises de connaissances, de moments de repas culturels, etc., afin que lorsque les parents viennent à l’école ils sachent qu’on sera bienveillant et pas nécessairement pour le parler des problèmes.

Le côté normatif de l’école laisse des possibilités. Le Conseil de classe a la possibilité d’octroyer le CEB à un élève. Il faut penser de mettre les aménagements raisonnables en place durant la passation des épreuves, matériels et organisationnels qui leur assure un maximum de chance de réussite. L’idée du chef d’œuvre devrait être explorée pour tous les élèves.

Concernant l’outillage pour les aménagements matériels, il y a moyen de trouver de la débrouille. On peut, par exemple, mieux communiquer avec les familles qui peuvent aider à recycler du matériel de leurs entreprises ou de leurs connaissances.

Conclusion

Il y a une réelle volonté, tant dans les nouveaux Pôles territoriaux que dans des écoles, dans des classes, au seins de CPMS, pour faire avancer l’inclusion dans les écoles. Les échanges ont été d’une grande richesse et de beaucoup d’inventivités.

Les écoles normales, formatrices de futurs enseignants, pensent de plus en plus à former leurs étudiants à être inclusifs.

Mais le chemin va être long. 130 personnes c’est à la fois peu et beaucoup. Peu si on les comptabilise par tête, mais la plupart d’entre elles représentent une école, un Pôle territorial, un CPMS.

L’inclusion est un chemin qui n’a pas de fin. Les défis sont constants, ils se renouvellent avec de nouveaux élèves qui ont de nouveaux besoins. Nous continuerons à porter ce combat pour les plus fragiles. Fort heureusement, nous ne sommes pas seuls. Au contraire, nous sommes de plus en plus nombreux. Les Pôles territoriaux seront des outils très précieux pour rendre l’Ecole plus inclusive et, par là-même, vers une société également plus soucieuse de toutes les différences.

Comment les Pôles Territoriaux peuvent-ils aider l’Ecole à devenir plus inclusive ?

Comment les Pôles Territoriaux peuvent-ils aider l’Ecole à devenir plus inclusive ?

Actes du colloque du 29 avril 2022

L’Ecole inclusive est une école qui accueille toutes les différences d’un enfant, qu’elles soient intellectuelles, physiques, culturelles, sociales, de genre, d’orientation sexuelle … et ce, tout au long de sa scolarité. L’Ecole ne sera pas inclusive si elle n’accueille que certains élèves à besoins spécifiques.

Les Pôles Territoriaux (PT) sont au cœur des décisions prises par le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles sur base de l’Avis n° 3 (2017) du Pacte pour un Enseignement d’Excellence. Aussi, afin de s’assurer que les Pôles Territoriaux seront au service d’une école inclusive accessible à tous les élèves à besoins spécifiques ou non, la collaboration de tous les partenaires s’impose.

Ce colloque a réuni tous les intervenants impliqués dans l’implémentation des Pôles Territoriaux : écoles coopérantes, écoles partenaires, écoles spécialisées indépendantes, CPMS et services d’aide à l’intégration.

Ce colloque a été organisé par la Ligue des Droits de l’Enfant en collaboration avec la Ville de Bruxelles qui a l’ambition de rendre ses écoles plus inclusives. Pour Madame Faouzia Hariche, échevine de l’enseignement, les écoles doivent mettre en place un enseignement plus inclusif et permettre aux élèves à besoins spécifiques de bénéficier d’aménagements raisonnables. Les objectifs sous-jacents du « PÔLES TERRITORIAUX Ville de Bruxelles » s’inscrivent fondamentalement dans ceux du programme de politique générale qu’a défini la Ville de Bruxelles au début de la législature. Celui-ci cherche résolument à bannir toutes les formes d’exclusion. L’objectif est de lutter contre toutes les discriminations qui provoquent tant d’inégalités et d’injustice. Différentes écoles pratiquent déjà l’intégration où les enfants sont pris en charge de manière individuelle ou collective par des spécialistes.

Des soins logopédiques pour tous ! Vraiment ??

Des soins logopédiques pour tous ! Vraiment ??

Une nouvelle qui laisse sans voix

Une nouvelle surprenante vient de déstabiliser le secteur des logopèdes en Belgique.  Alors que la population est familiarisée avec l’implication de ces professionnels de santé au bénéfice des enfants en âge scolaire, l’analyse ci-dessous suscite la question suivante :

Des soins logopédiques pour tous ! Vraiment ??

Pourquoi aborder le sujet des soins logopédiques ?

Parmi les membres de notre Plate-forme Pour Une Ecole Inclusive, plusieurs familles rencontrent de gros problèmes pour payer le suivi de leurs enfants en logopédie. Le contenu de cette analyse porte sur le récent sondage de la nouvelle convention 2022-2023, parue en juillet dernier, concernant l’augmentation du nombre de logopèdes ayant décidé de passer du statut « conventionné » au statut « déconventionné ». En effet, 60% des logopèdes ont répondu qu’ils ne souhaitaient pas se conventionner pour plusieurs raisons liées aux conditions de travail (Réf. 1-3). La majorité de ces professionnels de la santé a pris cette décision dans le but de faire pression auprès du ministre de la santé Franck Vandenbroucke. Ils espèrent ainsi obtenir une meilleure revalorisation de leur profession incluant la diminution de la charge administrative, l’augmentation des salaires, simplification des bilans effectués…

Cependant, selon les mutuelles, des conséquences négatives sont à venir pour les patients ne pouvant payer des honoraires majorés.

Problème lié au déconventionnement

Comme évoqué dans le chapitre précédent, la décision du déconventionnement a atteint un nombre record cette année, nos membres pensent qu’il risque d’y avoir un impact significatif pour leurs enfants et ou adolescents avec des troubles de l’apprentissage tels que les DYS (Dyslexie, Dysorthographie, Dyscalculie, Dyspraxie, Dysgraphie, Dysphasie) ou encore un autisme et un haut potentiel (HP). Ces troubles sont définis au point 5.

Effectivement, pour des familles dont les deux parents travaillent, un emploi qualifié et décent, avec un salaire élevé au-dessus du seuil de pauvreté (1293 euros) variant de 2500 à 5000 euros par mois, il est plutôt faisable financièrement de payer un logopède déconventionné demandant le double voire le triple du prix « mutuelle ».

Cependant, lorsque la situation concerne des enfants dont les familles sont monoparentales, avec des bas revenus, un des deux ménages n’ayant pas d’emploi ou encore si l’un des conjoints a un statut de travailleur indépendant plutôt que salarié, cela peut s’avérer difficile à gérer sur le plan financier.

De plus, s’il s’agit de parents recevant des aides sociales (colis alimentaires, aide matérielle ou financières) comme le Revenu d’Intégration Sociale (RIS) du CPAS, variant entre 789 et 1600 euros comme salaire mensuel, les problèmes de gestion s’accumulent malgré les aides obtenues par le CPAS… Ou encore, imaginons la situation d’un jeune avec des DYS ayant fui son domicile pour des raisons personnelles sans revenu et endetté. Malgré toute sa volonté de s’en sortir et les aides reçues du CPAS, la situation est insoutenable pour lui ou elle.

En pratique, devoir payer en moyenne 40 à 80 euros par séance une fois par semaine pendant 1 mois, cela engendre beaucoup de frais liés aux consultations surtout quand on se trouve dans des situations extrêmes comme celles mentionnées ci-dessus. De plus, pour les familles, la note finit par être salée en fin de mois ou à la fin de l’année.

Au final, il y a un risque d’abandon des séances quand la mutuelle n’est plus en mesure d’intervenir dans le remboursement, ce qui entraîne un non-suivi régulier dans les séances d’accompagnement. Sinon, une autre option est de continuer à y aller et à payer cher, pouvant conduire à un risque de pauvreté. A noter qu’idéalement, un suivi chez un logopède, doit se faire de manière régulière, 1 fois toutes les semaines ou deux semaines.

Dans un article de la Libre paru en juillet dernier, après les résultats de la nouvelle convention 2022-2023, la présidente de l’UPLF, Nathalie Saczuk, s’est défendue en expliquant je cite « C’est un signal fort, 60% de déconventionnés, c’est énorme. On ne s’attendait pas à cela. J’espère que ça va faire bouger le ministre de la santé, Frank Vandenbroucke. » Celle-ci a ajouté également « le rejet de la convention sera bénéfique pour les patients et les logopèdes. » (Réf. 2).

Il est clair que nous, le public, ne réfutons pas la décision de changement de statut de certains logopèdes pour des raisons qui leur sont propres. Cependant, en tant que membre d’une association défendant les droits de tous les enfants, cette enquête nous préoccupe énormément car elle démontre la non-application de différents articles de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (Réf. 4-5), à savoir :

  • Article 23 : droit de recevoir des soins gratuits si possible ainsi qu’être en bonne santé
  • Article 24 : droit d’être en bonne santé et d’avoir des soins médicaux
  • Article 26 : droit à la sécurité sociale
  • Article 30 : tous les enfants ont les mêmes droits y compris ceux issus des minorités.

D’autres articles de la Convention sont à évoquer ci-dessous :

  • Article 5 : droit de continuer à apprendre
  • Article 23 : droit d’apprendre
  • Article 36 : droit d’être protégé
  • Article 41 : droit d’être protégé le mieux possible

Certes, ces droits ne sont pas liés explicitement à la santé des enfants mais il nous paraît crucial de les respecter afin d’arriver à une véritable inclusion à l’école.

Comment l’enfant peut-il continuer à apprendre à l’école et à être épanoui dans celle-ci s’il n’a pas un accès de qualité au suivi logopédique ? Ira-t-il toujours à ses séances chez son logopède si celui-ci demande le double voire le triple du prix ?

En effet, les familles auront toujours la possibilité d’aller chez un autre logopède conventionné. Cependant, encore faut-il qu’elles soient renseignées correctement sur ce point…

Effectivement, les logopèdes ne sont pas des assistants sociaux mais ces professionnels de la santé et ou de l’éducation exercent un métier appartenant à l’aide sociale car ils sont en relation avec les enfants, adolescents ainsi que les familles. Et c’est leur devoir en tant que professionnels de la santé de faire preuve de persévérance pour assurer un accompagnement de qualité des enfants.

Les familles à indice socio-économique faible sont clairement touchées par cette mesure de déconventionnement massif… On peut mentionner les conséquences néfastes suivantes :  

Appauvrissement du suivi logopédique des enfants avec des troubles de l’apprentissage

Comme illustré dans le graphique ci-dessous, la Belgique compte 20,05 % d’enfants en situation de pauvreté en 2021, soit 1/5 d’enfants vivant avec un risque de pauvreté et/ou d’exclusion sociale (Réf. 6). Ce chiffre a fortement augmenté en 2021 contrairement aux années précédentes.

Outre cette problématique, vont s’ajouter d’autres problèmes entraînant une montée de la pauvreté déjà existante, à savoir :

  • Report des soins de santé, crise de l’énergie, retard de paiement, dettes

Nous pouvons observer sur le graphique ci-dessous, les chiffres inquiétants démontrant le pourcentage des personnes vivant avec un risque de pauvreté dans notre pays (Réf. 7).

Marchandisation du secteur logopédique

Nous craignons que la profession, en elle-même, tende davantage vers une rentabilité monétaire et non vers plus d’autonomie ou de bienveillance vis-à-vis de l’enfant et de ses parents… En d’autres termes, ce système pourrait faire plus de mal que de bien.

Même si les familles bénéficiaires de l’intervention majorée (BIM) ne seront pas touchées, il n’empêche pas moins que d’autres familles ou enfants issus de milieux précarisés ou à bas revenus vont en payer les conséquences.

Beaucoup de logopèdes risquent de faire justice sociale à eux seuls… Ce genre de système peut être extrêmement dangereux pour l’avenir des enfants avec des troubles de l’apprentissage ou autres handicaps.

Le secteur devenant de plus en plus privé, on aura davantage de thérapies à double vitesse. Autrement dit, les logopèdes vont pouvoir fixer leurs prix comme bon leur semble.

Il s’agit d’un retour en arrière : en refusant cette nouvelle convention, les logopèdes et la Belgique dans le domaine de la santé, ont régressé en matière des droits de l’enfant.

Aggravation et hausse de la pauvreté actuelle

Non seulement, il s’agit d’une stratégie extrêmement dangereuse mais surtout très mauvaise dans un contexte actuel post-COVID. De plus, la situation pourrait empirer suite à la crise de l’énergie et d’autres hausses en cours…

Dans un article paru en septembre de cette année, l’économiste Bruno Colmant a interpellé le gouvernement au sujet des personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté en expliquant « Je crois que ce pourcentage va augmenter jusqu’à 40%. C’est gigantesque. Il va falloir mettre en place des mesures particulières comme limiter le prix de l’électricité, donner des aides directes aux ménages, comme on l’a fait pendant la crise du COVID. » (Réf. 8).

Ce dernier met également en garde « Il va y avoir des phénomènes d’impayés, des familles qui vont sombrer complètement et l’on voit déjà maintenant des familles qui prônent la désobéissance en matière de remboursement des factures d’énergie, dont les impayés s’accumulent auprès des distributeurs et des producteurs ».

Piste de solutions proposés par la Ligue des Droits de l’Enfant

Pour cette partie de l’analyse, nos membres proposent plusieurs pistes de solutions dont :

Impliquer les politiques publiques

Il est urgent que l’Etat fédéral, les gouvernements des différentes régions, la Fédération Wallonie-Bruxelles s’impliquent, dans un premier temps, dans le but de régler les problèmes liés à la valorisation de la profession des logopèdes. Ensuite, il sera indispensable de mener des campagnes de sensibilisation afin de convaincre l’importance d’une vision sociale forte pour l’avenir de nos enfants.

Sensibiliser le milieu associatif dédié à la thématique de la pauvreté

Nous pouvons citer par exemple le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté (RWLP) le Forum Bruxellois contre les inégalités sociales et le Centre de Recherche de Bruxelles sur les inégalités sociales (CREBIS).

Il s’agit d’acteurs essentiels pour interpeller les politiques, les pouvoirs publics sur l’urgence sociale des enfants et des familles vivant dans la précarité. Ils pourront servir d’appui lors de revendications.

Militer au sein des associations de l’enfance et du domaine de la santé

Etant donné que les enfants, les adolescents sont concernés par cette problématique, il est primordial que les associations s’unissent afin de formuler un plaidoyer pour soutenir le conventionnement des logopèdes. Certes, l’objectif n’est pas de supprimer le choix entre les deux statuts mais bien de privilégier un accès aux soins qui reste abordable pour les patients.  

Travail collectif avec l’Union Professionnelle des Logopèdes francophones (UPLF), les mutuelles et le ministère de la santé

Ce travail consistera a trouver un accord sur une révision équitable du salaire, la valorisation du métier, la simplification administrative et des bilans afin d’éviter toute autre situation similaire dans le futur.

Informations supplémentaires pour mieux comprendre

Dans ce chapitre consacré aux informations, nous évoquerons plus en détails ce que recouvrent concrètement le statut conventionné et déconventionné ainsi que les nouveaux tarifs compris dans la nouvelle convention de 2022-2023. Il s’agit également d’informations pour aller plus loin et procurer une vue d’ensemble englobant la problématique du déconventionnement.

Différence entre conventionné et déconventionné

Que recouvrent concrètement les différents axes de la nouvelle convention 2022-2023 ?

  • Une indexation des prestations à partir du 1er juin 2022.
  • Simplification administrative de la procédure de demande
  • Réforme de la nomenclature
  • Nombre de logopèdes

Ce point recommande une limitation des logopèdes reconnus par l’INAMI.

A.    Différence entre statut conventionné et déconventionné ?

En lien avec les propos de la mutualité Solidaris, le statut « conventionné » implique que le professionnel de la santé applique les prix fixés contenus dans la convention (Réf. 9). Le ticket modérateur est à la charge du patient. En d’autres termes, le patient paiera moins cher sa consultation.  

Par contre, un professionnel de la santé « déconventionné » n’est pas soumis à la convention et est libre de fixer le tarif qu’il souhaite à son patient, par conséquent des suppléments d’honoraires.

Concrètement, en lien avec l’actualité, le tarif de la nouvelle convention s’élève à 29,28 euros pour une séance d’une demi-heure mais le patient ne paie que 5,50 euros tandis que les 23,78 restants sont remboursés par l’assurance soins de santé obligatoire (Réf. 10).

B.    Opinions des mutuelles à propos du déconventionnement en masse

La mutualité chrétienne et Solidaris regrettent fortement cette décision concernant le déconventionnement en masse des logopèdes et veulent promouvoir une solution négociée afin de résoudre ce problème. Ils espèrent aboutir à des accords pour les années suivantes (Réf. 9-10).

Selon Elisabeth Degryse (mutualité chrétienne), le coût d’un suivi logopédique va fortement augmenter pour de nombreuses familles (Réf. 10) : « Des enfants vont chez le/la logopède plusieurs fois par semaine. Les coûts s’additionnent alors rapidement. Nous remarquons que la logopédie est l’une des dépenses de soins de santé à laquelle les familles renoncent en premier lieu, en raison du coût et du nombre de séances nécessaires au traitement. C’est moins le cas par exemple, avec les médicaments ».

C. Le Revenu d’Intégration Sociale (RIS)

Afin d’avoir une bonne compréhension de la pauvreté, il est important de savoir sous quelle condition le RIS est octroyé et à quel montant (Réf. 11).

Comme illustré ci-dessous, les montants du RIS sont séparés en trois catégories à savoir : isolé, cohabitant et famille à charge (voir tableau ci-dessous). Ces taux ont été augmentés en raison de la crise énergétique que nous vivons actuellement et suite aussi à la crise post-COVID.

D. Que signifie le seuil de pauvreté ?

Nous pourrions définir la notion de seuil de pauvreté par une condition dans laquelle une personne dispose de revenus inférieurs au montant moyen pour subvenir à ses besoins (Réf. 11). Par exemple, nous pouvons rencontrer une privation matérielle (se chauffer, se nourrir, se loger), une privation monétaire (revenus trop bas pour se payer des soins de santé de qualité) ou encore une privation des droits sociaux (contribution insuffisante à la société pour bénéficier de la pension ou d’allocations de chômage).

Il est important de souligner qu’actuellement, le montant s’élève à 1293 euros. Autrefois, ce montant revenait à 1074 euros (Réf. 13).

E. Etat des lieux de la pauvreté en Belgique

Comme illustré dans le graphique ci-dessous, nous pouvons constater qu’il subsiste en Belgique un risque de pauvreté et d’exclusion sociale fort prononcé dans la partie sud du pays (Réf. 14). En effet, la Région de Bruxelles-Capitale représente 25% de la population sous le seuil de pauvreté. Pour la Wallonie, ce chiffre varie selon les provinces mais reste identique à celui de la capitale. Enfin, la Flandre présente le plus faible taux de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté entre 6,6 et 10%.

F. Le tiers payant applicable en logopédie

Depuis le 1er janvier 2022, le tiers payant est applicable si l’enfant bénéficie de soins logopédiques à l’école. Dans ce cas-ci, il n’est plus obligatoire de justifier la raison d’application du tiers payant. Par conséquent, il n’est plus nécessaire de joindre une déclaration sur l’honneur ou une attestation relative à la situation financièrement difficile (Réf.15).

Ce tiers payant n’est pas valable si l’enfant effectue un suivi logopédique dans un centre pluridisciplinaire ou en milieu hospitalier.

En revanche, il est important de noter aussi que les logopèdes ne sont pas toujours présents dans toutes les écoles et ne travaillent souvent qu’à mi-temps.

G. Définition des troubles DYS

DYS : acronyme pour désigner les 6 « dys », à savoir la dyslexie, la dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie, dysgraphie, dysphasie et dysexécutif (tableau récapitulatif des troubles DYS) (Réf. 16).

 

En guise de conclusion

Au travers de cette analyse « Des soins logopédiques pour tous, vraiment ?? », nous avons voulu démontrer qu’il subsiste des points positifs vis-vis des logopèdes mais que la proportion majeure de professionnels déconventionnés risque d’occasionner des conséquences désastreuses pour certains patients n’ayant pas énormément de moyens financiers.

D’ailleurs, la ligue des droits de l’enfant, notre asbl, est fort préoccupé par cette problématique car beaucoup de famille, de notre plateforme « école inclusive », avec des enfants DYS, autisme, déficiences, rencontre des soucis liés au sujet du prix élevé des consultations logopédiques. De plus, les témoignages récoltés des proches de notre public vont aussi dans ce sens.

En effet, selon nous, le logopède est un professionnel de la santé indispensable dans le soutien des patients avec des DYS incluant la Dyslexie, Dysorthographie, Dyscalculie, Dyspraxie, Dysgraphie, Dysphasie. De nos jours, il s’agit de problèmes de société régulièrement évoqués à l’école, dans la santé et dans tout autre domaine de notre pays. D’ailleurs, les parents, les écoles, les enseignants et/ou enfants/adolescents se tournent de plus en plus vers les services logopédiques. En effet, ceux-ci permettent de réduire les symptômes liés à ces troubles de l’apprentissage en vue de meilleurs résultats scolaires et/ou d’une amélioration du quotidien.

Pour rappel, comme démontré par de multiples études, si les enfants avec des DYS ne sont pas, peu ou mal accompagnés par des logopèdes, le risque de basculer dans la pauvreté est réel, ce qui engendre une accumulation d’échecs ou/de décrochages scolaires.

Le déconventionnement en masse effectué par les logopèdes ne va sans doute pas améliorer les chiffres de la pauvreté actuelle. De plus, si ce système entraîne plus de pauvreté, un nombre significatif de familles d’enfant avec des DYS ou déficiences va solliciter l’aide d’assistants sociaux des CPAS.

Afin que la Belgique respecte la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, il nous semble urgent d’obtenir un nombre raisonnable et suffisant de logopèdes conventionnés (plus de 40%) dans le but de prendre en compte un maximum d’enfants issus des minorités et de revenir à la situation antérieure comme les années précédentes c’est-à-dire un taux de 99% de logopèdes conventionnés.

Références

  1. Site de l’UPLF,https://www.uplf.be/pres-de-60-des-logopedes-ont-refuse-dadherer-a-la-nouvelle-convention-2022-2023/, consulté le 8 novembre 2022.
  2. Site de La Libre, https://www.lalibre.be/belgique/societe/2022/07/18/pres-de-60-des-logopedes-se-sont-deconventionnes-jespere-que-ca-va-faire-bouger-le-ministre-de-la-sante-frank-vandenbroucke-2SPCIB77UVCPZPGWVCO52AKN5U/#:~:text=%C3%80%20peine%2040%2C49%20%25%20des,60%20%25%20des%20logop%C3%A8des%20y%20adh%C3%A8rent, consulté le 2 novembre 2022.
  3. Site de l’INAMI, https://www.inami.fgov.be/fr/professionnels/sante/logopedes/Pages/convention-2022.aspx, consulté le 2 novembre 2022.
  4. De Vos, B, De Vleeschouwer A-M, Bedoret G (2020) in Les droits de l’enfant, 1080 Bruxelles, Blibliothèque nationale.
  5. Convention relative aux droits de l’enfant, https://www.ohchr.org/fr/professionalinterest/pages/crc.aspx, consulté le 15 novembre 2022.
  6. Site du SPF Intégration sociale, pauvreté infantile, https://chiffrespauvrete.be/topic/pauvrete-infantile, consulté le 5 novembre 2022.
  7. Site de Chiffre pauvreté du SPF intégration sociale, https://chiffrespauvrete.be/topic/report-de-soins-de-sante-pour-des-raisons-financieres, consulté le 10 novembre 2022.
  8. Site de la RTBF https://www.rtbf.be/article/qui-est-concerne-par-le-seuil-de-pauvrete-en-belgique-11060266, consulté le 22 novembre 2022.
  9. Site de Solidaris, https://www.fmsb.be/fr/consultez-un-m%C3%A9decin-conventionn%C3%A9, consulté le 15 novembre 2022.
  10. Site de la Mutualité Chrétienne, https://www.mc.be/actualite/communique-presse/2022/deconventionnement-logopedes, consulté le 30 octobre 2022.
  11. Site de Prima book, https://primabook.mi-is.be/fr/droit-lintegration-sociale/montants-ris, consulté le 20 novembre 2022.
  12. Définition du seuil de pauvreté, https://statbel.fgov.be/fr/themes/menages/pauvrete-et-conditions-de-vie/plus, consulté le 22 novembre 2022.
  13. Site de Chiffre pauvreté du SPF intégration sociale, https://chiffrespauvrete.be/topic/report-de-soins-de-sante-pour-des-raisons-financieres, consulté le 10 novembre 2022.
  14. https://statbel.fgov.be/fr/themes/menages/pauvrete-et-conditions-de-vie/risque-de-pauvrete-ou-dexclusion-sociale#figures, consulté le 5 novembre 2022.
  1. Site de l’INAMI, https://www.inami.fgov.be/fr/professionnels/sante/logopedes/Pages/ecole-tiers-payant-applicable.aspx, consulté le 2 novembre 2022.
  2. Troubles DYS, https://www.dysphasie-suisse.info, consulté le 28 novembre 2022.
Accessibilité