Un enseignant ne donne pas de devoirs ou peu ! Par contre, un professeur, si ! Mais, est-il pour autant hors-la-loi ?
Si en France les devoirs sont interdits depuis
1956, dans l’enseignement francophone belge les « travaux à
domicile » sont régulés depuis 2001[1] uniquement
pour l’enseignement primaire[2].
Il s’agit donc d’une OBLIGATION que doit respecter chaque… professeur !
Les travaux à domicile
sont ainsi définis : « activité dont
la réalisation peut être demandée à l’élève, en dehors des heures de cours, par
un membre du personnel enseignant. Cette définition englobe donc tous les
travaux que selon les écoles, on nomme devoirs, leçons ou encore activités de
recherche ou de préparation, …Les
dispositions prévues concernent donc bien toutes ces activités et pas
uniquement ce qu’il est coutumier d’appeler « devoirs »[3]».
Les travaux à domicile
sont une faculté laissée aux écoles, pas une obligation qui leur serait faite. Cela
signifie que les équipes éducatives qui souhaiteraient fonctionner sans travaux
à domicile peuvent bien entendu le faire. Certaines le font déjà. D’autres y
réfléchissent.
Les travaux à domicile
sont interdits à l’école maternelle. En première et deuxième années primaires,
les travaux à domicile sont interdits, mais certaines activités sont autorisées
(de courtes activités par lesquelles il est demandé à l’élève de lire ou de
présenter à sa famille ou à son entourage ce qui a été réalisé ou construit en
classe sont, par contre, autorisées).
Pour chaque élève, la
durée journalière de ces travaux ne peut excéder 20 minutes en 3ème et 4ème
primaires et 30 minutes en 5ème et 6ème. Il s’agit ici d’une référence que
chaque enseignant doit avoir à l’esprit quand il définit les travaux à
domicile. Il ne s’agit évidemment pas d’un strict minutage chronométré pour
chaque enfant.
Les travaux à domicile
doivent être adaptés au niveau d’enseignement et doivent toujours pouvoir être
réalisés sans l’aide d’un adulte. Les travaux à domicile doivent être conçus
comme le prolongement d’apprentissages déjà réalisés durant les périodes de
cours. Les travaux à domicile doivent prendre en compte le niveau de maîtrise
et le rythme de chaque élève. Ils ne peuvent jamais donner lieu à une cotation.
Il doit être accordé un délai raisonnable à l’élève pour la réalisation.
Mais, soyons clair,
pour tout enseignant un peu pédagogue qui se respecte, l’essentiel du travail se fait en
classe. Les devoirs ne devraient être une exception qu’en fin de secondaire. En
effet, une étude australienne a montré que les
élèves étudiant dans un pays où le temps consacré aux devoirs est important,
ont de moins bons résultats au Programme international pour le suivi des acquis
des élèves (Pisa) effectué tous les trois ans depuis 2000, ainsi qu’aux examens
mis en place par les écoles elles-mêmes. Selon l’étude, surcharger les enfants
de travail en primaire n’améliore pas leurs résultats, ça paye un peu plus au
collège si les élèves reçoivent une aide. C’est seulement à partir de l’âge de
15 ans, c’est-à-dire durant les années lycée, que les devoirs «renforcent les
performances scolaires des élèves»[4].
Donc, comme professeur en section primaire, si je dépasse les prescrits, je suis par définition hors-la-loi. Dès lors, comment serai-je encore crédible auprès de mes élèves quand je leur demanderai de respecter le règlement de la classe ou de l’école. Un hors-la-loi peut-il être plausible quand il demande aux élèves de faire ce que lui-même se refuse de faire ?
En secondaire, les professeurs devraient se référer à l’étude ci-dessus qui en confirme d’autres, à savoir que les travaux à domicile ne sont efficaces qu’en fin de secondaire et à certaines conditions (relire « Des bénéfices pas toujours démontrés »). Avant cela, comme cela a été démontré, on sait combien les devoirs à domicile n’apportent rien.
[1] Dans le décret Missions, l’article
78 §4 fut modifié par ce décret du 27 mars 2001.
[2] Durant la législature 1999-2004, nous avons eu
deux ministres de l’enseignement. Un pour le fondamental et un autre pour le
secondaire. C’est le premier qui a œuvré dans le sens de la défense des droits
de l’enfant. L’école secondaire a eu moins de chance…
[3] Circulaire n° 57 : Régulation
des travaux à domicile dans l’enseignement fondamental. Décret du 29 mars 2001
[4] Slate Live, 3 avril 2012 Trop de devoirs tue la
réussite scolaire
L’efficacité des devoirs est une vieille question qui
anime les acteurs de l’école et les familles depuis de nombreuses années.
Comme on l’a vu, nombre de parents et de professeurs
tiennent aux devoirs parce qu’ils croient que ceux-ci influencent positivement
les résultats scolaires. La question qu’il faut se poser maintenant
est « Ces bienfaits ont-ils été démontrés ? »
Que dit la recherche scientifique concernant
les effets des devoirs sur l’apprentissage des élèves ? La
relation entre le travail à la maison et une meilleure réussite n’a toujours
pas été clarifiée par la recherche. Cependant, la vaste majorité des études
tend à montrer que le temps consacré aux devoirs influence positivement les
résultats scolaires au secondaire[1].
Il en va
autrement au primaire. Selon la méthode d’analyse retenue, l’effet des devoirs
peut être soit :
– faible et donc négatif ;
– positif,
mais si faible qu’il n’est pas significatif sur le plan statistique[2].
Autrement dit, il est au pire contre-productif et au
mieux inefficace.
Certains chercheurs parlent même d’absence de
corrélation entre le travail personnel et les performances scolaires[3].
Ils vont à l’encontre du discours de l’Ecole primaire qui encense le travail
personnel, ce qui est une manière de se
disculper et de faire porter le poids de la réussite sur l’élève et sa famille.
Cette vision (erronée) est très fortement liée au concept de méritocratie
scolaire[4].
John Hattie[5]
a réalisé une méta-analyse qui s’est notamment penchée sur les travaux à faire
à la maison. Selon celle-ci, les devoirs n’ont qu’un impact limité sur les
résultats scolaires en primaire. Ce sont les facteurs pédagogiques et
relationnels entre élèves et enseignants qui sont les plus efficaces. Certains
chercheurs font l’hypothèse que les enfants plus jeunes ont une capacité
moindre de concentration, ou que leurs habitudes de travail sont moins efficaces,
entraînant une utilisation moins optimale du temps consacré aux devoirs.
Cependant, les devoirs à la maison peuvent être
efficaces au secondaire, mais sous certaines conditions :
− l’impact sur les résultats scolaires est plus
important pour les niveaux les plus élevés (après 15 ans). Les devoirs semblent
donc plus adaptés au niveau de l’école secondaire supérieure que primaire et
secondaire inférieur (Bonasio & Veyrunes, 2014 ; Cooper et al.,
2006). En effet, un apport positif des devoirs a pu être montré au collège pour…
les mathématiques ;
− les directives données doivent être à la
fois claires et explicites, et ne doivent pas contrevenir au rythme des élèves
;
− le type de devoirs influe sur leur
efficacité : les devoirs de pratique sont les plus fréquents, mais leur
efficacité est très limitée du fait de l’ennui qu’ils suscitent. Les devoirs de
prolongement sont plus motivants, mais leurs effets sur l’apprentissage ne sont
pas avérés. Les devoirs créatifs sont plus stimulants, mais ils risquent de
creuser les inégalités sociales[6] ;
Un devoir démocratique, c’est une activité que l’élève peut mener de façon autonome, sans être
dépendant du soutien de ses parents, qui sera à l’évidence très inégal selon
leur disponibilité physique et mentale, mais aussi leur niveau d’instruction,
leur rapport à l’école et aux savoirs scolaires[7].
Enfin, pour terminer, il vaut mieux éviter des
comportements familiaux qui imposent une multiplication des devoirs et leçons
avec la conviction que c’est là la solution à tous les problèmes[8].
On a vu que les familles n’étaient pas égales face
aux devoirs. Selon qu’il soit né de parents qui ont fait de longues études ou
non, un enfant bénéficie d’aide aux devoirs ou non. Dès lors, il est important
que chaque professeur ait son attention attirée sur la nécessité d’éviter que
la scolarité ne pénalise les enfants en fonction de leur environnement familial.
Si les familles ne sont pas égales face aux
devoirs, il en va de même pour les professeurs. Selon qu’ils soient formés ou
non à la pédagogie, la multiplication de leurs exigences se révèlera ou non
inflationniste. Avec le risque de pénaliser les élèves jusqu’à provoquer des
rejets scolaires et/ou à décourager et les démobiliser par des excès de travaux
à domicile.
En continuant d’affirmer que le travail assure une réussite scolaire, l’Ecole légitimise sa propre incompétence et induit chez les élèves une course à la réussite et la croyance qu’à « travail égal, note égale »[1]. C’est évidemment faux, car nul n’est égal face aux apprentissages. Cette course à la réussite fait de nos enfants des compétiteurs prêts à sacrifier les autres – leurs pairs – sur l’autel de la réussite scolaire, du moment qu’eux aux moins passent à travers les mailles du filet. En ce sens, les professeurs qui donnent des devoirs ne forment pas leurs élèves à la citoyenneté. Tout au contraire !
Les devoirs vont à l’encontre des rythmes
biologiques de l’enfant. Il est absurde de laisser des enfants assis 6 à 8
heures par jour derrière une table, puis de les obliger à se remettre aux
apprentissages une fois rentrés à la maison pour étudier une leçon ou faire un
devoir. La journée est trop lourde.
Une étude Pisa a établi que, dans les pays de l’OCDE, en moyenne, un élève de 15 ans consacre 5 heures par semaine à faire des devoirs. L’Espagnol, en bas du classement, y passe 7 heures. Le Belge frôle les 6 heures. Finlande et Corée : 3 heures. Portant sur l’année 2012, publiée en 2014, cette étude a noté que, globalement, le temps consacré aux devoirs était en recul par rapport à une étude menée en 2002. Mais pour l’OCDE, ce temps reste « considérable ». Bref : excessif[2].
Les devoirs vont à l’encontre des rythmes
scolaires. L’année scolaire, en Belgique, compte 182 jours ouvrables chaque
année. Sur ces 37 semaines, deux aux moins sont perdues à Noël, puis en juin
pour faire des révisions, des examens et pour occuper les élèves en attendant
les vacances. Cela représente au moins 20 jours perdus sur l’année pour les
apprentissages. Perdus, parce que les examens ne servent pas à évaluer mais à
sélectionner les élèves au cours d’une compétition qui n’a rien de pédagogique.
C’est tout le contraire d’enseigner : l’évaluation ne doit pas être
sommative mais formative[3].
Le fait d’évaluer formativement, au quotidien, permettrait de gagner 4 à 5
semaines par an pour les apprentissages, pour les remédiations et donc aussi…
pour faire les devoirs en classe. Dans une école où les professeurs courent
constamment après le temps, il est étonnant qu’ils aiment tant en perdre.
Les devoirs ne respectent pas les droits de l’Enfant. Notamment, ils l’empêchent de bénéficier des droits reconnus dans l’article 31 de la Convention relative aux Droits de l’Enfant. Celui-ci reconnaît à l’enfant le droit au repos et aux loisirs, de se livrer au jeu et à des activités récréatives propres à son âge et de participer librement à la vie culturelle et artistique[4]. Il n’est pas normal que des élèves de primaire ou de secondaire soient obligés d’abandonner des activités sportives ou culturelles pour consacrer leur soirée, leur mercredi après-midi, ou leurs WE au travail scolaire. Outre le fait que cela nuise à leur repos, les devoirs empêchent d’autres apprentissages non scolaires, mais au moins tout aussi importants : pouvoir faire du sport, de la musique, d’accéder à l’art et de se cultiver dans d’autres registres que ceux imposés par l’école.
Les devoirs affectent également la santé de
l’enfant. Non seulement, ils le privent d’un juste repos et d’une détente bien
méritée, mais les devoirs pèsent physiquement lourds sur le dos de l’enfant. La
charge moyenne d’un cartable est de 6,4 kg par enfant, ce qui représente entre
27 et 36 % de son poids, alors qu’il ne devrait pas dépasser les 10 %[5].
Enfin, d’autres droits de base sont mis à mal par les devoirs, notamment le droit à la liberté d’association et de réunion pacifique[6]. Quel temps lui reste-t-il pour cela, une fois ses nombreux devoirs terminés ? Quantité d’enfants ne peuvent pas faire de scoutisme, s’inscrire dans un club sportif ou bénéficier des plaines de jeux, de par la charge du travail pour l’école, externalisé vers la famille.
[5] Dominique Glasman, Leslie Besson. Le travail
des élèves pour l’école en dehors de l’école, Rapport établi à la demande du Haut
conseil de l’évaluation de l’école, 2004
[6] Article 15 de la Convention Internationale des
Droits de l’Enfant
Dans différentes
recherches, Cooper (2007) a relevé que les professeurs américains attribuent
des effets positifs, mais également négatifs aux devoirs. Les effets qu’ils
estiment positifs sont invoqués pour justifier leurs pratiques en matière de
devoirs[1] :
Effets positifs
Effets négatifs
Résultats immédiats et apprentissage : Meilleure rétention des savoirs Augmentation de la compréhension Meilleur sens critique, meilleure conceptualisation et meilleur traitement de l’information Enrichissement du curriculum
Effets à long terme sur l’apprentissage: Encourage l’apprentissage pendant les temps libres Améliore l’attitude envers l’école Développe de meilleures habitudes d’étude et de travail
Effets extrascolaire : Plus grande capacité d’organisation Plus grande discipline personnelle Meilleure gestion du temps Davantage de curiosité Plus de compétence dans la résolution de problèmes Plus grande satisfaction des parents envers l’école et plus grande implication à l’école
Effet de saturation : Perte d’intérêt envers le matériel utilisé Fatigue physique et émotionnelle Manque de temps libre et de temps destiné à d’autres activités dans la communauté (sports et autres)
Interférences de la part des parents : Pression pour terminer les devoirs sans faute Confusion dans les techniques d’apprentissage
Tricherie : Copie sur d’autres travaux d’élèves Aide qui va au-delà du tutorat Augmentation de l’écart entre les élèves performants et les élèves en difficulté.
Au regard de ces éléments, on se retrouve avec deux groupes. D’une part, les professeurs, ceux qui donnent des devoirs parce qu’ils estiment que les bénéfices sont supérieurs aux effets négatifs ; et d’autre part les enseignants, ceux qui estiment le contraire, à savoir que les effets négatifs sont supérieurs à des effets positifs non démontrés.
A force de constater et de lister les
difficultés en relation avec les devoirs, rencontrées par nombre de familles, chaque
enseignant doit se poser la question de l’équité de ceux-ci. Un devoir est, en
principe, le prolongement d’une notion vue en classe. Or, dans un groupe
d’élèves, il y en a toujours qui comprennent plus vite que d’autres. Enfin, des
élèves ont des difficultés d’apprentissage. Or, une fois hors de la classe,
ceux qui n’ont pas compris ou ont mal compris la notion à revoir ou à
approfondir ne peuvent plus compter sur le professeur pour la leur réexpliquer.
Ils ne pourront pas effectuer le devoir correctement et ce dernier constituera,
par définition, une source d’iniquité.
Si l’on veut que l’élève tire profit de son
devoir, il est fondamental que celui-ci tienne compte de la correspondance
entre, d’une part la nature de la tâche demandée et, d’autre part, les
compétences et la motivation de l’élève. La seule manière de rendre les devoirs
équitables et éthiques est donc de les différencier en fonction des compétences
des élèves. Ainsi, ceux qui rencontrent des difficultés ou ne peuvent pas
trouver d’aide seraient à même de les réaliser.
On ne peut pas, non plus, ne pas tenir compte
du contexte dans lequel l’élève aura à réaliser son devoir. Celui-ci questionne
trois axes aussi importants l’un que l’autre :
l’environnement
de l’élève : a-t-il, par exemple, un endroit calme et confortable pour le
réaliser ?
de
même que l’équipement matériel : vit-il l’exclusion numérique ou a-t-il un
accès aisé à Internet, bénéficie-t-il d’une imprimante, d’encyclopédies, d’un
atlas, … ?
et
la disponibilité et la qualité du soutien dont il peut bénéficier.
L’équité dans les devoirs ne doit pas viser exclusivement les élèves de milieux populaires ou les enfants en difficultés d’apprentissage. L’évolution sociétale fait que de nombreuses familles sont susceptibles de vivre des « transitions » familiales : séparations, recompositions, monoparentalité, qui leur rendront plus difficiles de concilier emploi et encadrement des devoirs. Dans tous les milieux sociaux, des enfants ne peuvent déjà plus bénéficier de soutiens familiaux pour réaliser leurs devoirs.
Tous les élèves n’ont pas les mêmes espaces de socialisation familiale. Selon leurs formes de socialisation qui sont fortement corrélées au milieu social, les familles seront avantagées ou désavantagées par rapport aux devoirs. Selon l’espace de socialisation, les questions qui touchent aux devoirs n’ont pas le même statut.
Différents critères différencient ces socialisations familiales, à commencer par le rapport à l’écrit[1] et l’importance que lui accorde la famille. Les relations entre parents et enfants constituent également des critères de différenciation : jouent-ils ensemble, ont-ils des activités culturelles collectives ? Enfin, la manière de se questionner constitue un élément déterminant. On sait que l’on pose différemment les questions à l’école et à la maison. A l’école, le maître pose des questions dont il connaît les réponses, tandis qu’à la maison, on pose plutôt des questions dont la famille ne connaît pas nécessairement les réponses mais qui sont utiles à la vie familiale.
L’école prend rarement
en charge ces différences de socialisation, faisant des devoirs un élément qui
intervient de manière déterminante dans la production des inégalités scolaires.
Pire, ces différences de socialisation permettent à l’école de renvoyer aux
parents (et accessoirement à l’élève) la responsabilité de la réussite ou de
l’échec scolaire. Ils entretiennent la croyance dans « l’équivalent travail »[2],
dont on connaît l’absence de fondement mais qui permet au système de trouver
une justification sociale[3].
Les malentendus
sociocognitifs se retrouvent dans les effets qu’induisent les devoirs à la
maison. Les inégalités, sont liées à la
mobilisation d’attitudes cognitives, de « rapports au savoir », qui ne sont pas
ceux qui permettent de s’approprier les savoirs scolaires, contrairement aux
enfants issus de milieux plus favorisés. Ces derniers savent, parce qu’ils l’ont
appris auparavant (probablement hors de l’école), que la réalisation des tâches
scolaires, l’application des consignes et l’obtention du bon résultat, s’ils
sont importants, ne le sont que parce que cela constitue un moyen de construire
un savoir, de consolider ou d’évaluer son acquisition. Leur confrontation à
l’école sur le registre cognitif engage une attitude beaucoup plus réflexive,
une attitude d’appropriation, car ils ont conscience du lien entre les tâches
et leurs finalités. Cette attitude d’appropriation est beaucoup plus conforme
aux exigences spécifiques de la transmission scolaire et à l’apprentissage de
savoirs modelés par les logiques de la culture écrite.Mais les dispositifs pédagogiques observés prévoient peu ce que nous
appellerons la mise en travail des élèves, de façon qu’ils construisent les
postures cognitives adéquates à l’appropriation des savoirs. De ce fait, ces postures
apparaissent comme des prérequis, exigés implicitement de tous les élèves sans
être enseignés. En ne prenant pas en charge la transformation des dispositions
construites dans l’éducation familiale en attitudes requises pour apprendre,
l’école fait ici preuve d’une «indifférence aux différences» propice à la
production d’inégalités scolaires[4].
Selon une étude[5],
la majorité des parents auraient des difficultés pour aider un enfant de primaire
à faire ses devoirs. Seulement un tiers se sentiraient à l’aise. L’étude a
questionné 1 000 parents qui ont reçu trois questions-types rédigées par une
enseignante de niveau primaire et tirées des programmes d’anglais, de
mathématiques et de sciences. Seul 1/16 des participants a pu répondre aux 3
questions.
Un quart des parents a reconnu se sentir
« sous pression » lorsqu’il doit aider son enfant à faire ses devoirs
et les trois quarts admettent chercher les réponses sur Internet.
En mathématique, seulement 38 % des parents ont
pu convertir la fraction 23/6 en nombre fractionnaire, 22 % ont correctement
identifié « and » (« et » en français) comme une
conjonction subordonnée et seulement 40 % savaient qu’un « élément
clé » du cycle de la vie d’un amphibien est le moment où les
« têtards éclosent ». Enfin, 39 % des pères disent se sentir
confiants face aux devoirs, contre 28 % des mères.
Les professeurs donneurs de leçons et de
devoirs, qui attendent des familles qu’elles supervisent les travaux à
domicile, ne se rendent pas compte à quel point ils les mettent mal à l’aise.
Ils ne se rendent pas compte non plus que le message qu’ils transmettent aux
élèves disqualifie symboliquement leurs parents à cause de leur faible niveau
scolaire, ou parce qu’ils ne comprennent pas les tâches demandées et les
notions qui les traversent. Non, l’école n’est pas hors du temps et de
l’espace. L’Ecole est pleinement au cœur des familles et peut les détruire,
comme elle peut tisser du lien et les aider à construire ensemble les
apprentissages et donc l’avenir de leurs enfants.
[1] « Ensemble
diversié de relations dynamiques d’un sujet-lecteur avec la lecture littéraire ».
Judith Émery-Bruneau, Le rapport à la lecture littéraire. Des pratiques et des conceptions
de sujets-lecteurs en formation à l’enseignement du français à des intentions
didactiques, Thèse de doctorat en éducation, Québec, Université Laval, 2010,
432 p.
[2] Anne Barrère, Travailler à l’école.
Que font les élèves populaires, PUF et Les enseignants du secondaire ? PUR 2003
[3] L’équivalent travail : La procédure de justification mise en œuvre
fait appel à l’insuffisance du travail fourni. La catégorie du travail, ou plutôt
du manque de travail, se constitue donc comme catégorie justificative d’échecs
scolaires répétés, et permet de donner sens à ces échecs.
[4] Stéphane Bonnery « Un cadrage
inadéquat des activités qui facilite les malentendus », Comprendre la
difficulté scolaire, extraits pour le Parcours magistère sur le décrochage.
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