Les troubles spécifiques des apprentissages ou « DYS »    2. La Dysgraphie

Les troubles spécifiques des apprentissages ou « DYS » 2. La Dysgraphie

La dysgraphie est un trouble spécifique d’apprentissage qui affecte le geste graphique, entraînant une lenteur importante dans la réalisation des productions graphiques et l’écriture manuscrite, entraînant une malformation des lettres. La calligraphie lente et inégale est souvent accompagnée d’une grande fatigabilité, voire de douleurs. En effet, écrire ou dessiner requiert une énorme tension et des efforts permanents chez une personne avec une Dysgraphie, alors que de tels gestes s’effectuent normalement automatiquement.

C’est en fait un trouble spécifique d’apprentissage qui se traduit par des difficultés de coordination et de la conduite du trait. Ce trouble n’est pas causé par un déficit neurologique spécifique ou intellectuel. En effet, les personnes qui en sont atteint n’ont aucun retard intellectuel ou déficit neurologique. Les enfants ne manquent pas d’attention et encore moins de volonté. C’est l’organisation même de la fonction graphique qui est touchée.

Ce trouble peut apparaître dès l’apprentissage de l’écriture, en cours de scolarité ou plus tard. En général, l’écriture, une fois maîtrisée, devient automatique. Malheureusement, chez la personne avec dune dysgraphie, les gestes appris ne s’automatisent pas, malgré une rééducation intensive faite par un professionnel. Les productions écrites restent de pauvre qualité, souvent illisible. Ces enfants se révèlent souvent incapables d’être multitâches : dans le même temps réfléchir au mot à écrire, à la manière de former les lettres et orthographier les mots.

La dysgraphie peut avoir plusieurs causes. Elle peut être la conséquence d’autres troubles spécifiques des apprentissages comme la dyspraxie, la dysorthographie ou la dyslexie, les hésitations créant des gestes inadaptés. Elle peut également être une conséquence d’une trouble de l’attention avec ou sans l’hyperactivité (TDAH) ou être liée à la précocité. Environ 70 % des enfants précoces sont touchés par une dysgraphie.

On distingue plusieurs formes de dysgraphies :

  • Les dysgraphies raides, quand l’écriture est raide et qu’il y a une crispation lors de l’écriture. Le tracé est régulier mais anguleux, les droites sont prédominantes sur les courbes avec des changements brutaux de direction. Le crayon est fortement appuyé, on sent le tracé au dos de la feuille qui peut se déchirer ;
  • Les dysgraphies molles : l’écriture de l’enfant est irrégulière dans la dimension des lettres, elle manque de tenue et donne une impression de négligence. Le tracé est petit et arrondi, peu précis, voire atrophié (diminue de volume). Les lignes d’écriture sont ondulantes et les pages peuvent paraître négligées ;
  • Les dysgraphies maladroites : Le trait est de mauvaise qualité, les lettres sont mal proportionnées et les formes sont lourdes avec parfois des pochages[1]. Les pages sont confuses et désordonnées, remplies de multiples retouches, de reprises et de soudures maladroites ;
  • Les dysgraphies impulsives : l’enfant écrit vite au détriment de la forme des lettres qui perdent toute structure ; les gestes sont rapides, parfois saccadés et non contrôlés entraînant une écriture désorganisée. L’enfant préfère la précipitation à la qualité, dès lors ses pages paraissent négligées ;
  • Les dysgraphies lentes et précises dans lesquelles, à l’inverse des dysgraphies impulsives, l’enfant parvient à écrire correctement, avec une écriture très appliquée et un excès de précision mais en fournissant un effort épuisant. L’écriture est ainsi excessivement lente, appliquée et précise. Elle a parfois un aspect calligraphique. Cela explique pourquoi c’est la dysgraphie la plus difficile à diagnostiquer, car qui penserait qu’un enfant ayant une jolie écriture puisse avoir des difficultés ?

La dysgraphie concerne environ 10 % des enfants, et surtout des garçons.

Signes qui doivent alerter

Il est de nombreux signes différents qui peuvent indiquer la présence d’un trouble dysgraphique. Ce n’est pas parce qu’un enfant présente un des signes suivants qu’il est automatiquement porteur de ce trouble. Seul des spécialistes sont à même de détecter un trouble de la dysgraphie. En général, un diagnostic de dysgraphie est posé par une équipe pluridisciplinaire: psychologue, ophtalmologiste, orthoptiste, orthophoniste, psychomotricien, … . L’avis d’un neuropédiatre sera nécessaire pour interpréter les bilans médicaux et paramédicaux établis par l’équipe pluridisciplinaire.

  • Une mauvaise connaissance de son schéma corporel, c’est-à-dire de sa morphologie (ses limites dans l’espace), de ses possibilités motrices (souplesse, rapidité, …), de ses possibilités d’expression à travers le corps (attitudes, mimiques, …). L’enfant n’arrive pas à utiliser le vocabulaire corporel, à se représenter correctement sur un dessin, à assembler les morceaux d’un pantin. L’enfant ne se perçoit pas comme un tout ;
  • Une mauvaise organisation spatiotemporelle : l’enfant a des difficultés à écrire correctement ou à écrire sur la ligne, ses opérations mathématiques ne sont jamais alignées correctement, il est dans l’incapacité de comprendre une carte de géographie. Il est vite perdu dans l’organisation, dans la méthodologie, il ne sait plus où il en est dans un apprentissage, il fait les choses dans le désordre ou à l’envers. Les notions de temps, d’heure, de chronologie, de suites logiques lui sont incompréhensibles. La lecture et l’écriture sont touchées : il s’embrouille, inverse les lettres, perd la structure et la syntaxe de la phrase, … On constate une lenteur et des difficultés à l’école dans les exercices réclamant un passage à l’écrit. De même, des difficultés persistantes dans la reproduction de formes. Il a difficile à visualiser la page et ne parvient pas à écrire sur les lignes ;
  • Des difficultés de latéralisation : l’enfant est malhabile, gauche, a une démarche souvent raide et lourde. Il ne sait pas comment « bien bouger ». Il n’’investit pas les activités sportives ;
  • Un retard dans le développement psychomoteur ou des troubles praxiques (difficultés dans l’enchaînement automatique, c’est à dire l’élaboration, la planification et l’automatisation de mouvements volontaires et de gestes précis), mauvaise tenue persistante des outils (ciseaux, règle, crayon). Crispation dans la tenue du crayon, l’enfant peut trouer la feuille sur laquelle il écrit, tellement il appuie fort ;
  • Des difficultés de concentration entraînant une écriture plus irrégulière, saccadée. Les automatismes sont plus difficiles à intégrer. Le rythme d’écriture est inadapté : l’enfant peut être très lent et faire beaucoup d’efforts pour obtenir un résultat plus ou moins correct ou à l’inverse écrire trop rapidement de façon impulsive. L’écriture peut être peu lisible : l’enfant colle les lettres, les superpose, juxtapose des lettres trop grandes à d’autres plus petites, il y a des télescopages, des tracé trop légers ou trop écrasés, le geste tremble ou est très mal maîtrisé, les lettres sont de mauvaises dimensions, le sens de la graphie n’est pas respecté, le travail semble très peu soigné. En grandissant, le jeune adopte souvent une écriture scripte[2] ;
  • Des enfants hypertoniques ou hypotoniques. Leur geste graphique manque de contrôle et produit une écriture maladroite. Il y a souvent fatigue et des crampes peuvent survenir lors de l’écriture. Le poignet est rigide ;
  • Des problèmes d’ordre psychologique tels que le manque de confiance en soi, anxiété à l’approche de l’écriture, le refus d’écrire ou le désir de non-communication, voire encore le désir de ne pas grandir.

Aménagements raisonnables pouvant être mis en place (liste non exhaustive)

  1. Au niveau de l’écrit
  • Eviter les pressions. Un élève dysgraphique ne sait pas écrire plus vite, ne pas culpabiliser l’enfant sur l’état de ses cahiers et de ses productions écrites, ne jamais obliger un élève à recommencer un travail écrit jugé non-satisfaisant ;
  • Veiller à ce que son crayon ou le stylo soit correctement tenu. Pour les dysgraphiques, l’écriture manuelle n’apporte rien sur les apprentissages, pire elle peut même les retarder ;
  • Faites attention à ce qu’il n’ait pas tendance à écriture trop vite ;
  • Veiller à ce qu’il soit attentif au sens de rotation des lettres rondes, continuer l’entraînement graphique (via des séquences courtes) ;
  • Dans les petites classes, privilégier les lettre mobiles (façon Montessori ou autre) ;
  • Privilégier des productions écrites courtes ET lui donner du temps supplémentaire, mais rester exigent sur la qualité de l’apprentissage lui-même ;
  • Adaptez les exercices pour limiter la quantité d’écrits ;
  • Privilégier l’oral à l’écrit ;
  • Inviter l’élève à montrer ses connaissances et à ne pas se focaliser sur l’écrit ;
  • Privilégier la qualité du travail à sa quantité. On peut souvent faire aussi bien en faisant moins. L’école à tendance à multiplier les mêmes exercices alors que ce n’est pas nécessaire ;
  • Organisation spatiale et temporelle
  • Veiller à lui fournir des cours complets et exploitables (photocopies, …) ou veillez à ce que ceux qu’il a copiés soient clairs et compréhensibles. En échange, exigez qu’il sache possède la matière ;
  • Soyez attentif à ce qu’il soit correctement installé. Son banc ou sa table doit être adaptée à ses difficultés. Elle doit être large et à la bonne hauteur. De même, sa chaise doit être adaptée à sa taille et qui lui permettre d’avoir un bon appui sur le sol ;
  • S’il lui en manque, veillez à lui fournir les outils nécessaires et adaptés aux apprentissages (stylo, latte, crayon, feuille, etc.) ;
  • Via le tutorat, proposer une tournante dans la classe afin qu’un élève puisse lui servir de secrétaire ou de relecteur ;
  • Les solutions techniques
  • Passer au clavier. L’école est presque exclusivement axée sur l’écrit. L’enfant va écrire pratiquement jusqu’à 6 heures à 8 heures par jour selon son niveau de scolarité. Il est indispensable de soulager l’écriture manuelle et de proposer un passage au clavier (tablette, ordinateur, imprimante) ;
  • Privilégier les outils de dictée vocale ;
  • Fournissez-lui des photocopies pour chaque cours[3], afin qu’il ait la possibilité de les revoir et de les étudier ;
  • Avant l’évaluation
  • S’assurer de la mise en place de remédiations immédiates (ou de tutorat) dans chaque cours. Sans remédiation l’élève se décalerait de plus en plus par rapport à la vitesse et la qualité d’écriture de son âge.
  • Au niveau de l’évaluation
  • Privilégier l’oral, quel que soit le niveau d’études pour vérifier les connaissances ;
  • Se focaliser sur les connaissances et non sur l’orthographe, évaluer la réponse et non la manière dont elle a été écrite ; 
  • Accepter les productions faites au clavier, avec correcteur orthographique.

De manière générale, les aménagements raisonnables que l’on met en place pour un élève doivent être généralisés à tous les autres élèves, qu’ils aient ou non un ou des troubles spécifiques des apprentissages. Tel est l’idée de l’enseignement inclusif. En permettant à tous les élèves de bénéficier des mêmes facilités, on évite non seulement la stigmatisation (risque important quand on différencie dans une classe) mais cela permet à tous les autres élèves, sans besoins spécifiques mais qui ont des difficultés d’apprentissage, d’en bénéficier. C’est aussi introduire un peu de justice dans les apprentissages.  

En période de stage ou en enseignement en alternance

Même lorsqu’une prise en charge a été correctement mise en place dès le plus jeune âge, les difficultés de graphie persistent et ne disparaissent jamais. Les troubles orthographiques demeurent. Le jeune aura toutes les difficultés du monde à rédiger un texte graphique (vitesse), sera difficilement lisible et fera régulièrement des fautes d’orthographe qui peuvent avoir des conséquences dans le cadre professionnel, voire dans la vie quotidienne. Cela peut se révéler pénalisants pour un adulte dans l’emploi.

Lorsqu’un jeune ayant une dysgraphie entre en stage dans une entreprise, ou quand un jeune travailleur commence un premier (ou un nouvel) emploi, il est nécessaire de mettre des aménagements raisonnables en place.  Par exemple (ceci est loin d’être exhaustif) :

  • Privilégier l’oral à l’écrit. La relation entrepreneur/travailleur doit se faire de vive voix ;
  • Eviter de lui demander de prendre des notes. En cas de nécessité, mettre à la disposition du travailleur des stylos-billes ergonomiques (qui améliorent la préhension et réduisent la fatigue de l’écriture) et ou des crayons triangulaires qui fatiguent moins l’écriture ;
  • Informatique : mettre en place un outil de dictée vocale ;
  • Durant les formations, fournir un syllabus suffisamment explicite pour que les prises de notes soient inutiles et permettre l’enregistrement par la personne qui suit la formation.

Pour plus d’informations, prendre contact avec l’Aviq (Wallonie) ou avec Phare (Bruxelles).


[1] Lettres teinte à l’encre.

[2] L’écriture scripte est une écriture manuscrite dans lequel les lettres ne sont pas liées les unes aux autres et dont le tracé correspond approximativement, en le simplifiant, à celui des caractères typographiques utilisés en imprimerie.

[3] Sur les photocopies, voir notre fiche sur la dyslexie et la dysorthographie.

Le décrochage scolaire chez l’ado

Le décrochage scolaire chez l’ado

Le pourcentage de personnes âgées de 18 à 24 ans qui n’ont pas de diplôme du secondaire supérieur et qui ne suivent plus aucune forme d’enseignement ou formation. Ils sont 14,8% à Bruxelles, 6,8% en Région flamande, 10,3% en Région wallonne. Ils sont en moyenne 8,8% au niveau belge [1].

Un adolescent sur dix est en décrochage scolaire en Belgique dont 14,4% à Bruxelles. Cette problématique retient de plus en plus l’attention des pouvoirs publics. A cet effet, l’axe 4 du Pacte pour un enseignement d’excellence prévoit de lutter activement contre « l’échec scolaire, le décrochage et le redoublement »  en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Les exclus du système scolaire ont de plus grandes chances de devenir des exclus de la société. Lutter contre le phénomène devient donc urgent et nécessaire tant ses conséquences sont négatives pour l’individu et la société : les charges sociales, la délinquance, les difficultés d’insertion socio-professionnelle, les problèmes de santé, la faible estime de soi, la dépression et autre maux qu’il entraine provoquent des coûts sociaux et économiques importants.

Les exclus du système scolaire ont de plus grandes chances de devenir des exclus de la société. Lutter contre le phénomène devient donc urgent et nécessaire tant ses conséquences sont négatives pour l’individu et la société : les charges sociales, la délinquance, les difficultés d’insertion socio-professionnelle, les problèmes de santé, la faible estime de soi, la dépression et autre maux qu’il entraine provoquent des coûts sociaux et économiques importants.

Mais avant tout, le décrochage scolaire touche profondément et avant tout l’individu. L’enfant, l’ado victime tend à s’intérioriser et vit un profond sentiment de mal-être, de détresse qu’il va subir tant qu’il n’en sort pas.

Mais d’abord, qu’est-ce que le décrochage scolaire ?

Certains parlent de décrochage pour parler d’élèves qui ne s’investissent plus dans leur travail scolaire. Mais la définition la plus communément admise du décrochage scolaire est celle qui désigne des enfants, des ados, des jeunes en âge d’obligation scolaire, qui ont abandonné l’école et qui ne suivent aucun autre type d’enseignement ou de formation. On estime qu’un élève est considéré en décrochage quand il dépasse les 20 demi-jours d’absence non justifiés. Le taux de sorties prématurées des 3èmes, 4èmes et 5èmes années secondaires est de 6,3 % en 2016-2017 en Région de Bruxelles-Capitale[1]. Il constitue le taux le plus élevé en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Quel est leur profil?

Il existe une multitude de profils différents. D’abord, les garçons sont plus touchés que les filles, les jeunes d’origine sociale précarisée ainsi que les jeunes d’origine étrangère dont la probabilité de décrochage et d’abandon scolaire est cinq fois plus élevée.

De nombreux facteurs comme la relation avec les professeurs, les autres élèves, la pédagogie, la situation familiale ont tendance à provoquer un fort impact sur l’ado et sa scolarité.

Justement quelles en sont les causes?

 C’est d’abord notre système scolaire qui en est la cause. Un système particulièrement et profondément injuste qui se caractérise par la séparation des élèves en fonction de leur profil socio-économique et/ou socio-cognitif, par son système d’évaluation, ses redoublements, la relégation vers l’enseignement qualifiant ou l’orientation vers l’enseignement spécialisé. Il contribue grandement à accroître à moyen et à long terme les risques de décrochage scolaire.

 À 16 ans, 7 % des élèves qui appartiennent à l’indice socio-économique le plus faible sont orientés vers le spécialisé contre seulement 2 % des élèves de 16 ans faisant partie de la population plus favorisée.

On constate pourtant que certains enfants scolarisés dans le spécialisé ne souffrent d’aucun trouble d’apprentissage ou d’un handicap avéré ; le seul «handicap» de ces enfants est leur milieu social. Ils se retrouvent alors orientés vers le spécialisé et quasi-définitivement condamné comme élève à y rester parce qu’on estime chez eux une certaine forme de « démission ». Par conséquent, les enseignements spécialisés de type 8 et 1 deviennent les instruments de relégation pour les jeunes en obligation scolaire.

Cette problématique de décrochage relève d’une série d’autres facteurs déterminants et multiples tel que le degré d’implication des parents dans la scolarité de leurs enfants, leur rapport au savoir, leur relation avec l’école et les enseignants, leur niveau d’études, de connaissances de la langue parlée à l’école, de moyens de subsistance ainsi que leur propre intégration socioprofessionnelle.

Les causes peuvent aussi et tout simplement être dues à un retard trop important dans une ou des matières, à un manque de confiance en soi, à des problèmes relationnels, d’apprentissage, à un encadrement insuffisant. L’ado a un besoin énorme d’appartenance à un groupe, besoin d’être reconnu par ses pairs pour se sentir exister et confirmé dans son statut. S’il est laissé de côté, il perd à ses propres yeux toute légitimité et estime de soi.

Quelles sont les conséquences ?

D’abord, le décrochage sur l’ado se manifeste par l’ennui, un comportement contestataire et rebelle, par une intériorisation et une passivité totale pour les cours, par l’absentéisme, de l’irritabilité, des phobies, par un état dépressif, …

L’ado qui ne se préoccupe plus de l’école, perturbe bien souvent le bon déroulement de la classe parce qu’il est lui-même perturbé et subit généralement un état de mal-être profond. Ayant décroché, il change fréquemment d’options, voire d’école.10,2 % des élèves ayant changé d’établissement scolaire dans le 1er degré en secondaire redoublent, contre 6,2 % qui sont restés dans le même établissement[1]. Les enseignants et la direction proposent alors rapidement des filières moins valorisées. Il est reconnu que l’enseignement à horaire réduit est une sorte de filet de repêchage pour l’ado suivant un enseignement à temps plein et ne possédant pas de diplôme ou d’attestation. Dans ce système, on retrouve hélas beaucoup d’ados à problèmes.

Il existe de nombreuses autres conséquences du décrochage scolaire, tel que l’alcoolémie, la toxicomanie, la délinquance et bien d’autres situations tout aussi graves. Fréquemment, l’ado en décrochage entretient un lien familial faible. De ce fait, il se réfugie alors auprès d’amis ayant le même vécu. Et s’il ne rencontre personne avec le même parcours que lui, il tombe en dépression et s’isole.

Une dernière conséquence à évoquer et qui est de taille, c’est sa vulnérabilité sur le marché de l’emploi. Un ado ayant connu un décrochage précoce dans l’enseignement se voit contraint de trouver un emploi. S’il en trouve, c’est généralement un travail précaire dans lequel il stagnera toute sa vie au même niveau de qualification parce que son employeur investira peu dans sa formation, et sa situation restera bien souvent incertaine.

Que faire et ne pas faire en tant que parent face à un ado en décrochage scolaire ?

Une chose à éviter et qui est pourtant assez courante, c’est de comparer l’ado en décrochage avec ses frères et sœurs. Cette comparaison ne l’aidera pas à se motiver. Bien au contraire, il en sera encore plus frustré.

Lui supprimer des loisirs utiles tels que le sport ou des activités artistiques par exemple n’est pas la solution. Bien au contraire, ce sera une source supplémentaire de frustration et de déception pour lui. A défaut de trouver la motivation pour l’école, il trouve au moins une source de motivation dans d’autres activités qu’il aime! En revanche, on pourra supprimer les écrans tels que les jeux vidéo qui ne sont pas utiles pour son développement.

Ne faut-il pas mieux privilégier une enquête approfondie pour comprendre les causes réelles du décrochage que mettre tout sur le compte de la paresse ? Peut-être vit-il mal une déception sentimentale, réagit-il à un conflit dans le couple et il est inquiet à l’idée que ses parents vont se séparer ; peut-être que quelque chose se passe à l’école, que quelqu’un l’importune, qu’il est en conflit avec un professeur et qu’il est même en train de traverser une phase de dépression ?

Dans une telle situation, adopter en tant que parent une attitude d’écoute et de dialogue, même si parfois c’est très difficile, est sans doute l’approche la plus constructive. Il vaut mieux chercher à limiter « la casse » car son problème peut encore s’accentuer, si ce n’est déjà pas le cas, par des troubles du sommeil par exemple, par la rumination mentale, par des problèmes de fatigue chronique, par l’épuisement.

Dans l’imaginaire collectif, le décrochage est souvent associé aux cancres de la classe ; pourtant il concerne des élèves au parcours fluide et même brillant mais qui tout à coup de mettent à angoisser et à paniquer. On parle alors de burn-out scolaire.

L’hyperparentalité est source de grand stress aussi pour les ados qui s’investissent alors de trop, terrifiés à l’idée de rater et de décevoir. Pour la majorité des parents, l’école a toujours été un ascenseur social ; or, c’est loin d’être le cas : 80 % de leurs enfants auront des postes inférieurs à ceux qu’ils occupent eux-mêmes.

 Et pourtant, la pression exercée sur l’ado est énorme et génère une anxiété profonde. Dans ce contexte, certains parents ont tendance à diagnostiquer et à voir un décrochage de manière précoce, suite à des résultats en baisse. Et ils vont jusqu’à en convaincre leur enfant.

Qu’un ado se désintéresse pour une matière est tout à fait normal ! Il faut donc cesser de viser l’hyperperformance. Le soumettre à un niveau d’exigence extrême exerce une pression qui l’empêche d’apprendre. Il est tout aussi erroné de lui faire croire qu’une fois devenu adulte, la réussite à l’école est synonyme de bonheur. On ne cesse de lui rabâcher que sa réussite scolaire va lui ouvrir toutes les portes, mais en réalité avec un tel discours, on l’enferme dans une spirale infernale.

Si cette réussite est essentielle, il ne faut pas exclure le reste. Un ado qui réussit, c’est celui qui est capable d’utiliser ses échecs comme une rampe pour progresser, et non celui qui performe d’office.

Pour bien cerner le problème si votre ado est vraiment victime de décrochage scolaire, il vaut mieux privilégier la rencontre avec l’équipe pédagogique, les professeurs, le directeur de l’école pour essayer de comprendre ce qui se passe, pour avoir leur avis et ainsi pouvoir mener une action commune et collective.

C’est important aussi de veiller à l’autonomiser. En tant que parent, vous êtes la seule personne qui se préoccupe de lui et de sa scolarité ; peut-être de trop ! Il se peut alors qu’il cherche de son côté à « décoller » de vous et du même coup de l’école. Dans ce cas, ne vaudrait-il pas mieux fixer avec lui un objectif atteignable pour chaque matière, sur deux mois plutôt que sur un mois par exemple ?

Mais surtout, il s’agit de donner du sens à l’école. Peut-être que jusque-là, il allait à l’école pour vous faire plaisir, pour vous rendre heureux en tant que parent. Maintenant il a grandi, il y a des remaniements intérieurs, et la motivation, il la cherche. Il ne veut plus travailler pour vous faire plaisir et ne sait plus pourquoi étudier. Il vaut mieux alors lui parler comme à un grand, de l’avenir, du métier qu’il veut faire, pourquoi on va à l’école ; bref  de trouver un sens à sa scolarité.

 Il ne faut pas hésiter à changer de regard sur lui et à ne plus le considérer comme un enfant. C’est peut-être le moment et l’occasion de changer sa chambre, de lui proposer des activités nouvelles et de marquer ainsi le coup en opérant un véritable changement dans le regard que vous portez sur lui.

Comment aider concrètement son enfant à accrocher scolairement et à reprendre goût à l’école?

Si en tant que parent vous souhaitez augmenter les chances d’aider votre ado à sortir d’un décrochage scolaire, il existe des pistes de solutions concrètes pouvant contribuer à l’aider.

D’abord et comme évoqué plus haut, pourquoi ne pas commencer à changer son espace de travail, à installer un lieu agréable et calme pour que votre ado ait un espace destiné à l’étude et à la réalisation de ses devoirs ? Cette initiative nécessite un minimum de ressources financières et de débrouillardise pour préparer cet espace.

Ne serait-il pas temps de vous impliquer autant dans l’écoute que dans l’accompagnement de ses études et devoirs, indépendamment de la capacité de suivre les matières apprises par votre enfant ?

 Bien sûr que cela demande de pouvoir dégager du temps pour lui mais c’est important qu’il voie son parent s’intéresser à ce qu’il apprend à l’école. Cette attitude suscite implicitement son intérêt pour ses cours.

Et si en tant que parent ou couple de parents vous n’avez pas le « bagage » nécessaire pour comprendre ou même pour partager l’expérience scolaire avec votre ado, pourquoi ne pas penser à vous tourner alors vers un autre membre ou ami de la famille ou encore vers les parents d’un ami de votre enfant, qui eux, ont ce bagage. Cette personne pourra éventuellement apporter son soutien de manière ponctuelle ou régulière car il aura peut-être plus le temps, l’espace et les connaissances nécessaires pour mieux le faire. Il s’agit non pas de vous remplacer en tant que parent mais de permettre à votre ado de vivre d’autres expériences et ainsi se confronter à d’autres rapports au monde et à la scolarité.

 Il ne faut pas non plus négliger l’aide que peut lui apporter un camarade de classe. Plus un ado partage et vit des expériences différentes plus il a de chance de pouvoir rattacher ce qu’il apprend à l’école avec ce qu’il a déjà vécu. Ces expériences permettront de renforcer potentiellement son accrochage scolaire.

Justement, un des facteurs les plus déterminants dans l’accrochage scolaire, est le rapport ludique au savoir que communiquent les parents à leur enfant. En effet, un parent qui réussit à communiquer le plaisir d’apprendre, le fait qu’on peut s’amuser en apprenant, augmente les chances d’éveiller l’intérêt de l’ado pour ce qu’il apprend à l’école. Des moments réguliers dédiés spécialement à ce partage de savoir de manière ludique est l’une des pistes pour renforcer l’accrochage scolaire de votre enfant.

Si vous vous sentez capable, pourquoi ne pas envisager alors, une fois par semaine par exemple, avec votre ado et toute la famille, de dédier du temps à jouer, à organiser des championnats du savoir, des expériences scientifiques faites à domicile, des batailles de culture générale, etc. Les possibilités de ces jeux cognitifs sont nombreuses

Quels sont les moyens et les dispositifs existants en faveur de l’accrochage scolaire ?

Le Pacte d’excellence qui va progressivement être mis en œuvre cette année va tenter de parer aux problèmes existants dans notre système scolaire en centrant l’enseignement sur l’humain. Cette réforme va mettre les écoles en Fédération Wallonie-Bruxelles en chantier jusqu’en 2030 et devrait en principe aboutir à un enseignement de meilleure qualité, plus moderne, tout en privilégiant une approche personnalisée sur les acteurs de l’enseignement en général, et sur les élèves en particulier. Le pacte prévoit de lutter activement, entre autres, contre le redoublement et le décrochage scolaire.

Depuis de nombreuses années, il existe des dispositifs internes d’accrochage scolaire tel que le D(I)AS au sein des établissements scolaires bruxellois, qui qui prennent diverses formes dont des cours de remédiations, donnés le plus souvent le mercredi après- midi, parfois après les cours ou sur les temps de midi le reste de la semaine ou la participation à d’activités citoyennes, culturelles, créatives et qui proposent parfois aussi aux élèves concernés d’être extraits de leur classe durant plusieurs jours/semaines et d’être pris en charge au sein de l’école par des membres de l’équipe éducative. Ils permettent aussi de favoriser et de collaborer à l’accrochage scolaire des élèves, par la lutte contre l’absentéisme, la violence et les incivilités.

Ces dispositifs apportent un réel travail de prévention. Leur objectif est aussi de créer une dynamique autour de l’école en rassemblant les divers acteurs sociaux et scolaires pour agir efficacement ensemble contre le décrochage scolaire.

Il existe aussi le service de médiation scolaire en Région bruxelloise qui met à disposition des écoles une cinquantaine de médiateurs scolaires avec pour objectif de prévenir la violence et le décrochage scolaires dans les établissements d’enseignement secondaire. Ce sont généralement les premiers interlocuteurs vers lesquels on peut se tourner.


A Bruxelles, les médiateurs sont présents dans les établissements tout au long de l’année ; et bien qu’ils soient présents dans l’école même, ils ne font pas partie du personnel de l’école et ne dépendent donc pas de la direction.

Le Centre PMS ou Psycho Medico Social ou le CPMS est à la disposition des élèves et de leurs parents, dès l’entrée dans l’enseignement maternel et jusqu’à la fin de l’enseignement secondaire. C’est un lieu d’accueil, d’écoute et de dialogue où l’élève et/ou la famille peuvent aborder les questions qui les préoccupent en matière de scolarité, d’éducation, de vie familiale et sociale, de santé, d’orientation scolaire, professionnelle, etc.

Le Centre PMS est composé de psychologues (conseillers et assistants psychopédagogiques), d’assistants sociaux (auxiliaires sociaux) et d’infirmiers (auxiliaires paramédicaux) qui travaillent en équipe. Un médecin est également attaché à chaque Centre PMS.

On peut donc les contacter à tout moment.

Chaque commune dispose d’un service scolaire communal qui vise l’intégration sociale des jeunes en favorisant l’accrochage scolaire.

Ces services sont des relais qu’on peut contacter en cas de difficultés en lien avec la scolarité. Ce sont des lieux d’accueil, d’écoute et d’accompagnement.
On peut contacter aussi bien le service scolaire communal de sa propre commune que de celle dans laquelle l’ado est scolarisé.

Les services d’accrochage scolaire ou S.A.S (S.S.A.S. dans l’enseignement spécialisé) qui sont des services permettant d’accueillir et d’aider temporairement des élèves mineurs rencontrant des difficultés scolaires.

Cette aide concerne par exemple des élèves exclus d’une école et ne pouvant être réinscrits dans un autre établissement scolaire ou encore ceux qui sont inscrits dans un établissement mais qui sont en situation de crise, qui ne fréquentent pas l’école sans pour autant en avoir été exclus.

Ils apportent une aide sociale, éducative et pédagogique par l’accueil en journée et, le cas échéant, une aide et un accompagnement dans le milieu familial.

Concrètement, l’objectif de ces services est que l’enfant ou l’ado puisse être réintégré dans les meilleurs délais et dans les meilleures conditions possibles, dans une structure scolaire ou une structure de formation agréée dans le cadre de l’obligation scolaire.

Le tissu associatif

Si certains parents offrent des cours particuliers à leurs enfants, bien d’autres ne le peuvent pas, surtout en faveur de ceux qui, pourtant, ont le plus grand besoin. Hélas, loin d’assurer la réussite de tous, l’école produit massivement de l’échec et même du décrochage scolaire et tout spécialement dans les milieux défavorisés qui n’ont ni les compétences ni les codes nécessaires pour y faire face.

Fort heureusement, il existe d’autres solutions beaucoup moins onéreuses pour tenter de pallier à ce problème. Il y a les associations, notamment les AMO (Aide en Milieu Ouvert) qui sont un serviced’accueil, d’écoute, d’information, de soutien et d’accompagnement aux jeunes et les EDD (écoles de devoirs) plus connues par le grand public et qui visent l’épanouissement global de l’enfant et du jeune jusqu’à ses 26 ans, en plus du soutien scolaire. Elles mènent des projets qui contribuent à faire des enfants, ados et jeunes adultes accueillis de futurs citoyens actifs, réactifs et responsables, capables de poser un regard critique sur le monde et d’en comprendre le fonctionnement.

Malheureusement, le secteur des EDD manque cruellement de moyens : manque de places, de subsides, d’animateurs formés, alors qu’elles jouent un rôle de cohésion sociale fondamental. Les EDD permettent à leur jeune public de garder le contact avec le milieu scolaire, de les accompagner dans leur processus éducatif à travers leçons et devoirs, mais aussi, de manière plus globale, de redonner du sens à leur parcours scolaire, de les réconcilier avec l’école, voire même avec leur avenir scolaire.

Enfin, il existe également un certain nombre d’écoles d’enseignement spécialisé de type 5, organisées ou subventionnées par la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui accueillent des élèves à l’arrêt sur le plan scolaire et qui proposent un suivi psychopédagogique qui vise à remobiliser le désir d’apprendre et à renouer avec ses pairs dans un cadre sécurisant en :

•  prenant en considération l’arrêt du jeune et en accueillant cet arrêt ;

•  proposant un temps et un espace pour découvrir de nouvelles manières d’apprendre ;

•  visant à faire émerger un projet pédagogique et à le rendre possible.

Cf : www.enseignement.be – circulaire 6853 du 05 19 2018

Conclusion

C’est d’abord aux pouvoirs publics de saisir et de remédier à la problématique du décrochage scolaire en s’y attaquant de manière multilatérale et en dégageant les moyens nécessaires. Des moyens certainement très importants pour permettre de repenser et de reconstruire un système éducatif défaillant en Fédération Wallonie-Bruxelles : il est actuellement source d’élitisme, d’un déficit de mixité et d’égalités sociales qui aboutit à plus d’exclusion scolaire et sociale, à des compétitions entre élèves et entre écoles. Cette refonte ne peut aboutir que par une réforme de la formation et par la revalorisation du métier d’enseignant, en prônant la culture de la bienveillance et de la coopération et en renforçant l’ouverture et l’inclusion à l’école.

Le Pacte d’excellence a été justement réfléchi et réalisé dans l’objectif d’apporter ces réformes nécessaires et indispensables au système scolaire actuel. On peut espérer que ces améliorations qui vont bientôt être entreprises pendant une durée de neuf ans ne seront pas vaines, qu’un réel travail en profondeur sera réalisé. Il ne faudrait pas juste modifier le cadre, mais surtout revaloriser l’enseignement en mettant réellement l’accent sur la dimension humaine à tous les niveaux (élèves, enseignants, parents, éducateurs, etc.).

Une autre piste d’action pourrait aussi se situer au niveau de la communication et du rapprochement entre toute la communauté scolaire, en privilégiant le partenariat entre les familles, l’école et sans oublier le monde associatif (AMO, Maisons de Jeunes, EDD). La clé étant d’être complémentaires, chacun avec sa spécificité pour viser ensemble l’épanouissement global des enfants et ados.

Mais avant tout, il est essentiel que nos enfants et ados grandissent dans un environnement familial positif. La famille joue un rôle très important car ce sont les valeurs et les modèles qu’elle véhicule qui contribuent au développement de ses enfants. La participation des familles à leur vie scolaire est en outre essentielle pour les aider à mieux comprendre l’implication qu’ils devraient avoir vis-à-vis de leur travail scolaire. Une participation qui privilégie l‘écoute, suscite l’estime de soi, stimule la motivation et la concentration, permet de créer un état d’esprit et des habitudes de travail sains. Parallèlement, leur fournir un endroit calme et approprié pour réaliser leur travail scolaire à des moments réguliers les sécurise et les mets dans une dynamique de confiance.

Une telle implication des parents permet d’agir dès les premiers signes d’échecs scolaires ; elle permet en même temps de prévenir et de les prémunir du décrochage scolaire.


[1] http://accrochagescolaire.brussels/le-ba-ba-de-laccrochage/indicateurs

[2] Les indicateurs de l’enseignement 2018, page 37.



Forum

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Vers une Ecole inclusive
Des pistes pour amener les élèves à apprendre ensemble

vendredi 29 novembre 2019

Journée organisée par la Ligue des Droits de l’Enfant et la Plate-forme pour une école inclusive, en collaboration avec le Centre d’Etude et de Formation pour l’Education Spécialisée et Inclusive – Université Libre de Bruxelles

Aujourd’hui, les élèves avec une déficience auditive ou visuelle sont les plus nombreux·ses à être intégré·e·s en enseignement ordinaire. La part des enfants inscrit·e·s dans l’enseignement de type 8 progresse pour atteindre 19,8% (1 580 élèves). Ce sont essentiellement les enfants ayant une déficience physique (T4), intellectuelle (T1 et T2) et comportementale qui sont les grand·e·s oublié·e·s de l’enseignement ordinaire. Cependant, l’intégration progresse dans tous les « types » d’enseignement, à des vitesses variables, notamment pour le type 2 qui ne parvient toujours pas à décoller. A son sujet et pour rappel, la déficience intellectuelle légère pourrait concerner entre 10 et 20 personnes pour 1 000, la déficience intellectuelle sévère est retrouvée chez 3 à 4 personnes pour 1 000 (Inserm).

Des écoles deviennent progressivement inclusives. L’axe 4 du Pacte pour un enseignement d’excellence a précisément pour objectif de développer l’école inclusive et précise que « La lutte contre la ségrégation scolaire au sein de notre enseignement est un enjeu majeur. Pour ce faire, le Pacte développe une école inclusive, basée sur le respect des rythmes de chacun et sur un accompagnement personnalisé. Il s’agit de viser la réussite pour tous les enfants, quels que soient leurs profils scolaires, leur origine sociale ou leurs types d’intelligence (…). »

Réfléchir à une école plus inclusive doit se faire avec toutes les actrices et tous les acteurs, à commencer par les premièr·e·s concerné·e·s, les élèves. L’école a, depuis trop longtemps, oublié d’inclure les élèves dans toutes les réflexions sur son évolution. Si on veut que l’école soit inclusive, il est impératif de la construire avec les élèves et les étudiant·e·s, quelles que soient leurs spécificités et les difficultés qu’ils rencontrent.

Poursuivant notre mission de réflexion et de propositions concrètes pour favoriser la meilleure intégration possible des tou·te·s les élèves dans l’enseignement ordinaire, telle que le demande la Convention des Nations Unies des Droits des Personnes Handicapées, nous souhaitons cette année considérer l’école inclusive sous l’angle des élèves et des étudiant·e·s. Ce forum, s’il s’adresse aux professionnel·le·s et futur·e·s professionnel·le·s, donnera la parole à des jeunes grâce à de petites vidéos (en effet, le 29 novembre, les enfants seront à l’école). Des professionnel·le·s de l’école et de l’intégration, ainsi que des parents, mais aussi d’ancien·ne·s élèves nous éclaireront sur les pratiques pédagogiques mises en place dans des écoles qui sont en marche vers l’inclusion. Ce sera l’occasion de débattre avec eux/elles.

Une école inclusive est une école non seulement faite pour accueillir toutes les différences, mais aussi une école qui forme de futur·e·s citoyen·ne·s à la construction d’une société plus juste, donc plus inclusive.

Ce Forum se veut un moment d’échanges autour de la thématique : « comment amener élèves à besoins spécifiques et élèves ‘ordinaires’ à coopérer et apprendre ensemble » tant dans l’enseignement fondamental que dans l’enseignement secondaire. Le Forum présentera aussi les travaux scientifiques sur les bienfaits et limites (s’il y en a ?) de l’école inclusive ainsi que la méthodologie du tutorat. Enfin, des adultes ayant passé par l’enseignement ‘ordinaire’ et spécialisé nous feront part de leurs expériences. Ces thématiques seront débattues par un panel d’actrices et d’acteurs en collaboration avec les participant·e·s au forum, et devront déboucher sur des propositions concrètes à soumettre aux divers·e·s responsables et ce, au moment où le Pacte pour un enseignement d’Excellence se met peu à peu en place et veut promouvoir une école inclusive ouverte à la différence.

Date : vendredi 29 novembre 2019
Lieu : ULB, Auditoire E. Dupréel, Avenue Jeanne,44 – 1er étage à 1050 Bruxelles
Public attendu : enseignant·e·s, directions des établissements scolaires, parents, étudiant·e·s, particulièrement ceux et celles des Hautes Ecoles, conseiller·e·s pédagogiques, CPMS, inspection, Délégué·e·s aux Contrats d’Objectifs, Directeurs·rices de Zone, personnel paramédical, psychologique et social, responsables administratif·ve·s et politiques et tou·te·s citoyen·ne·s intéressé·e·s.

Inscription par mail à
contact@liguedroitsenfant.be
P.A.F. : 35 € (25 € pour les étudiant·e·s et les familles d’enfants à besoin spécifique). A verser sur le compte compte BE76 9795 8553 0195 de la Ligue des Droits de l’Enfant, avec la communication « Inscription colloque du 29 novembre + nom de l’institution/association + nom·s du/des participant·e·s ». Afin de faciliter la gestion de ce forum, les paiements doivent parvenir au plus tard le lundi 25 novembre 2019.
La pause, le repas et les documents du colloque sont compris dans la participation aux frais.

Programme

8h30 : Accueil

9h15 : Introduction de la journée
Jean-Pierre Coenen,
Président de la ligue des Droits de l’Enfant
et de la Plate-forme pour une Ecole inclusive
.

Durant toute cette journée nous donnerons la parole aux élèves,
au travers de petites vidéos introductives.

9h35 : Plans de pilotage et école inclusive.
Dominique Paquot,
Directeur de l’école Singelijn.

10h00 : Table ronde 1

« Comment amener élèves à besoins spécifiques et élèves ‘ordinaires’ à coopérer et apprendre ensemble à l’école fondamentale ? »
Différent·e·s professionnel·le·s de l’école, et des parents partageront leurs expériences dans le domaine de l’intégration et de la manière de faire progresser une école ou une classe sur le chemin de l’école inclusive. Notamment, sur ce qui est mis en place pour amener les élèves à coopérer, quelles que soient leurs différences, pour faire société, sur ce qu’apportent les aménagements raisonnables aux enfants à besoins spécifiques mais aussi à tous les autres élèves, sur la manière d’accueillir la déficience intellectuelle, etc.
La table-ronde sera suivie par un débat avec le public.

10h50 : Pause-café

11h20 : Table ronde 2

« Comment amener élèves à besoins spécifiques et élèves ‘ordinaires’ à coopérer et apprendre ensemble à l’école secondaire ? »
Ici encore, des professionnel·le·s de l’école et des parents partageront leurs expériences de l’intégration. L’enseignement secondaire est moins inclusif que l’école fondamentale. Cependant, des écoles se lancent sur le chemin de l’école inclusive. Comment font-elles ? Quelle est leur philosophie ? Que mettent-elles en place pour favoriser la collaboration entre pairs tout en évitant les orientations vers le spécialisé ? Quels sont les écueils qu’elles rencontrent et comment les surmontent-elles ? Quels bénéfices en retirent les élèves et les professionnel·le·s ?
La table-ronde sera suivie par un débat avec le public.

12h10 : Pause repas

13h10 : Bienfaits et limites de l’intégration des élèves à besoins spécifiques en écoles inclusives : qu’en disent les recherches.
Ghislain Magerotte,
Dr en Psychologie, Professeur émérite de l’UMons.

13h30 : Quelle méthodologie pour que les élèves à besoins spécifiques et les élèves ’ordinaires’ apprennent ensemble ? Le tutorat.
Gaëtan Briet,
Dr en Psychologie, Laboratoire de Psychologie, Cognition, Comportement et Communication (LP3C – EA 1285, Université Rennes 2 Haute Bretagne.

14h00 : Table ronde 3

« Partages d’expériences et parcours de vie. Quels bilans d’ancien·ne·s élèves à besoins spécifiques tirent-ils·elles de leur scolarité, que ce soit en intégration ou non ? »
Depuis des décennies, l’école ordinaire a intégré des élèves à besoins spécifiques, souvent de manière « pirate » ; d’autres n’ont connu que l’enseignement spécialisé. Ces élèves, devenu·e·s des adultes, sont aujourd’hui intégré·e·s dans la société. Leur expérience, alors que le Pacte pense à rendre l’école enfin plus inclusive, nous semble essentielle. Qu’ont-ils·elles envie de nous dire à la lumière de leur vécu ? Comment leurs expériences de l’école peu inclusive d’hier peuvent-elle éclairer le chemin de l’école plus inclusive de demain ?
La table-ronde sera suivie par un débat avec le public.

14h50 : Table ronde 4

« Formation initiale des enseignants et inclusion »
Comment former les étudiants à l’école inclusive, alors que sans doute peu d’entre eux/elles ont connu une telle école durant leur cursus scolaire ? Quelles compétences les enseignant·e·s inclusif·ve·s devraient-ils·elles maîtriser pour accompagner tous les élèves vers l’accès aux savoirs et en faire des citoyen·ne·s actrices et acteurs d’une société, elle-même, plus inclusive ? Des professionnel·le·s de la formation des enseignant·e·s nous feront part de leur expérience. Enfin, quelle place est laissée à l’orthopédagogie dans la future formation initiale des enseignant·e·s ?
La table-ronde sera suivie par un débat avec le public.

15h40 : Conclusions et perspectives
Jean-Pierre Coenen
Président de la Ligue des Droits de l’Enfant
et de la Plate-forme pour une Ecole inclusive

En guise de conclusion de la conférence de presse :

En guise de conclusion de la conférence de presse :

Une nouveauté qui mérite un coup de chapeau

Le Gouvernement s’engage à garantir à chaque enfant un potage gratuit à l’école. Ça mérite d’être relevé et salué car c’est un levier important pour la santé d’un nombre croissant d’enfants issus de familles vivant dans la grande pauvreté.

Une DPC tiraillée entre des visions très différentes de ce qu’il faut changer

Cette DPC apparait clairement comme un compromis entre différentes formations politiques qui n’ont pas le même projet de société et donc pas la même vision des changements fondamentaux qu’il faut absolument introduire dans notre système scolaire pour qu’il soit plus émancipateur et moins inégalitaire.

Est-ce que les compromis politiques à la Belge permettent de porter une réforme aussi ambitieuse pour l’enseignement que celle qui est profilée dans le Pacte ? Nous ne le pensons pas.

Sentiment pour conclure, qu’on n’a pas avancé mais plutôt reculé avec cette DPC.

Lire ces 14 pages laisse un petit goût amer d’inventaire à la Prévert2…

De longues énumérations de petites mesures ne font pas un projet politique fort.

Et pourquoi certains éléments du Pacte y sont textuellement repris, d’autres y sont exprimés mais différemment et d’autre encore sont complètement omis ?

Différentes hypothèses peuvent être posées : A-t-elle été trop vite écrite ? Ou rédigée par des négociateurs croyant bien faire et pas au fait des multiples enjeux incontournables du changement de l’école ? Ou est-elle révélatrice d’un recul déjà par rapport aux ambitions du Pacte ?

Il va falloir que les partis clarifient rapidement les zones d’ombre.
Pour qu’on puisse y croire encore.

Pour la Plate-forme de lutte contre l’échec scolaire :

Fred Mawet, CGé (Changement pour l’Egalité)

2. Nous faisons référence au poème de Jacques Prévert nommé « Inventaire »

Retour vers la conférence de presse du 27 septembre 2019

CEB, Formation initiale et trajectoire budgétaire

CEB, Formation initiale et trajectoire budgétaire

Une autre mauvaise surprise de la déclaration de politique communautaire réside dans la volonté du Gouvernement de maintenir une épreuve externe obligatoire en fin de sixième primaire et ce pour tout élève. Cette évaluation serait « je cite » certificative et l’octroi du certificat d’études de base (CEB) serait lié à sa réussite. Voilà qui nous étonne déjà. Là où la mesure devient inacceptable c’est quand on apprend que le Gouvernement renforcera le niveau d’exigence du CEB.

Cette idée ne peut sortir que de la tête de quelqu’un qui ne connait pas vraiment l’école et ses réalités actuelles, ou pire, qui ne connait qu’un type d’école : celle qui est élitiste ou qui travaille avec un public homogène issu des catégories les plus aisées.

C’est tout le contraire de ce que nous voulons. En effet, les études sont nombreuses pour démontrer que trop d’évaluation tue l’évaluation. Le véritable tronc commun (qui plus est polytechnique et pluridisciplinaire) est celui qui permet à TOUS les élèves d’acquérir des compétences en leur donnant le temps.

Ces évaluations « sanction » engendre du stress inutile chez les élèves et surtout les plus faibles qui se sentent sans cesse « traqués », observés, jugés et, osons le terme « classés » et pire « cassés ». C’est le meilleur moyen de reléguer les élèves. Tout le contraire de ce qui est envisagé dans le Pacte pour un enseignement d’excellence qui s’appuie sur un pilier essentiel : une véritable mixité sociale.

Quel est le but recherché par un renforcement du niveau d’exigence à ce moment de la scolarité ? La véritable évaluation est celle qui permet le diagnostic pour l’élève et le pilotage pour le système. Pour cela, pas besoin d’épreuve compliquée à la fin de la sixième primaire.

Tous les professionnels s’accordent pour dire que l’échec et le redoublement ne résolvent pas les difficultés.

Comment dès lors imaginer que l’on puisse certifier avant l’issue de ce tronc commun ? Pour nous, une seule épreuve certificative est nécessaire et indispensable : celle de fin de parcours.

Il est grand temps que nos décideurs politiques revoient leur copie à ce sujet sinon ils prennent le risque de détruire le système pour lequel tous les acteurs se sont accordés. Ils seront responsables de la prise en otage de toute une génération d’élèves.

C’est dans le même esprit que nous sommes étonnés de voir l’entrée en vigueur de la formation initiale repoussée d’un an. Pendant ce temps, le Gouvernement demandera à l’ARES d’examiner la capacité opérationnelle de la mise en oeuvre de la réforme par les établissements d’enseignement supérieur, d’adapter la réforme quant à ses modalités de mise en oeuvre, d’évaluer le coût d’organisation de la réforme et son intégration dans la trajectoire budgétaire. On se pince pour vérifier qu’on ne rêve pas quand on sait le temps et l’énergie déployés par les acteurs du terrain pour préparer cette réforme. C’est comme si rien n’avait été fait ! C’est une injure aux professionnels qui se sont employés à réfléchir cette réforme pas seulement dans ses aspects organisationnels.

Permettez-moi donc d’analyser le choix fait par le nouveau Gouvernement dans le contexte qui nous préoccupe aujourd’hui, celui de la lutte contre l’échec scolaire.

Cette lutte contre l’échec passe aussi par un renforcement des compétences des enseignants, dans des outils de renforcement de français comme langue d’enseignement, de remédiations immédiates, de gestion de l’hétérogénéité des classes et d’inclusivité, avec ou sans le support du numérique.

C’est ce que le PACTE souhaite mettre en place et dans une certaine mesure, la réforme de la formation initiale tente de répondre à ces objectifs. Elle ne pourra le faire seule, la formation continue jouant également un rôle déterminant dans le déploiement d’expertises à ce niveau.

La réforme de la formation initiale ainsi que le PACTE sont très ambitieux, il est donc vital de mettre les moyens nécessaires pour atteindre ces objectifs.

Ainsi, même si la réforme de la formation initiale prévoit de mieux outiller les nouveaux enseignants pour lutter contre l’échec au travers d’un renforcement de la formation telle qu’elle avait été souhaitée au départ en 5 ans par le GT4O, le passage à 4 ans les préparera essentiellement à travailler dans de nouveaux empans et de nouvelles disciplines.

S’il est vrai que la formation sera aussi plus développée au niveau de la lutte contre l’échec avec un renforcement de la remédiation au sein même des disciplines et de la prise en compte d’un renforcement du français comme langue de scolarisation, c’est surtout au travers des spécialisations techno-pédagogiques, dans la différenciation et dans l’orthopédagogie que les nouveaux enseignants seront véritablement préparés à ces nouveaux défis. Ces spécialisations ne se développent réellement que lors de la 5ème année d’étude qui est le master de spécialisation en enseignement.

Le risque, induit par la DPC, serait de demander à la formation initiale de renforcer l’ensemble des axes et des besoins des nouveaux enseignants, dont le PACTE a besoin, dans un temps de formation trop court et avec des moyens réduits, ce qui conduirait indubitablement à une formation trop généraliste et superficielle.

Les études montrent que la majorité des enseignants débutants qui quittent la carrière, le font par manque de formation et de préparation à la gestion de classes hétérogènes (étude Saint Louis). Une formation qui ne se préoccuperait pas du coeur du métier d’enseignant qui est d’accompagner tous les enfants pour les amener le plus loin possible ne pourrait que conduire à l’accentuation de la pénurie et à une diminution de la qualité de l’encadrement pensé par le PACTE.

Enfin, il y a le bouquet final … Que vont coûter toutes ces mesures. Si l’on connait la trajectoire budgétaire du Pacte (qui repose en grande partie sur le tronc commun) nous n’ignorons pas les difficultés que connait la Fédération Wallonie-Bruxelles en matière de finances.

Aucune mesure proposée par le Gouvernement n’est chiffrée.

Comment seront-elles financées ? La Déclaration est particulièrement muette. Nous l’avons déjà dit et nous le redirons probablement encore, sans une politique de refinancement, l’enseignement (et plus particulièrement l’enseignement secondaire) risque de payer dans quelques années les frais des politiques actuelles. Que les politiques n’agissent pas pour cette matière comme ils le font pour le climat. N’attendons pas qu’il soit trop tard.

Pour la Plate-forme de lutte contre l’échec scolaire :

Roland Lahaye, CSC-enseignement

Retour vers la Conférence de presse du 27 septembre 2017

Inclusion ou exclusion, la frontière est mince.

Inclusion ou exclusion, la frontière est mince.

Sur le problème de l’école inclusive, la DPC est une fois encore mi-chèvre, mi-chou. Mais commençons par nous réjouir de ce qui est très positif. Le Gouvernement s’engage à Accompagner les enfants qui connaissent des troubles de l’apprentissage et (à) garantir une école inclusive qui prend en compte les besoins spécifiques des enfants. C’était déjà un engagement du Pacte, et le Gouvernement s’engage à le mettre en oeuvre. Nous rappelons que chaque année plusieurs milliers d’enfants n’ayant aucun handicap autre que social ou ayant un ‘DYS’ sont orientés vers l’enseignement spécialisé.

Autre point très positif de la DPC est le projet d’Améliorer significativement l’accessibilité des infrastructures et des cursus (supports de cours, aides à la communication, accompagnement, etc.) afin de favoriser l’inclusion scolaire de tous les élèves. Les aménagements physiques ne suffisent pas à permettre l’intégration de nombreux élèves ayant une déficience. Les aménagements raisonnables nécessitent souvent des supports de cours adaptés (Police de texte adaptée aux ‘Dys’, feuilles de couleurs, programmes informatiques, …), ainsi qu’un accompagnement spécialisé, souvent fourni par l’enseignement du même nom.

Voilà pour le très positif. Avant de passer à ce qui nous inquiète, il y a l’entre deux : une proposition floue, à l’instar du Pacte dont elle reprend le manque de clarté. La DPC envisage de Diminuer le nombre d’élèves fréquentant l’enseignement spécialisé en favorisant l’inclusion dans l’enseignement ordinaire chaque fois que cela s’avère possible et en dégageant les moyens nécessaires à leur inclusion. On pourrait trouver cela formidable. Seulement tant la DPC que le Pacte ne précisent pas de quels enfants on parle. Sont-ce les élèves avec un ‘Dys’, des enfants de familles populaires ou des enfants ayant une déficience physique ou intellectuelle ? On sait que le Pacte envisage de ramener le nombre d’élèves de l’enseignement spécialisé au niveau de celui de 2004 (soit 6 000 de moins) sans plus de précisions. L’analyse que nous en faisons est que cela concernera surtout le type 8 et un peu le type 1 qui reçoivent essentiellement des enfants sans le moindre handicap. Pour les enfants vivant avec un handicap, c’est le flou total. C’est un problème : la conception même de l’école inclusive concerne essentiellement les enfants en situation de handicap. Alors, de quoi parle-t-on ?

Parler d’école inclusive sans envisager l’intégration d’enfants en situation de handicap, c’est parler de tout, sauf d’école inclusive. Pour rappel, la Charte de Luxembourg la définit comme une école qui comprend tout le monde avec une structure administrative commune pour l’enseignement spécifique et ordinaire et la collaboration entre les enseignants ordinaires et spécifiques. Une Ecole inclusive est donc une école où tous les élèves qu’ils soient ‘ordinaires’ ou ‘à besoins spécifiques’, se retrouvent dans les mêmes classes et apprennent ensemble (des choses parfois différentes, mais c’est le fait d’apprendre ‘ensemble’ qui est fondamental).

La Convention des Personnes handicapée, signée et ratifiée par la FWB stipule que « Les Etats veillent à ce que les enfants handicapés ne soient pas exclus, sur le fondement de leur handicap, de l’enseignement primaire gratuit et obligatoire et de l’enseignement secondaire. » et que “ Les personnes handicapées puissent, sur base de l’égalité avec les autres, avoir accès, dans les communautés où elles vivent, à un enseignement primaire inclusif, de qualité et gratuit, et à l’enseignement secondaire ». J’en viens donc à ce qui nous inquiète.

La DPC veut Encourager le développement de classes d’enseignement spécialisé au sein d’établissements de l’enseignement ordinaire afin de permettre l’inclusion effective dans les temps libres et informels. En cela les concepteurs de la DPC comme ceux qui ont élaboré le Pacte n’ont rien compris à l’école inclusive et ne respectent pas les droits fondamentaux des enfants ayant un handicap. Les « classes spécialisés1 » sont une autre manière de faire de la ségrégation. Si les enfants qui y sont accueillis peuvent bénéficier de moments informels – ou pédagogiques – avec les enfants ‘ordinaires’ (La DPC prévoit Le cas échéant, envisager l’inclusion des enfants de l’enseignement spécialisé dans certains cours de l’enseignement ordinaire), ils restent stigmatisés. Ce n’est pas de l’inclusion. Tout au plus de l’intégration, mais surtout cela ne gomme en rien la stigmatisation. Ces enfants sont différents et on le montre bien à tous les autres. Ce n’est pas comme cela qu’on fait société et qu’on forme des citoyennes et des citoyens soucieux des autres.

Autre point qui peut paraître de prime abord comme étant positif dans la PDC est que le Gouvernement veut réduire la problématique du transport scolaire. Sur ce point, soyons clair. Le transport scolaire n’est pas une simple ‘problématique’. Ce n’est ni moins ni plus qu’un système maltraitant. Il doit être interdit ! Mettre des enfants en situation de handicap dans un bus pendant plusieurs heures par jour est scandaleux. La seule solution au transport scolaire est l’école du village, l’école du quartier. Bref, l’Ecole inclusive.

La Charte de Luxembourg, citée plus haut, définit l’école inclusive comme comprenant tout le monde. Or, aujourd’hui encore, notre Ecole discrimine les élèves sur base de leurs origines sociales et culturelles. Elle entretient, voire amplifie les inégalités. Ce n’est en aucune manière une Ecole qui comprend tout le monde du début à la fin des cursus scolaires.

L’Ecole inclusive, au contraire, si elle accueille des élèves en situation de handicap physiques et mentaux, prouve par là qu’elle accueille tout le monde. Si les plus fragiles sont accueillis, si on met en place pour eux des aménagements raisonnables et des pratiques pédagogiques qui vont leur permettre d’apprendre à leur rythme sans être rejetés et orientés, alors par définition, l’Ecole inclusive accueillera tout le monde. Elle sera « formatée » à toutes les difficultés d’apprentissages et pourra accompagner sans les rejeter, tous les élèves, quelles que soient leurs origines, leurs handicaps, leurs difficultés d’apprentissages.

L’Ecole inclusive est l’école pour Tou·te·s par définition. C’est donc aussi l’école sans échec. L’école qui permet à tous les élèves, quelles que soient leurs difficultés de vie, d’acquérir tous les savoirs de base ou, pour ceux qui vivent avec une déficience intellectuelle, tous les savoirs qu’ils sont capables d’emmagasiner. C’est une Ecole qui ne met pas les élèves en compétition et qui permet à chacun·e d’avancer le plus loin possible.

J’ai gardé un point important, qui nous réjouit, pour la fin. Le Gouvernement rappelle que l’enseignement spécialisé s’adresse à des publics à besoins spécifiques. Il souhaite décloisonner enseignement ordinaire et enseignement spécialisé et propose de mettre en place une table ronde de l’enseignement spécialisé afin d’analyser globalement le système en réunissant les spécialistes du secteur. C’est une initiative positive, mais elle ne le sera pleinement que si la société civile y est invitée. Nous appelons donc la Ministre à intégrer à cette table ronde les associations qui portent la lutte contre les orientations abusives d’enfants sans handicap vers le spécialisé et celles qui portent le combat de l’Ecole inclusive pour toutes et tous.

1 Le Décret parle de “classes à visée inclusive”. Cap 48, dans ses publicités radio sucre le « à visée » pour ne parler que de « classes inclusives », ce qu’elles ne sont évidemment pas.

Pour la Plate-forme de lutte contre l’échec scolaire :

Jean-Pierre Coenen, Ligue des Droits de l’Enfant

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