27 septembre : Ce n’est pas la fête pour l’école

27 septembre : Ce n’est pas la fête pour l’école

Texte de la conférence de presse de la Plate-forme de lutte contre l’échec scolaire

en Communauté française – 27 septembre 2017

Introduction

C’est la fête pour la Communauté française, mais ce n’est pas la fête pour l’Ecole.

Aujourd’hui, la Fédération Wallonie-Bruxelles fait la fête. Pour nous, associations membres de la plate-forme de lutte contre l’échec scolaire[1], il n’y a pas de raison de faire la fête. La situation politique de la Communauté française est loin de nous tranquilliser. Nous craignons que les acquis du Pacte ne soient détricotés au profit d’idéologies politiques conservatrices.

Et tant qu’à profiter de ce jour de fête, nous commémorons également cette année les 20 ans du Décret mission. Mais une commémoration est rarement un moment de joie intense. En effet, le Décret Missions n’a jamais été mis en œuvre. Il a cependant donné des lueurs d’espoir aux enseignants et aux associations progressistes qui luttaient pour une école plus juste. Il nous parlait de pédagogie du projet, de remédiation, de lutte contre l’échec scolaire. Il visait notamment l’émancipation de tous et promettait de lutter contre les inégalités. Il est aujourd’hui une coquille vide. A peine voté, il a été oublié. De temps en temps, certains d’entre nous tentent de rappeler ses objectifs, mais qui s’en souvient ?

Nous craignons que le Pacte pour une Ecole d’excellence ne subisse le même sort. Celui-ci n’a pas encore été mis en œuvre qu’il est remis en question par certains acteurs politiques. On a vu le président du MR remettre le Tronc commun en cause. Or ce dernier est le fondement même du Pacte et l’axe fondamental qui permettra – avec des aides spécifiques aux difficultés d’apprentissages et des pratiques pédagogiques adaptées – de diminuer les inégalités au sein de notre système scolaire. De même, le Décret inscriptions est sur la corde raide. Défi propose tout simplement son abrogation et la Ministre de l’enseignement a récemment proposé au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles de réfléchir à sa « révision ». Nous craignons donc son détricotage. Rappelons que le nouveau partenaire du Cdh, le MR, n’a jamais été un opposant progressiste par rapport aux versions  successives du Décret.

Pour un nombre important de familles, l’école n’est plus accessible tant les frais liés à la scolarité sont peu abordables, le Décret inscription se prend une volée de missiles nord-coréens dans la figure et les moyens financiers de la Communauté française nous font craindre que le Pacte ne doive voir le jour qu’avec des emplâtres sur ses jambes de bois.

En ce jour où nous n’avons pas le cœur à la fête, nous voulons lancer un appel à tous les acteurs politiques et aux acteurs du Pacte : il est plus qu’urgent de diminuer les inégalités et la sélection sociale. Le Pacte est loin d’être parfait mais 20 ans après le Décret Missions, il redonne de l’espoir à celles et ceux qui, dans l’école et en dehors de celle-ci, luttent contre ces inégalités.

Nous demandons à tous les acteurs politiques qu’ils clarifient le brouhaha qui règne depuis des mois autour de l’Ecole et répondent clairement à la question : Alors, ce Pacte, avec tout ce qui en est ressorti de positif, on y va ? Ou on rejoue le Décret Missions, 20 ans après ? ».

Pas de réduction significative des inégalités sans tronc commun

La littérature et les recherches le montrent : le Tronc Commun est une condition indispensable pour un enseignement moins reproducteur d’inégalités[2].

C’est la raison pour laquelle cette mesure a été retenue dans le train de réformes dont le Pacte devra accoucher.

Mais c’est aussi la mesure du Pacte qui a probablement fait couler le plus d’encre et a suscité le plus d’émotions chez certains parents et chez des enseignants.

Parce que mettre en œuvre ce Tronc Commun dans toutes les écoles de la CFWB est un défi politique, pédagogique, organisationnel et culturel de taille :

Un défi et un choix politique qui consiste à opter clairement pour la fonction intégratrice de l’école :  à parier sur l’éducabilité de tous et à tourner le dos – en tous cas le temps du TC – à la fonction différenciatrice qui s’appuie sur la théorie des dons et sur une conception essentialiste de l’intelligence et des aptitudes ;

Un défi pédagogique car faire entrer autant les enfants de milieux populaires que les enfants de milieux favorisés dans les apprentissages est possible à condition de tenir compte des rapports aux savoirs des enfants provenant des différents milieux sociaux et donc, de repenser en profondeur la façon dont on enseigne ;

Un défi organisationnel car le temps et l’espace scolaire devront être profondément revisités ;

et

C’est aussi un défi culturel :  ça renvoie à « quel type de modèle porte-t-on et partage-t-on sur la place, le rôle de l’école vis à vis de chacun de nos élèves et vis-à-vis de la société en général ? ».

Puisqu’une décision telle que celle-là a été prise, il est indispensable de construire sa légitimité non seulement auprès des acteurs scolaires mais aussi auprès de l’ensemble de la société.

Mettre en œuvre le TC oblige à repenser collectivement ce qu’on apprend et comment on l’apprend. Et donc, nécessite de sortir du cloisonnement qui laissait jusqu’à présent la sphère pédagogique aux mains des réseaux : il faudra se frotter et même se mettre d’accord pour faire « école commune », sans quoi le TC risque fort d’être une coquille vide ou d’être mort-né.

Ce n’était déjà pas gagné avec les réseaux, ce l’est encore moins depuis la crise politique provoquée par Benoit Lutgen : elle ramène au-devant de la scène un parti – le MR – qui semble en profond désaccord avec l’implémentation d’un TC.

Les acteurs de la plateforme de Lutte contre l’échec scolaire attendent de la part de l’ensemble du monde politique francophone de la cohérence, de la cohésion autour des engagements pris en matière de réduction des inégalités scolaires et seront très attentifs à ce qu’une mesure comme le tronc commun ne soit pas pervertie ou vidée de sa substance.

Note complémentaire :

Comme l’indiquait Vincent Dupriez dans son intervention au colloque sur le TC organisé par le CEF en 2015, les débats sur le TC dans beaucoup de pays révèlent une tension majeure entre 2 fonctions de l’école :

  • Une fonction différenciatrice = répond à l’attente de préparer à des rôles différents dans la société et sur le marché du travail. Ce « projet de société-là » s’appuie sur la théorie des dons et sur une conception essentialiste de l’intelligence et des aptitudes. : sur l’idée qu’ayant des capacités différentes, il est logique que les parcours pédagogiques se séparent.
  • Une fonction intégratrice = l’Ecole doit faire partager une culture commune pour préparer à l’appartenance à une collectivité => tous doivent s’y côtoyer.

Cet autre projet de société s’appuie sur une conception plus universaliste et sur le postulat d’éducabilité de tous.

Et c’est évidemment un défi d’une complexité redoutable d’être ambitieux pour tous les enfants jusqu’à 15 ou 16 ans mais c’est possible SI on outille les éducateurs et les systèmes éducatifs.

Décret inscriptions : on avance ou on recule ?

On entend ces derniers temps une volonté de l’ensemble des formations politiques de revoir plus ou moins drastiquement le décret inscription. Certaines déclarations nous interpellent et nous font craindre un retour à des pratiques discriminantes. Sommes-nous contre toute révision du décret ? Certainement pas. Mais il faut s’entendre sur le sens de cette révision.

La régulation des inscriptions a été mise en place afin de répondre, entre autres, à un véritable défi : diminuer les inégalités dans l’enseignement en FWB. Nous sommes en effet, hélas, champions toutes catégories dans ce domaine. C’est chez nous que les écarts de performance entre les jeunes des classes populaires et ceux des milieux socialement favorisés sont les plus grands de toute l’Europe (la Flandre et la France nous disputant néanmoins le leadership …). Tant en termes de redoublement que de réorientations non souhaitées ou encore de niveaux mesurés lors de tests internationaux comme le célèbre PISA.

Or, des études ont pu démontrer que la ségrégation sociale des établissements et l’inéquité d’un système éducatif vont de pair. D’où l’importance de favoriser la mixité sociale. C’est un des objectifs que dit vouloir atteindre le décret inscriptions. Est-il atteint ? Les données dont on dispose indiquent que si amélioration il y a, elle est de très faible amplitude et certainement insuffisante pour rencontrer l’objectif de mixité annoncé. Ce n’est pas étonnant quand on sait que le décret n’agit que sur un des mécanismes du marché scolaire, lui-même source de ségrégation. Néanmoins, c’est toujours ça de pris ! Mais quel sens aurait sa disparition ?  Ca reviendrait à affirmer que le marché scolaire ne serait plus soumis à la moindre forme de régulation. Ce qui serait catastrophique.

La révision du décret ne répondra pas à la problématique récurrente du manque de places à Bruxelles et, bientôt ailleurs. La solution est bien sûr dans la création de nouvelles places. La révision du décret ne résoudra pas non plus le fait qu’une école ne puisse pas satisfaire le nombre de demandes par rapport aux places disponibles.

Car si une école est trop demandée, il faut bien d’une manière ou d’une autre départager les candidats. C’est ce que fait le décret sur base de critères objectifs. Sans doute trop compliqués. Peut-être pas assez judicieux. Mais en tout cas objectifs. Que se passait-il auparavant ? La connaissance du système de certains parents les poussait à réserver des places jusqu’à trois ans à l’avance. Quand ce n’était pas le copinage pur et simple avec certaines directions ou encore la sélection par ces mêmes directeurs sur des critères peu avouables comme, par exemple, la méritocratie. En quoi ce système était-il meilleur ? Certes, les « victimes » n’étaient pas forcément les mêmes car seules les classes les plus favorisées avaient une connaissance du système suffisante pour en sortir à leur avantage.

Maintenant c’est autre chose. Quoi qu’il en soit, il restait toujours des jeunes qui n’avaient pas leur premier choix. Revenir à ce système serait donc, à nos yeux, inacceptable.

Si révision du décret il devait y avoir, elle ne pourrait, selon nous, se faire qu’en regard des objectifs énoncés qui ne seraient pas rencontrés : à savoir celui de mixité sociale.

Pour nous, afin d’avancer sur cet objectif, il ne faut pas supprimer toute régulation mais bien réguler mieux !

L’enseignement réellement gratuit, une urgence pour un enseignement de la réussite pour tous !

Si la gratuité scolaire n’endiguera pas à elle seule les inégalités scolaires, elle constitue un des obstacles majeurs à lever pour s’engager de façon déterminante dans ce sens.

Malgré des engagements répétés à atteindre une réelle gratuite scolaire, actuellement seul l’accès à l’Ecole est gratuit en Fédération Wallonie-Bruxelles comme l’affirme l’article 24 de la Constitution belge. Il est donc plus qu’urgent de se montrer ambitieux en la matière en Fédération Wallonie-Bruxelles en mettant immédiatement en place un processus concret conduisant à la gratuité scolaire. Un « pacte d’excellence » qui renâclerait à se saisir de ce chantier essentiel ne fera que renforcer « l’excellence » pour les mêmes.

Faut-il encore dire et redire que si l’argent seul  ne suffit pas à endiguer l’appauvrissement, la pauvreté, la pauvreté durable, penser que cela n’en constitue pas un levier essentiel serait malhonnête. Et lorsque l’argent devient la préoccupation principale de parents dans leur relation à l’Ecole, c’est irresponsable et violent que des décideurs en restent au constat.

 Bien trop souvent à l’origine de fortes tensions et de stress, les frais scolaires et périphériques, détournent l’attention des parents, du corps enseignant et des enfants de l’objet principal de l’école : l’école doit se vivre autour de l’accès à la connaissance, la confiance, l’ouverture, la curiosité, le sens du vivre ensemble et de la solidarité. La non-gratuité scolaire pollue cette relation triangulaire « parent/enfant/professionnels de l’école », détourne des objectifs principaux, use toutes les parties, participe à l’échec.

Dans le cadre du Pacte pour un Enseignement d’Excellence, un groupe de travail a spécifiquement débattu de l’enjeu crucial de cette nécessaire gratuité scolaire.

Le 3e avis du groupe central[3] de mars 2017 apporte quelques réponses qui vont dans le bon sens : explorer les coûts réels de l’école, évaluer et faire respecter la règlementation actuelle, supprimer les frais facultatifs, et plafonner le prix des voyages et sorties scolaires. La mesure principale du Pacte serait d’atteindre progressivement la gratuité scolaire en commençant par la suppression des dépenses strictement scolaires demandées dans l’enseignement maternel, puis dans l’enseignement primaire et secondaire.

Si l’on peut comprendre la nécessité de progressivité et l’importance d’éliminer tous frais en maternelle, l’ambition affichée est dès le départ très limitée, trop limitée, l’enseignement maternel étant le moins onéreux pour les familles. Outre le fait d’arriver au même résultat dans des délais rapides dans l’enseignement fondamental, il faudrait au minimum que cette

mesure s’applique rapidement dans les enseignements techniques et professionnels qui sont particulièrement coûteux pour les familles (couteaux, tenues de cuisine, outils, chaussures de travail, appareil photo, matériel d’art, etc.).

Si l’opérationnalisation d’une gratuité scolaire totale prendra du temps, il est nécessaire de fixer des délais raisonnables et ambitieux. Il y a trop longtemps que la question est sur la table sans être concrètement à l’agenda.

Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels engageant la Belgique à atteindre la gratuité scolaire, a plus de 40 ans. En 40 ans, les Gouvernements successifs n’ont développé aucun programme dans ce sens … quels échecs successifs sans remédiation aucune ! Il faut donc s’y mettre tout de suite, sans plus aucune tergiversation.

Le Pacte sous l’angle budgétaire

En vitesse de croisière, le Pacte constitue un investissement annuel de plus de 50 millions d’euros lorsque les investissements auront généré les effets escomptés.

Lorsque l’avis 3 a été renégocie suite au « NON sauf si » des organisations syndicales, nous avons obtenu des précisions sur l’échéancier des mesures.  Celui-ci prévoit que les investissements précèdent les économies.  Citons à titre d’exemples :

  • L’encadrement en maternel
  • L’aide aux directions
  • Le recrutement de conseillers pédagogiques
  • Les moyens pour soutenir le processus RCD tout au long du tronc commun
  • La suppression des plages horaires
  • La réduction des prestations des professeurs de pratique professionnelle
  • L’investissement en formation de cours de carrière notamment par l’augmentation de jours de formation compensée par une « prime formation »

Ainsi en 2022, 2023, au terme de la prochaine législature, l’investissement devrait être de 220 -203 millions par an.

Avant la crise de juin, le Gouvernement s’est accordé sur l’aspect budgétaire du pacte. Depuis la crise et la mise en place du gouvernement wallon dans lequel siège le Cdh et la Ministre Greoli, vice-présidente du Gouvernement FWB,  nous voulons que la majorité reconstituée confirme cet engagement car la déclaration de politique régionale wallonne s’inscrit dans une trajectoire explicitement différente: « La Wallonie s’inscrira dans la lettre et l’esprit de l’accord de coopération de 2013 relatif à la coordination et à l’évaluation des politiques budgétaires des différentes entités belges. A ce titre, une attention particulière sera accordée à l’évolution du solde structurel. Le Gouvernement établira sa trajectoire budgétaire en se fondant sur les recommandations du Conseil Supérieur des Finances. »

Le non-respect de la trajectoire budgétaire constituerait une rupture de l’équilibre construit entre les partenaires de l’école au sein du Pacte et menacerait de facto, sa concrétisation.

[1] Plateforme que coordonne la Ligue des Droits de l’Enfant depuis 14 ans.

[2] Les résultats des recherches confirment que les pays qui organisent une séparation précoce des élèves sont des pays qui accroissent les différences de performance entre élèves et les inégalités sociales de résultats dans les systèmes éducatifs.

Ce résultat n’est plus contesté aujourd’hui. Il est clair et logique : si l’école commune dure plus longtemps  et si l’orientation se fait plus tardivement, elle sera moins dépendante du capital culturel  que  les élèves ont reçu dans leur famille.

[3] http://www.pactedexcellence.be/wp-content/uploads/2017/04/PACTE-Avis3_versionfinale.pdf  p.305 à 307.

Forum : Une école inclusive, aussi pour les élèves avec une déficience intellectuelle ?

Forum : Une école inclusive, aussi pour les élèves avec une déficience intellectuelle ?

 

21 novembre 2017 : Forum

 

Une école inclusive, aussi pour les élèves avec une déficience intellectuelle ?

Journée organisée par la Ligue des Droits de l’Enfant et la Plate-forme pour l’accueil de l’enfant malade ou handicapé à l’école en collaboration avec le Centre d’Etude et de Formation pour l’Education Spécialisée et Inclusive – Université Libre de Bruxelles

On estime que 1 à 2% de la population générale est concernée par la déficience intellectuelle. Dans notre enseignement, la toute grande majorité des élèves pour lesquels un diagnostic de déficience intellectuelle a été émis sont scolarisés dans l’enseignement spécialisé de type 1 ou 2. Les données statistiques de 2016 révèlent ainsi qu’au niveau maternel, 33% des élèves sont dans le type 2 ; au niveau primaire, 25% des élèves fréquentent le type 1 et 14% le type 2 ; au niveau secondaire, 52% des élèves relèvent du type 1 et 20% du type 2. Les élèves présentant une déficience légère sont à peine 7% à bénéficier d’un enseignement spécialisé intégré. Quant aux élèves relevant du type 2, ils sont moins de 1% à fréquenter un enseignement ordinaire.

Alors que l’on réfléchit à comment faire évoluer l’école vers une école inclusive, ces enfants avec déficience intellectuelle semblent être oubliés des initiatives prises en la matière. D’aucuns estiment que leur place ne peut être dans un enseignement ordinaire primaire ou secondaire qui a des exigences trop élevées et dont les programmes et l’organisation ne permettraient pas une individualisation des parcours scolaires. Dès lors, il paraît « naturel » que ces élèves soient systématiquement orientés vers l’enseignement spécialisé. Pour les élèves présentant une déficience légère, on argue du fait que le projet pédagogique de l’enseignement spécialisé de type 1 est clair : il s’agit de mener les élèves vers une formation professionnelle qualifiante, leur permettant à l’âge adulte, de tenter leur chance dans le monde du travail ouvert. Il n’existe malheureusement aucune évaluation d’ensemble de l’effectivité de ce projet pédagogique. L’accès, à l’âge adulte, à une vie socio-professionnelle ne semble pas aussi évidente qu’on pourrait le croire. Par ailleurs, la littérature scientifique s’accorde sur le fait que des parcours en enseignement ordinaire augmente de beaucoup les possibilités d’une insertion socio-professionnelle. Par ailleurs, des parents, soutenus par des professionnels et s’appuyant sur des expériences étrangères ainsi que sur l’expérience actuelle de leur enfant, souhaitent que les élèves fréquentant le type 2 d’enseignement puissent bénéficier aussi d’une classe et d’une école inclusive.

Poursuivant notre mission de réflexion et de propositions concrètes pour favoriser la meilleure intégration possible des tous les élèves dans l’enseignement ordinaire, tel que le demande la Convention des Nations Unies relative aux Droits des Personnes Handicapées, nous souhaitons cette année aborder, sans tabou, la question de la place des élèves avec déficience intellectuelle parmi leurs pairs typiques

Ce Forum se veut un moment d’échanges autour de quatre grandes thématiques, débattues par un panel d’acteurs en collaboration avec les participants et devant déboucher sur des propositions concrètes à soumettre aux divers responsables et ce, au moment où le Pacte d’Excellence se met peu à peu en place et veut promouvoir une école ouverte à la différence.

Quand ? Le mardi 21 novembre 2017

Où ?A l’ULB, Auditoire E. Dupréel, Avenue Jeanne,44 – 1er étage à 1050 Bruxelles

Date limite d’inscriptions 15 novembre 2017,

Inscriptions auprès du Cefes :

par mail : secretariat@cefes.be

ou par téléphone 02/650 32 81

Programme et informations dans le dépliant téléchargeable ici : Colloque 21 novembre 2017

 

 

 

Accueil de la Personne handicapée tout au long de la vie

Accueil de la Personne handicapée tout au long de la vie

La Ligue des Droits de l’Enfant et la Ligue des Droits des Personnes handicapées travaillent conjointement pour la création de centres pouvant accueillir des personnes vivant avec un handicap de grande dépendance.

Au total, nous estimons entre 40 000 et 45 000, le nombre de personnes – et donc également de familles – touchées par la grande dépendance en Communauté française. Au delà des chiffres, nous constatons que les familles doivent se consacrer, dans leur foyer de leurs enfants, par manque d’institutions. Un constat mais aussi une réalité qui désacralise les personnes vivant avec un handicap de grande dépendance.

Nous pensons aussi à l’avenir, nous plaidons pour que les familles puissent bénéficier de l’accueil dans les écoles près de chez elles, dans leur quartier. Où les jeunes peuvent être scolarisés dans une école ouverte à toustes, c’est-à-dire une école inclusive. En luttant avec cette approche inclusive nous luttons aussi contre toute forme d’isolement pour les personnes vivant avec un handicap de grande dépendance.  C’est un appel du pied aux Régions Wallonne et Bruxelles-Capitale qui n’attendent qu’un signal de la Cour européenne de Justice.

Aujourd’hui Ligue des Droits de l’Enfant et la Ligue des Droits des Personnes handicapées a la volonté de créer un projet de société pour toustes. Nous soutenons un projet d’accueil qui démarre dès la petite enfance par la crèche, les écoles jusqu’à des projets pédagogiques pour l’âge adulte qui tient compte du vieillissement des familles et des personnes vivant avec un handicap de grande dépendance.

Ce projet, nous le voulons avec tous les citoyen.ne.s qui veulent s’impliquer : 

  • Parce que c’est un droit de la personne handicapée.
  • Parce que le handicap touche chaque citoyen de près ou de loin, que ce soit dans son voisinage, au sein de sa famille, chez des proches, des collègues, …
  • Parce que de nombreuses familles sont en recherche de solutions qu’elles ne trouvent pas et désespèrent d’en trouver un jour.
  • Parce que personne n’est à l’abri du handicap de grande dépendance.
  • Parce que les Régions n’ont pas – ou ne se donnent pas – les moyens pour mettre en place l’accueil de toutes les personnes vivant avec un handicap de grande dépendance.
  • Parce que la solidarité humaine peut changer notre société. De nombreux citoyens veulent une société moins individuelle, plus solidaire et ne trouvent pas suffisamment de mouvements pluralistes pour s’y impliquer. En défendant les droits des plus fragiles, des abandonnés, des laissés pour compte, de ceux que l’on cache, chacun participe à la construction d’une société solidaire.

A qui s’adresse ce projet de société ?

  • Ce projet s’adresse à tous les citoyens.
  • A tou.te.s celles et ceux pour qui le « vivre ensemble » est une valeur fondamentale, nous proposons un véritable projet de société. Notre projet doit fédérer des citoyens « ordinaires » autour du projet d’accueil des plus fragiles, des plus délaissés par la société, càd les personnes avec un handicap de grande dépendance.
  • En tentant de fédérer toute la société, nous lancerons en outre une dynamique qui dépassera le simple cadre du monde du handicap. Cela permettra aux gens qui adhéreront à ce projet de se retrouver autour de centres d’intérêt communs. Nos « fermes-villages » ou « quartiers-inclusifs » libres (communes libres) pourront devenir des centres culturels, des centres de débats, des centres de vie. Bref, des lieux qui attirent les gens…

Un projet de société est avant tout un projet politique

Un projet de société est, par définition et avant tout, un projet politique. C’est proposer une autre société et donc une autre relation entre les citoyen.ne.s. Et donc un autre projet de vie : un projet dans lequel chacun.e peut se retrouver, qu’il/elle soit handicapé.e ou non, riche ou pauvre, ayant ou non une profession, résident ou réfugié politique, jeune ou moins jeune, fille ou garçon, de toute couleur politique respectueuse des Droits fondamentaux, ayant ou non une religion, etc. Et ce, à la condition unique de respecter et promouvoir les Droits fondamentaux de tou.te.s.

Le projet « Les Etoiles de la Voie lactée » a pour objectif d’accueillir les personnes vivant avec un handicap de grande dépendance tout au long de leur vie, dans un environnement réellement inclusif qui est un véritable projet sociétal novateur. Ses objectifs sont notamment :

Une société plus juste

  • Un projet altermondialiste, dans le sens où un autre monde est possible, un monde où les plus fragiles ont leur place. Notre projet veut assurer un avenir pour chaque personne vivant avec un handicap de grande dépendance. Il met en avant des valeurs comme la démocratie, la justice économique, la sauvegarde de l’environnement et les droits humains en vue d’une mondialisation maîtrisée et solidaire.
  • Un projet qui vise une société plus équitable pour tou.te.s. Les personnes avec handicap ne peuvent plus être considérées comme non productives ou comme un poids  pour la société ; Une éducation adaptée dès le plus jeune âge et un accompagnement adapté et individualisé tout au long de la vie doivent leur permettre de développer des compétences (elles en ont), d’atteindre la plus grande autonomie possible et de mener une vie digne de ce nom quel que soit le degré de leur handicap…..

Une société plus solidaire

  • Un projet véritablement inclusif, pleinement intégré dans la société civile, en relation avec les citoyen.ne.s et permettant à chacun.e de se rencontrer et de construire ensemble un monde plus juste.
  • Un projet de société citoyen qui :
    • soutient tout projet de défense des Droits fondamentaux de tou.te.s les citoyen.ne.s ;
    • lutte contre toutes les discriminations touchant aux personnes ayant un handicap et, par conséquent toutes les discriminations touchant tou.te.s les citoyen.ne.s, notamment en matière de lutte pour l’égalité absolue entre les femmes et les hommes ;
    • refuse toutes formes de racisme, de xénophobie, d’homophobie, d’antisémitisme et d’intégrismes ;
    • accueille toute personne discriminée en raison de sa couleur de peau, de son origine, de son orientation ou de sa réalité sexuelle, de ses valeurs progressistes, écologiques, féministes ou de défense des droits fondamentaux.

Un projet véritablement éducatif

Notre projet vise à permettre à chacun.e de devenir un.e citoyen.ne d’un monde où chacun.e a le droit d’être éduqué.e, formé.e, informé.e…. D’abord les personnes accueillies (écoles, hébergement, accueil de jour, …), les travailleurs des fermes-villages, des quartiers-inclusifs (et, forcément leurs familles), les familles des résidents et des enfants, ainsi que tout citoyen qui sera en lien, de près ou de loin avec nos fermes-villages.

Un projet véritablement écologique

Notre projet est un véritable projet écologique visant à l’amélioration de la santé des citoyen.ne.s en proposant des produits naturels à la fois écologiques et bios. Notre projet respecte les êtres humains, les animaux et la nature dans son ensemble.

Un projet exportable

La Voie lactée compte des milliards d’étoiles. Il n’y a pas de raison que notre projet se limite aux frontières de la Fédération Wallonie- Bruxelles. Nous répondrons à l’appel des familles qui souhaiteraient participer à la création d’une ou des Etoiles de la Voie Lactée© au-delà de nos frontières, afin de créer un réseau international de solidarité, composé de fermes-villages inclusives.

Pour aller plus loin : contact[at]liguedroitsenfant[point]be

Coordination inter-réseaux ? Chiche !

Coordination inter-réseaux ? Chiche !

Une position de la Plate-forme de lutte contre l’échec scolaire

Lors de l’Appel à refondation de l’Ecole présenté en 2014 par différents acteurs associatifs, syndicaux et académiques, les signataires énuméraient différents freins à la réalisation des objectifs souhaitables de l’enseignement, selon eux. Parmi ces freins, on retrouve l’existence d’un marché scolaire. Celui-ci est en effet source de discriminations de divers ordres puisque tous les parents ne disposent pas des mêmes outils pour « déambuler » sur ce marché. S’attaquer aux inégalités scolaires impose donc de prendre à bras le corps la question de la concurrence entre établissements puisque celle-ci représente un élément important du marché scolaire.

Le Pacte pour un Enseignement d’Excellence apporte-t-il une réponse à cette question ? De nombreux analystes estiment que s’il y a bien un domaine à propos duquel le Pacte est discret, c’est celui-là. En effet, au-delà des intentions, on ne trouve guère de mesure opérationnelle.

Pourtant, à bien y regarder, dans le cadre de la contractualisation des relations entre les établissements et l’autorité centrale, la mise en place des DCO (Délégués aux Contrats d’Objectifs) est prévue par le Pacte et pourrait être un pas important dans la bonne direction. Attention, nous employons bien le conditionnel. Leur rôle pourrait très bien ne pas se limiter à la validation et à l’évaluation des plans de pilotage de chaque école.

Le texte du Pacte semble aller dans ce sens puisqu’il prévoit que « l’autorité centrale peut aussi fixer des objectifs propres aux établissements d’une zone géographique ». Et que « le dispositif doit assurer des modes de collaboration et de partenariat entre établissements d’une même zone géographique au sein d’un réseau et entre réseaux ». Enfin, « cela suppose que la coordination interréseaux entre établissements d’une même zone soit assurée par une autorité. » Cette autorité devrait être le directeur de zone c’est-à-dire le responsable de la coordination des DCO d’une zone. Il est prévu que « cette autorité veille notamment à la mise en œuvre effective des objectifs fixés par l’autorité publique pour la zone concernée ».

Pourquoi les objectifs fixés ne pourraient-ils pas contenir la lutte contre la concurrence ? Si ça devait faire partie de la mission du directeur de zone et des DCO, ceux-ci pourraient jouer un rôle intéressant. A cette fin, ils devraient être investis d’un certain pouvoir dans le cadre des relations entre l’ensemble des établissements dont ils ont la charge. Pour le dire clairement, un directeur de zone et ses DCO devraient par exemple pouvoir agir sur l’offre éducative au-delà du tronc commun. On observe encore trop souvent que des écoles proposent des options, des orientations techniques ou professionnelles identiques alors qu’elles sont parfois à 100 m l’une de l’autre. Tout ça – mais pas seulement – parce qu’elles émanent de réseaux différents. De telles situations sont sources de gaspillages et d’affaiblissements mutuels. Les responsables d’une zone pourraient donc jouer un rôle fondamental pour résoudre ces problèmes.

Une bonne coordination interréseaux ne pourrait-elle pas consister aussi à favoriser – dans le dialogue et hors de toute précipitation – la spécialisation de certains établissements vers le tronc commun et d’autres vers les filières préparatoires au supérieur et/ou qualifiantes ? Cela permettrait à la fois de diminuer la pression concurrentielle et de répondre à la volonté de séparer géographiquement « des établissements du tronc commun de ceux qui accueillent les années suivantes […] afin d’éviter la « présélection » des élèves entrant dans le premier degré en fonction de l’offre de formation au-delà du tronc commun ».

On le voit, des avancées sont possibles. Pour maintenir la confiance de ceux qui placent beaucoup d’espoir dans le Pacte, il faut doter les directeurs de zone et DCO de l’autorité suffisante. Or, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, on ne peut que regretter l’ambiguïté du texte. Elle ne peut qu’affaiblir et rendre bien flous les objectifs affichés. Une expression telle que : « … l’offre d’enseignement qualifiant d’abord fondé sur l’initiative des établissements » ne peut que doucher les enthousiasmes. On comprend bien que, dans ce domaine, des attentes divergentes sont en présence.

L’autorité publique doit prendre ses responsabilités ! On ne pourra pas donner à notre système éducatif le coup de fouet dont il a besoin pour réduire les inégalités sans s’attaquer au marché scolaire.

Bernard Delvaux, Tout Autre Ecole

Chantal Massaer, directrice d’Infor Jeunes Laeken

Christine Mahy, Secrétaire générale du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté

Delphine Chabert, secrétaire politique de la Ligue des Familles

Eugène Ernst, Secrétaire général de la CSC-enseignement

Fred Mawet, Secrétaire générale de CGé

Frédéric Ligot, secrétaire politique du MOC

Jean-Pierre Coenen, Président de la Ligue des Droits de l’Enfant

Jean-Pierre Kerckhofs, Président de l’APED

Joan Lismont, Président du SEL-SETCA

Joelle Lacroix, Secrétaire générale de la FAPEO

Joseph Thonon, Président de la CGSP-enseignement

Stéphanie Demoulin, administratrice déléguée de la Fédération Francophone des Ecoles De Devoirs

Sylvie Pinchart, Directrice de Lire&Ecrire C.F.

Une école repense les fêtes des parents

Une école repense les fêtes des parents

Ces derniers jours, une presse en quête de sensationnalisme et d’abrutissement de la pensée a relayé l’info du siècle : une équipe pédagogique a décidé de respecter la diversité des familles et de ne plus faire de bricolages pour les fêtes des mères et des pères. La famille nucléaire, telle que l’ont inventée les religions, est en partie remplacée par de multiples autres formes. Leurs enfants ne se retrouvent plus toujours dans le discours de l’école, notamment à l’époque des fêtes des pères et des mères ; tout comme les familles qui ne trouvent plus toujours leur place à l’école (pour autant qu’elles l’aient jamais trouvée). Fruit d’une longue réflexion pédagogique, la décision respecte la pluralité des familles et la réalité des enfants. La Ligue des Droits de l’Enfant apporte son soutien à cet établissement qui, comme d’autres trop rares, pense au quotidien à l’accueil de la diversité des familles et des enfants qu’elle accueille. Voici notre réaction :

Pour avoir, comme d’autres écoles, fait le choix de ne plus faire de bricolage pour la fête des mères
(mais aussi celle des pères), c’est toute une école qui est salie par une armée de trolls incapable de
penser plus loin que le bout de leur nez, le tout relayé une « certaine » presse en manque de sensationnalisme.
On a même vu des ministres flamingants et une ex-ministre catho « bon teint » reconnaissant
ne rien savoir des raisons de la décision, embrayer pour ne rien dire d’intelligent et ainsi
renforcer la cacophonie (une vieille habitude politicienne).

Singelijn est une école qui respecte toutes les diversités. L’équipe pédagogique a mis en place une
pédagogie active afin de porter au mieux tous les enfants, quels qu’ils soient. L’école intègre des
enfants porteurs de déficiences ou de handicaps, alors qu’ils sont rejetés par de nombreuses écoles
qui, elles, ne portent pas la moindre réflexion sur le sens et le rôle de l’Ecole. Chaque famille y est
respectée. La décision de l’équipe pédagogique est donc la suite logique d’une longue réflexion. N’en
déplaise à quiconque, la décision prise va dans le sens de plus de respect pour les enfants qui vivent
dans des familles monoparentales, plurielles, séparées, recomposées, homoparentales, cohabitantes,
d’accueil, intergénérationnelles, adoptives, multiculturelles, nucléaires « classiques », etc. En cela,
l’école Singelijn fait oeuvre de pédagogie (mot haït des trolls) et montre le chemin de l’accueil de
tou.te.s. Il serait, sans nul doute, bon que d’autres écoles ouvrent le chantier de l’intégration de la
diversité des enfants et des familles.

Toute notre pensée pour l’équipe pédagogique de Singelijn et pour Dominique, son directeur qui portent
un projet pédagogique remarquable et qui, injustement, subissent un lynchage trollesque, bête
et idiot.

La ligue des droits de l’enfant refuse la marchandisation de l’école.

La ligue des droits de l’enfant refuse la marchandisation de l’école.

La ligue des droits de l’enfant refuse la marchandisation de l’école.

La Ligue des Droits de l’Enfant avait déjà dénoncé le pacte avec le diable qu’a fait la Fédération Wallonie-Bruxelles en engageant le bureau de conseils McKinsey pour piloter le Pacte d’Excellence. Dernièrement une émission d’Arte avait démontré comment McKinsey s’était imposé, notamment de par ses relations avec l’ancienne ministre de l’enseignement, Joëlle Milquet. Dans une nouvelle vidéo, la Ligue montre l’emprise qu’exerce McKinsey sur l’enseignement en Belgique, avec le soutien du gouvernement de la Communauté française et via ses soutiens financiers et économiques. Pour la Ligue, la marchandisation de l’école est en route de manière sournoise mais réelle. Et tant le monde économique que le monde politique y trouvent leur compte. Conclusion, pour la Ligue des Droits de l’Enfant il est temps d’entrer en résistance et de réclamer une refondation de l’Ecole, sans McKinsey, qui aille dans l’intérêt des enfants – et donc de la société (non-économique) toute entière (enseignants, familles, citoyenneté).