Nov 11, 2019 | Ecole - Education, Inclusion
- Les exposés
D’entrée de jeu, il
est réaffirmé que l’école est un droit pour tous les enfants et il s’agit de
mettre en place sans tarder un enseignement gratuit et inclusif. L’enseignement
maternel pourrait être le premier concerné.
La mise en place
d’aménagements dits raisonnables est certes un premier pas mais cela ne suffit
pas. La logique intégrative doit faire place à une logique inclusive.
Certes l’école
idéale n’existe pas et nombre d’enseignants ont une pratique inclusive sans le
savoir. Mais il s’agit d’aller plus loin, de concerner toute l’école et tous
les acteurs du système scolaire. Il s’agit d’une approche systémique visant la
transformation tant des contenus, des méthodes que l’organisation même de l’école.
Il n’est sans doute
pas inutile de sa rappeler que les premières réponses aux besoins des enfants
qualifiés à cette époque d’ « irréguliers » puis d’ « anormaux »
datent des années 1800 et que l’on crée en 1924 des classes annexées au sein
des écoles ordinaires. C’est en 1970, sous la pression des associations de
parents, que se crée un enseignement spécial (qui deviendra spécialisé en
2004), organisé en 8 types d’enseignement et prévoyant déjà l’intégration de
certains élèves en enseignement ordinaire. Divers arrêtés, circulaires et avis
du Conseil supérieur sont promulgués pour encourager l’intégration des élèves
relevant de l’enseignement spécialisé. Quatre formules d’intégration sont
envisagées. L’enseignement spécialisé vient en support de l’élève intégré sous
la forme de périodes octroyées à un personnel de soutien. On tente de favoriser
les collaborations entre les structures d’enseignement ordinaire et
d’enseignement spécialisé. Mais la démarche est soumise à de nombreuses
contraintes administratives. Par ailleurs, on encourage la création de classes
intégrées (appelées aujourd’hui, de manière erronées, classes inclusives).
En 2009, la
Belgique ratifie la Convention des Nations Unies relative aux droits des
personnes handicapées et s’engage à faire évoluer son enseignement vers un
enseignement inclusif comme le précise l’article 24 de cette Convention. Il
sera précisé que placer des enfants handicapés dans des classes ordinaires sans
faire en même temps des changements organisationnels, curriculaires,
pédagogiques ne constituent pas l’inclusion. De plus, l’intégration ne garantit
pas automatiquement la transition de la ségrégation vers l’inclusion.
Ce Forum veut
interroger le rôle d’une fonction clé : celle de la direction de l’établissement.
Celle-ci favorise la disponibilité de tous à une démarche inclusive et promeut
des stratégies individualisées. Elle veille à mettre en place les adaptations
nécessaires et elle organise la vie des élèves tout au long de la journée en ce
compris pendant les temps libres. Elle favorise l’utilisation des technologies.
Elle recherche comment faire face aux troubles du comportement de certains
élèves.
On le voit
donc : pour promouvoir une école inclusive, il faut l’adhésion et l’implication
du plus grand nombre. Il s’agit de favoriser un travail collaboratif et penser
une école qui s’adapte à l’enfant et non le contraire. Il faut également
renforcer les collaborations avec les services relevant de l’aide sociale ainsi
que de tous les centres de consultation.
Dans la logique
inclusive, les tâches des enseignants sont multiples et peuvent prendre
diverses formes :
- Travail à deux dans une classe, préparant les
activités ensemble, travaillant ensemble, intégrant d’autres fonctions que
celle d’enseignant (par exemple une logopède)
- Organisation de la classe pour que
chaque élève apprenne, en prévoyant plusieurs endroits avec des fonctions
différentes, en maintenant un niveau de bruit supportable, en répartissant les
élèves de manière adéquate et en restant flexible
- Mise en place d’un tutorat entre
élèves en choisissant les tuteurs et en les préparant
- Mise en place d’aménagements
« de bon sens » comme par exemple davantage de temps pour exécuter
une tâche, une modification de la taille des caractères, des évaluations individuelles,
l’utilisation d’un logiciel. Ces aménagements sont faits pour tous les élèves.
Les apports d’un
enfant à besoins spécifiques en classe sont nombreux tant pour lui que pour les
pairs. Les apports sont aussi évidents pour toute la communauté scolaire.
Par ailleurs, le
principe de réalité nous conduit à réfléchir à partir du cadre actuel :
celui du Pacte pour un enseignement d’excellence. Celui-ci suit une logique
intégrative. Mais il faut se demander quelles mesures prévues par le Pacte vont
permettre d’avancer vers une école inclusive. Par exemple, la création de pôles
territoriaux transformant des écoles spécialisées en centres de ressources
va-t-elle permettre cette évolution vers l’école inclusive ?
Le constat de
départ du travail sur le Pacte est que les modes de séparation selon les
profils des élèves conduisent à des taux trop importants de redoublement, de
décrochage et d’orientation vers l’enseignement spécialisé qui compte
aujourd’hui 36.OOO élèves soit une augmentation de 21% depuis 2005. De plus une
grande iniquité s’observe puisque les élèves issus de familles dont le niveau
socio-économique est le plus faible, accusent un plus grand retard scolaire et
sont plus souvent orientés vers l’enseignement spécialisé.
Le Pacte prône une approche
systémique et la co-construction de l’école avec tous les acteurs. Il veut
répondre tant aux besoins de l’enseignement ordinaire qu’à ceux de
l’enseignement spécialisé. Pour ce faire, il propose une réforme du pilotage
des établissements scolaires en se donnant des indicateurs pour permettre une augmentation
progressive des situations d’intégration. Il veut par ailleurs répondre aux
besoins spécifiques des élèves dans l’enseignement ordinaire en déployant les
aménagements et en réformant le système actuel d’intégration. Le Décret de
décembre 2017 propose le maintien de ces élèves et propose des outils aux enseignants.
La création de pôles territoriaux vont permettre à des écoles d’enseignement
spécialisé d’accompagner plusieurs établissements d’enseignement ordinaire.
Enfin le Pacte veut décloisonner l’enseignement spécialisé et ordinaire en
encourageant des implantations de l’enseignement spécialisé dans l’enseignement
ordinaire et en réformant les procédures d’orientation. Des mesures plus
spécifiques sont également prévues pour l’enseignement spécialisé comme la
prolongation du type 8 jusqu’à la fin du tronc commun et en délivrant des
certificats de compétences pour les formes 1 et 2 de l’enseignement secondaire
spécialisé.
De son côté, UNIA,
centre interfédéral pour l’égal des chances, a organisé début octobre 2018, un
séminaire avec des experts internationaux, séminaire au cours duquel quatre
principaux axes ont été discutés :
- quelle vision de l’inclusion et
quelle stratégie à long terme ? Comment le système d’éducation inclusive
devrait-il être organisé ?
- comment un système d’éducation
inclusive peut-il permettre aux enseignants de se sentir compétents et
motivés ?
- comment répartir les ressources
pour promouvoir, soutenir et réaliser un système d’éducation inclusive ?
- comment les gouvernements
pourraient organiser la transition entre la situation actuelle et un modèle
d’école inclusive ?
Des échanges tenus
lors de ce séminaire, on retiendra
- Une disparité entre les trois
communautés en Belgique
- Le fait que le système éducatif en
Belgique ne répond pas aux normes internationales et européennes en matière
d’inclusion
- Or, seuls les systèmes inclusifs
peuvent garantir à la fois la qualité de l’enseignement et le développement
social des personnes en situation de handicap
- Penser un système inclusif revient
à améliorer l’enseignement en général
- Un système inclusif implique
l’élimination d’une série de préjugés et de barrières comportementales
concernant les compétences des élèves et en particulier ceux qui sont reconnus
comme ayant des besoins spécifiques
- Il s’agit que le politique donne
un signal clair et s’engage dans la planification d’un système inclusif
- Tous les acteurs de l’enseignement
doivent être impliqués : professionnels, parents, élèves, …
- Les pratiques inclusives doivent
être soutenues et étayées par des recherches scientifiques et une évaluation
systématiques des objectifs et moyens consentis pour rencontrer les besoins de
tous les élèves
- Il s’agit de penser la formation
initiale et continuée de telle façon qu’elle puisse renforcer les compétences
des enseignants à développer des pratiques inclusives
- Il s’agit de promouvoir une
collaboration entre tous les membres de l’équipe éducative et développer une
culture de l’éducation inclusive : il s’agit de développer des communautés
apprenantes
- L’expertise acquise dans
l’enseignement spécialisé doit être formalisée et mise à disposition des
professionnels de l’enseignement ordinaire
- Au niveau budgétaire, il s’agit
moins d’allouer de nouvelles ressources financières pour « faire de
l’inclusion » que de répartir différemment les ressources en n’augmentant
pas celles actuellement octroyées à l’enseignement spécialisé
- Par ailleurs il s’agit de
promouvoir une approche transversale et une meilleure coordination entre tous
les Départements ministériels et administrations concernées par l’enseignement
- La logique inclusive doit
prévaloir dès la petite enfance
- Au niveau de l’école, il s’agit de
repenser la certification des élèves
- Un travail de sensibilisation,
d’information et de formation doit être engagé au niveau du grand public
Dans son exposé,
Philippe Tremblay nous a montré combien le fait de rendre les écoles plus
inclusives contribuent à lutter contre toute forme de discriminations et permet
de donner une assise solide pour une société inclusive.
L’école inclusive
doit répondre aux besoins de chaque élève et se doit d’être créative, innovant
sans cesse.
Le conférencier met
l’accent sur les divers facteurs favorisant le processus inclusif dans
l’enseignement :
- Une vision et une volonté forte de
la part de tous les acteurs concernés
- Une reconnaissance explicite dans
les législations aux droits à une éducation inclusive, se traduisant par
l’allocation de ressources adéquates
- Un engagement collectif à tous les
niveaux
- Une accessibilité aux espaces et à
l’information
- Un enseignement de qualité, des
enseignants flexibles, une évaluation formative
- Mise en œuvre de la
différenciation pédagogique avant, pendant et après les apprentissages
- Un soutien adéquat à chaque élève
s’organisant autour d’une planification commune (plan d’intervention)
- Une anticipation des difficultés
que peuvent rencontrer les élèves
- Une vision non catégorielle des
élèves
- Une collaboration avec les parents
et plus largement, la communauté
- Une collaboration entre les
professionnels pouvant prendre diverses formes : consultation
collaborative, co-intervention et co-enseignement.
- La formation et l’accompagnement
des professionnels.
Les questions
posées aux directions d’école primaire et secondaire étaient centrées sur les
forces et obstacles rencontrés dans la mise en place d’une école plus
inclusive, sur le rôle plus spécifique de la direction et sur la manière de
rencontrer les attentes des parents.
Au niveau des
forces, on a souligné
- La possibilité de répondre de
manière plus spécifique aux élèves qui en ont besoin ;
- Le changement de regard des pairs
et l’acceptation par eux de la différence
- L’attention portée au projet et à
son élaboration constante renforce le travail collectif et aussi le sentiment
que tout enfant peut apprendre
- On observe un plus grand respect
du rythme des élèves
- La nécessité que les enseignants
s’approprient le concept d’inclusion et cheminent
- Des parents qui sont demandeurs d’un
projet et obligent ainsi un processus à se mettre en route
- La nécessité d’inscrire dès le
départ, la volonté d’une école plus inclusive dans le projet d’établissement
- Les plans de pilotage sont une
opportunité pour re-définir le projet et mieux préciser là où on veut conduire
les élèves
- Le Décret de 2017 peut être une
opportunité mais dans les faits, beaucoup de dispositions contenues dans ce
Décret sont déjà réalisées sur le terrain.
- Les enseignants qui vivent une
école qui recherche à être plus inclusive sont contents et ne voudraient
certainement pas faire marche arrière
Au niveau des
obstacles, on relève
- Le fait que les parents sont
amenés de facto à prendre conscience des difficultés de leur enfant mais aussi
que certains parents refusent la mise en place d’aménagement raisonnable
- Le manque d’une vision plus
globale sur l’enfant et son parcours : comment l’élève fonctionne,
s’adapte, évolue dans le temps
- La difficulté parfois de
s’investir dans une pratique collaborative
- La difficulté d’éviter toute forme
de discriminations
- Le manque de moyens
- La nécessité d’intégrer les
nouveaux enseignants
- La contrainte que représentent les
évaluations externes ou non : elles sont normatives et inconciliables avec
la philosophie de l’inclusion
- Des parents qui refusent la mise
en place d’aménagements raisonnables, sans doute par peur d’une stigmatisation
- Des obstacles sur le plan
administratif et la difficulté de jongler lorsqu’il y a des élèves intégrés
provenant de différentes écoles ; il est parfois difficile de trouver des
écoles partenaires
- L’ambiguïté de la législation qui
conduit de facto à ne pas permettre à des élèves avec déficience intellectuelle
de bénéficier d’un enseignement inclusif
- Par ailleurs des élèves qui ont
été scolarisées en enseignement spécialisé et sont actuellement intégrés en
milieu scolaire ordinaire ne veulent plus entendre parler de soutien venant de
cet enseignement
- Des difficultés au niveau des
activités extrascolaires
- Au niveau secondaire, plusieurs
difficultés sont évoquées comme la difficulté de poursuivre un projet
d’intégration pour un élève venant du primaire, une législation contraignante
pour l’accès au secondaire, la gestion du temps et l’octroi d’un tiers temps,
la difficulté de connaître les élèves de manière individuelle, le repérage et
la prise en considération des situations de handicap invisibles et toutes les
questions liées à la certification finale.
- Le fait qu’on navigue dans un flou
permanent : on impose plusieurs choses sans donner vraiment les moyens. De
plus, les directions sont débordées par les tâches administratives et
souhaitent être secondées
- La difficulté de comprendre les
dossiers établis par des spécialistes : il faut prendre la question en
sens inverse et se demander ce que l’on doit mettre en place par rapport aux
difficultés de tous les élèves plutôt que de stigmatiser et passer du temps à
faire des bilans axés sur les (non)performances de l’élève et, en l’état,
inutiles pour construire un projet pédagogique
- Enfin comment convaincre les
parents que la démarche inclusive est un plus pour leur enfant ?
Quant au rôle de la
direction, il s’agit
- Qu’elle soit et reste informée, à
l’écoute et apporte son soutien logistique
- Qu’elle mette en place des espaces
d’échanges et puisse rencontrer les inquiétudes du personnel
- Qu’on lui reconnaisse une
expertise pédagogique et qu’elle puisse être un facilitateur
- Qu’elle soutienne et valorise les
initiatives et porte un regard positif sur les réussites
- Qu’elle soit elle-même soutenue
Enfin, pour les
parents, les attentes sont centrées sur la mixité et l’équité. Il faut leur
montrer qu’un élève à besoin spécifique est un élève qui booste les autres
élèves. Un travail correct avec les parents permettant le tricotage de la
relation de confiance, c’est de considérer les besoins de l’enfant à un moment
donné et ce, sur base d’observations et de considérer l’enfant tel qu’il est
avec ses forces et faiblesses. Les parents doivent cependant comprendre que la
démarche n’est pas « magique ». L’intégration de l’élève à besoins
spécifiques ne doit pas se confondre avec un besoin de réussite à tout
prix !
Les participants
présents de la salle se sont posés plusieurs questions :
- Le fait d’être une école à
pédagogie active est-elle une condition de départ : il semble que non.
Ceci étant il est vrai que dans les écoles à pédagogie active, l’élève ne se
retrouve pas en principe dans une situation d’échec. Il y a toujours des
activités dans lesquelles ils peuvent valoriser leurs compétences. Les erreurs
sont permises et les points ou évaluations sélectives n’ont pas leur place.
- Le fait d’avoir un projet
pédagogique fort et cohérent aide à créer une culture
- Ne faut-il pas accentuer l’impact
des formations tant initiales que continuées et informer sur les aménagements
raisonnables, la nécessaire collaboration avec les parents. On constate une
méconnaissance à la fois des droits et des dispositifs mis en place.
- Quelle formation en Haute Ecole
Pédagogique : faut-il aborder davantage les besoins spécifiques ou au
contraire, aborder la différenciation de manière transversale dans tous les
cours ?
- Quelle formation manque-t-elle aux
directions d’établissements ?
- Vise-t-on à terme la disparition
de l’enseignement spécialisé ? Est-ce envisageable ?
- Comment rencontrer les problèmes
de comportement chez des élèves ?
- Quid de l’arrivée
d’orthopédagogues cliniciens ?
- N’y a-t-il pas un travail à faire
au niveau des communes, en créant un réseau et en lui apportant des ressources
et du soutien ?
- Pourquoi est-ce si difficile de
sortir de la démarche de catégorisation des élèves et de cette propension à
coller des étiquettes sur des enfants qui sont en difficulté ?
- Que penser de directions qui
accueillent des élèves à besoins spécifiques mais ne sont pas là pour soutenir
leurs enseignants ?
Une troisième table
ronde a permis de donner la parole à des enseignants. Ceux-ci ont à nouveau
souligné l’impact négatif des étiquettes et l’importance du regard à avoir sur
tout enfant.
On évoque aussi
l’idée d’un service référent au sein de l’école pour les élèves à besoins
spécifiques.
Les parents
semblent venir avec des demandes précises en termes d’aménagements et ces
demandes sont négociées. Mais un bilan fait par des spécialistes est nécessaire
Pour les enseignants, le sentiment est de ne pas en faire assez alors qu’on
pourrait être satisfait avec de petites réussites.
La différenciation
s’opère dans les classes en réponse à des situations où l’élève est ségrégué.
De fait, en primaire, on abandonne l’enseignement frontal. Une série
d’aménagements (par exemple des feuilles) se font d’office.
Un soutien venant
de l’extérieur est apprécié. Parfois ces intervenants extérieurs sont requis et
payés par les parents eux-mêmes.
Restent des
difficultés entre enseignants d’écoles différentes.
Par ailleurs, on souligne l’effet toxique que
peuvent avoir certains aménagements comme le tiers temps par exemple qui prive
l’enfant d’un temps de récréation…
Les classes intégrées (appelées erronément
classes inclusives) posent question : les élèves se sentent discriminés et
stigmatisés et ce, malgré des activités communes avec les autres élèves de
l’école.
En secondaire, les élèves sont davantage amenés
à travailler en autonomie avec un plan individuel
On souligne encore
le rôle important d’un orthopédagogue au sein de l’école ainsi que le fait de
travailler à plusieurs, ce qui favorise les échanges.
Enfin le
co-enseignement peut être intéressant comme formule mais suppose une très bonne
entente entre les enseignants
Dans son exposé
final, Jean-Jacques Detraux souligne les points suivants :
- La nécessité de distinguer logique intégrative et logique inclusive en appréhendant bien les enjeux d’une école inclusive
- Voir l’inclusion comme un processus à co-construire pas à pas, en se préoccupant de tous les élèves et en particulier des élèves à risque
- Il s’agit de partager au sein de la communauté scolaire, des valeurs communes et de considérer que tout enfant peut apprendre
- La ségrégation n’est pas une option défendable ni sur le plan éthique et philosophique ni sur le plan scientifique ni sur le plan des pratiques pédagogiques
- Il s’agit d’initier un double mouvement : au niveau de la base, informer, former, construire un langage conceptuel commun et s’engager au sein des équipes éducatives avec le soutien inconditionnel de la direction ; au niveau des responsables, indiquer clairement l’objectif à atteindre et planifier les diverses étapes pour y arriver
- C’est le projet qui est au centre et non l’élève stigmatisé. C’est le projet qui relie les acteurs
- Le regard sur l’élève doit changer, à commencer au niveau des pratiques évaluatives qui doivent être davantage axées sur la compréhension du fonctionnement de l’élève et ses compétences plutôt que sur une approche catégorielle. Les élèves doivent être impliqués dans le projet qui les concerne
- Il s’agit de penser formation initiale et formation continuée ensemble, de renforcer les compétences des enseignants à l’observation et la connaissance du comment l’enfant apprend, mais aussi à la pédagogie différenciée et aux diverses approches qui ont fait leurs preuves
- Les chercheurs devraient davantage s’investir dans le domaine de l’éducation inclusive
- Le système de financement devrait aussi être revu et ne plus se faire uniquement sur la base de l’élève
L’objectif final
est contenu dans la pyramide des interventions, dont plusieurs versions
circulent.
Enfin, l’approche proposée par la Pacte s’inscrit dans une logique intégrative et non inclusive. Cette approche n’est pas systémique. La logique de concevoir des aménagements raisonnables au cas par cas risque fort de conduire les enseignants à un épuisement. On le voit, plusieurs équipes éducatives, bien soutenues par leur direction, pratiquant une pédagogie active ou non, se sont clairement engagées dans un travail de construction de cette école inclusive. Même si le chemin sera long, il nous faut être résolument optimiste.
Jean-Jacques Detraux
Professeur émérite de psychologie et pédagogie à l’Université de Liège et à l’Université Libre
de Bruxelles
Oct 9, 2019 | Ecole - Education, Inclusion
L’éducabilité est d’abord le
principe « logique » de toute activité éducative: si l’on ne postule
pas que les êtres que l’on veut éduquer sont éducables, il vaut mieux changer
de métier.
Philippe Meirieu[1]
Introduction
Aujourd’hui
encore, beaucoup d’enseignants mais aussi de parents, pensent que certains de
nos élèves, de nos enfants, sont doués pour l’étude et d’autres pas. Il y
aurait des « intellectuels » et des « manuels », ou encore des artistes
disposants, dès la naissance, des aptitudes correspondantes. Cette conception
archaïque a, depuis longtemps, été battue en brèche.
A l’aube de
l’ouverture d’un nouveau chapitre de l’Ecole en Communauté française de
Belgique[1],
qui va voir l’instauration d’un tronc commun de 3 à 15 ans avec une visée plus
inclusive, il nous paraît intéressant de réfléchir à tout ce qui fonde
réellement le concept d’inclusion. Le « postulat d’éducabilité »,
comme l’a appelée Philippe Meirieu, est indubitablement un concept fondateur de
l’idée même d’inclusion. Si l’on en est encore à penser que certains élèves,
parce qu’ils proviennent de milieux aisés sont doués pour l’étude, tandis que
d’autres, parce qu’ils viennent de milieux populaires seraient plutôt
« doués de la main » et ne pourraient accéder à des études
intellectuelles, l’école inclusive ne verra jamais le jour. Outre le fait que
cette idée est fausse, ses conséquences sont lourdes pour les élèves provenant
des familles les moins favorisées.
Au contraire,
tous les élèves étant doués pour l’étude, il est important que chaque
enseignant s’en convainque et adhère pleinement à ce postulat. Oui, tous[2]
les élèves peuvent acquérir tous les savoirs tels que décrits dans les
programmes de l’enseignement obligatoire général de transition. Le défi se
trouve dans la manière de les leur transmettre. La charge de l’apprentissage,
de la transmission à tous de tous les savoirs revient donc à l’enseignant.
L’échec d’un seul élève est l’échec de l’enseignant ou, le cas échéant, du
système scolaire mis en place dans l’école ou les écoles par lesquelles l’élève
est précédemment passé.
Tel est le
postulat d’éducabilité. Mais voyons cela plus en détails…
Rôle de l’Ecole
Il est important
de se mettre préalablement d’accord sur le rôle de l’Ecole. Notre position, comme
tous les mouvements citoyens et progressistes, est clairement égalitariste.
L’Ecole ne peut en aucune manière favoriser ou défavoriser un enfant sous
prétexte qu’il est né dans une famille populaire ou une famille bourgeoise. Il
est, par ailleurs, très choquant, de voir des princes inscrits dans des écoles
privées[3],
loin de la société des êtres « humains[4] »
qu’ils devront peut-être, un jour, représenter dans des instances
internationales, en vertu de leur… naissance.
S’il y a bien
une pierre angulaire dans notre société occidentale, un élément fondamental qui
la tient debout et qui se doit de veiller à traiter toutes les citoyennes, tous
les citoyens de manière équitable, c’est l’Ecole. Celle-ci a mission de
corriger les inégalités de naissance autant que faire se peut et transmettre
équitablement à chacune et chacun le bagage de connaissances nécessaires pour
appréhender le monde et pouvoir le transformer vers plus de justice.
Un peu d’histoire
pour comprendre
Mais, est-ce
vraiment pour cela qu’a été bâti le système scolaire ? Si on remonte le
temps, on verra que si jusque durant l’ancien régime[5],
les enfants de milieux populaires n’allaient pas à l’école, ils étaient loin
d’être ignorants. Ils devaient apprendre un savoir-faire de grande qualité.
N’étant pas mécanisés, les métiers de la terre et de ses ressources,
nécessitaient la capacité d’utiliser et d’entretenir de nombreux outils et
d’utiliser des techniques sophistiquées. A la campagne, la formation se faisait
en famille, les métiers s’apprenaient de père en fils, de mère en fille. Plus
rarement, un enfant était placé comme apprenti chez un artisan.
A la ville, la
formation des enfants se faisait essentiellement par l’apprentissage. Il
arrivait que le maître exige que son apprenti sache compter, lire et écrire et
donc qu’il ait été à l’école. Mais cela ne concernait que les métiers les plus
nobles comme l’imprimerie ou l’orfèvrerie[6].
Le plus souvent, c’était le maître qui apprenait les rudiments du calcul, de la
lecture et de l’écriture à ses apprentis.
Le capitalisme
industriel va bouleverser à la fois la nature du travail et la formation des
travailleurs. Les nouveaux outils de production, les « machines »,
vont remplacer le travail complexe de l’artisan par des tâches simples et
répétitives. Cela va engendrer une déqualification des travailleurs enchaînés à
leur nouvel outil de production. En aliénant les travailleurs et leur faisant
perdre leurs repères traditionnels qu’étaient leurs lieux d’éducation et de
socialisation, la révolution industrielle a provoqué un abrutissement des
masses populaires, les entraînant dans le « vice », l’alcoolisme, la
violence, la criminalité et la prostitution.
Afin de sauver
« sa » société et « ses » intérêts, la bourgeoisie du XIXe
siècle imagina de solutionner le problème en éduquant les enfants des masses
populaires, considérant que «L’éducation est la meilleure branche de la police
sociale[7]».
Il fallait donc
éduquer les enfants des classes populaires pour les socialiser, pour former des
ouvriers compétents et dociles. L’objectif était donc loin de vouloir en faire
des citoyens réflexifs. Dans cette école, on n’apprenait que la morale et la
religion, le calcul (dont le système des poids et mesures), la lecture et
l’écriture. «Lire, écrire, compter, voilà ce qu’il faut apprendre», déclarait
Adolphe Thiers, «quant au reste, cela est superflu. Il faut bien se garder
surtout d’aborder à l’école les doctrines sociales, qui doivent être imposées
aux masses[8].
»
A la fin du XIXe
siècle, la montée du socialisme donna des sueurs froides à une bourgeoisie qui
craignit pour ses privilèges. La classe ouvrière était nombreuse et
s’organisait de mieux en mieux. Depuis septembre 1864, il existe une
Internationale ouvrière et la période insurrectionnelle qu’a constituée la
« Commune de Paris [9]»
a constitué un coup de tonnerre, démontrant ainsi la capacité des masses
populaires à se révolter et à porter des revendications démocratiques[10].
Jules Ferry fonda alors l’école républicaine pour « maintenir une certaine
morale d’État, certaines doctrines d’État qui importent à sa conservation »[11].
L’école devait donc enseigner « l’instruction civique » et l’amour de
la patrie. L’histoire et la géographie entraient au programme des études.
L’école devenait ainsi un appareil idéologique d’Etat[12].
Après la guerre
14-18, l’industrialisation croissante réclama des travailleurs qualifiés. Il
s’agissait que ceux-ci sachent utiliser des machines plus complexes et des
instruments de mesure précis, qu’ils sachent lire des plans et appliquer des
modes d’emploi compliqués. L’école intégra alors les formations
professionnalisantes (techniques et professionnelles) et pratiqua la sélection des
élèves sur base méritocratique (ou plus généralement sur base des origines
sociales) : les enfants des familles bourgeoises étaient dirigés vers une
section « moderne » qui les préparait à devenir des dirigeants ou des
fonctionnaires, quant aux autres, ils étaient orientés vers les formations de
travailleurs qualifiés.
Après la seconde
guerre mondiale, le succès économique des 30 glorieuses imposa à l’école
d’élever la formation des travailleurs. L’enseignement général, jusque-là
réservé aux enfants de l’ « élite » ouvrit ses portes aux filles et aux fils du
peuple. On parla de « démocratisation de l’enseignement ». Malgré le
discours qui se voulait progressiste, la sélection ne cessa jamais. Elle ne se
fit plus en primaire, mais durant le cursus de l’enseignement secondaire. C’est
toujours l’école libérale, l’école bourgeoise d’aujourd’hui qui protège les
intérêts des familles nanties et forme (mais pas trop) les enfants des classes
populaires afin de maintenir l’esclavage moderne au profit des premiers..
Quelles missions
pour l’école du XXIe siècle ?
Contrairement à
ce qu’entonnent les chantres de l’école néolibérale, l’Ecole obligatoire n’a
plus pour vocation de former à un métier. Elle ne peut pas être utilitariste,
former les nouveaux esclaves du XXIe siècle provenant des milieux défavorisés
pour continuer à servir les nouveaux maîtres nés, quant à eux, dans les draps
de soie des quartiers bourgeois. En cela les enseignements techniques
professionnalisants sont une hérésie. L’Ecole est là pour former des citoyens
et leur apprendre à savoir créer les outils de la citoyenneté dont ils auront
besoin une fois adultes. Elle a aussi pour mission de former les jeunes à
« apprendre à apprendre ». A 18 ans, une fois le Certificat
d’Enseignement Secondaire Supérieur acquis, les étudiantes et les étudiants de
secondaire devront avoir acquis des savoirs qui leur permettront de poursuivre
les études de leur choix.
L’Ecole doit
viser à faire acquérir à chaque élève, l’acquisition transversale d’une
citoyenneté critique, responsable, active et solidaire[13].
Une vision de l’Ecole adéquationniste n’a plus sa place au XXIe siècle, n’en
déplaise aux conservateurs de droite. Les missions fondamentales de l’Ecole doivent
aujourd‘hui être profondément
progressistes[14] !
Dès lors,
l’école se trouve devant une contradiction : on lui demande de faire
réussir tous les élèves et d’un autre côté, d’empêcher une grande partie de
ceux-ci de faire des études supérieures. Si tout le monde allait à
l’université, cela poserait de sacrés problèmes. Qui ramasserait les poubelles[15] ?
L’Ecole fait croire qu’elle est un système égalitaire, alors qu’elle doit
veiller à ce qu’il reste un pourcentage important de pauvres dans la société,
pour assurer aux enfants de riches de pouvoir, plus tard, continuer à bénéficier
d’une main d’œuvre à très bon compte. Tout enseignant doté d’Humanité a le
devoir de faire basculer cette fatalité.
Si nous voulons
que le système scolaire devienne égalitaire, cela ne peut se faire sans que
nous ne voulions aussi que la société, elle-même, devienne égalitaire. Pour la
rendre égalitaire, le plus simple est de commencer par l’Ecole, ou du moins par
les écoles citoyennes, celles qui refusent l’injustice et les inégalités. Et il
y en a. Elles sont, pour la plupart, à pédagogie active. La mission que se sont
assignées ces écoles, c’est de « faire
mentir toutes les formes de fatalités ; c’est de faire mentir toutes les
formes de reproduction ; c’est de faire mentir toutes les formes de
déterminismes. C’est de postuler que tout le monde, même celui qui a été
identifié comme le plus handicapé ou le plus en difficulté peut s’en sortir,
peut apprendre, peut grandir.[16] »
Aucune
enseignante, aucun enseignant n’est astreint à devoir respecter cette règle qui
consiste à sélectionner les plus fragiles pour en faire les futurs esclaves des
autres. Nombre d’entre eux s’y refusent et parient sur l’éducabilité de tous
leurs élèves. Dès lors, chacune de ces enseignantes, chacun de ces enseignants s’engage
moralement à faire réussir[17]
tous les élèves qui lui sont confiés.
Le rôle de l’école et donc la mission de ces enseignants est de rendre
accessible à chacun le bagage de connaissances et de compétences nécessaires
pour appréhender le monde et pour participer activement à sa transformation
vers plus de justice. Il faut apprendre aux élèves à construire
des outils. Les outils qui leur permettront de rendre notre société plus juste,
plus équitable pour les plus fragiles ; une société inclusive dans
laquelle chacune et chacun aura sa place.
Cela commence, forcément, par une adhésion totale et inconditionnelle au « Postulat d’éducabilité ».
Le concept de l’éducabilité
cognitive
L’idée qu’on n’a
jamais fini de faire des apprentissages et que tout être humain, quel que
soient ses capacités intellectuelles, peut augmenter sa capacité d’actions sur
son environnement a vu le jour après la Révolution française (Jean Itard 1774-1838 et Victor, l’enfant sauvage de
l’Aveyron[18]).
Chaque être humain est éducable et peut apprendre et renforcer ses
connaissances tout au long de son existence. Seulement, on ne forme pas un être
humain comme on fabrique un objet. Les apprentissages cognitifs, affectifs,
sociaux et comportementaux ne fonctionnent pas de manière séparées, mais sont
interdépendants. Rousseau employait le
terme de « perfectibilité », « il y a une autre qualité spécifique qui les (l’homme
et l’animal) distingue, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation,
c’est la faculté de se perfectionner. »
Piaget[19],
dans sa théorie du constructivisme, a démontré que le jeune enfant vient au
monde avec quelques outils intellectuels rudimentaires qu’il va enrichir en
s’adaptant au monde et en essayant de le comprendre. Il va devoir reconstruire
les lentes conquêtes intellectuelles de l’Humanité. C’est grâce à l’aide de ses
parents mais également de ses enseignants et de ses pairs qu’il va réinventer
le concept de nombre, explorer le langage pour découvrir que celui-ci est
composé de mots distincts, redécouvrir les notions de surface, de volume et
ainsi de suite. Grâce à Jean Piaget, on est aujourd’hui convaincu que tout
s’apprend ou mieux, que tout se construit.
Le postulat
d’éducabilité, c’est quoi ?
Il s’agit d’un
néologisme utilisé en pédagogie au XXème siècle. Les éducateurs adeptes de
l’éducabilité cognitive sont attachés aux capacités qu’ont chaque être humain
d’apprendre à apprendre, bref ce qu’on appelle la métacognition.
La «
métacognition » est malheureusement trop peu connu dans le monde de
l’éducation. Ce terme veut dire la « cognition[20]
sur la cognition ». Autrement dit, la métacognition consiste à avoir une
activité mentale sur ses propres processus mentaux, c’est-à-dire « penser sur
ses propres pensées ». En somme, la métacognition permet à l’élève de réfléchir
sur la manière dont il apprend, sur le cheminement parcouru afin de découvrir
ses erreurs et de les surmonter. Il s’agit donc pour lui de pouvoir prendre du
recul sur ses processus d’apprentissage et de se poser les bonnes questions
afin de progresser.
Emettre un
postulat, c’est émettre une proposition qui ne peut être démontrée, mais qui
est nécessaire pour établir une démonstration. Autrement dit, l’enseignant qui
postule sur l’éducabilité de tous ses élèves est foncièrement convaincu que
toutes et tous peuvent apprendre tous les savoirs qu’il doit leur transmettre.
De manière différente, sans doute, mais suffisante pour que ces apprentissages
leur servent de base à l’acquisition d’autres matières ou savoir-faire, par la
suite. Il ne peut pas le démontrer (et cela lui importe peu) car sa volonté est
d’amener tous ses élèves à une acquisition de qualité de tous ces savoirs.
L’éducabilité
constitue LE postulat de base de l’éducation : « Il s’agit là d’une postulation
fondatrice de la possibilité même d’éduquer, et cela simplement d’abord du
point de vue logique. Sans cette postulation, l’entreprise serait totalement
dérisoire, complètement vaine et, plus radicalement, impossible[21]. »
L’éducabilité
est un pari, celui de renverser les vieilles croyances élitistes dans la
fatalité sociale ou génétique. Un postulat n’est pas nécessairement la vérité.
Croire que tout le monde peut apprendre, en fait, personne ne sait si c’est
scientifiquement vrai. Mais personne non plus ne sait si c’est scientifiquement
faux. Ce que personne n’a le droit de le postuler.
Nous avons, au
contraire le devoir de postuler que tous les enfants – et tous les adultes –
peuvent apprendre les savoirs que nous enseignons, et que nous devons tout
mettre en place pour que ce soit vrai. « On doit faire comme si, en
faisant le pari qu’ils peuvent quand même y arriver. Pourquoi ? Parce qu’on ne
sait jamais à quoi attribuer un échec et avoir la certitude que cet échec est
imputable exclusivement au déficit d’une personne et non pas aux conditions
éducatives de l’accompagnement qui lui a été proposé[22] ».
Parier que tous
les élèves sont capables d’apprendre est simplement une posture juste. Il est
donc nécessaire d’y croire et d’y croire fermement. C’est à ce pari que l’on
reconnaît l’enseignant doté d’humanité. Il est d’ailleurs impossible
d’enseigner si l’on n’est pas persuadé de son bien-fondé. Au mieux sera-t-on un
petit donneur de leçons ; au pire un salaud qui prend plaisir à briser un élève
et à casser son avenir.
L’idée que tous
les élèves sont capables d’apprendre est une idée juste qui fait progresser la
société et les pratiques pédagogiques mises en place dans les écoles. Nous
devons avoir confiance dans les capacités cognitives de tous nos élèves.
Educabilité et
principe de non-réciprocité
L’éducation est
tout le contraire du dressage. Nous ne sommes pas là pour former des êtres
humains mais pour leur donner les outils qui leur permettront de se former
eux-mêmes. A partir du moment où nous sommes conscients que tous les élèves
peuvent apprendre, notre mission est de les accompagner sans vouloir les
formater et en les laissant progressivement construire leur individualité.
Nous ne pouvons
pas apprendre à leur place. Nous devons, au contraire créer des situations, des
dispositifs qui vont leur permettre de
s’engager pleinement dans leurs apprentissages. Nous devons leur apprendre à
faire et, surtout, nous ne devons rien faire que l’autre ne puisse faire.
Nous devons tout
faire pour que tous nos élèves réussissent, sans exception. Les dispositifs que
nous mettons en place veillent précisément à ce qu’ils soient acteurs de leurs
apprentissages : pédagogie active[23]
dans l’école ou dans la classe, tutorat, dispositifs spécifiques pour les
élèves ayant des troubles spécifiques des apprentissages, droit à l’erreur,
aménagements raisonnables mis à la disposition de tous, conseil de coopération,
évaluations exclusivement formatives, …
Ce que nous
mettons en place ne demande pas de remerciements. Nous faisons simplement notre
travail, rien de plus. Mais aussi et surtout rien de moins. Tout est
co-construit avec les élèves qui doivent en être partie prenante. Mais si nous
mettons en place un espace favorable d’apprentissages, espace exigeant car nous
voulons qu’ils acquièrent les savoirs au mieux de leurs possibilités, rien ne
nous garantit que nous y arriverons.
Comme nous le
rappelle Philippe Meirieu, nous devons « Admettre que le principe d’éducabilité soit constamment mis en échec
sans, pour autant, y renoncer. Assumer la négativité de l’éducabilité, sans,
pour autant, basculer dans le dépit et la suffisance, sans sombrer dans le
fatalisme. Le principe d’éducabilité et son corollaire, le principe de
non-réciprocité, sont donc au coeur de la dynamique pédagogique, ils en
constitue, en quelque sorte, le pari fondateur… Choix éthique et politique à
la fois, ils sont, en réalité, la véritable « pierre de touche » de
bien des débats qui auraient intérêt, pour la clarté de la discussion actuelle,
à faire ressortir systématiquement cette dimension des choses. [24]»
L’éducabilité,
si elle est postulée de façon universelle et inconditionnelle, ne présuppose ni
n’attend de résultat ni de progrès obligatoire ; elle repose au contraire, pour
pouvoir s’exercer, sur un renoncement vis-à-vis de l’attente personnelle démesurée
de la réussite de l’autre, donc sur un certain décentrement de l’éducateur par
rapport à son ego[25].
Le concept
d’éducabilité et la recherche
De nombreux
auteurs ont fait avancer nos connaissances pédagogiques depuis le début des
années 1960[26]. Loin
être exhaustifs, en voici quelques-uns qui ont marqué les recherches en
sciences de l’éducation, en lien avec le concept d’éducabilité.
Jean Piaget et le
constructivisme
Le
constructivisme est une théorie de l’apprentissage fondée sur l’idée que la
connaissance est élaborée par l’apprenant sur la base d’une activité mentale.
Cette théorie repose sur l’hypothèse selon laquelle, en réfléchissant sur nos
expériences, nous nous construisons et construisons notre propre vision du
monde dans lequel nous vivons.
Jean Piaget a
décrit le développement de l’intelligence chez les enfants comme un succession
de « stades » (allant des
actions pratiques aux représentations abstraites). Il y a quatre
« stades » et chacun doit être acquis pour pouvoir accéder au
suivant. Les quatre stades du développement cognitif,
que tous les
individus accomplissent dans le même ordre sont : stade sensorimoteur (de la
naissance à 2 ans), stade préopératoire (2 à 7 ans), stade des opérations
concrètes (7 à 11 ans) et stade des opérations formelles (11 à 14 ans).
Selon Piaget,
l’intelligence se construit ! Les connaissances des enfants ne sont pas
une simple copie de la réalité externe ; au contraire, les enfants construisent
eux-mêmes leurs connaissances en agissant sur des objets physiques, sociaux et
conceptuels[27].
Selon le
constructivisme, les connaissances acquises par un enfant ne sont pas une
simple « copie » de la réalité. Au contraire, ces connaissances ont demandé à
l’enfant de reconstruire celles-ci afin de les appréhender. Les enfants doivent
reconstruire les idées, les concepts ou encore les théories qui paraissent
évidentes aux adultes. Piaget nous a aidé à nous convaincre que tout s’apprend
ou mieux, que tout se construit.
Tous les élèves
sont-ils fait pour les études ?
Caroll et Bloom[28]
ont prouvé qu’il était faux de penser que certains individus sont faits pour
les études et d’autres pas. Ils ont démontré que ce qui différenciait
principalement les enfants étaient, non leurs compétences intellectuelles, mais
leur vitesse d’apprentissage. Certains acquièrent des compétences en peu de
temps, alors que d’autres ont besoin de plus de temps pour arriver au même
résultat. En résumé, la qualité de l’apprentissage n’a aucun rapport avec le
temps mis pour y arriver. Pourtant, nous continuons de demander à tous nos
élèves d’acquérir la même compétence au même moment.
On peut donc
affirmer aujourd’hui que TOUS nos élèves, sans exception aucune – sauf s’ils
sont atteints d’un grave handicap intellectuel, sont doués pour l’étude. Nous
avons donc le devoir de leur donner leur chance, en leur permettant d’acquérir
les compétences à leur rythme propre, sans en laisser en chemin et encore moins
en les orientant précocement vers des filières dites « de relégation ».
Pour démontrer
que tous les élèves étaient capables de réussir, les pédagogues collaborant
avec Bloom ont mené une expérience intéressante. Ils ont constitué 3 groupes
d’étudiants hétérogènes équivalents qui reproduisaient chacun la trop célèbre
courbe de GAUSS, fort prisée dans certaines écoles élitistes, composés à savoir
d’un petit nombre d’élèves « forts », d’une grosse majorité d’élèves dits «
moyens » et de quelques élèves prétendument « faibles ».
Le premier
groupe a reçu un apprentissage « classique » tel celui que l’on connaît dans la
majorité de nos classes. Le second groupe a également reçu un apprentissage
collectif mais, à la différence du premier groupe, les matières à assimiler
étaient divisées en unités d’apprentissage et, à la fin de chaque unité, les
élèves étaient soumis à un test formatif qui permettait à ceux qui n’avaient
pas compris de bénéficier d’une remédiation immédiate. C’est ce que l’on
appelle la Pédagogie de Maîtrise.
Enfin, les
élèves du troisième groupe ont chacun bénéficié d’un précepteur choisi pour ses
compétences et capable d’ajuster directement sa façon d’enseigner en fonction
de la compréhension de l’élève. Les trois groupes ont ensuite été soumis au
même test final, destiné à évaluer leurs apprentissages respectifs.
On a pu constater
dans le premier groupe que les élèves ont progressé de manières différentes et
les résultats reproduisaient la courbe de gaussienne initiale. Exactement comme
dans la majorité de nos classes, avec un lot d’échecs inévitables dans ce type
d’enseignement particulièrement inéquitable.
Dans le second
groupe, la courbe épousait la forme d’un J. La majorité des enfants était
proche du maximum. Le troisième groupe obtenait, évidemment, les meilleurs
résultats. Ceux-ci épousaient la forme d’un J au point que les prétendus « plus
faibles » obtenaient des résultats équivalents à ceux des « plus forts » du
premier groupe. Il serait, évidemment, utopique de rêver généraliser ce système
à notre enseignement. Non seulement il serait hors de prix mais nous ne pourrions
– malheureusement – trouver suffisamment de précepteurs de qualité pour
entourer tous nos élèves. L’intérêt de ce troisième groupe réside ailleurs : il
a permis de démontrer scientifiquement l’éducabilité de TOUS les élèves, même
de ceux qui étaient considérés comme les plus « limités ». Un élève « faible »
– nous dirons « plus lent » – qui bénéficie de conditions d’enseignement
optimales peut arriver au même niveau que les élèves les plus rapides, placés
dans des conditions normales d’enseignement.
Enfin, la
Pédagogie de Maîtrise a démontré ici toute son efficacité. Appliquée au sein de
nos classes, de la première maternelle à la rhétorique (et pourquoi pas au
supérieur et à l’université ? – les processus d’apprentissage étant les mêmes),
elle bénéficierait à tous, principalement à ceux qui ont besoin de plus de
temps qui progresseraient beaucoup, mais également et c’est important, aux plus
rapides dont les résultats étaient supérieurs à ceux des « plus rapides » du
premier groupe.
Lev Vygotski[29] et la
zone proximale de développement
Lev Vygotsky
s’est intéressé à la manière dont l’enfant apprend. Il s’opposait à deux courants
théoriques de son époque. D’une part le béhaviorisme[30],
alors que selon lui, tout apprentissage implique «un véritable et complexe acte
de la pensée». Et d’autre part, la conception de Jean Piaget pour qui on ne
peut enseigner quelque chose à un enfant que s’il a atteint le stade requis
pour cet apprentissage. Or, Vygotski a constaté que de nombreux élèves
acquièrent très bien les disciplines scolaires, tant en mathématique, qu’en
lecture et écriture ou en sciences naturelles, alors qu’ils n’ont pas encore le
stade défini par Piaget. Si Piaget considère que le développement doit toujours
précéder l’apprentissage, Vygotski affirme de son côté que
« l’apprentissage devance toujours le développement. »
Vygotsky va
alors émettre la théorie de la « zone proximale[31]
de développement ». Admettons, écrit-il, que nous ayons déterminé chez
deux enfants un âge mental équivalant à huit ans. Avec l’aide d’un adulte, l’un
résout des problèmes correspondant à l’âge de 12 ans, tandis que l’autre ne
peut résoudre que des problèmes correspondant à l’âge de 9 ans. C’est
précisément cette différence qui définit la zone prochaine de développement. Elle
est de 4 pour le premier enfant et de 1 pour le second. Ainsi, la zone
prochaine de développement d’un élève est pour Vygotski « l’élément le plus
déterminant pour l’apprentissage et le développement ». Car « ce que l’enfant
sait faire aujourd’hui en collaboration, il saura le faire tout seul demain »[32].
En somme, la
zone proximale de développement se situe entre la zone d’autonomie (je peux le
faire seul) et la zone de rupture (je suis incapable de le faire sans aide). La
zone proximale de développement est définie comme la zone où l’élève, avec
l’aide de ressources extérieures, est capable d’exécuter une tâche. L’élève
considère le défi comme réaliste et la tâche à réaliser devient mobilisatrice.
L’enseignant
doit donc veiller à proposer des situations d’apprentissage qui évitent soit de
se retrouver en zone de rupture (trop difficile), soir en zone d’autonomie
(trop facile). Il lui faudra différencier les contenus, les structures et
proposer des situations d’apprentissage diversifiées visant la zone proximale
de développement de chaque élève.
Respecter la
zone proximale de développement des élèves est donc fondamental pour permettre
à chacun de progresser et donc, d’être capable d’apprendre. Cela nécessite,
évidemment, de pratiquer une pédagogie différenciée, et de mettre en place des
pratiques pédagogiques telles que, par exemple, celles décrites plus haut dans
le texte.
Conclusion
Le chemin vers
l’école inclusive implique avant tout de croire en les capacités de tous ses
élèves. Il n’en est aucun qui ne soit capable d’apprendre et ce, même les plus
fragiles (enfants de milieux défavorisés, enfants malades, enfants avec un
‘dys’ ou encore enfants ayant une déficience intellectuelle).
C’est donc bien à
nous, enseignants, à tout mettre en œuvre pour leur permettre d’apprendre et
d’apprendre avec les autres. Pas nécessairement au même rythme, mais bien avec
la même qualité d’apprentissage. Bloom l’a démontré, ce qui différencie les
élèves, ce n’est pas leurs capacités d’apprendre, mais leur vitesse
d’apprentissage.
Piaget éclaire le
chemin de l’éducabilité : Les enfants doivent reconstruire les idées, les
concepts ou encore les théories qui paraissent évidentes aux adultes. Piaget
nous a aidé à nous convaincre que tout s’apprend ou mieux, que tout se
construit. Bloom, a démontré à son tour, grâce à la pédagogie de maîtrise, que
ce qui différenciait principalement les enfants étaient, non leurs compétences
intellectuelles, mais leur vitesse d’apprentissage. Tous peuvent donc bien
apprendre et apprendre les mêmes choses, mais à des vitesses différentes.
Enfin, Vygotski
nous montre le chemin pour y arriver. C’est en respectant la « zone
proximale de développement » de chaque enfant, qu’un enseignant adhérant
au postulat d’éducabilité, parviendra à les faire acquérir les savoirs qu’il
doit leur transmettre.
C’est aussi parce
que nous postulons que tous les enfants peuvent apprendre, que nous pourrons
accueillir tous les élèves, même ceux que la vie a privé d’une partie de leurs
capacités intellectuelles. Car une école n’est inclusive que si elle accueille tout
le monde et que tout le monde apprend ensemble, au-delà de ses
différences.
[1] Communauté française de Belgique est l’appellation constitutionnelle
de la « Fédération Wallonie-Bruxelles » qui regroupe les francophones
vivant à Bruxelles et en Wallonie.
[2] Ceci concerne les élèves ‘ordinaires’, c’est-à-dire n’ayant aucune
déficience intellectuelle. Pour ces derniers, le Postulat d’éducabilité reste
de mise : ils sont tous capables d’apprendre, mais sans doute pas autant
que les autres. Pour ces enfants, les objectifs seront modifiés et adaptés à
leurs compétences au travers d’un Plan Individuel d’Apprentissage et le but ne
sera plus nécessairement d’arriver à une certification. L’importance sera mise
sur l’apprendre ensemble (enfants ‘ordinaires’ ET enfants ‘avec
une déficience intellectuelle’).
[3] https://soirmag.lesoir.be/244435/article/2019-08-28/le-prince-gabriel-change-decole
[4] = dotés d’humanité.
[5] Régime
politique de l’histoire de France qui prévalait durant les deux siècles
antérieurs à la Révolution française
[6] Nico Hirtt. L’Ecole et le
Capital: deux cents ans de bouleversements et de contradictions. L’école démocratique,
Aped, 2013.
[7] Wade, John. History of the Middle and Working Classes. Wilson, 1835
[8] Terral, Hervé. Les Savoirs Du Maître. Editions L’Harmattan, 1998, cité
par Hirtt, ibid.
[9] Du 18 mars 1871 au 28 mai 1871
[10] En 1864, des ouvriers publient le manifeste des Soixante, qui réclame la liberté du travail, l’accès au crédit et la solidarité. La loi sur la liberté de la presse de 1868 a permis l’émergence publique de revendications économiques anticapitalistes (« nationalisation » des banques, des assurances, des mines, des chemins de fer…). Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Commune_de_Paris_(1871)
[11] Cité par Edwy Pénel dans Le Monde du 14 septembre 1980, lui-même cité
par Hirtt, Les trois axes de la marchandisation scolaire, 2001
[12] Un appareil idéologique d’État apparait comme une superstructure, une formation que l’on pourrait qualifier de « psycho-sociale » du fait qu’elle a pour but d’inculquer des « façons de voir », d’évaluer les choses, évènements et relations des classes sociales entre elles (institution scolaire, religion, famille, syndicats, sport, mass media, etc.). Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Appareil_id%C3%A9ologique_d%27%C3%89tat
[13] Philippe Meirieu, https://www.youtube.com/watch?v=ugocCSf74r4
[14] Le progressisme est une tendance politique favorable aux réformes
sociales et économiques, en opposition au conservatisme. En tant que
philosophie, le progressisme se fonde sur le progrès social et l’idée que les
avancées en matière de science, technologie, développement économique et
l’organisation sociale sont vitaux à l’amélioration de la condition humaine
(Wikipedia).
[15] La solution est
simple : il suffit de supprimer les poubelles en créant une société zéro
déchets. Des mouvements citoyens s’y emploient déjà. Mais il resterait le
problème de tous ces boulots de « pauvres » : facteur, ouvrier,
agent de quartier, chauffeur, machiniste, … I
[16] Meirieu Philippe 2104, https://www.youtube.com/watch?v=ugocCSf74r4
[17] Quand je parle de
« faire réussir », je ne parle pas de « donner des
points », mais de transmettre tous les savoirs, toutes les connaissances
de « base » à tou.te.s les élèves. Et cette « base » doit
être la plus élevée possible. Nous devons avoir des exigences élevées pour tout
ce que nous transmettons aux élèves. Notons que pour les enfants ayant une
déficience intellectuelle et qui seraient présents dans nos classes (où c’est
pleinement leur place), les connaissances de bases seront les plus élevées
possible, mais en fonction de leurs capacités d’apprentissage. Pour ces
élèves-là, la certification n’est pas toujours une priorité. Mais, si nous y
arrivons, alors tant mieux.
[18] Victor était un enfant trouvé dans les bois près de Rodez (France). Il
était nu, vivait comme un animal en mangeant des baies sauvages. Itard a décidé
de l’éduquer, alors que tout le monde pensait que Victor était débile de
nature. Itard va postuler que ce n’est pas le cas et va passer plusieurs années
de sa vie à tenter d’éduquer Victor. Victor ne parlera jamais mais va
progresser considérablement, se socialiser et même entrer en communication avec
les autres alors que cela lui était radicalement impossible. Jean Itar a
démontré qu’un enfant considéré comme débile, sans éducation, peut apprendre,
progresser et se socialiser. Pour comprendre cette belle aventure, on peut
aussi voir ou revoir le film de François Truffaut « L’enfant
sauvage ».
[19] Jean William Fritz Piaget, 1896-1980 à Genève, biologiste, psychologue,
logicien et épistémologue suisse connu pour ses travaux en psychologie du
développement et en épistémologie.
[20] Cognition : Ensemble des structures et activités psychologiques
dont la fonction est la connaissance, par opposition aux domaines de
l’affectivité. Larousse 2019
[21] Philippe MEIRIEU., Le choix d’éduquer : éthique et pédagogie. Paris :
E.S.F., 1991, p. 25.
[22] Philippe Meirieu, 2008, Le pari de l’éducabilité
[23] Le terme « pédagogie active » est un pléonasme. La pédagogie
inactive n’existe pas. Cependant, le terme « pédagogie » est galvaudé
dans les écoles méritocratiques qui prétendant en faire, alors qu’elles sont
essentiellement dans le frontal et donc la mise en compétition qui, plutôt que
de faire apprendre les élèves ensemble, les met en concurrence. Voilà pourquoi,
on en est à devoir toujours préciser « pédagogie…. active », chaque
fois que l’on parle, simplement, de pédagogie.
[24] https://www.meirieu.com/DICTIONNAIRE/educabilite.htm
[25] Tommy Terraz et Amandine Denimal, « Construire la relation éducative :
postulat d’éducabilité, bienveillance et altruisme », Questions Vives [En
ligne], N° 29 | 2018, http://journals.openedition.org/questionsvives/3409
[26] Crahay Marcel 1997
« Une école de qualité pour tous », Bruxelles, Labor.
[27] De Ribaupierre, A. et L. Rieben (1996), « Piaget’s Theory of Human
Development », E. De Corte et F.E. Weinert (éd.), International Encyclopaedia
of Developmental and Instructional Psychology, Elsevier Science, Oxford, RU,
pp. 97-101.
[28] Marcel Crahay, 1997, Une école de qualité pour tous, Bruxelles, Labor.
[29] Lev Vygotski (1896-1934) est un pédagogue psychologue biélorusse puis
soviétique, connu pour ses recherches en psychologie du développement et sa
théorie historico-culturelle du psychisme.
[30] Le béhaviorisme, behaviorisme ou comportementalisme est un paradigme
de la psychologie scientifique selon lequel le comportement observable est
essentiellement conditionné par des réflexes conditionnés.
[31] Ou « zone de proche développement »
[32] Jacques Lecomte, 1998, Lev Vygotski (1896-1934). Pensée et langage,
Sciences Humaines Mars 1998
[1] https://www.meirieu.com/DICTIONNAIRE/educabilite.htm
Oct 7, 2019 | Ecole - Education, Inclusion
Vers une Ecole inclusive
Des pistes pour amener les élèves à apprendre ensemble
vendredi 29 novembre 2019
Journée organisée par la Ligue des Droits de l’Enfant et la Plate-forme pour une école inclusive, en collaboration avec le Centre d’Etude et de Formation pour l’Education Spécialisée et Inclusive – Université Libre de Bruxelles
Aujourd’hui, les élèves avec une déficience auditive ou visuelle sont les plus nombreux·ses à être intégré·e·s en enseignement ordinaire. La part des enfants inscrit·e·s dans l’enseignement de type 8 progresse pour atteindre 19,8% (1 580 élèves). Ce sont essentiellement les enfants ayant une déficience physique (T4), intellectuelle (T1 et T2) et comportementale qui sont les grand·e·s oublié·e·s de l’enseignement ordinaire. Cependant, l’intégration progresse dans tous les « types » d’enseignement, à des vitesses variables, notamment pour le type 2 qui ne parvient toujours pas à décoller. A son sujet et pour rappel, la déficience intellectuelle légère pourrait concerner entre 10 et 20 personnes pour 1 000, la déficience intellectuelle sévère est retrouvée chez 3 à 4 personnes pour 1 000 (Inserm).
Des écoles deviennent progressivement inclusives. L’axe 4 du Pacte pour un enseignement d’excellence a précisément pour objectif de développer l’école inclusive et précise que « La lutte contre la ségrégation scolaire au sein de notre enseignement est un enjeu majeur. Pour ce faire, le Pacte développe une école inclusive, basée sur le respect des rythmes de chacun et sur un accompagnement personnalisé. Il s’agit de viser la réussite pour tous les enfants, quels que soient leurs profils scolaires, leur origine sociale ou leurs types d’intelligence (…). »
Réfléchir à une école plus inclusive doit se faire avec toutes les actrices et tous les acteurs, à commencer par les premièr·e·s concerné·e·s, les élèves. L’école a, depuis trop longtemps, oublié d’inclure les élèves dans toutes les réflexions sur son évolution. Si on veut que l’école soit inclusive, il est impératif de la construire avec les élèves et les étudiant·e·s, quelles que soient leurs spécificités et les difficultés qu’ils rencontrent.
Poursuivant notre mission de réflexion et de propositions concrètes pour favoriser la meilleure intégration possible des tou·te·s les élèves dans l’enseignement ordinaire, telle que le demande la Convention des Nations Unies des Droits des Personnes Handicapées, nous souhaitons cette année considérer l’école inclusive sous l’angle des élèves et des étudiant·e·s. Ce forum, s’il s’adresse aux professionnel·le·s et futur·e·s professionnel·le·s, donnera la parole à des jeunes grâce à de petites vidéos (en effet, le 29 novembre, les enfants seront à l’école). Des professionnel·le·s de l’école et de l’intégration, ainsi que des parents, mais aussi d’ancien·ne·s élèves nous éclaireront sur les pratiques pédagogiques mises en place dans des écoles qui sont en marche vers l’inclusion. Ce sera l’occasion de débattre avec eux/elles.
Une école inclusive est une école non seulement faite pour accueillir toutes les différences, mais aussi une école qui forme de futur·e·s citoyen·ne·s à la construction d’une société plus juste, donc plus inclusive.
Ce Forum se veut un moment d’échanges autour de la thématique : « comment amener élèves à besoins spécifiques et élèves ‘ordinaires’ à coopérer et apprendre ensemble » tant dans l’enseignement fondamental que dans l’enseignement secondaire. Le Forum présentera aussi les travaux scientifiques sur les bienfaits et limites (s’il y en a ?) de l’école inclusive ainsi que la méthodologie du tutorat. Enfin, des adultes ayant passé par l’enseignement ‘ordinaire’ et spécialisé nous feront part de leurs expériences. Ces thématiques seront débattues par un panel d’actrices et d’acteurs en collaboration avec les participant·e·s au forum, et devront déboucher sur des propositions concrètes à soumettre aux divers·e·s responsables et ce, au moment où le Pacte pour un enseignement d’Excellence se met peu à peu en place et veut promouvoir une école inclusive ouverte à la différence.
Date : vendredi 29 novembre 2019
Lieu : ULB, Auditoire E. Dupréel, Avenue Jeanne,44 – 1er étage à 1050 Bruxelles
Public attendu : enseignant·e·s, directions des établissements scolaires, parents, étudiant·e·s, particulièrement ceux et celles des Hautes Ecoles, conseiller·e·s pédagogiques, CPMS, inspection, Délégué·e·s aux Contrats d’Objectifs, Directeurs·rices de Zone, personnel paramédical, psychologique et social, responsables administratif·ve·s et politiques et tou·te·s citoyen·ne·s intéressé·e·s.
Inscription par mail à
contact@liguedroitsenfant.be
P.A.F. : 35 € (25 € pour les étudiant·e·s et les familles d’enfants à besoin spécifique). A verser sur le compte compte BE76 9795 8553 0195 de la Ligue des Droits de l’Enfant, avec la communication « Inscription colloque du 29 novembre + nom de l’institution/association + nom·s du/des participant·e·s ». Afin de faciliter la gestion de ce forum, les paiements doivent parvenir au plus tard le lundi 25 novembre 2019.
La pause, le repas et les documents du colloque sont compris dans la participation aux frais.
Programme
8h30 : Accueil
9h15 : Introduction de la journée
Jean-Pierre Coenen,
Président de la ligue des Droits de l’Enfant
et de la Plate-forme pour une Ecole inclusive.
Durant toute cette journée nous donnerons la parole aux élèves,
au travers de petites vidéos introductives.
9h35 : Plans de pilotage et école inclusive.
Dominique Paquot,
Directeur de l’école Singelijn.
10h00 : Table ronde 1
« Comment amener élèves à besoins spécifiques et élèves ‘ordinaires’ à coopérer et apprendre ensemble à l’école fondamentale ? »
Différent·e·s professionnel·le·s de l’école, et des parents partageront leurs expériences dans le domaine de l’intégration et de la manière de faire progresser une école ou une classe sur le chemin de l’école inclusive. Notamment, sur ce qui est mis en place pour amener les élèves à coopérer, quelles que soient leurs différences, pour faire société, sur ce qu’apportent les aménagements raisonnables aux enfants à besoins spécifiques mais aussi à tous les autres élèves, sur la manière d’accueillir la déficience intellectuelle, etc.
La table-ronde sera suivie par un débat avec le public.
10h50 : Pause-café
11h20 : Table ronde 2
« Comment amener élèves à besoins spécifiques et élèves ‘ordinaires’ à coopérer et apprendre ensemble à l’école secondaire ? »
Ici encore, des professionnel·le·s de l’école et des parents partageront leurs expériences de l’intégration. L’enseignement secondaire est moins inclusif que l’école fondamentale. Cependant, des écoles se lancent sur le chemin de l’école inclusive. Comment font-elles ? Quelle est leur philosophie ? Que mettent-elles en place pour favoriser la collaboration entre pairs tout en évitant les orientations vers le spécialisé ? Quels sont les écueils qu’elles rencontrent et comment les surmontent-elles ? Quels bénéfices en retirent les élèves et les professionnel·le·s ?
La table-ronde sera suivie par un débat avec le public.
12h10 : Pause repas
13h10 : Bienfaits et limites de l’intégration des élèves à besoins spécifiques en écoles inclusives : qu’en disent les recherches.
Ghislain Magerotte,
Dr en Psychologie, Professeur émérite de l’UMons.
13h30 : Quelle méthodologie pour que les élèves à besoins spécifiques et les élèves ’ordinaires’ apprennent ensemble ? Le tutorat.
Gaëtan Briet,
Dr en Psychologie, Laboratoire de Psychologie, Cognition, Comportement et Communication (LP3C – EA 1285, Université Rennes 2 Haute Bretagne.
14h00 : Table ronde 3
« Partages d’expériences et parcours de vie. Quels bilans d’ancien·ne·s élèves à besoins spécifiques tirent-ils·elles de leur scolarité, que ce soit en intégration ou non ? »
Depuis des décennies, l’école ordinaire a intégré des élèves à besoins spécifiques, souvent de manière « pirate » ; d’autres n’ont connu que l’enseignement spécialisé. Ces élèves, devenu·e·s des adultes, sont aujourd’hui intégré·e·s dans la société. Leur expérience, alors que le Pacte pense à rendre l’école enfin plus inclusive, nous semble essentielle. Qu’ont-ils·elles envie de nous dire à la lumière de leur vécu ? Comment leurs expériences de l’école peu inclusive d’hier peuvent-elle éclairer le chemin de l’école plus inclusive de demain ?
La table-ronde sera suivie par un débat avec le public.
14h50 : Table ronde 4
« Formation initiale des enseignants et inclusion »
Comment former les étudiants à l’école inclusive, alors que sans doute peu d’entre eux/elles ont connu une telle école durant leur cursus scolaire ? Quelles compétences les enseignant·e·s inclusif·ve·s devraient-ils·elles maîtriser pour accompagner tous les élèves vers l’accès aux savoirs et en faire des citoyen·ne·s actrices et acteurs d’une société, elle-même, plus inclusive ? Des professionnel·le·s de la formation des enseignant·e·s nous feront part de leur expérience. Enfin, quelle place est laissée à l’orthopédagogie dans la future formation initiale des enseignant·e·s ?
La table-ronde sera suivie par un débat avec le public.
15h40 : Conclusions et perspectives
Jean-Pierre Coenen
Président de la Ligue des Droits de l’Enfant
et de la Plate-forme pour une Ecole inclusive
Sep 8, 2019 | Ecole - Education, Inclusion
Depuis 2004, et surtout 2009, de
plus en plus d’enfants sont intégrés dans l’enseignement ordinaire alors
qu’auparavant ils étaient dirigés vers l’enseignement spécialisé. Il est utile
de se questionner sur les raisons de cette dynamique, sur les motivations qui
animent la Communauté française[1]
visant l’intégration d’enfants en situation de handicap dans un enseignement
« ordinaire » qui n’est pas habitué à les accueillir.
Par la même occasion,
profitons-en pour questionner l’avenir de l’enseignement spécialisé. Est-il en
sursis ? Comment va-t-il évoluer ? Sur ces questions, je ne pourrai
qu’hypothéquer – n’étant pas dans les petits papiers de nos décideurs
politiques – mais dans le cadre d’une évolution dont nous verrons qu’elle est
inéluctable.
Enfin, nous sommes tous concernés
par l’inclusion et les aménagements raisonnables. Aujourd’hui, il n’est pas une
classe, pas un enseignant qui n’ait, face à lui, au moins un enfant en situation
de handicap. Il est donc important de comprendre ce que l’on entend par là et
nos obligations légales qui découlent du Décret anti-discrimination[2].
L’intégration scolaire
L’intégration scolaire n’est pas
neuve. Depuis toujours, des écoles et des enseignants de l’«ordinaire[3] »
intègrent des enfants porteurs de handicaps physiques ou intellectuels sans que
ceux-ci ne fréquentent (peu ou prou) l’enseignement spécialisé. Cela avec
beaucoup de bienveillance, plus ou moins de bonheur et, surtout, énormément de
difficultés. Au siècle passé, on parlait d’ « intégrations scolaires
pirates », car il n’y avait pas de cadre légal pour les organiser. Cela a
changé le 3 mars 2004 ; le Décret organisant l’enseignement spécialisé, modifié
par le décret du 5 février 2009 contenant des dispositions relatives à
l’intégration des élèves à besoins spécifiques dans l’enseignement ordinaire, organise
l’intégration scolaire en partenariat avec l’enseignement spécialisé.
Dès lors, depuis 2004, la
question n’est plus de savoir si, de manière générale, l’intégration d’enfants
à besoins spécifiques dans l’ordinaire est ou non une bonne chose. Aujourd’hui,
il s’agit, tout simplement, d’un droit fondamental[4].
Ce droit avait déjà été défini une première fois par la Convention
internationale des Droits de l’Enfant (20 novembre 1989) qui, en plus du droit
à l’éducation sur base de l’égalité des
chances (art 28 de la CIDE), parlait de concevoir l’aide fournie (…) de telle sorte que les enfants handicapés
aient effectivement accès à l’éducation, à la formation (…), à la préparation à
l’emploi et aux activités récréatives, et bénéficient de ces services de façon
propre à assurer une intégration sociale
aussi complète que possible et leur épanouissement personnel (…)
(article 23 de la CIDE). Depuis 2006, la Convention des Droits des Personnes
handicapée (ONU) a renforcé ce droit.
La Convention ONU de 2006 : un changement de paradigme
Avant 2006, on parlait d’un modèle médical du handicap. Les adultes
et les enfants handicapés étaient « objets » de droits et
la société et ses institutions (dont l’école) trouvaient normal de décider
pour eux. Cette notion a été remplacée dans la Convention par le modèle social du handicap. Les
personnes en situation de handicap sont enfin devenues « sujets » de
droits. Elles peuvent donc décider pour elles-mêmes et la société se doit de
respecter ce droit fondamental, sans plus décider à leur place.
Le handicap n’est plus seulement
un problème médical mais le résultat d’une interaction avec des barrières
environnementales. Ainsi, la maladie ou le handicap ne sont plus des
problèmes. Les problèmes se trouvent dans l’environnement qui n’est pas adapté
aux spécificités de la personne handicapée. C’est donc parce que
l’environnement (rues, bâtiments, écoles, professionnels, …) n’est pas suffisamment
adapté que ces personnes ne peuvent participer, sur pied d’égalité, à la vie en
société.
Prenons l’exemple d’un enfant en
chaise roulante : au XXe siècle, le modèle médical était de considérer que
cet enfant avait eu une maladie ou un accident qui l’empêchait de faire usage
de ses jambes. Si, en conséquence, il n’avait plus accès à son école parce que
celle-ci n’était pas équipée de rampes et/ou d’ascenseur, c’était bien triste,
mais on pouvait lui trouver une place dans une école adaptée pour enfants avec
handicap physique. On le privait évidemment de son milieu social mais on
répondait à son problème physique. Le modèle social aujourd’hui affirme que c’est
parce qu’il n’y a pas de rampes d’accès dans tous les bâtiments scolaires, dans
tous les transports, etc., que cet enfant ne sait pas participer à la vie en
société. Il faut donc mettre en place des aménagements raisonnables[5]
qui lui permettront de bénéficier d’un enseignement inclusif.
L’enseignement inclusif. Pour qui ?
Un enseignement inclusif est destiné aux enfants en situation de handicap, c’est-à-dire les
enfants qui présentent des incapacités durables. Ces incapacités peuvent
être physiques, mentales, intellectuelles et sensorielles. Ces incapacités
entrent en interaction avec diverses barrières qui font obstacle à leur pleine
participation à la société sur base de l’égalité avec les autres. La notion de situation de handicap est vaste et
complexe, et concerne un nombre très important d’enfants (et d’adultes). Il ne
s’agit pas seulement de handicaps intellectuels ou physiques : il peut
également s’agir de maladies chroniques ou graves, ou d’élèves avec trouble·s
de l’apprentissage (« dys »).
La Convention ONU s’applique pour tous ces enfants, de même que la législation
anti-discrimination, et ceux-ci ont droit à la mise en place d’aménagements
raisonnables.
Comprendre le principe d’inclusion
Il y a quatre manières de définir
la place de personnes en situation de handicap dans la société et, par
corollaire, de définir la place des enfants à l’école[6] :
- L’exclusion : concerne les enfants en
situation de handicap qui ne sont pas scolarisés. Ils sont à charge de leurs
familles ou sont placés en centres d’accueil non scolaires. L’exclusion
concerne quelques centaines d’enfants en CF ;
- La ségrégation : les enfants en situation
de handicap sont placés dans un environnement différent que les personnes sans
handicap. C’est le cas de l’école spécialisée. Dans notre enseignement, il y a
une école pour les enfants sans handicap et une école spécialisée pour les
enfants avec handicap. L’enseignement spécialisé accueille environ 36 600
enfants en CF[7].
- L’intégration : ce sont les mesures qui
sont prises dans certaines conditions par la Communauté française et qui
permettent à certaines enfants en situation de handicap d’intégrer la vie en
société. Dans ce système, on ne parle pas d’une réelle mixité : l’école
ordinaire s’adapte à l’enfant et l’enfant doit s’adapter à l’école.
L’intégration concerne un peu plus de 3 000 enfants en CF.
- L’inclusion : Dans un système inclusif, tout
est réfléchi dès le départ pour avoir un environnement adapté à l’ensemble des
diversités de la population quelles qu’elles soient, y compris les personnes en
situation de handicap[8].
Pour respecter ses engagements
vis-à-vis de l’ONU, la Communauté française doit mettre en place des écoles
inclusives et donc :
- interdire l’exclusion de l’enseignement général ordinaire,
- imposer un enseignement (primaire + secondaire) inclusif de qualité et gratuit à tous les niveaux,
- imposer des aménagements raisonnables en fonction des besoins de chacun,
- mettre en place un accompagnement nécessaire et individualisé[9],
- le tout dans un environnement qui optimise le progrès scolaire et la socialisation.
Lire la suite de l’analyse
[1]
Cette dynamique concerne également les autres Communautés de Belgique, mais
également la plupart des pays qui ont un système démocratique.
[2]
Décret de la
C.F., relatif à la lutte contre certaines formes de discrimination du
12-12-2008 (M.B. 13-01-2009)
[3]
On parle, en général, d’enseignement « ordinaire » pour le
différencier de l’enseignement « spécialisé ». De même, on parle
d’enfants « ordinaires » pour les différencier des enfants « en
situation de handicap ».
[4]
Cela ne veut pas dire que tous les enfants « doivent »
être intégrés, mais qu’ils en ont le droit, en fonction de leur intérêt supérieur (article 3 de la
CIDE) : « Dans toutes les
décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions
publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités
administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération
primordiale. ».
[5]
Un
aménagement raisonnable est une mesure concrète permettant de réduire, autant
que possible, les effets négatifs d’un environnement inadapté sur la
participation d’une personne à la vie en société (in A l’école
de ton choix avec un handicap – Unia).
[6] Mais
également toute personne en situation de handicap dans la société.
[7]
36 609 enfants en 2015 – Source Indicateurs de l’enseignement 2016, p23.
[8] Dans un
système inclusif, les deux types d’enseignement (ordinaire et spécialisé)
collaborent étroitement et se complètement mutuellement : ils sont
intégrés.
[9] Où l’enseignement spécialisé a un rôle à jouer.
[10] Observations finales du Comité ONU à la Belgique
[11]
Selon l’avis °3 du
Pacte, L’école inclusive est définie comme « permettant à un élève à besoins spécifiques de poursuivre sa
scolarité dans l’enseignement ordinaire moyennant la mise en place d’aménagements
raisonnables d’ordre matériel, pédagogique et/ou organisationnel ».
[12] Sur
ces points, nous sommes maîtres de nos formations personnelles (ce n’est pas la
littérature pédagogique qui manque), ainsi que de nos pratiques pédagogiques
qui visent la progression de tous les enfants au mieux de leurs capacités.
[13] Nous
avons une liberté pédagogique qui nous permet la mise en place, dans nos
classes, de pédagogies adaptées. Le fait de les mettre en place nous-mêmes –
avant que cela ne nous soit imposé – permet de nous sentir bien, nous aussi,
dans le processus inclusif.
Jan 19, 2019 | Ecole - Education, Inclusion
Dans les discussions qu’alimente le Pacte pour un enseignement d’excellence, il est rarement question d’école inclusive et du monde des écoliers en situation de handicap. Et pourtant, l’enseignement spécialisé concerne 5 % de la population scolaire.
Le Pacte pour un enseignement d’excellence entre dans sa dernière ligne droite : il doit prochainement être reconnu par toutes les forces politiques en Fédération Wallonie-Bruxelles et être appliqué durant les 10 prochaines années. Il a d’ailleurs déjà commencé à produire certains effets. Nous les retracerons dans cette carte blanche, mais dans une perspective d’un enseignement inclusif, sur base des documents en notre possession. Nous avons en effet ajouté cette dimension aux titres que vous lisez habituellement dans les journaux et qui ne parlent pas cette dimension « inclusive », trop peu développée dans le Pacte.
Le terme d’inclusion est apparu ces dernières années sous l’influence de travaux anglo-saxons et de documents internationaux, notamment la Déclaration de Salamanque portant sur l’accueil des élèves à Besoins Spécifiques dans l’enseignement ordinaire (1994) et la Convention des Droits des Personnes Handicapées (2006, approuvée par la Belgique 23/3/2009).
Plusieurs droits fondamentaux à l’inclusion
Qu’est-ce que ce droit à l’inclusion, selon l’article 24 de la Convention de l’ONU des droits des Personnes Handicapées ?
Nous ne reprenons ici qu’un extrait de cet article 24 consacré au droit à l’éducation. « Aux fins de l’exercice de ce droit, les États Parties veillent à ce que : a) Les personnes handicapées ne soient pas exclues, sur le fondement de leur handicap, du système d’enseignement général et à ce que les enfants handicapés ne soient pas exclus, sur le fondement de leur handicap, de l’enseignement primaire gratuit et obligatoire ou de l’enseignement secondaire ; b) Les personnes handicapées puissent, sur la base de l’égalité avec les autres, avoir accès, dans les communautés où elles vivent, à un enseignement primaire inclusif, de qualité et gratuit, et à l’enseignement secondaire ; c) Il soit procédé à des aménagements raisonnables en fonction des besoins de chacun ; d) Les personnes handicapées bénéficient, au sein du système d’enseignement général, de l’accompagnement nécessaire pour faciliter leur éducation effective ; e) Des mesures d’accompagnement individualisé efficaces soient prises dans des environnements qui optimisent le progrès scolaire et la socialisation, conformément à l’objectif de pleine intégration ».
L’inclusion est donc un droit, et c’est à l’école de devenir « inclusive » en accueillant tous les élèves, (y compris ceux à Besoins Spécifiques), qui habitent dans un environnement proche dans le cadre d’une collaboration soutenue entre les équipes (celles d’une école « ordinaire » et d’une école spécialisée, et des équipes de l’AViQ, l’Agence wallonne pour une vie de qualité, et de la Cocof). Sur le plan du droit, relevons que la Fédération reconnaît le statut d’élève de la plupart des élèves en situation de handicap.
Une mutualisation par bassins géographiques
Que prévoit le Pacte d’excellence concernant la mise en place de cette école inclusive ?
Une proposition importante figure dans ce Pacte. Il s’agit d’inscrire cette école inclusive dans la démarche des Pôles territoriaux qui « assureront la mutualisation par bassins géographiques des moyens dédiés à l’accompagnement des élèves en intégration permanente totale dans l’enseignement ordinaire ». Leur rôle sera de « garantir la qualité de l’encadrement et de l’accompagnement que les établissements du pôle territorial pourront proposer pour tenir compte des besoins spécifiques des élèves ». Il est même prévu de « créer, sur une base volontaire, de tels pôles en inter-réseaux, en particulier dans les zones dans lesquelles le nombre d’élèves concernés et, par voie de conséquence, les moyens alloués n’atteignent pas le niveau critique minimum ». De plus, cette école inclusive doit s’inscrire résolument dans la politique développée par le Pacte pour un enseignement d’excellence et d’abord dans les Plans de pilotage mis en place par les établissements dans une perspective de lutte contre le décrochage scolaire et l’école inclusive. Certains évoquent cependant que cette mutualisation ne concernerait que les élèves ayant une déficience intellectuelle légère, des troubles du comportement et des troubles d’apprentissage.
De « fausses » classes inclusives
La Fédération Wallonie-Bruxelles a déjà quelques réalisations à son actif.
D’une part, un Arrêté du Gouvernement de la Communauté française autorise la création de classes et d’implantations inclusives de l’enseignement spécialisé au sein d’établissements de l’enseignement ordinaire du 12-07-2017 (M.B. 31-08-2017) et reconnaît la création de huit classes et d’implantations d’enseignement spécialisé de type 2. Remarquons que ces classes sont appelées « inclusives » de manière erronée. Ce sont des classes spécialisées accueillies dans une école d’enseignement ordinaire. Par contre, une école inclusive est un lieu où l’on accueille tous les élèves quelles que soient leurs caractéristiques et où l’on tente de répondre aux besoins de tous par une organisation et une pédagogie adaptées. Ce terme d’intégration – utilisé depuis de longues années dans l’enseignement – signifie que l’élève à besoins spécifiques doit s’adapter au milieu, et ici à l’école, tandis qu’une école inclusive accueillera cet élève à besoins spécifiques. L’objectif de ces classes dites « inclusives » est-il une étape ou une préparation de l’école ordinaire accueillante vers le développement d’une école inclusive ?
« Besoins spécifiques » : le secteur spécialisé ignoré
D’autre part, un décret relatif à l’accueil, à l’accompagnement et au maintien dans l’enseignement ordinaire fondamental et secondaire des élèves présentant des besoins spécifiques du 07-12-2017 (M.B. 01-02-2018) vise surtout les élèves ayant des besoins spécifiques mais toujours élèves de l’enseignement ordinaire – et non les élèves de l’enseignement spécialisé ! Il concerne les élèves ayant « un trouble spécifique d’apprentissage, un trouble du comportement, un trouble de l’attention, avec ou sans hyperactivité, des caractéristiques permettant de les qualifier comme étant à haut potentiel, une maladie invalidante ou encore un handicap physique, mental, sensoriel ». Ce décret est intéressant pour les élèves actuellement dans l’enseignement ordinaire, avec l’objectif spécifique de diminuer la population scolaire de l’enseignement spécialisé afin de revenir à l’horizon 2030 au pourcentage d’élèves pris en charge par l’enseignement spécialisé en 2004.
Enfin, le ministère de l’éducation vient de mettre à disposition des équipes éducatives dix-neuf fiches-outils relatives à une typologie des aménagements raisonnables pour les élèves à besoins spécifiques en enseignement ordinaire « Mieux cheminer au sein des besoins spécifiques d’apprentissage | Aménagements raisonnables ». De plus, n’oublions pas d’associer trop vite déficience à un ou des aménagements particuliers, car tout élève est unique et doit être approché comme tel. Bel effort, donc mais qui demande aussi une concrétisation sur le terrain de l’école.
Quels défis encore à relever ?
Si ces progrès sont importants, d’autres défis sont à relever. Le décret relatif à l’accueil mentionné ci-dessus soulève beaucoup de questions. Quelles sont les prochaines étapes de la marche vers une école inclusive, avant 2030 ? Est-ce que les élèves « avec un handicap physique, mental ou sensoriel » devraient rester dans l’enseignement ordinaire et demander l’application des aménagements raisonnables ? Cela signifie-t-il aussi que les élèves de l’enseignement spécialisé et relevant actuellement des autres types d’enseignement en sont exclus ! Cela signifie-t-il enfin que le Pacte pour un enseignement d’excellence ne veut pas modifier fondamentalement tout le système scolaire et être aussi « inclusif » ?
De plus, quelles sont les stratégies pour bien identifier ces « besoins spécifiques » chez tous les élèves en situation de handicap, particulièrement chez les élèves ayant des handicaps importants ou issus de milieux défavorisés ? Que devient le « transport scolaire » si les écoles inclusives se multiplient ? Quelle sera la formation des enseignants et des autres professionnels ? Quels curriculums/programmes utilisés dans les écoles (normales) inclusives ?
L’école inclusive en est donc à ses débuts ! Encore faut-il une volonté politique claire pour la construction d’une telle école. Encore faut-il qu’elle soit « décrétée » pour qu’ensemble direction, équipes scolaires, parents, élèves (à besoins spécifiques et « ordinaires ») puissent la construire ! Et « Vivre ensemble », cela s’apprend d’abord à l’école de tous !
Cette carte blanche, signée par des représentants de notre Plate-forme inclusion scolaire est parue dans LE SOIR en ligne, le 13 novembre 2018. Les signataires sont Ghislain Magerotte, professeur émérite (UMons); Annette Teutsch, maman d’une adolescente en inclusion scolaire; Jean-Pierre Coenen, Plateforme «Inclusion scolaire», président de la Ligue des Droits de l’Enfant.