Fév 1, 2015 | Ecole - Education - Inclusion
Carte blanche – août 2011
La Ministre de l’enseignement, M-D. Simonet a lancé un projet de décret dont l’objectif est de revaloriser le troisième degré de l’enseignement qualifiant. Comment ? En le découpant en cinq ou six unités d’apprentissage qui seront évaluées indépendamment l’une de l’autre.
Le Gouvernement espère ainsi encourager les élèves à obtenir leur qualification. Ceux qui ne seront pas parvenus à décrocher leur diplôme de fin du secondaire pourront tenter de l’obtenir en promotion sociale ou valoriser leurs acquis d’apprentissage partiels sur le marché de l’emploi.
Nous partageons l’intention du Gouvernement de lutter contre l’échec et l’abandon scolaires. Toutefois, la réforme telle qu’envisagée pose de multiples questions que nous listons ci-dessous et pour lesquelles les réponses restent inexistantes, vagues ou peu consistantes.
- On peut se questionner sur la place de la formation générale dans le cadre d’un tel projet. Ne risque-t-telle pas d’être encore plus déforcée qu’elle ne l’est déjà actuellement ? Or, chaque jeune, quelle que soit son orientation, doit pouvoir avoir accès à une formation générale et citoyenne de qualité (historique, sociale, culturelle…) pour apprendre à communiquer avec les autres, acquérir un esprit critique et accéder à la citoyenneté.
- N’est-ce pas un leurre de faire croire aux jeunes que la connaissance partielle d’un métier représente une certaine valeur sur le plan de la maîtrise professionnelle ? Quelle sera l’attitude des employeurs ? Il y a fort à parier qu’ils ne prendront pas au sérieux ces formations professionnelles fragmentaires mais qu’ils n’hésiteront pas à engager ces jeunes, quelque peu dégrossis professionnellement, au tarif de manœuvre ou d’employé non qualifié.
- Les élèves non diplômés pourront toujours se tourner vers des organismes de formations professionnelles (FOREM, Bruxelles formation, …) afin de compléter leur qualification et espérer, un jour, obtenir un diplôme. Mais rien, à priori, ne garantit que ces organismes construiront le cursus selon le même schéma que l’École, ni – et on peut raisonnablement en douter – qu’ils auront pour priorité d’assurer la formation du travailleur critique et celle du citoyen. Quel sens cela a-t-il pour la Communauté française d’avancer seule dans ces transformations des cursus de formation professionnelle ?
- Et concrètement sur le terrain ? Comment les écoles vont-elles organiser la remédiation et l’aide aux élèves en difficulté ainsi que l’emploi du temps des élèves voulant recommencer leurs unités ratées ? Comme les directions l’entendent…liberté pédagogique oblige ?
- Comment va s’organiser la concertation avec les équipes éducatives et les enseignants concernés directement par la réforme ?
- Pourquoi entamer une réforme uniquement au 3ème degré alors que les difficultés sont criantes au 2e degré qualifiant, qui accueille une majorité d’élèves suite à un échec ?
La réforme ne s’attaque pas au vrai problème. Les difficultés des jeunes de l’enseignement qualifiant proviennent des défaillances de notre système éducatif. Diverses recherches montrent que l’orientation précoce des élèves vers des filières différenciées accroit les inégalités sociales : ce sont surtout les jeunes de milieux défavorisés qui se retrouvent dans l’enseignement technique et professionnel. C’est donc prioritairement en amont qu’il faut mettre en place une réforme.
Depuis 2004, la Plate-forme de lutte contre l’échec scolaire revendique l’instauration d’un véritable tronc commun avec une formation générale et technique obligatoire pour tous les élèves, dans un premier temps jusque 14 ans pour, progressivement aller jusqu’à 16 ans. Ceci afin de retarder la sélection, de laisser les jeunes mûrir leur projet d’avenir et d’éviter les relégations.
Il est vain de lutter contre l’échec scolaire dans l’enseignement technique et professionnel si on ne s’attaque pas à ses causes majeures. Nous craignons que la stratégie envisagée repose sur une volonté plus ou moins consciente de supprimer le problème en diluant l’échec dans une multitude de mini-certifications. Pour rétablir son image d’une institution sans échec, l’école aura ainsi renoncé à former des jeunes qualifiés et citoyens.
Signataires :
Pascal Chardome, Président de la CGSP Enseignement
Anne Chevalier, Secrétaire générale ChanGements pour l’égalité, Mouvement sociopédagogique
Jean-Pierre Coenen, Président de la Ligue des Droits de l’Enfant
Marcel Crahay, Université de Genève
Stéphanie Demoulin, Fédération Francophone des Ecoles de Devoirs
Eugène Ernst, Secrétaire général CSC-Enseignement
Véronique Georis, fédération des institutions de prévention éducative
Jean-Pierre Kerckhofs, Président de l’Aped
Denis Lambert, Directeur général de la Ligue des Familles
Frédéric Ligot, Secrétaire politique Mouvement Ouvrier Chrétien
Joan LISMONT, Président du Secteur enseignement libre du SETCa/FGTB
Véronique Marissal, coordinatrice de la Coordination des Ecoles de Devoirs de Bruxelles
Catherine Stercq, Lire et Ecrire
Francis Tilman, Président de Méta-Éduc
Fév 1, 2015 | Ecole - Education - Inclusion
Ce mémorandum date de 2005. Si des avancées ont été mises en place par les différents gouvernements, celles-ci sont à la marge. La Communauté française privilégiant la politique des petits pas…
Mémorandum
Le rôle de l’école devrait être de rendre accessible à chacun le bagage de connaissances et de compétences nécessaires pour appréhender le monde et pour participer activement à sa transformation vers plus de justice. « Chacun » signifie tous les élèves indépendamment de leur sexe ou de leur origine sociale, religieuse, ethnique ou nationale.
Manifestement, l’école actuelle ne remplit pas ce rôle car elle sélectionne et exclut essentiellement sur base de l’origine sociale. Le stress, l’échec, les conditions matérielles déplorables engendrent dans le chef de certains élèves, et par corollaire de certains enseignants, une souffrance, elle-même à l’origine de brimades et de violences, sources de nouvelles souffrances.
Il y a lieu d’oser un débat sociétal sur la concurrence entre écoles. En effet, la Belgique, et particulièrement la Communauté Française, a la variance entre écoles la plus considérable des pays de l’OCDE. Cette variance, conséquence de la concurrence anarchique entre établissements, est la cause principale des écarts entre élèves.
Relever ce défi implique la mise en place de réformes du système éducatif qui devraient s’articuler comme suit :
I. Volet qualitatif
1. Il faut promouvoir les mécanismes favorisant la responsabilité collective entre établissements (accueil de tous les enfants, lutte contre les inégalités d’accès et de traitement), afin de favoriser une vraie hétérogénéité socio-économique et, parallèlement, accentuer la politique incitative et/ou compensatoire qui a été entamée par le financement différencié (encadrement différencié, primes aux projets d’écoles qui conduisent à la mixité sociale).
2. Faire en sorte que les difficultés d’apprentissage soient anticipées et, le cas échéant, décelées et traitées rapidement, prioritairement au fondamental qui commence dès la première maternelle. L’enseignant devant rester l’intermédiaire entre l’élève et les savoirs.
Objectifs opérationnels :
2.1 Tout en respectant l’autonomie des équipes pédagogiques, il faut veiller à réduire progressivement le nombre d’élèves par classe dans les deux premières années du primaire pour arriver au chiffre optimal de 15 et sans dépasser 20 pour les autres années.
2.2 Mettre en place des dispositifs de remédiations multiples (spécialistes des difficultés d’apprentissage, professionnels présents dans l’école : logopèdes, spécialistes de la dyslexie, dyscalculie, maîtres d’adaptation à la langue, valoriser les innovations pédagogiques des enseignants de terrain et en particulier les travaux d’équipes, …) en évitant toute forme de stigmatisation. Quoiqu’il en soit, l’enseignant doit rester au centre.
1.3 Augmenter l’encadrement logistique (secrétariat, équipements, …) afin de faire en sorte que les directeurs d’école jouent un rôle d’animateur pédagogique.
3. Faire un vrai tronc commun. Dans une première étape jusque 14 ans pour, progressivement, après évaluation, aller jusqu’à 16 ans afin de retarder le plus tard possible la sélection, de laisser les jeunes mûrir leur projet d’avenir et d’éviter les relégations. Nous sommes conscients que cette mesure implique un phasage, néanmoins c’est dès à présent que l’avenir de 800 000 jeunes est en jeu. Il ne faut donc pas les oublier.
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Objectifs opérationnels :
3.1 Le tronc commun doit comprendre une formation générale, technique, artistique et sportive identique pour tous. Ceci impliquera, entre autre, de repenser le temps scolaire.
3.2 Promouvoir la transition entre les cycles (fondamental/secondaire, secondaire/supérieur).
3.3 Supprimer le redoublement dans le tronc commun. Le redoublement n’apporte pas les effets correcteurs attendus et sera, de toute façon, devenu obsolète grâce aux différentes mesures proposées.
4. Assurer l’accès plein et entier de tous à l’enseignement au travers d’une vraie gratuité. En effet, la réclamation de frais entraîne une discrimination entre élèves et familles et compromet la bonne intégration scolaire et la scolarité même.
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Objectifs opérationnels :
4.1 La gratuité totale de l’enseignement fondamental et secondaire est un objectif à viser : aucun frais ne devrait être réclamé aux familles pour tout ce qui concerne la fréquentation scolaire (livres, fournitures scolaires de base, transport si nécessaire, garderie de midi) et les activités pédagogiques organisées par l’école (piscine, visites, spectacles, séjour à l’extérieur).
4.2 Développer la vigilance de tous afin de réduire ce coût en menant diverses actions (au niveau du Conseil de participation, revoir à la baisse la liste des frais admis par l’article 100 du décret missions, encourager les pratiques d’économies, veiller à ce que les écoles pratiquent effectivement le coût réel, réclamer la transparence des comptes financiers des écoles de tous les réseaux, exiger l’application de la loi qui interdit le marketing et la publicité dans les écoles) ;
4.3 Développer des pratiques de solidarité ;
5. Améliorer la communication entre les écoles et les familles. En effet, les bonnes relations entre familles et école sont essentielles pour la réussite scolaire et particulièrement lorsque les familles sont culturellement éloignées de la culture scolaire.
5.1 Prévoir, dans l’école, des temps, des lieux, des personnes (par exemple des médiateurs scolaires), des moyens pour s’informer, se rencontrer et se parler, en vue d’un véritable partenariat familles-écoles. dans une vraie relation familles/école.
6. L’école ayant pour mission de développer les mêmes apprentissages chez tous les élèves, il y a lieu de renforcer les évaluations du système éducatif afin de mieux le piloter dans un cadre déontologique (sans pour autant augmenter la concurrence entre écoles).
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Objectifs opérationnels :
6.1 Disposer de données statistiques fiables qui permettent de mieux réguler le système éducatif.
6.2 Mettre à la disposition rapidement des enseignants les outils/manuels/matrices d’évaluation leur permettant de rencontrer les prescrits pédagogiques des décrets.
7. Formation initiale et continuée
7.1 La formation continuée est nécessaire mais n’est pas suffisante si elle ne s’appuie pas sur un travail en équipe pédagogique qui nécessite des temps et des lieux de concertation.
7.2 Vu la complexité accrue du métier, il y a lieu de renforcer la formation initiale et de la faire passer à l’enseignement supérieur de type long en vue de créer un pôle d’excellence.
7.3 L’accompagnement des jeunes enseignants est essentiel. Aussi il y a lieu de le professionnaliser.
II. Volet quantitatif
L’ensemble de nos propositions nécessite un investissement financier important. Même s’il faut tenir compte du fait que la suppression du redoublement entraînera une économie non négligeable, il ne fait pas de doute qu’au total un réinvestissement s’impose, d’autant plus que le salaire des enseignants n’a plus été augmenté depuis plus de dix ans et qu’il faudra bien en tenir compte si on veut lutter contre la pénurie.
Au début des années 80, notre pays consacrait encore 7 % de son PIB à l’enseignement. Aujourd’hui, nous ne dépassons pas 5 %. Pourtant, la situation de crise sociale s’est aggravée, rendant la tâche de l’école à la fois plus importante et plus difficile. Un retour à cette situation (7 % du PIB) nous semble donc indispensable.
Fév 1, 2015 | Ecole - Education - Inclusion
Née le 1er septembre 2003, à l’initiative de la Ligue des Droits de l’Enfant, la Plate-forme de lutte contre l’échec scolaire regroupe les principales associations actives en matière de lutte contre l’échec scolaire en Communauté française (appelée aussi Fédération Wallonie-Bruxelles).
Cette plate-forme a été formée au nom des Droits de l’Enfant. En effet, l’éducation – et donc l’accès à tous les savoirs, sans passer par la case échec – est un droit de TOUS les enfants et doit se baser sur l’EGALITE DES CHANCES. Il est donc inadmissible que certains enfants soient en échec quand d’autres réussissent brillamment, simplement parce que les uns et les autres sont issus de milieux favorisés ou défavorisés.
Dans un système qui ne dysfonctionne pas, l’échec scolaire n’existe pas ! N’en déplaise aux adeptes des inégalités sociales.
Les associations membres de la Plate-forme de lutte contre l’échec scolaire sont :
L’APED (Appel Pour une Ecole Démocratique)
CGé (ChanGements pour l’égalité)
La FAPEO (Fédération des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel)
La FFEDD (Fédération Francophone des Ecoles de Devoirs)
Infor-Jeunes Laeken
La Ligue des Droits de l’Enfant
La Ligue des Familles
Lire et Ecrire
Le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté
La CGSP-enseignement
La CSC-enseignement
Le SEL-SETCA
Mar 5, 2014 | Ecole - Education - Inclusion
Comme chaque année au retour du printemps, les prises de position démagogiques fleurissent autour du Décret inscriptions. Que cela vienne du Mouvement Réformateur, en passant par un groupe de parents « anonymes », pour finir par un directeur d‘école/candidat CDH en pleine course aux voix, sans oublier les éternels aficionados du « chacun chez soi », l’air du temps est, à nouveau, au tir de barrage sur la mixité sociale à l’Ecole.
Cinq ans après sa mise en place, le Décret n’a toujours pas été évalué. Cependant, nous pensons qu’il n’a pas atteint ses objectifs de mixité sociale, de plus grande équité et de transparence. Il est encore des écoles qui font de la résistance à l’inscription[1] et sélectionnent de manière feutrée. De même, il est inacceptable que des familles attendent deux mois, voire plus, pour avoir enfin une place dans une école secondaire. Est-ce pour cela qu’il faut jeter le bébé avec l‘eau du bain comme l’exige le M.R. ? Ou donner priorité aux critères pédagogiques comme le revendique un candidat CDH ?
Rappelons tout d‘abord que, contrairement à ce que prétendent les adeptes de la sélection à l’inscription, l’objectif de mixité sociale n’est pas un choix « idéologique », mais de justice sociale. Le Décret a été mis en place pour tenter de contrer les discriminations visant les familles socialement les moins favorisées. Revenir au Décret inscriptions reviendrait à donner un blanc sein aux Pouvoirs Organisateurs – qui n’attendent que cela – pour pratiquer à nouveau la sélection et favoriser « leur » clientèle traditionnelle. Et ce, au détriment des élèves issus des milieux modestes qui seront, à nouveau, dirigés principalement vers les filières ouvrières et donc, sans la moindre chance d’accéder à l’ascenseur social.
Le réseau associatif bruxellois, celui qui, chaque jour, plonge ses mains dans le cambouis des innombrables inégalités scolaires, rejette l’idée que l’on abroge purement et simplement les régulations à l’inscription en secondaire. Le Décret doit évoluer, mais en préservant ses objectifs de départ, c-à-d viser une plus grande hétérogénéité socioculturelle au sein des établissements scolaires. Dans ce sens, l’idée de donner priorité aux choix pédagogiques des parents – au sein d’établissements ne pratiquant aucune Pédagogie digne de ce nom – est risible. Cette proposition a clairement, pour objectif, de revenir à la case départ et donc, à la sélection.
Nous demandons que l’évaluation du Décret soit rapidement finalisée afin de pouvoir l’améliorer tout en respectant ses idéaux sociaux. Les analyses de parents « anonymes » ne sont pas nouvelles. Des associations « non anonymes », que l’on ne peut suspecter de rouler pour les plus nantis, ont déjà analysé les effets négatifs du calcul de l’indice composite, de la complexité du processus d’inscription, et de la difficulté pour l’indice ISEF de respecter le principe d’équité[2]. Elles ont fait des propositions objectives pour améliorer la régulation des inscriptions. Nous citerons, sans être exhaustifs, la FAPEO, l’APED ou la CSC-enseignement Bruxelles. Même si elles proposent des pistes différentes, toutes ont été élaborées en veillant à respecter le principe de non-discrimination et visent plus de transparence et une plus grande équité. Nous appelons le politique à les analyser en vue d’adapter le Décret.
Nous appelons les partis de la majorité à faire preuve de courage politique en période électorale et à se prononcer clairement sur la politique de régulation qu’ils ont eux-mêmes mise en place pour éviter de creuser les inégalités scolaires et sur leur volonté de la faire évoluer vers plus de lisibilité, plus de justice et plus d’équité, tout en veillant à ce que chaque famille puisse trouver rapidement une place dans une école en fonction de critères objectifs et équitables.
Pour le Collectif Marguerite
Chantal Massaer Jean-Pierre Coenen
Directrice d’Infor-jeunes Laeken Président de la Ligue des Droits de l’Enfant
[1] Revoir les caméras cachées d’Infor-jeunes Laeken
[2] Le Décret « Inscriptions » à Bruxelles : Questions et pistes d’aménagement – FAPEO 2013