L’associatif bruxellois rappelle l’importance d’un processus de  régulation clair et équitable des inscriptions en secondaire

L’associatif bruxellois rappelle l’importance d’un processus de régulation clair et équitable des inscriptions en secondaire

Comme chaque année au retour du printemps, les prises de position démagogiques fleurissent autour du Décret inscriptions. Que cela vienne du Mouvement Réformateur, en passant par un groupe de parents « anonymes », pour finir par un directeur d‘école/candidat CDH en pleine course aux voix, sans oublier les éternels aficionados du « chacun chez soi », l’air du temps est, à nouveau, au tir de barrage sur la mixité sociale à l’Ecole.

Cinq ans après sa mise en place, le Décret n’a toujours pas été évalué. Cependant, nous pensons qu’il n’a pas atteint ses objectifs de mixité sociale, de plus grande équité et de transparence. Il est encore des écoles qui font de la résistance à l’inscription[1] et sélectionnent de manière feutrée. De même, il est inacceptable que des familles attendent deux mois, voire plus, pour avoir enfin une place dans une école secondaire. Est-ce pour cela qu’il faut jeter le bébé avec l‘eau du bain comme l’exige le M.R. ? Ou donner priorité aux critères pédagogiques comme le revendique un candidat CDH ?

Rappelons tout d‘abord que, contrairement à ce que prétendent les adeptes de la sélection à l’inscription, l’objectif de mixité sociale n’est pas un choix « idéologique », mais de justice sociale. Le Décret a été mis en place pour tenter de contrer les discriminations visant les familles socialement les moins favorisées. Revenir au Décret inscriptions reviendrait à donner un blanc sein aux Pouvoirs Organisateurs – qui n’attendent que cela – pour pratiquer à nouveau la sélection et favoriser « leur » clientèle  traditionnelle. Et ce, au détriment des élèves issus des milieux modestes qui seront, à nouveau, dirigés principalement vers les filières ouvrières et donc, sans la moindre chance d’accéder à l’ascenseur social.

Le réseau associatif bruxellois, celui qui, chaque jour, plonge ses mains dans le cambouis des innombrables inégalités scolaires, rejette l’idée que l’on abroge purement et simplement les régulations à l’inscription en secondaire. Le Décret doit évoluer, mais en préservant ses objectifs de départ, c-à-d viser une plus grande hétérogénéité socioculturelle au sein des établissements scolaires. Dans ce sens, l’idée de donner priorité aux choix pédagogiques des parents – au sein d’établissements ne pratiquant aucune Pédagogie digne de ce nom – est risible. Cette proposition a clairement, pour objectif, de revenir à la case départ et donc, à la sélection.

Nous demandons que l’évaluation du Décret soit rapidement finalisée afin de pouvoir l’améliorer tout en respectant ses idéaux sociaux. Les analyses de parents « anonymes » ne sont pas nouvelles. Des associations « non anonymes », que l’on ne peut suspecter de rouler pour les plus nantis, ont déjà analysé les effets négatifs du calcul de l’indice composite, de la complexité du processus d’inscription, et de la difficulté pour l’indice ISEF de respecter le principe d’équité[2]. Elles ont fait des propositions objectives pour améliorer la régulation des inscriptions. Nous citerons, sans être exhaustifs, la FAPEO, l’APED ou la CSC-enseignement Bruxelles. Même si elles proposent des pistes différentes, toutes ont été élaborées en veillant à respecter le principe de non-discrimination et visent plus de transparence et une plus grande équité. Nous appelons le politique à les analyser en vue d’adapter le Décret.

Nous appelons les partis de la majorité à faire preuve de courage politique en période électorale et à se prononcer clairement sur la politique de régulation qu’ils ont eux-mêmes mise en place pour éviter de creuser les inégalités scolaires et sur leur volonté de la faire évoluer vers plus de lisibilité, plus de justice et plus d’équité, tout en veillant à ce que chaque famille puisse trouver rapidement une place dans une école en fonction de critères objectifs et équitables.

Pour le Collectif Marguerite

Chantal Massaer                                                                                          Jean-Pierre Coenen

Directrice d’Infor-jeunes Laeken                                                               Président de la Ligue des Droits de l’Enfant

[1] Revoir les caméras cachées d’Infor-jeunes Laeken

[2] Le Décret « Inscriptions » à Bruxelles : Questions et pistes d’aménagement – FAPEO 2013

La Ministre de l’Enseignement vit sur la planète des Bisounours

La Ministre de l’Enseignement vit sur la planète des Bisounours

La Ligue des Droits de l’Enfant a réagit aux propos de Madame la Ministre de l’Éducation Marie-Martine Schyns qui sont parus dans LE SOIR du 5 février 2014 à propos de l’appel à refondation de l’enseignement par une trentaine d’associations, de syndicats et de spécialistes des sciences de l’éducation, sur l’initiative de la plate-forme de lutte contre l’échec scolaire.

En savoir plus : Communiqué de presse (05/02/2014)

Appel au débat en vue d’une refondation de l’École

Appel au débat en vue d’une refondation de l’École

Dans la perspective des élections de mai 2014, les signataires de cet appel demandent aux hommes ou femmes politiques d’affirmer leur volonté d’ouvrir le débat en vue d’une refondation de l’École pour répondre aux défis de notre société.

« Les indicateurs de l’enseignement ainsi que plusieurs études (FRB, PISA…) montrent à quel point les disparités sont importantes et socialement liées en Communauté française.

Le quasi-marché scolaire et les enjeux de sélection implicitement présents dans tout le système amènent une reproduction dramatique des inégalités sociales qui se transforment en inégalités scolaires. »

En savoir plus : Appel au débat en vue d’une refondation de l’École (31/01/2014)

L’exclusion scolaire de l’enfant handicapé à la lumière des droits de l’enfant

L’exclusion scolaire de l’enfant handicapé à la lumière des droits de l’enfant

Communiqué de presse à l’occasion de la journée internationale des Droits de la Personne handicapée.

Lorsqu’on parle d’exclusion scolaire, on pense généralement à l’enseignement « ordinaire » et l’enfant handicapé est l’éternel oublié. Pourtant, en Fédération Wallonie-Bruxelles, de nombreux élèves sont privés d’école – et donc de leur droit fondamental à l’instruction – simplement parce qu’ils sont porteurs d’un handicap. Il s’agit d’une discrimination inacceptable qui frappe, non seulement ces jeunes qui sont déjà victimes de la Vie, mais également leurs familles toutes entières.

L’enseignement spécialisé n’est pas le seul système d’enseignement destiné aux élèves porteurs d’un handicap. En effet, la Convention des Nations Unies relative aux Droits des Personnes Handicapées (ratifiée par la Belgique en 2009) précise qu’elles doivent pouvoir, « sur base de l’égalité avec les autres, avoir accès, dans les communautés où elles vivent, à un enseignement primaire inclusif, de qualité et gratuit, et à l’enseignement secondaire. [1]» Autrement dit, elles doivent pouvoir suivre une scolarité ordinaire, avec des enfants ordinaires, dans des écoles ordinaires, sans distinction de handicap (mental ou physique). C’est donc en contradiction avec le Droit international, que des écoles « ordinaires » refusent l’inscription d’élèves au motif qu’ils sont handicapés, ou les orientent en cours de scolarité vers l’enseignement spécialisé.

L’enseignement spécialisé, à son tour, ne se prive pas d’exclure sur les mêmes motifs : le handicap. On oublie souvent que, par rapport à leur population globale, les exclusions y sont 2,5 fois plus importantes que dans l’enseignement ordinaire. Il s’agit principalement d’enfants porteurs de troubles du spectre de l’autisme ou du comportement, ou d’enfants polyhandicapés. Quand ils ont de la chance, ces enfants sont accueillis dans des centres d’accueil de jour ou d’hébergement, mais il y a peu de places  adaptées.  Dans la majeure partie des cas, ces  élèves  sont

confinés au cercle familial et à la garde d’un parent qui, quant à lui, est obligé de perdre son emploi afin de se consacrer prioritairement à l’accompagnement de son enfant. Dans ces deux cas, le droit fondamental à l’éducation leur est refusé.

Il est temps que cesse la double peine. Le fait d’être porteur d’une différence physique ou intellectuelle, d’une autre manière d’être ou d’agir, est déjà assez lourd pour ces jeunes. Chaque enfant a le droit d’avoir accès à l’éducation sur base de l’égalité des chances, et doit pouvoir bénéficier, au sein du système d’enseignement général, de l’accompagnement nécessaire pour faciliter [son] éducation.

Parce qu’elle a ratifié les Conventions des Droits de l’Enfant et des Droits de la Personne Handicapée, la Fédération Wallonie-Bruxelles ainsi que toutes les institutions qu’elle organise ou subsidie a l’obligation de respecter les droits de tous les enfants, en mettant en œuvre les pédagogies actives nécessaires à leur épanouissement et en évitant toute forme de discrimination, à commencer par l’exclusion ou l’orientation-relégation.

En cette journée internationale de la personne handicapée, nous tenons à rappeler les droits des enfants porteurs d’un handicap à une éducation de qualité, mais aussi et surtout le devoir de notre société d’inclure et accueillir tous ses enfants, dès le plus jeune âge, sans discrimination, et dans le respect de la richesse de la diversité humaine.

Jean-Pierre Coenen – Ligue des Droits de l’Enfant

Cinzia Agoni – Inforautisme

Flavio Tolfo – Les briques du Gamp

Claire Borchgraeve – Gamp


[1] Les italiques sont des extraits de l’article 24 de la Convention des Nations Unies relative aux Droits des personnes handicapées.


L’exclusion scolaire de l’enfant handicapé à la lumière des Droits de l’Enfant

L’exclusion scolaire de l’enfant handicapé à la lumière des Droits de l’Enfant

3 décembre 2013 : Journée internationale de la personne handicapée

Lorsqu’on parle d’exclusion scolaire, on pense généralement à l’enseignement « ordinaire » et l’enfant handicapé est l’éternel oublié. Pourtant, en Fédération Wallonie-Bruxelles, de nombreux élèves sont privés d’école – et donc de leur droit fondamental à l’instruction – simplement parce qu’ils sont porteurs d’un handicap. Il s’agit d’une discrimination inacceptable qui frappe, non seulement ces jeunes qui sont déjà victimes de la Vie, mais également leurs familles toutes entières.

L’enseignement spécialisé n’est pas le seul système d’enseignement destiné aux élèves porteurs d’un handicap. En effet, la Convention des Nations Unies relative aux Droits des Personnes Handicapées (ratifiée par la Belgique en 2009) précise qu’elles doivent pouvoir, « sur base de l’égalité avec les autres, avoir accès, dans les communautés où elles vivent, à un enseignement primaire inclusif, de qualité et gratuit, et à l’enseignement secondaire.[1]» Autrement dit, elles doivent pouvoir suivre une scolarité ordinaire, avec des enfants ordinaires, dans des écoles ordinaires, sans distinction de handicap (mental ou physique). C’est donc en contradiction avec le Droit international, que des écoles « ordinaires » refusent l’inscription d’élèves au motif qu’ils sont handicapés, ou les orientent en cours de scolarité vers l’enseignement spécialisé.

L’enseignement spécialisé, à son tour, ne se prive pas d’exclure sur les mêmes motifs : le handicap. On oublie souvent que, par rapport à leur population globale, les exclusions y sont 2,5 fois plus importantes que dans l’enseignement ordinaire. Il s’agit principalement d’enfants porteurs de troubles du spectre de l’autisme ou du comportement, ou d’enfants polyhandicapés. Quand ils ont de la chance, ces enfants sont accueillis dans des centres d’accueil de jour ou d’hébergement, mais il y a peu de places adaptées. Dans la majeure partie des cas, ces élèves sont confinés au cercle familial et à la garde d’un parent qui, quant à lui, est obligé de perdre son emploi afin de se consacrer prioritairement à l’accompagnement de son enfant. Dans ces deux cas, le droit fondamental à l’éducation leur est refusé.

Il est temps que cesse la double peine. Le fait d’être porteur d’une différence physique ou intellectuelle, d’une autre manière d’être ou d’agir, est déjà assez lourd pour ces jeunes. Chaque enfant a le droit d’avoir accès à l’éducation sur base de l’égalité des chances, et doit pouvoir bénéficier, au sein du système d’enseignement général, de l’accompagnement nécessaire pour faciliter [son] éducation.

Parce qu’elle a ratifié les Conventions des Droits de l’Enfant et des Droits de la Personne Handicapée, la Fédération Wallonie-Bruxelles ainsi que toutes les institutions qu’elle organise ou subsidie a l’obligation de respecter les droits de tous les enfants, en mettant en œuvre les pédagogies actives nécessaires à leur épanouissement et en évitant toute forme de discrimination, à commencer par l’exclusion ou l’orientation-relégation.

En cette journée internationale de la personne handicapée, nous tenons à rappeler les droits des enfants porteurs d’un handicap à une éducation de qualité, mais aussi et surtout le devoir de notre société d’inclure et accueillir tous ses enfants, dès le plus jeune âge, sans discrimination, et dans le respect de la richesse de la diversité humaine.

Jean-Pierre Coenen – Ligue des Droits de l’Enfant

Cinzia Agoni – Inforautisme

Flavio Tolfo – Les briques du Gamp

Claire Borchgraeve – Gamp

[1] Les italiques sont des extraits de l’article 24 de la Convention des Nations Unies relative aux Droits des personnes handicapées.

6e Journée du refus de l’échec scolaire : L’échec scolaire est une maltraitance

6e Journée du refus de l’échec scolaire : L’échec scolaire est une maltraitance

Communiqué de presse 23 septembre 2013

Chaque année, l’institution scolaire maltraite plus de 100 000 élèves

60 000 enfants sont poussés au redoublement ;

17 000 élèves subissent une orientation contrainte ;

20 000 jeunes décrochent et quittent l’école sans diplômes ;

2 600 à 3000 élèves sont exclus ou subissent un refus d’inscription ;

Un millier d’enfants socialement défavorisés sont orientés vers l’enseignement spécialisé.

L’éducation est un Droit pour tous les enfants et doit s’exercer sur base de l’égalité des chances[1]. A ce titre, chaque enfant a le droit d’accéder aux mêmes savoirs que les autres élèves et à recevoir une formation citoyenne de la même qualité sans échec, redoublement ou orientation précoce (au moins avant 16 ans). L’Ecole a pour mission d’assurer l’accès à ce droit fondamental pour TOUS les enfants, quelles que soient leurs origines sociales ou économique, leurs difficultés d’apprentissage, leurs qualités scolaires, etc.

L’échec scolaire doit être considéré comme un mauvais traitement. Il engendre des effets psychologiques graves qui relèvent de la brutalité mentale[2]. En reproduisant, voire amplifiant les inégalités sociales, il est une entrave importante à l’épanouissement personnel[3] des jeunes et, en ne mettant pas en place les pratiques pédagogiques indispensables à la réussite de tous, les écoles sont responsables de négligence.

Il a été largement démontré que TOUS les élèves sont capables d’apprendre[4]. Mais toutes les écoles ne sont pas capables d’enseigner à tous les élèves. Choisir d’enseigner de manière frontale, en mettant les élèves en compétition et pratiquant la sélection, est un choix politique et idéologique que font ces « fabriques d’échecs ». Il s’agit de maintenir un système social qui ne profite qu’aux classes sociales les plus nanties.

Il est tout-à-fait possible d’atteinte la « réussite » de tous[5] les élèves. Il faut, pour cela, changer de paradigme et passer aux pédagogies actives qui favorisent la coopération plutôt que la compétition. Dans un système scolaire efficace, càd à pédagogie active, l’échec scolaire est rare.

[1] Article 28 de la Convention internationale des Droits de l’Enfant traitant de l’éducation.

[2] Est maltraitance « Toute forme de violence, d’atteinte ou de brutalité physique ou mentale, d’abandon, de négligence, de mauvais traitements ou d’exploitation, y compris la violence sexuelle. » Article 19 de la Convention internationale des Droits de l’Enfant

[3] Est maltraitant tout comportement et/ou attitude qui ne tient pas compte de la satisfaction des besoins d’un enfant et constitue par le fait même une entrave importante à son épanouissement L’aide aux enfants victimes de maltraitance – guide à l’usage des intervenants auprès des enfants et des adolescents – Communauté française 2002. http://www.yapaka.be/files/ta_guide.pdf

[4] Piaget, Bloom, les systèmes à tronc commun ont démontré que tous les élèves étaient capables d’apprendre.

[5] Par le terme de « réussite », il ne faut pas entendre « avoir les points », mais « avoir acquis tous les savoirs ».