Evaluer le temps passé aux devoirs est extrêmement compliqué. Les attitudes des élèves et les exigences des maîtres sont variables. Tous les professeurs, par exemple, n’ont pas les mêmes exigences en ce qui concerne le travail à la maison. Selon Tedesco[1], la fréquence des devoirs est corrélée avec la quantité de travail demandé. Certains profs donnent peu de devoirs, tandis que d’autres en donnent beaucoup plus. Ceux qui donnent rarement de devoirs sont logiquement ceux qui en donnent peu. Dès lors, les professeurs qui donnent souvent des devoirs sont aussi ceux qui en donnent le plus. La charge de travail peut donc varier du simple au triple en fin d’école primaire. Mais, de leur côté, les élèves présentent également des rythmes différents. 

L’enquête PIRLS[2] menée en 2006 permet de se faire une idée de ce qui est demandé aux enfants de 4e primaire en Belgique. 3294 familles d’élèves de quatrième primaire ont été interrogées. 97 % d’entre elles ont répondu à la question du temps que passait leur enfant à faire ses devoirs à la maison. 38 % déclaraient que leur enfant avait plus de devoirs que toléré légalement (plus de 31 minutes, contre 20 autorisées) et seulement 2 % des familles disaient que leur enfant n’avait pas de devoirs à faire à la maison. 

« Faire correctement son travail semble nécessiter plus de temps que les professeurs ne le prévoient [3]». Le temps consacré aux devoirs à la maison tel qu’imaginé par les maîtres est largement inférieur à celui évoqué par les enfants et leurs parents, lorsque ceux-ci sont interrogés. Par exemple, dans une même étude[4], un professeur a évalué le travail quotidien en CM1 (4e primaire, en Belgique) à une demi-heure pour les « élèves les plus lents », tandis qu’un de ses élèves « dégourdi »  dit avoir passé une heure sur des exercices de mathématique.

Autre contradiction liée au temps des travaux à domicile est celui de la « contradiction sur la gestion du temps »[5]. Les devoirs demandent aux enfants un temps non négligeable en dehors des heures d’écoles. Mais, ceux-ci en demandent autant aux professeurs. La préparation, l’explication des consignes, la correction, voire la récitation demanderaient, selon certains maîtres jusqu’à un cinquième de leur travail hebdomadaire pendant ou après les cours. On lira plus bas que certains professeurs ont trouvé la parade (lire « Comment sont corrigés les devoirs ? »).

La contradiction réside dans la plainte quotidienne des professeurs de manquer de temps pour les apprentissages. Aussi, en fin d’année scolaire, ils se rabattent sur les devoirs pour récupérer le temps perdu. Or, ceux-ci ne sont pas intéressants pour des activités de découverte des apprentissages. La question que se posent les auteurs de l’étude concerne l’utilité à vouloir consacrer autant de temps à une activité dont le sens est critiqué.

Nous nous interrogeons, quant à nous sur l’utilité de cette perte de temps tant pour les élèves que pour les professeurs, qui impacte le temps de nouveaux apprentissages.

Pour le secondaire, une fois encore, il est difficile d’avoir une évaluation chiffrée précise du temps consacré par les élèves à faire leurs devoirs. La moyenne s’étale de 6 à 11 heures par semaine en début de secondaire, et peut aller de 10 à 20 heures en terminale. Ici encore, les différents acteurs n’évaluent pas de la même manière le temps nécessaire à cette tâche et, tout comme en primaire, l’écart entre les estimations des professeurs et la réalité des familles est énorme.

Les maîtres estimeront le temps de travail en fonction de l’opinion qu’ils ont de leurs élèves. Il y aura donc de grandes différences entre les classes d’un même établissement[6]. Plus de 40 minutes peuvent être demandées par des professeurs de chaque discipline si la classe est cataloguée comme « bonne », tandis que dans des classes supposées plus « faibles », beaucoup plus d’exercices sont réalisés durant la classe. Mais, dans les deux cas, les professeurs ne pensent pas à l’élève « moyen » lorsqu’ils donnent des devoirs. Uniquement à ceux qui se sentent le plus à l’aise. Leur exigence est donc en décalage avec les possibilités de tous les élèves qui sont loin d’être uniformes. Ceci explique le temps plus élevé consacré aux devoirs que ne l’estiment les professeurs.

A suivre… Les élèves ne savent pas ce que signifie « apprendre une leçon ». Au fait, comment fait-on des devoirs ?



[1] Tedesco E., 1985, Les attitudes et comportements des maîtres à l’égard du travail scolaire à la maison dans l’enseignement élémentaire, INRP

[2] PIRLS 2006, Questionnaire sur l’apprentissage de la lecture, 4e primaire. 

[3] 2001REP Echirolles, 2001, « Les devoirs  » à la maison  » en question », le bulletin du REP Echirolles, novembre 2001

[4] Bobasch M., 1994, « Devoirs ou leçons, telle est la question », Le monde de l’éducation, n°218 – septembre 1994, p 14 – 16

[5] Dubois L., Dubois G., « Les devoirs à domicile. Des tâches sans taches ? », www.edunet.ch/classes/c9/didact/

devoirs.htm

[6] Guillaume FR., Maresca B., 1995, « Le temps de travail en dehors de la classe, vu par les enseignants », Education et Formation, n°44 – 1995

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