Texte introductif de la conférence de presse du 21 novembre 2018

Ce 20 novembre, la Convention international des Droits de l’Enfant a fêté ses 29 automnes. C’est l’occasion pour la Ligue des Droits de l’Enfant de fêter, quant à elle, ses 25 printemps en lançant, avec les partenaires associatifs ici présents, un projet de lutte contre l’homophobie dont sont victimes les jeunes à la fois dans nos écoles et au sein de notre société.

Ce 21 novembre, nous appelons toutes les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles à s’impliquer plus activement dans l’accueil des jeunes et des familles LGBTQI+ et à combattre l’homophobie à la fois par l’éducation, l’accueil de tous les jeunes et de toutes les familles, quelles que soient leurs identités de genres et leurs orientations sexuelles et en luttant contre toutes les discriminations.

Pourquoi l’école ?

Pour deux raisons :

La première raison – et c’est un constat que la Ligue des Droits de l’Enfant a fait depuis plus de 15 ans (nous coordonnons aussi la plate-forme de lutte contre l’échec scolaire et la Plate-forme pour l’intégration scolaire) – s’il y a bien des lieux où il faudrait surtout ne pas mettre d’enfants et de jeunes, c’est dans les écoles. Ce sont des lieux de souffrance, que ce soit pour ces jeunes qui viennent de familles populaires, puis de classes moyennes, qui sont à tour de rôle mis en échec et victimes d’orientations, ou pour les enfants porteurs de handicap ou de maladies qui sont refusés dans les écoles. Et donc, à fortiori, pour les jeunes LGBTQI+ qui ne correspondent pas aux stéréotypes de la société scolaire bien-pensante.

L’école est trop souvent un lieu de souffrance pour les jeunes LGBTQI+, mais pas que pour eux/elles. Le nombre de jeunes victimes de LGBT-phobies dépasse largement le nombre de jeunes LGBTQI+. Elles touchent également – et sans doute en priorité – des jeunes qui sortent des stéréotypes de genre, que ce soit par leur habillement, leur manière d’être, ou parce qu’ils sont timides, qu’ils n’ont pas de relation amoureuse connue, ou parce que la « rumeur » les a catalogué·e·s. Il en va de même pour les enfants vivant dans les familles homoparentales ou ayant un parent homosexuel. Ce sont d’abord ces jeunes qui subissent les discriminations homophobes et le harcèlement. La grande majorité des jeunes LGBTQI+ choisissent, par instinct de survie, de cacher leur orientation sexuelle. Mais s’ils/elles ne sont pas toujours des victimes directes des discriminations homophobes, ils/elles en subissent le poids.

Les LGBT-Phobies contribuent à une ambiance d’hostilité et de stigmatisation. Cela va des agressions verbales à la violence physique, en passant par le harcèlement. A cela, il faut ajouter les discriminations cachées : dans les écoles, certains mots sont tabous. Parler d’homophobie et/ou d’homosexualité est censuré par crainte des réactions des élèves ou des familles. De même les insultes homophobes très courantes bénéficient d’une tolérance sociale et ne sont pas sanctionnées par la communauté éducative au contraire des insultes antisémites ou racistes. Enfin, la communauté éducative n’apporte que rarement un soutien aux jeunes LGBT qui sont perçus comme transgressifs des normes scolaires ou provocateurs/trices.

Les conséquences de cette souffrance sont importantes. Tant sur la sociabilité avec l’apparition de comportements de résilience tels que le repli sur soi, un risque majeur de comportements agressifs envers soi-même, de conduites à risques (alcool, drogues, rapports sexuels non protégés, etc.) mais aussi une perte d’estime de soi, de l’anxiété, de la honte, de la culpabilité, la crainte permanente d’être « démasqué·e » ou harcelé·e.

Sur la scolarité, les conséquences de l’homophobie sont également importantes. Elles se traduisent par de la démotivation scolaire, de l’absentéisme et du décrochage scolaire.

Enfin, la sur-suicidalité des jeunes LGBT est une conséquence directe de l’homophobie. Celle-ci est un facteur de risque du comportement suicidaire. Ces risques sont de 2 à 4 fois supérieurs pour les filles, et de 5 à 10 fois pour les garçons.

Selon le Rapport Teychenné[1] (France) On peut considérer, qu’en moyenne, deux élèves par classe sont ou seront concerné·e·s par les LGBT-phobies pendant leur scolarité.

Comme le souligne l’UNESCO[2], « le harcèlement homophobe est un problème éducatif qui doit être traité par le secteur de l’éducation ». Il a une incidence sur le droit à l’éducation et sur l’Éducation pour tous, parce qu’il est une forme de discrimination et d’exclusion et parce qu’il viole le principe selon lequel les écoles doivent être des lieux sûrs.

La deuxième raison est sociétale

Les LGBT-phobies sont en progression. Il n’est pas une semaine où les réseaux sociaux ne relaient des agressions homophobes. En avril dernier, des manifestants se sont réunis devant la Bourse pour marquer leur révolte suite à l’agression de deux hommes, quelques jours auparavant, qui se promenaient en rue, en se tenant par la main. Les jeunes LGBT et les familles homoparentales sont victimes de l’augmentation d’actes et de propos homophobes au sein de la société, et comme, on l’a dit, au sein des écoles.

La plupart des agressions homophobes sont le fait de jeunes gens. Ces jeunes ne sont pas sorti·e·s du système scolaire depuis des décennies, mais visiblement, et quel qu’ait été leur parcours, ils/elles n’ont pas reçu toute l’éducation nécessaire pour déconstruire leurs croyances ou l’éducation homophobe qu’ils/elles ont reçue, qu’elle soit familiale, sociale, culturelle ou philosophique. On ne nait pas homophobe, on le devient ! Seule l’école est en position de lutter contre les représentations homophobes auxquelles ces jeunes ont été confronté·e·s et qu’ils/elles ont intégrées.

Le rapport de SOS homophobie (France) de 2012 indique que la moitié des jeunes « affirme ne pas connaître de personnes homosexuelles (68% pour les garçons), et 58 % n’ont jamais abordé le sujet de l’homosexualité en famille (70% pour les garçons). Dans chaque cas, les réactions de rejet sont en proportion inversée : 36 % de réaction négatives à l’idée de rencontrer une personne homosexuelle pour les élèves qui n’en connaissent pas (contre 10% pour ceux qui en connaissent) et 30% de réactions hostiles (contre 8%) pour ceux qui n’en parlent jamais en famille. Si la moitié des jeunes garderaient leur amitié à leur(e) meilleur(e) ami(e) en découvrant son homosexualité (mais 38% chez les garçons), le taux tomberait à 38% pour ceux qui ne connaissent pas de personnes homosexuelles et s’élèverait à 68% pour ceux qui en connaissent. Méconnaissance, sexisme et peur des minorités, les ingrédients classiques de l’ostracisme sont sans là sans surprise ».

C’est parce que nous voulons une société inclusive, qui permette à tout être humain d’être pleinement intégré à la société, quelles que soient les différences sociales, physique, intellectuelles, de genre ou sexuelles, que nous voulons aussi une école inclusive, qui éduque les futur·e·s citoyen·ne·s à être les fondateurs et fondatrices de cette société inclusive, et pour participer activement à sa transformation vers plus de justice.

En luttant que l’homophobie, on lutte aussi contre tous les racismes et toutes les discriminations qui minent les relations sociales de notre société.

Une Ecole Pour Tou·te·s

Nous lançons donc cet appel aux écoles : L’homophobie est un problème éducatif. Il doit être traité par le système éducatif. Notre plate-forme lance un appel à toutes les écoles : « Devenez des Ecoles Pour Tou·te·s ».

[1] DISCRIMINATIONS LGBT – PHOBES À L’ÉCOLE ÉTAT DES LIEUX ET RECOMMANDATIONS. Rapport de Michel Teychenné à Monsieur le Ministre de l’éducation nationale, Juin 2013

[2] Réponses du secteur de l’éducation au harcèlement homophobe – Unesco 2013

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