Le (Cyber)harcèlement scolaire : et si c’était votre enfant ?

Présentation du phénomène

En Fédération Wallonie-Bruxelles, le (cyber)harcèlement scolaire constitue aujourd’hui un phénomène préoccupant, touchant une part importante des élèves. Près de 20 % des jeunes déclarent avoir été victimes de harcèlement à l’école, tandis qu’un élève sur trois est impliqué dans ces situations, que ce soit en tant que victime, auteur ou témoin .

Le développement du numérique a transformé ces violences en les prolongeant au-delà de l’établissement scolaire. Le cyberharcèlement, par sa diffusion rapide, son caractère permanent et son audience susceptible de toucher un plus grand nombre de personnes, intensifie les effets du harcèlement classique et rend les situations plus difficiles à identifier et à contenir.

Face à ces constats, les événements récents et les témoignages de familles rappellent les conséquences dramatiques que ces situations peuvent engendrer, allant jusqu’à des atteintes graves à la santé mentale, voire au suicide.

Difficultés et paradoxes du (cyber)harcèlement

Malgré un cadre juridique et institutionnel en évolution, la réalité du terrain révèle de nombreuses limites.

Les politiques publiques ont renforcé les dispositifs de prévention, de signalement et d’accompagnement, notamment à travers le Pacte pour un enseignement d’excellence et la mise en place de procédures structurées dans les établissements scolaires. Toutefois, leur application concrète reste entravée par un manque de moyens, de formation et de temps pour les professionnels.

Le cyberharcèlement accentue ces difficultés. En effet, les faits se déroulent fréquemment en dehors du cadre scolaire, échappant partiellement à la compétence des établissements, tandis que la persistance des contenus en ligne renforce le sentiment d’impuissance des victimes.

Ce décalage entre les ambitions des politiques publiques et les réalités du terrain soulève des questions importantes quant à l’efficacité des dispositifs actuels et à leur capacité à protéger réellement les enfants.

Et les droits de l’enfant dans tout ça

La prise en compte du vécu des jeunes constitue un enjeu central dans la lutte contre le (cyber)harcèlement. Malgré la présence de dispositifs de signalement et d’accompagnement, de nombreux freins, persistent comme la peur des représailles, la culpabilité, la difficulté d’identification des faits ou le manque de confiance contribuant à invisibiliser certaines situations et à retarder leur prise en charge.

Ces limites mettent en tension plusieurs droits fondamentaux garantis par la Convention internationale relative aux droits de l’enfant, notamment le droit à la protection contre les violences (art. 19), le droit à une éducation dans un environnement sûr (art. 28) et le droit au respect de la vie privée et de la réputation (art. 16).

Par ailleurs, le caractère souvent invisible du cyberharcèlement, accentué par sa dimension numérique, complique sa détection et renforce l’écart entre la reconnaissance de ces droits et leur effectivité concrète.

Prévenir et agir : vers une approche globale

Pour lutter efficacement contre le (cyber)harcèlement, il est nécessaire de dépasser une approche répressive pour privilégier une stratégie globale fondée sur la prévention.

Cela implique notamment :

  • le renforcement de la prévention et de l’éducation aux usages numériques ;
  • l’amélioration du climat scolaire, facteur déterminant du bien-être des élèves ;
  • la formation des professionnels de l’éducation ;
  • et une meilleure coordination entre écoles, familles et services spécialisés .

Des initiatives comme le programme KiVa illustrent l’importance d’agir sur les dynamiques de groupe et le rôle des témoins, en favorisant l’empathie et la responsabilisation des élèves.

Témoignage de Madame Amalia Adam

Pour illustrer concrètement ces enjeux, cette analyse s’appuie notamment sur le témoignage de Madame Amalia Adam, dont son expérience policière met en lumière la réalité humaine du (cyber)harcèlement.

Son récit rappelle que derrière les chiffres et les dispositifs se trouvent des parcours de vie marqués par la souffrance, l’isolement et la difficulté à être entendu. Il souligne également l’importance d’une prise en charge rapide, coordonnée et centrée sur les besoins de l’enfant.

Nous avons présenté notre analyse le 24 avril 2026, lors de la pièce de théâtre « Ces filles-là », aux côtés de la metteuse en scène France Bastoen et de Aude Garelly de L’Ilot ASBL.