Dans les discussions qu’alimente le Pacte pour un enseignement d’excellence, il est rarement question d’école inclusive et du monde des écoliers en situation de handicap. Et pourtant, l’enseignement spécialisé concerne 5 % de la population scolaire.
Le Pacte pour un enseignement d’excellence entre dans sa dernière ligne droite : il doit prochainement être reconnu par toutes les forces politiques en Fédération Wallonie-Bruxelles et être appliqué durant les 10 prochaines années. Il a d’ailleurs déjà commencé à produire certains effets. Nous les retracerons dans cette carte blanche, mais dans une perspective d’un enseignement inclusif, sur base des documents en notre possession. Nous avons en effet ajouté cette dimension aux titres que vous lisez habituellement dans les journaux et qui ne parlent pas cette dimension « inclusive », trop peu développée dans le Pacte.
Le terme d’inclusion est apparu ces dernières années sous l’influence de travaux anglo-saxons et de documents internationaux, notamment la Déclaration de Salamanque portant sur l’accueil des élèves à Besoins Spécifiques dans l’enseignement ordinaire (1994) et la Convention des Droits des Personnes Handicapées (2006, approuvée par la Belgique 23/3/2009).
Plusieurs droits fondamentaux à l’inclusion
Qu’est-ce que ce droit à l’inclusion, selon l’article 24 de la Convention de l’ONU des droits des Personnes Handicapées ?
Nous ne reprenons ici qu’un extrait de cet article 24 consacré au droit à l’éducation. « Aux fins de l’exercice de ce droit, les États Parties veillent à ce que : a) Les personnes handicapées ne soient pas exclues, sur le fondement de leur handicap, du système d’enseignement général et à ce que les enfants handicapés ne soient pas exclus, sur le fondement de leur handicap, de l’enseignement primaire gratuit et obligatoire ou de l’enseignement secondaire ; b) Les personnes handicapées puissent, sur la base de l’égalité avec les autres, avoir accès, dans les communautés où elles vivent, à un enseignement primaire inclusif, de qualité et gratuit, et à l’enseignement secondaire ; c) Il soit procédé à des aménagements raisonnables en fonction des besoins de chacun ; d) Les personnes handicapées bénéficient, au sein du système d’enseignement général, de l’accompagnement nécessaire pour faciliter leur éducation effective ; e) Des mesures d’accompagnement individualisé efficaces soient prises dans des environnements qui optimisent le progrès scolaire et la socialisation, conformément à l’objectif de pleine intégration ».
L’inclusion est donc un droit, et c’est à l’école de devenir « inclusive » en accueillant tous les élèves, (y compris ceux à Besoins Spécifiques), qui habitent dans un environnement proche dans le cadre d’une collaboration soutenue entre les équipes (celles d’une école « ordinaire » et d’une école spécialisée, et des équipes de l’AViQ, l’Agence wallonne pour une vie de qualité, et de la Cocof). Sur le plan du droit, relevons que la Fédération reconnaît le statut d’élève de la plupart des élèves en situation de handicap.
Une mutualisation par bassins géographiques
Que prévoit le Pacte d’excellence concernant la mise en place de cette école inclusive ?
Une proposition importante figure dans ce Pacte. Il s’agit d’inscrire cette école inclusive dans la démarche des Pôles territoriaux qui « assureront la mutualisation par bassins géographiques des moyens dédiés à l’accompagnement des élèves en intégration permanente totale dans l’enseignement ordinaire ». Leur rôle sera de « garantir la qualité de l’encadrement et de l’accompagnement que les établissements du pôle territorial pourront proposer pour tenir compte des besoins spécifiques des élèves ». Il est même prévu de « créer, sur une base volontaire, de tels pôles en inter-réseaux, en particulier dans les zones dans lesquelles le nombre d’élèves concernés et, par voie de conséquence, les moyens alloués n’atteignent pas le niveau critique minimum ». De plus, cette école inclusive doit s’inscrire résolument dans la politique développée par le Pacte pour un enseignement d’excellence et d’abord dans les Plans de pilotage mis en place par les établissements dans une perspective de lutte contre le décrochage scolaire et l’école inclusive. Certains évoquent cependant que cette mutualisation ne concernerait que les élèves ayant une déficience intellectuelle légère, des troubles du comportement et des troubles d’apprentissage.
De « fausses » classes inclusives
La Fédération Wallonie-Bruxelles a déjà quelques réalisations à son actif.
D’une part, un Arrêté du Gouvernement de la Communauté française autorise la création de classes et d’implantations inclusives de l’enseignement spécialisé au sein d’établissements de l’enseignement ordinaire du 12-07-2017 (M.B. 31-08-2017) et reconnaît la création de huit classes et d’implantations d’enseignement spécialisé de type 2. Remarquons que ces classes sont appelées « inclusives » de manière erronée. Ce sont des classes spécialisées accueillies dans une école d’enseignement ordinaire. Par contre, une école inclusive est un lieu où l’on accueille tous les élèves quelles que soient leurs caractéristiques et où l’on tente de répondre aux besoins de tous par une organisation et une pédagogie adaptées. Ce terme d’intégration – utilisé depuis de longues années dans l’enseignement – signifie que l’élève à besoins spécifiques doit s’adapter au milieu, et ici à l’école, tandis qu’une école inclusive accueillera cet élève à besoins spécifiques. L’objectif de ces classes dites « inclusives » est-il une étape ou une préparation de l’école ordinaire accueillante vers le développement d’une école inclusive ?
« Besoins spécifiques » : le secteur spécialisé ignoré
D’autre part, un décret relatif à l’accueil, à l’accompagnement et au maintien dans l’enseignement ordinaire fondamental et secondaire des élèves présentant des besoins spécifiques du 07-12-2017 (M.B. 01-02-2018) vise surtout les élèves ayant des besoins spécifiques mais toujours élèves de l’enseignement ordinaire – et non les élèves de l’enseignement spécialisé ! Il concerne les élèves ayant « un trouble spécifique d’apprentissage, un trouble du comportement, un trouble de l’attention, avec ou sans hyperactivité, des caractéristiques permettant de les qualifier comme étant à haut potentiel, une maladie invalidante ou encore un handicap physique, mental, sensoriel ». Ce décret est intéressant pour les élèves actuellement dans l’enseignement ordinaire, avec l’objectif spécifique de diminuer la population scolaire de l’enseignement spécialisé afin de revenir à l’horizon 2030 au pourcentage d’élèves pris en charge par l’enseignement spécialisé en 2004.
Enfin, le ministère de l’éducation vient de mettre à disposition des équipes éducatives dix-neuf fiches-outils relatives à une typologie des aménagements raisonnables pour les élèves à besoins spécifiques en enseignement ordinaire « Mieux cheminer au sein des besoins spécifiques d’apprentissage | Aménagements raisonnables ». De plus, n’oublions pas d’associer trop vite déficience à un ou des aménagements particuliers, car tout élève est unique et doit être approché comme tel. Bel effort, donc mais qui demande aussi une concrétisation sur le terrain de l’école.
Quels défis encore à relever ?
Si ces progrès sont importants, d’autres défis sont à relever. Le décret relatif à l’accueil mentionné ci-dessus soulève beaucoup de questions. Quelles sont les prochaines étapes de la marche vers une école inclusive, avant 2030 ? Est-ce que les élèves « avec un handicap physique, mental ou sensoriel » devraient rester dans l’enseignement ordinaire et demander l’application des aménagements raisonnables ? Cela signifie-t-il aussi que les élèves de l’enseignement spécialisé et relevant actuellement des autres types d’enseignement en sont exclus ! Cela signifie-t-il enfin que le Pacte pour un enseignement d’excellence ne veut pas modifier fondamentalement tout le système scolaire et être aussi « inclusif » ?
De plus, quelles sont les stratégies pour bien identifier ces « besoins spécifiques » chez tous les élèves en situation de handicap, particulièrement chez les élèves ayant des handicaps importants ou issus de milieux défavorisés ? Que devient le « transport scolaire » si les écoles inclusives se multiplient ? Quelle sera la formation des enseignants et des autres professionnels ? Quels curriculums/programmes utilisés dans les écoles (normales) inclusives ?
L’école inclusive en est donc à ses débuts ! Encore faut-il une volonté politique claire pour la construction d’une telle école. Encore faut-il qu’elle soit « décrétée » pour qu’ensemble direction, équipes scolaires, parents, élèves (à besoins spécifiques et « ordinaires ») puissent la construire ! Et « Vivre ensemble », cela s’apprend d’abord à l’école de tous !
Cette carte blanche, signée par des représentants de notre Plate-forme inclusion scolaire est parue dans LE SOIR en ligne, le 13 novembre 2018. Les signataires sont Ghislain Magerotte, professeur émérite (UMons); Annette Teutsch, maman d’une adolescente en inclusion scolaire; Jean-Pierre Coenen, Plateforme «Inclusion scolaire», président de la Ligue des Droits de l’Enfant.
La Ligue des Droits de l’Enfant lance un projet de lutte contre l’homophobie dont sont victimes les jeunes
à la fois dans nos écoles et au sein de notre société.
Nous appelons toutes les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qu’elles soient maternelles, primaires ou secondaires,
à s’impliquer plus activement dans l’accueil des jeunes et des familles LGBTQI+ et à combattre l’homophobie à la fois
par l’éducation, l’accueil de tous les jeunes et de toutes les familles, quelles que soient leurs identités
de genres et leurs orientations sexuelles et en luttant contre toutes les discriminations.
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Pourquoi l’école ?
Pour deux raisons :
La première raison – et c’est un constat que la Ligue des Droits de l’Enfant a fait depuis plus de 15 ans (nous coordonnons aussi la plate-forme de lutte contre l’échec scolaire et la Plate-forme pour l’intégration scolaire) – s’il y a bien des lieux où il faudrait surtout ne pas mettre d’enfants et de jeunes, c’est dans les écoles. Ce sont des lieux de souffrance, que ce soit pour ces jeunes qui viennent de familles populaires, puis de classes moyennes, qui sont à tour de rôle mis en échec et victimes d’orientations, ou pour les enfants porteurs de handicap ou de maladies qui sont refusés dans les écoles. Et donc, à fortiori, pour les jeunes LGBTQI+ qui ne correspondent pas aux stéréotypes de la société scolaire bien-pensante.
L’école est trop souvent un lieu de souffrance pour les jeunes LGBTQI+, mais pas que pour eux/elles. Le nombre de jeunes victimes de LGBT-phobies dépasse largement le nombre de jeunes LGBTQI+. Elles touchent également – et sans doute en priorité – des jeunes qui sortent des stéréotypes de genre, que ce soit par leur habillement, leur manière d’être, ou parce qu’ils sont timides, qu’ils n’ont pas de relation amoureuse connue, ou parce que la « rumeur » les a catalogué·e·s. Il en va de même pour les enfants vivant dans les familles homoparentales ou ayant un parent homosexuel. Ce sont d’abord ces jeunes qui subissent les discriminations homophobes et le harcèlement. La grande majorité des jeunes LGBTQI+ choisissent, par instinct de survie, de cacher leur orientation sexuelle. Mais s’ils/elles ne sont pas toujours des victimes directes des discriminations homophobes, ils/elles en subissent le poids.
Les LGBT-Phobies contribuent à une ambiance d’hostilité et de stigmatisation. Cela va des agressions verbales à la violence physique, en passant par le harcèlement. A cela, il faut ajouter les discriminations cachées : dans les écoles, certains mots sont tabous. Parler d’homophobie et/ou d’homosexualité est censuré par crainte des réactions des élèves ou des familles. De même les insultes homophobes très courantes bénéficient d’une tolérance sociale et ne sont pas sanctionnées par la communauté éducative au contraire des insultes antisémites ou racistes. Enfin, la communauté éducative n’apporte que rarement un soutien aux jeunes LGBT qui sont perçus comme transgressifs des normes scolaires ou provocateurs/trices.
Les conséquences de cette souffrance sont importantes. Tant sur la sociabilité avec l’apparition de comportements de résilience tels que le repli sur soi, un risque majeur de comportements agressifs envers soi-même, de conduites à risques (alcool, drogues, rapports sexuels non protégés, etc.) mais aussi une perte d’estime de soi, de l’anxiété, de la honte, de la culpabilité, la crainte permanente d’être « démasqué·e » ou harcelé·e.
Sur la scolarité, les conséquences de l’homophobie sont également importantes. Elles se traduisent par de la démotivation scolaire, de l’absentéisme et du décrochage scolaire.
Enfin, la sur-suicidalité des jeunes LGBT est une conséquence directe de l’homophobie. Celle-ci est un facteur de risque du comportement suicidaire. Ces risques sont de 2 à 4 fois supérieurs pour les filles, et de 5 à 10 fois pour les garçons.
Selon le Rapport Teychenné[1] (France) On peut considérer, qu’en moyenne, deux élèves par classe sont ou seront concerné·e·s par les LGBT-phobies pendant leur scolarité.
Comme le souligne l’UNESCO[2], « le harcèlement homophobe est un problème éducatif qui doit être traité par le secteur de l’éducation ». Il a une incidence sur le droit à l’éducation et sur l’Éducation pour tous, parce qu’il est une forme de discrimination et d’exclusion et parce qu’il viole le principe selon lequel les écoles doivent être des lieux sûrs.
La deuxième raison est sociétale
Les LGBT-phobies sont en progression. Il n’est pas une semaine où les réseaux sociaux ne relaient des agressions homophobes. En avril dernier, des manifestants se sont réunis devant la Bourse pour marquer leur révolte suite à l’agression de deux hommes, quelques jours auparavant, qui se promenaient en rue, en se tenant par la main. Les jeunes LGBT et les familles homoparentales sont victimes de l’augmentation d’actes et de propos homophobes au sein de la société, et comme, on l’a dit, au sein des écoles.
La plupart des agressions homophobes sont le fait de jeunes gens. Ces jeunes ne sont pas sorti·e·s du système scolaire depuis des décennies, mais visiblement, et quel qu’ait été leur parcours, ils/elles n’ont pas reçu toute l’éducation nécessaire pour déconstruire leurs croyances ou l’éducation homophobe qu’ils/elles ont reçue, qu’elle soit familiale, sociale, culturelle ou philosophique. On ne nait pas homophobe, on le devient ! Seule l’école est en position de lutter contre les représentations homophobes auxquelles ces jeunes ont été confronté·e·s et qu’ils/elles ont intégrées.
Le rapport de SOS homophobie (France) de 2012 indique que la moitié des jeunes « affirme ne pas connaître de personnes homosexuelles (68% pour les garçons), et 58 % n’ont jamais abordé le sujet de l’homosexualité en famille (70% pour les garçons). Dans chaque cas, les réactions de rejet sont en proportion inversée : 36 % de réaction négatives à l’idée de rencontrer une personne homosexuelle pour les élèves qui n’en connaissent pas (contre 10% pour ceux qui en connaissent) et 30% de réactions hostiles (contre 8%) pour ceux qui n’en parlent jamais en famille. Si la moitié des jeunes garderaient leur amitié à leur(e) meilleur(e) ami(e) en découvrant son homosexualité (mais 38% chez les garçons), le taux tomberait à 38% pour ceux qui ne connaissent pas de personnes homosexuelles et s’élèverait à 68% pour ceux qui en connaissent. Méconnaissance, sexisme et peur des minorités, les ingrédients classiques de l’ostracisme sont sans là sans surprise ».
C’est parce que nous voulons une société inclusive, qui permette à tout être humain d’être pleinement intégré à la société, quelles que soient les différences sociales, physique, intellectuelles, de genre ou sexuelles, que nous voulons aussi une école inclusive, qui éduque les futur·e·s citoyen·ne·s à être les fondateurs et fondatrices de cette société inclusive, et pour participer activement à sa transformation vers plus de justice.
En luttant que l’homophobie, on lutte aussi contre tous les racismes et toutes les discriminations qui minent les relations sociales de notre société.
Une Ecole Pour Tou·te·s
Nous lançons donc cet appel aux écoles : L’homophobie est un problème éducatif. Il doit être traité par le système éducatif. Notre plate-forme lance un appel à toutes les écoles : « Devenez des Ecoles Pour Tou·te·s ».
Pour toute question : contact [arobase] liguedroitsenfant (point) be
[1] DISCRIMINATIONS LGBT – PHOBES À L’ÉCOLE ÉTAT DES LIEUX ET RECOMMANDATIONS. Rapport de Michel Teychenné à Monsieur le Ministre de l’éducation nationale, Juin 2013
[2] Réponses du secteur de l’éducation au harcèlement homophobe – Unesco 2013
Lieu : Campus de l’ULB, Auditoire E. Dupreel, Avenue Jeanne, 44
1050 Bruxelles.
Après avoir proposé lors des colloques précédents la problématique de l’inclusion scolaire sous l’angle particulier du droit (« Accueillir tous les élèves à l’Ecole : un droit, des pratiques » le 17 octobre 2014), puis en s’interrogeant sur le rôle des CPMS (« Quel rôle du CPMS dans la marche vers l’école inclusive ? Etat des lieux et perspectives » le 30 novembre 2016), et en questionnant la situation particulière des élèves avec une déficience intellectuelle (« Une école inclusive, aussi pour les élèves avec une déficience intellectuelle ? » le 21 novembre 2017), le Forum de 2018-2019 se place dans la perspective du Pacte pour un Enseignement d’excellence se traduisant par des orientations politiques et organisationnelles qui vont toucher tous les partenaires de cette école inclusive, jusqu’en 2030 et sans doute au-delà !
Programme
8h00 Accueil
8h45 : Présentation de la journée – Jean-Pierre Coenen, président de la Ligue des Droits de l’Enfant
9h00-9h30 : Vers une école inclusive – Ghislain Magerotte professeur émérite, UMons et D.Paquot, directeur de l’école Singelijn à Woluwé St Lambert
9h30-9h45 Quels dispositifs sont prévus par le Pacte pour un Enseignement d’excellence pour promouvoir une école inclusive ? L.aurence Weerts, Cellule opérationnelle du Pacte pour un enseignement d’excellence.
9h45-10h15 Séminaire international organisé par Unia les 8 & 9 octobre 2018 : qu’en retenir ? V. Ghesquière, cheffe de service, Service Handicap/Convention ONU, UNIA, Centre Interfédéral pour l‘égalité des chances
10h15-11h30 : Table ronde 1 – Des directions de l’Enseignement fondamental s’expriment autour des questions suivantes : quelle est la philosophie et les valeurs de l’école ? quelles sont les forces du projet et quels obstacles sont-ils rencontrés ? Comment fédérer l’équipe autour de ce projet ? Quel(s) rôle(s) la direction doit-elle assumer ? Quels débats au sein de la communauté scolaire quant à l’évaluation de ce projet ? Débat avec la salle
11h30-11h45 : Pause
11h45- 13h : Table ronde 2 – Des directions de l’Enseignement secondaire s’expriment autour des questions suivantes : quelle est la philosophie et les valeurs de l’école ? quels sont les forces du projet et quels obstacles sont-ils rencontrés ? Comment fédérer l’équipe autour de ce projet ? Quel(s) rôle(s) la direction doit-elle assumer ? Quels débats au sein de la communauté scolaire quant à l’évaluation de ce projet ? Débat avec la salle
13h- 14h00 : Pause de midi (lunch sur place)
14h00-14h45 : L’école inclusive : comment l’organiser ? Quelles stratégies s’avèrent-elles intéressantes ? Comment voit-on la certification des élèves à besoins spécifiques au Canada ? – Philippe Tremblay, Professeur à l’Université Laval à Québec, Canada)
14h45-16h : Table ronde 3 – Des enseignants prennent la parole autour des questions posées par l’évolution de leur école. Comment fait-on la différenciation pédagogique ? Quelles sont les stratégies qu’ils utilisent pour favoriser l’inclusion, dans le cadre de la collaboration enseignant spécialisé-enseignant ordinaire ? L’organisation de l’école favorise-t-elle le travail d’inclusion ? Suivi d’un débat entre les intervenants et l’assemblée
16h00 : Synthèse des débats : que retenons-nous de nos débats et quelles pistes concrètes proposer? – Jean-Jacques Detraux (Prof émérite, ULiège, et CEFES-In/ ULB)
16h30 : Réactions d’un représentant du Cabinet de l’Enseignement (sous réserve)
16h45 Clôture : quelles perspectives ? par Jean-Pierre Coenen, président de la LDE
Informations pratiques
Inscriptions avant le22 février 2019 auprès du Cefes-In/ULB : 02/650.32.81
Tarifs : 30 € (20 € pour les étudiants et les parents d’enfants à besoins spécifiques) pause café et sandwiches de midi compris, à verser sur le compte BE76 9795 8553 0195 de la Ligue des Droits de l’Enfant, avec la communication « Inscription colloque du 28 février + nom·s du/des participant·e·s ».
Formation reconnue pour les enseignants par l’IFC.
Le personnel de l’enseignement et des CPMS peut s’inscrire via l’IFC (code 218001802/31777). L’intitulé de la formation est le titre de notre Forum.
Ce colloque a été pensé et co-construit par la plate-forme pour l’inclusion scolaire de la Ligue des Droits de l’Enfant et le CEFES-In/ULB
Contacts :
CEFES-In/ULB – 02/650.32.81
Ligue des Droits de l’Enfant : 0477/545.907 (en dehors des heures scolaires)
Jeudi 28 février 2019, de 8h45 à 16h30
Accueil à partir de 8h00
Lieu : Campus de l’ULB, Auditoire E. Dupreel, Avenue Jeanne, 44
Conférence de presse de la plate-forme de lutte contre l’échec scolaire
Pacte d’excellence : Réussir le Tronc commun ! Oui mais comment ?
Jean-Pierre Coenen, Président de la Ligue des Droits de l’Enfant et de la Plate-forme de lutte contre l’échec scolaire.
Notre plate-forme est née le 1er septembre 2003, à l’initiative de la Ligue des Droits de l’Enfant. Nous venons donc de fêter ses quinze ans. Elle regroupe à la fois des associations luttant contre l’échec scolaire, les syndicats de l’enseignement et des académiques. C’est un espace à la fois de liberté démocratique – car personne n’est tenu de partager nécessairement toutes les idées des autres – et de partages d’informations, de combats collectifs et de dynamisme coopératif et pédagogique.
Son objectif était – et reste – de défendre le droit fondamental à l’éducation en Fédération Wallonie Bruxelles. Jamais, depuis que l’Ecole belge existe, les droits fondamentaux tels que définis dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789, puis dans tous les textes lui découlant, dont la Convention internationale des Droits de l’Enfant (1989), ou des personnes – et donc des enfant – handicapés (2006), n’ont été respectés dans notre pays. C’est dire si nous avons près de deux siècles de retard à récupérer.
Les enfants qui entrent dans nos écoles ont la chance ou la malchance, selon qu’ils sont nés dans des milieux plus ou moins favorisés de se retrouver face à un système scolaire qui fabrique d’importantes inégalités sociales dont nous sommes les champions du monde, toutes catégories confondue. Pire : non contents de reproduire les inégalités sociales, l’Ecole les renforce ! Dans notre système scolaire, selon que vous êtes nés de « puissants » ou de « misérables », les jugements de cours d’écoles vous rendent gagnants ou corvéables… à merci.
La corrélation entre l’origine sociale et la relégation vers le technique et le professionnel a été largement démontrée, notamment par les associations autour de cette table. Depuis 20 ans, la relégation vers l’enseignement spécialisé ne cesse d’augmenter. Chaque année, ce sont près de 2000 enfants sans le moindre handicap autre que « social » qui sont orientés vers l’enseignement spécialisé, parce que ne possédant pas la langue de l’enseignement, ou ayant des difficultés scolaires dues à leur milieu social défavorisé.
Rappelons-nous qu’un jeune sur quatre sort de l’école sans pouvoir se servir de la lecture et sera illettré « pratique » durant toute sa vie, transmettant ces difficultés sociales à ses propres enfants. Selon l’OCDE, il faut cinq générations – soit une centaine d’années – pour sortir de la pauvreté. En condamnant les élèves d’aujourd’hui, notre système scolaire condamne aussi leurs arrières-arrières-arrières-arrières-petits-enfants. Soit des enfants qui naitront en… 2098 ! Ils ne sont pas encore nés de 80 ans, qu’ils sont déjà condamnés à être précarisés !
La majorité de nos élèves s’ennuient en classe, sans parler de ceux qui n’atteignent jamais la 5e secondaire. Ils sont entre 18 et 20 000 chaque année. 20 000 jeunes à sortir sans diplôme et donc, sans avenir dans une société où la compétition a remplacé la coopération. Cette coopération qui est au plus profond de nos gènes et qui a permis – et continue d’ailleurs – à l’humanité de survivre.
Ceci va sans doute interpeller certains « penseurs de l’école », mais contrairement à ce que d’aucuns croient, l’Ecole n’est pas un Droit de l’Enfant. C’est l’éducation qui est un Droit ! Et ce droit implique, notamment que l’Etat – et donc son système scolaire « prépare l’enfant à assumer les responsabilités de la vie dans une société libre, dans un esprit de compréhension, de paix, de tolérance, d’égalité entre les sexes et d’amitié entre tous les peuples et groupes ethniques, nationaux et religieux, et avec les personnes d’origine autochtone »
Cela implique de permettre aux jeunes qui sortent de l’école d’être des citoyens suffisamment formés et informés pour pouvoir jouer ce rôle de citoyens, ce qui nécessite une formation générale ambitieuse pour tout le monde. Dans tous les domaines d’apprentissage : en ce qui concerne la formation scientifique, la formation historique, économique, écologique, humaniste, etc.
Les sélections institutionnelles et leurs corollaires que sont les filières, sont clairement des sources d’inégalités. Ce n’est plus acceptable dans le cadre de la construction d’une école plus citoyenne. Pour répondre à ce défi, le Pacte pour un enseignement d’excellence, après moult débats plus partisans (ou idéologiques) que pédagogiques a décidé de proposer l’instauration d’un Tronc commun jusque 15 ans. Bref, le minimum politico-réticulaire (acceptable par le politique et les réseaux d’enseignement : pas par le monde associatif – et donc la société citoyenne).
Quitte à faire « avec », nous réclamons que ce tronc commun polytechnique en soit réellement un. Il n’y a pas d’apprentissage commun s’il n’y a pas d’apprentissage en commun. C’est la condition indispensable d’un réel tronc « commun ». C’est une rupture par rapport à toute l’organisation de notre système scolaire qui est organisé en quasi-marché.
Les écoles pilotes vont déposer leur Plan stratégique durant cette année scolaire. Pour elles, le tronc commun va débuter le lundi 2 septembre 2019. Actuellement, rien n’est prêt alors que l’enjeu est énorme.
Nous, associations citoyennes et syndicats de l’enseignement sommes vraiment très inquiets et nous tenons à le crier au Monde politique. L’avenir de l’école va se jouer dans les derniers mois de législature qui restent. Si l’on rate le coche – ou plutôt, si ceux et celles qui se prétendent « responsables » politiques nous font rater le coche – cela fera non seulement reculer notre système scolaire défaillant au rang des pays les moins développés, et enfoncera les familles les plus fragiles dans une extrême précarité pour cinq générations de plus !
Il est donc nécessaire de mettre en place les aménagements irraisonnables (qu’on arrête de nous bassiner avec ce qui serait raisonnable… et donc limité aux castes favorisées) dont notre système scolaire a besoin pour permettre aux cassés de l’Ecole d’accéder enfin à un véritable ascenseur social.
Fred Mawet, Secrétaire générale de CGé
Un an plus tard… où en est le Pacte, selon nous ?
Jusqu’ici, rien n’est encore perdu mais rien n’est vraiment gagné non plus !
L’état du Pacte nous invite à la plus grande vigilance pour que son ambition se réalise bien à savoir : réduire les inégalités, arrêter de transformer les inégalités sociales en inégalités scolaires et mettre en place les conditions pour que TOUS les enfants apprennent.
Nos satisfactions…
On l’a beaucoup dit mais cela vaut la peine de le répéter : poser un vrai diagnostic partagé par tous les grands acteurs de l’école sur l’état de notre enseignement et décider d’y répondre par un train de mesures articulées et phasées sur 15 ans mérite d’être salué !
C’est une première en Belgique francophone et notre école en a bien besoin.
– Renforcer l’encadrement en maternelle,
– réformer en profondeur la formation des enseignants,
– mettre en place un tronc commun polytechnique et troquer les multiples évaluations certificatives contre un processus permanent d’évaluation formative,
– supprimer le redoublement et mettre en place des mécanismes de différenciation pédagogique au sein de la classe,
– mettre en place des relations plus étroites entre le pouvoir régulateur et chaque école autour de la réalisation d’un plan de pilotage qui parte du diagnostic de ce que l’école est (sa composition en termes d’élèves et d’enseignants) et produit (réussites, échecs, redoublement, absentéisme, etc) pour chercher avec elle à améliorer ses résultats,
et arriver à la gratuité réelle de l’enseignement obligatoire sont autant de mesures qui vont dans le bon sens mais qui sont – presque toutes – encore à l’état de projets ou de décrets tout juste votés et qui restent à concrétiser.
Et nos inquiétudes !
Confirmez-nous et dites publiquement que l’Enseignement obligatoire ne pourra plus servir à sélectionner !
Sommes-nous vraiment tous d’accord sur le fait que ce que nous voulons faire, c’est, à l’instar, de toute une série d’autres pays, confier une autre mission à l’enseignement obligatoire, de 3 à 15 ans : c’est en finir avec un fonctionnement qui sélectionne prématurément et relègue massivement (vers l’enseignement spécialisé et vers l’enseignement professionnel) pour lui demander de faire maîtriser réellement par tous les élèves les savoirs de base et les connaissances nécessaires à la compréhension du monde ?
Si oui, quand nous traverserons les difficultés prévisibles de mise en oeuvre de tels changements, cela devra nous amener à questionner/ajuster/modifier nos façons de procéder jusqu’à atteinte de l’objectif, et pas à en changer sous prétexte qu’on n’y arrive pas tout de suite.
Ne lâchez pas sur les mesures devant servir à réduire la concurrence entre les écoles !
On le sait, la concurrence pousse à la sélection des élèves.
Est-ce que la nouvelle gouvernance (avec les plans de pilotage et l’appel à concertation entre écoles d’une même zone) va suffire pour réduire progressivement la concurrence entre les écoles ? Comment allons-nous faire changer la culture des directions, des enseignants et des parents qui pensent que chaque école doit se distinguer ?
Soignez la qualité et l’intelligence des relations entre l’Etat (pouvoir régulateur) et les écoles au travers des plans de pilotage : le défi est d’arriver à sortir des relations de contrôle technocratique qui ne vont rien apporter de bon pour entrer dans une culture de coopération respectueuse et exigeante qui s’attaque aux biais de notre système scolaire et le tire vers le haut.
Cela ne se fera pas sans associer étroitement les enseignants qui devront avoir le temps et le soutien nécessaire pour qu’ils puissent effectuer cette révolution attendue de leurs pratiques. Cette révolution ne se fera pas contre eux ni malgré eux, seulement par eux mais pas tous seuls.
Ne passez pas à côté de l’enjeu de réécriture des référentiels !
Certes, il fallait les revoir parce que la société évolue et donc ce qu’on doit enseigner aussi.
Mais dans la perspective du tronc commun, il est surtout indispensable de resserrer les contenus autour de l’essentiel qui doit être réellement maitrisé par tous à 15 ans : actuellement, on enseigne trop, trop tôt et donc mal. Il faut donc sabrer dans des contenus qui n’ont pas à être enseignés dans le tronc commun. Et il faudra faire de la place aux savoirs polytechniques auxquels tous goûteront. Il ne s’agit donc pas d’additionner des listes de contenus demandés par les uns et les autres qui participent aux groupes de travail référentiels ni de mettre en avant des logiques corporatistes disciplinaires mais d’arbitrer sur les concepts que nous voulons que nos jeunes élèves citoyens maitrisent à 15 ans.
Est-ce que c’est bien ce qui est en train de se passer dans la réforme des référentiels ?
Le temps du politique et le temps de l’école sont incompatibles !
Réussir un train de réformes ambitieux nécessite du temps, beaucoup de temps…
Entendre le MR s’opposer à l’idée de tronc commun et Benoit Lutgen répondre qu’on évaluera d’ici 2 ou 3 ans (si ?… si il faut poursuivre ou pas dans cette voie ?) est très inquiétant.
Cela ne nous donne pas confiance dans le fait que le monde politique a compris et respectera cette échéance de quinze ans de continuité politique, quelle que soit la nouvelle conjoncture d’après élection. Si tel n’était pas le cas, ces réformes seraient vouées à l’échec et augmenteraient encore le chaos de l’enseignement en CFWB plutôt que d’améliorer la situation.
L’enseignement est trop important pour être pris en otage par le politique et ne peut être le ring de boxe sur lequel ils arbitrent leurs désaccords.
Jean-Pierre Kerckhofs, Président de l’APED – Appel Pour une Ecole Démocratique
Un des objectifs affichés du Pacte d’Excellence est d’assurer un enseignement plus égalitaire. Pour cela, des réformes structurelles sont nécessaires à défaut d’être suffisantes.
Mixité sociale
Il est notamment impératif d’assurer une plus grande mixité sociale. Ce qui implique davantage de régulation de l’affectation des élèves. Une tentative est en cours depuis quelques années en début de secondaire. Elle a le mérite d’exister et nous ne voudrions certainement pas que le « décret inscriptions » soit détricoté pour laisser place au libéralisme total et permettre le retour des passe-droits. Mais nous pensons qu’on a d’une certaine manière mis un peu la charrue avant les bœufs et qu’il est indispensable de réguler bien plus tôt dans le cursus scolaire soit dès le fondamental.
L’expérience et de nombreuses études (comparaisons internationales) montrent que la mixité sociale n’apparait jamais spontanément. Certainement pas dans une situation de marché scolaire. Réguler signifie donc s’attaquer aux effets de marché. Tout ce qui restreint la concurrence est une bonne chose en matière de scolarité. C’est au gouvernement à prendre ses responsabilités. En tout cas, il est certain qu’il est possible de faire beaucoup mieux. Une étude réalisée par le Girsef et l’Aped (1) a montré qu’à Bruxelles, en primaire, 21 % des écoles sont des « ghettos de pauvres » et 20% des « ghettos de riches ». Seuls 34 % des établissements peuvent être considérés comme socialement mixtes.
Et ici, il faut rappeler que la raison de cette ghettoïsation n’est pas d’abord celle des quartiers. L’étude précitée a montré que les élèves se déplacent en moyenne de plus de 1300 m pour se rendre à leur école. La distance maximale est de 12km ! 20 % des élèves sont scolarisés à plus de 2 km de leur domicile et plus de 6% à plus de 4 km. Ceci indique des déplacements importants dus à la fois à une stratégie mise en place par certains parents et à une politique de découragement d’inscription de certains types d’élèves par certaines écoles. L’étude en question a montré qu’il était techniquement possible de générer une situation où la majorité des élèves effectuent une distance plus courte qu’actuellement tout en ayant davantage de mixité. C’est donc possible et selon nous nécessaire.
Un vrai tronc commun
Une autre condition pour diminuer les inégalités est la mise en place d’un tronc commun (TC) de longue durée. Le Pacte d’excellence semble avancer dans cette direction. Encore faut-il s’assurer qu’il s’agira d’un vrai TC général et polytechnique. Il y a donc des conditions en termes de contenus. Les programmes seront-ils identiques ? N’y aura-t-il plus d’options ? Nous n’avons pas encore tous nos apaisements et il semble que différentes conceptions s’affrontent.
Un obstacle important est l’absence d’une séparation entre le TC et la formation optionnelle ou qualifiante qui suit. En effet, si ce sont les mêmes établissements qui organisent la formation commune et puis le reste de la scolarité, il est clair qu’il ne pourra pas y avoir un vrai TC. Car les choix des établissements se feront en fonction de ce qui s’organise ensuite. Si je veux que mon enfant soit plombier, je le mets dans une école qui organise la plomberie. Si je veux qu’il aille à l’université, je choisis un établissement (si possible réputé) qui organise du Général. D’une part il y aura un problème par rapport à la mixité car les projections ne sont pas les mêmes en fonction de l’origine sociale. On maintiendra donc des ghettos. D’autre part, l’interprétation des programmes des différents établissements ne sera pas la même en fonction de ce qui suit le TC. Une césure entre la fin du TC et le reste de la scolarité nous semble donc nécessaire. Cette césure devrait permettre d’en éviter une autre qui se déroule actuellement en amont, celle qui sévit entre le primaire et le secondaire. Pour nous, idéalement, il faudrait une unité structurelle pendant toute la durée du TC et une séparation avec le reste de la scolarité obligatoire. Cette unité structurelle pouvant se décliner de différentes manières notamment entre les zones rurales et urbaines.
Nous voudrions donc interpeller le gouvernement sur les points suivants :
Comment comptez-vous faire fonctionner un TC alors qu’il existe actuellement une réelle rupture entre le primaire et le secondaire ?
Actuellement, on assiste à de nombreux changements d’écoles dans le fondamental et le secondaire inférieur. Comment comptez-vous diminuer drastiquement le nombre de ces changements ?
Comment allez-vous vous y prendre pour assurer la mixité sociale nécessaire dans le TC ?
: Peut-on concilier proximité et mixité sociale ?, Bernard Delvaux et Nico Hirtt, Les Cahiers du Girsef, février 2017
Claude Prignon, CGé – Changements pour l’égalité
Pas seulement une régulation … un Tronc Commun de qualité
Il ne suffit pas d’accueillir tous les élèves, d’assurer, dans chaque école, une mixité sociale en première année de l’enseignement fondamental pour qu’elle existe encore en sixième année.
Il ne suffit pas d’un décret inscription pour que la mixité sociale qui aujourd’hui, est corrigée à la marge en première année du secondaire, reste de mise au-delà du premier degré.
La question est « comment s’assurer que cette mixité sociale soit possible tout au long du tronc commun » ?
Nous sommes bien tous d’accord qu’il s’agit, pour les enseignants, de se mettre concrètement en situation de faire apprendretous les enfants.
Pas besoin de rappeler que ce choix implique une attention particulière des enseignants aux enfants qui n’ont pas la culture de l’école comme culture familiale.
Les travaux de Bernard Lahire montrent la nécessité de revisiter la manière d’enseigner, pour que cet enseignement permette, aussi aux élèves des familles populaires, de s’approprier les savoirs et les savoir-faire que l’école a comme rôle de leur faire acquérir. Pour leur permettre de prendre leur place dans la ville, dans leur vie de citoyen et de travailleur.
Que les enseignants organisent de la remédiation, oui, mais durant le temps de classe, pas en installant des filières hiérarchisées, pas en excluant, en mettant sur le côté…
Que les enseignants acquièrent les méthodologies nécessaires pour aborder les savoirs scolaires, aussi avec les enfants les plus éloignés de la culture scolaire.
Un vrai Tronc Commun, donc.
Plutôt que de contrôler les comportements des jeunes en classe sur base de normes pré-définies qui aboutissent à une exclusion de la classe voire de l’école, construire ensemble, en groupe classe, les conditions d’un accès à l’apprentissage de tous, conditions basées sur le respect des uns et des autres.
« Prendre les jeunes au sérieux » plutôt que les prendre au mot.
Bref, donner à l’enseignant une place de garant des apprentissages et des conditions qui les permettent.
Et cela nous renvoie à l’évaluation : en finir avec des évaluations certificatives successives qui classent, inquiètent, découragent, entraînent, sans nuance, la réussite ou l’échec (et donc le redoublement) et développer les évaluations formatives qui informent, avec nuances, l’élève de là où il en est dans son apprentissage et l’enseignant sur les capacités acquises et sur celles qui lui restent à faire acquérir par l’élève.
L’évaluation formative informe de ce qui permet à cet élève-là d’avancer et de ce qui le met en difficulté ou reste une difficulté à dépasser.
Un Tronc Commun de qualité nécessite avant tout, vous l’aurez compris, que les enseignants puissent être des praticiens chercheurs, qu’ils puissent se former tant au relationnel qu’à la didactique ou aux méthodologies appropriés à tous les enfants. Que ce temps leur soit accordé et cela, le plus tôt possible …
Sommes-nous bien en chemin vers cela ?
Joseph THONON, Président communautaire de la CGSP-Enseignement
Un refinancement de la Communauté française pour assurer la gratuité scolaire est essentiel pour des raisons de justice sociale et de lutte contre la pauvreté.
La gratuité de l’enseignement et de son accès font partie des principes généraux garantis par des textes internationaux et la Constitution. (*)
Une enquête de la Ligue des familles de 2016 sur la gratuité montre que l’enseignement maternel est effectivement presque gratuit. Elle revient en moyenne à 280 euros par an, repas compris. Cependant le poids du coût de la scolarité est toujours trop important pour certaines familles : plus d’un parent sur quatre a dû rogner sur son budget pour la scolarité de ses enfants. De plus, il subsiste de grandes disparités d’une école à l’autre. Il faudrait donc rendre plus précis le texte sur la gratuité en indiquant par exemple ce que l’on entend exactement par fournitures scolaires et ce, afin d’éviter des prises de liberté de certaines écoles et donc des traitements inégalitaires.
(*)
La Constitution belge stipule que l’accès à l’enseignement est gratuit jusqu’à la fin de l’enseignement obligatoire (article 24, § 3)
La loi du 25 novembre 1991 portant approbation de la Convention des Droits de l’Enfant réaffirme le droit de l’enfant à l’éducation, via un enseignement obligatoire et gratuit pour tous et l’organisation de différentes formes d’enseignement secondaire, ouvertes et accessibles à tout enfant ;
La loi du 29 mai 1959, dite « Pacte scolaire », qui prescrit que l’enseignement maternel, primaire et secondaire est gratuit dans les établissements de l’État et dans ceux qu’il subventionne (article 12, § 1 du Pacte scolaire). Il est précisé que dans l’enseignement maternel et primaire, les manuels et fournitures scolaires doivent être fournis gratuitement ;
L’enseignement néerlandophone se caractérise par des règles plus précises en matière de frais scolaires pour l’enseignement fondamental. Un décret interdit tout d’abord de demander des frais d’inscription. Le décret interdit aussi aux écoles de demander des frais encourus pour réaliser des objectifs finaux ou des objectifs de développement. Par exemple, il est interdit de demander des frais pour des cahiers, des manuels, du matériel d’écriture, car ces outils sont nécessaires pour les objectifs finaux de l’enseignement fondamental (apprendre à lire et écrire). Le décret prévoit en annexe une liste de ce qui est entendu par ces coûts. Les écoles fondamentales reçoivent pour ce matériel des subventions spécifiques.
420 000 enfants vivent sous le seuil de la pauvreté en Belgique. Pour les parents de ces enfants, ces frais constituent un obstacle que le législateur a voulu écarter en rendant l’accès à l’école gratuit, mais le service lui-même est payant. Cette tromperie fait que notre école est finalement gratuitement payante, et, parfois, très chère. De cette brèche découlent des pratiques qui permettent à certaines écoles d’écarter des enfants en situation de précarité. Les voyages scolaires à l’étranger et autres projets coûteux seront jugés indispensables par des écoles désireuses de s’aménager une clientèle nantie contribuant, par-là, à faire de notre école la championne des inégalités.
Les coûts dans l’enseignement technique ou professionnel sont bien trop élevés. Les frais de rentrée peuvent représenter l’équivalent un d’un mois de salaire d’ouvrier.
Dans les études réalisées, on voit que ce sont aussi les garderies (avant et après journée) et les repas pris à l’école qui alourdissent la facture.
Dans l’enseignement supérieur, le minerval devrait être plafonné aux montants actuellement réclamés et le système des bourses devrait être encore amélioré afin de mieux cibler les étudiants qui en ont réellement besoin.
La gratuité effective de l’enseignement n’est pas le remède miracle contre tous les maux dont souffre notre école elle constitue néanmoins une étape essentielle qui fait d’ailleurs partie de la feuille de route du Pacte pour un enseignement d’excellence.
Différentes mesures sont envisagées. Certaines sont non-coutantes (limitation des montants réclamés pour les voyages scolaires, pour la piscine, …) mais d’autres auront un coût. Ainsi, un premier pas est proposé par la Ministre Schyns dans l’enseignement maternel. Un avant-projet de décret octroie un montant par élève aux écoles afin de tendre vers une gratuité totale, ce montant visant prioritairement l’achat de fournitures scolaires.
Nous savons que la Communauté française travaille avec une enveloppe budgétaire fermée. Elle n’a pas de pouvoir fiscal. Le financement de la gratuité ne peut se faire au détriment d’autres postes budgétaires et nous pensons bien évidemment aux enseignants.
Une réelle gratuité obtenue sur le dos des enseignants raterait son objectif. Dégrader encore un peu plus les conditions de travail des personnels éducatifs ne ferait que renforcer la pénurie d’enseignant déjà très marquée aujourd’hui.
Il faut donc chercher d’autres pistes de financement pour la Fédération Wallonie-Bruxelles et pourquoi pas se tourner vers le Gouvernement fédéral ou même vers la Communauté européenne ?
Eugène ERNST, Secrétaire-général de la CSC-enseignement
Refinancer l’enseignement, cela ne doit pas être tabou !
L’année scolaire qui commence coïncide avec plusieurs échéances électorales. C’est l’occasion de poser des questions de fonds pour notre vie en société.
L’éducation est un bien public pour l’ensemble de la société: elle contribue au développement social, culturel, démocratique et économique. Elle permet aux individus de participer concrètement à la société. L’éducation est un bien public et un droit fondamental et doit être financée par les pouvoirs publics.
En Fédération Wallonie-Bruxelles, le Gouvernement envisage légitimement le refinancement de l’enseignement maternel, fondamental et supérieur. Vu les besoins de ces différents niveaux, celui-ci est indispensable et par rapport aux défis à relever, les investissements envisagés demeurent faibles. Mais qui va payer la note ?
Dans le cadre du Pacte, « Les réformes impliquent des dépenses nouvelles de l’ordre de 300 millions d’euros, dont 230 à 250 millions seront financés en rythme de croisière par des réorientations au sein du budget actuel de l’enseignement.[i] ».
D’après le rapport du collège d’experts extérieurs établi à la demande du Conseil d’Administration de l’ARES, « Le financement de l’enseignement supérieurdoit être mis en perspective avec son évolutiondans les autres niveaux d’enseignement. S’ilconvient de considérer l’éducation dans uneperspective d’apprentissage tout au long de lavie et donc son financement dans un mêmecontinuum, il convient de souligner qu’enFWB, tous les niveaux d’enseignement, àl’exception de l’enseignement supérieur, ontvu les moyens annuels par élève augmenterau cours des 10 dernières années. Ainsi, lesmoyens alloués par étudiant dans l’enseignement supérieur hors université sont inférieursà ceux alloués par élève dans l’enseignementsecondaire, faisant de la Belgique francophoneune exception en Europe et parmi les pays del’OCDE, et ce malgré les défis majeurs persistantsdans l’enseignement dit « obligatoire »[ii].
Ce qui est envisagé, c’est que le secondaire subisse la plupart des réorientations prévues via notamment la transformation de la 3e secondaire en dernière année du tronc commun, la baisse du taux de redoublement, la réorganisation de l’enseignement de qualification en une seule filière…
Nous ne souhaitons pas remettre en cause les réformes envisagées, les investissements prévus dans l’enseignement maternel et fondamental, le refinancement de l’enseignement supérieur mais nous devons rester vigilants pour que d’autres objectifs disposent de moyens suffisants.
A titre d’exemples, citons :
la réduction du taux de redoublement exigera un encadrement complémentaire pour aider l’élève qui éprouve des difficultés dans ses apprentissages.
La réorganisation de l’enseignement de qualification en une seule filière devra veiller à ce que les élèves soient encadrés dans leurs différents apprentissages. Nous devons bien constater que la mise en place de la CPU génère de réelles difficultés, que seules les équipes qui travaillent en surrégime engendrent des résultats positifs. Par ailleurs, celles-ci nous signalent elles-mêmes que ce n’est pas soutenable sur les moyen et long termes, ..
Un enseignement plus inclusif nécessitera un accompagnement complémentaire et particulier pour les élèves à besoins spécifiques qui fréquenteront l’enseignement ordinaire.
La réduction du taux de décrochage génèrera aussi des investissements complémentaires.
La réforme de la formation initiale fait l’objet de réelles frilosités de la part de différents lobbys et associations inquiètes que la Fédération Wallonie Bruxelles n’ait pas les moyens de ses ambitions.
La lutte contre la pénurie croissante de personnels nécessitera aussi des actions sur l’attractivité des métiers de l’enseignement et la revalorisation salariale des personnels.
…
Est-ce envisageable à budgets constants dans l’enseignement ? Les réformes prévues sont-elles possibles avec un enseignement secondaire, subissant des mesures d’économie drastiques ?
L’éducation ne représente pas une dépense mais bien un investissement car elle a des retombées positives sur l’emploi et les taux de croissance. La demande de travailleurs/euses diplômé(e)s et hautement qualifié(e)s ne peut être satisfaite que par le biais d’un investissement durable dans l’éducation et les enseignant(e)s.
Dans ces conditions, un refinancement de l’enseignement ne s’impose-t-il pas ou est-ce un tabou au nom de notre surréalisme institutionnel ?
[ii] L’enseignement supérieur de la Fédération Wallonie- Bruxelles à l’horizon 2030 – 18 mesures pour faire face aux défis de demain – rapport du Collège d’experts , 2017, page 27 .
La Ligue des Droits de l’Enfant et sa Plate-forme Inclusion scolaire a organisé une conférence de presse à l’occasion de la rentrée scolaire. La scolarisation des enfants avec une déficience intellectuelle est un véritable parcours du combattant.
Jean-Pierre Coenen, Président de la Ligue des Droits de l’Enfant :
L’enseignement « spécial », devenu par la suite l’enseignement « spécialisé », date de 1970. Cela fait aujourd’hui 48 ans que les enfants avec handicap y sont accueillis, loin des autres enfants et souvent loin de leur milieu de vie habituel. Parfois au bout de longs trajets en bus scolaire, dans des lieux prétendument adaptés, mais qui sont surtout ségrégués. On y est entre enfants handicapés, cachés aux yeux de tous et oubliés de tous les bien-mal-pensants pour qui l’Ecole avec un « E » majuscule, la grande, la noble « Ecole » n’est destinée qu’à ceux qui peuvent prétendre d’un quotient intellectuel moyen à supérieur.
La question n’est pas de nous positionner pour ou contre l’enseignement spécialisé mais de rappeler que la place des enfants ayant un handicap n’est pas dans un enseignement spécialisé, mais dans l’école ordinaire : l’école du quartier, l’école du village avec les enfants « ordinaires » qui partagent le même lieu de vie. Ce Droit fondamental est défini par la Convention ONU de 2006 qui précise que les enfants porteurs d’un handicap doivent « avoir accès, dans les communautés où elles vivent, à un enseignement primaire inclusif, de qualité et gratuit, et à l’enseignement secondaire également inclusif NDLR[1] »
Depuis 2004, l’intégration dans l’enseignement ordinaire d’enfants relevant de l’enseignement spécialisé a été mise en place. Si, initialement, ce sont les handicaps physiques qui étaient privilégiés, depuis 2009 et grâce à ratification par notre pays de la Convention ONU sur les droits des Personnes handicapées, ce sont tous les enfants, quels que soient leurs handicaps – et donc également ceux qui ont une déficience intellectuelle – qui peuvent bénéficier d’un processus d’intégration dans l’enseignement ordinaire.
Si l’intégration d’enfants avec un handicap progresse en FWB, ce sont – comme vous le voyez sur ce graphique – surtout les handicaps « nobles » qui bénéficient de ces processus. Les enfants ayant des déficiences visuelles ou auditives sont respectivement 26 et 21 % à être intégrés dans l’enseignement ordinaire. Les enfants issus de l’enseignement spécialisé de type 8 qui ont principalement un « handicap social » et qui ne devraient de ce fait pas être dans l’enseignement spécialisé suivent avec 17 %. Mais ce sont les enfants issus du T2, c’est-à-dire ceux qui ont une déficience intellectuelle modérée à sévère, qui ferment le peloton. Ils sont un tout petit pourcent à se trouver intégrés dans une école ordinaire.
Comme vous le voyez et principalement pour les enfants avec une déficience intellectuelle, ce droit est largement bafoué. Les bien-mal-pesants de l’Ecole continuent à leur interdire l’accès à l’enseignement ordinaire. Pire, la Fédération Wallonie-Bruxelles, dans son Pacte pour un enseignement d’excellence, ne consacre que 4 malheureuses pages à un enseignement inclusif, ce qui démontre qu’elle n’a pas une vision claire de ce qu’est l’école inclusive. De plus, celle-ci réserve l’enseignement inclusif aux enfants de milieux populaires injustement orientés vers les T1, 3 et 8.
Pourtant, la Belgique et chacune de ses composantes se sont engagées dans l’idée de construire une école véritablement inclusive.
Pour les familles, c’est un chemin de croix ! Un vrai parcours du combattant. Il ne leur suffit pas de trouver une école qui accepte leur enfant en intégration – ce qui est déjà extrêmement compliqué – mais il faut également trouver une école spécialisée partenaire. Deuxième obstacle ! Pire : les deux CPMS – celui de l’école ordinaire et celui de l’école spécialisée doivent être d’accord. Et là, cela revient trop souvent…. 99 fois sur 100 si on en croit ce graphique, à « mission impossible ». Le Droit de l’enfant est bafoué par des professionnels qui sont pourtant tenus de le respecter. Mais ce ne sont « que » des enfants handicapés et par malchance pour eux, ils ont un « mauvais » « handicap » pour l’école. Car, pour l’Ecole, il y a de « bons » et de « mauvais » handicaps. Il y a ceux qui ont un handicap « noble », qui ont toutes leurs fonctions cognitives et puis les autres, ceux qui ont un « handicap mental ». Celui qui empêche d’apprendre comme les autres… Comme si – et c’est ce que l’on pense encore trop souvent dans les écoles – tous les enfants apprenaient de la même façon. L’Ecole est faite de traditions, de croyances archaïques, de fantasmes, de lubies et de peurs ; pas de désirs de progrès, de rêves, et d’espoirs. C’est le malheur de ces enfants.
Mais… va-t-on nous demander… ces enfants ont-ils leur place en enseignement ordinaire, puisqu’ils ne savent pas apprendre comme les autres ? La réponse est dans le Droit ! Tout comme le droit à l’information est garanti à tous les citoyens – et c’est pour cela que nous faisons une conférence de presse – ces enfants sont des êtres tout ce qu’il y a de plus humains et bénéficient de droits, eux aussi. Et ces droits doivent être respectés !
La question n’est plus de se demander si ces enfants, puisqu’ils ne savent pas marcher, entendre, voir ou penser comme tout le monde, ont droit à une place pleine et entière dans la société, ni s’il faut les cacher au fond d’écoles et, par la suite au fond d’institutions prétendument spécialisées, derrière des murs, toute leur vie. La question est de savoir si nous voulons construire une société qui doit permettre à chacun de s’y intégrer et d’y trouver une place de citoyenne ou de citoyen actif et pleinement reconnu comme tel !
Si la réponse est « Oui » – et dans une société démocratique elle ne peut être que « Oui » – alors il n’y a qu’une étape scolaire possible : celle qui apprend au vivre ensemble, à vivre avec les différences que nous avons toutes et tous : c’est l’école inclusive. Un lieu où l’enfant ayant une déficience pourra apprendre à vivre avec les autres et où ceux-ci pourront à leur tour apprendre à vivre avec toutes les différences. Dans l’espoir que, plus tard et ensemble, ils contribuent à la construction d’une société réellement inclusive.
Le Pacte ne l’a pas compris. Si la mise d’un tronc commun est incontournable pour lutter contre l’échec scolaire, il est insuffisant. Seul un enseignement réellement inclusif peut permettre à chaque enfant, quelles que soient ses difficultés scolaires, sociales, physiques, intellectuelles, … d’acquérir les savoirs que ses capacités lui permettent d’acquérir. Et même, de se sublimer !
Nous voulons une Ecole inclusive. C’est un Droit fondamental de l’enfant handicapé ! Et c’est un droit des autres enfants aussi d’apprendre à vivre avec la différence. La Belgique s’y est engagée, la FWB aussi. Cette dernière se doit de la mettre en place. Nous exigeons donc le respect de cet engagement, à commencer par faire respecter par tous les intervenants l’obligation de respecter ce droit, et donc, de ne plus avoir la possibilité de refuser l’intégration d’un enfant quels que soient son handicap. Le Décret intégration permet trop facilement aux acteurs institutionnels de refuser l’intégration d’un enfant sur base de son handicap. Il s’agit d’une discrimination inacceptable et ce, même s’il existe un enseignement spécialisé. Séparer des enfants sur base de leurs différences physiques ou intellectuelles est, tout simplement, de la discrimination et doit être interdit dans les textes et poursuivi en justice ! Il en va de même pour les parents. Par méconnaissance de l’intégration ou souci de surprotection, des familles refusent des projets d’intégration proposés par des CPMS ou des écoles et qui vont pourtant dans l’intérêt des enfants.
Par ailleurs, le Pacte prévoit que les futurs Pôles territoriaux mutualisent les moyens consacrés à l’accompagnement des enfants en intégration, mais cela ne concernera que les enfants orientés en fonction d’un « handicap social ». Le Pacte ne tient pas compte des enfants porteurs de handicaps physiques et encore moins intellectuels. Nous condamnons cette discrimination et attendons de la CF/FWB qu’elle corrige le tir afin d’amener progressivement l’enseignement spécialisé à évoluer dans sa conception, dans ses prérogatives, dans son rôle, au service des besoins éducatifs de l’enfant. Toutes les ressources qu’il contient doivent être mises au service de tous les élèves ! ». Autrement dit, pour aller progressivement vers un système scolaire inclusif.
Annette Teutsch, maman et membre de la Plate-forme Inclusion scolaire
Nous avons une fille de 14 ans avec trisomie 21. Notre vision pour sa vie, c’est qu’elle ait sa place au sein de notre société, qu’elle soit pleinement acceptée et respectée, non pas « malgré » son handicap mais avec son handicap. Comment veut-on apprendre à un enfant à vivre au sein de notre société si on l’enseigne à côté de notre société ? C’est pour ça que nous avons dès le début opté pour une scolarité dans l’enseignement ordinaire.
Nous avons eu la grande chance de trouver une école maternelle et primaire ordinaire INCLUSIVE qui était prête à accueillir notre fille – comme j’ai déjà dit – pas malgré son handicap, mais avec son handicap. La philosophie de cette école à pédagogie active : « Tout le monde est différent ». Notre fille pouvait donc apprendre avec tout le monde au sein d’une classe ordinaire. Elle pouvait participer à tout – avec du soutien, bien sûr, et avec des adaptations et aménagements là où c’était nécessaire. Il fallait, surtout, toujours adapter les objectifs pédagogiques.
Notre fille avait donc des objectifs adaptés, mais toujours en travaillant sur les mêmes thèmes que les autres enfants de la classe et ensemble avec eux. Et il y avait du soutien. En plus des enseignantes de sa propre classe, très motivées, il y avait une accompagnatrice venant d’une asbl mobilisée par nous, les parents, en fonction de deux périodes par semaine, ainsi qu’une institutrice venant d’une école spécialisée du type 2 (handicap mental sévère à modéré) pour 4 périodes par semaine. C’était donc un projet d’intégration conforme au décret de 2004.
Avec la pédagogie pratiquée dans cette école, notamment la différentiation des objectifs pédagogiques, et avec le soutien de l’extérieur, ce projet était une belle réussite : Notre fille évoluait de manière impressionnante tant sur le plan social que sur le plan d’apprentissages. Et c’était une vraie richesse pour tout le monde. On a eu beaucoup de retours positifs des autres enfants, de leurs parents et des enseignantes. Notre fille faisait pleinement partie de sa classe.
Après les années en primaire les choses sont devenues plus compliquées. Notre fille n’a pas fait son CEB en fin de sixième, vu ses difficultés intellectuelles. Heureusement il y avait une école secondaire ordinaire, de nouveau à pédagogie active, qui était prête à l’accueillir en première année différenciée De nouveau avec une adaptation des objectifs et une pédagogie différenciée. Notre fille a tout de suite trouvé sa place au sein de sa nouvelle classe dans la nouvelle école et elle y a continué à bien progresser.
Mais on avait du mal à trouver le soutien prévu par le décret pour cette première année. Nous nous sommes adressés à plusieurs écoles spécialisées pour monter un projet d’intégration avec eux. A chaque fois les écoles semblaient assez ouvertes, mais plus d’une fois le projet a été bloqué par l’avis négatif du CPMS du spécialisé. On nous disait notamment : « Les intégrations ne se font pas avec les élèves qui n’ont pas une chance réelle d’obtenir un certificat de l’enseignement ordinaire ». Comment voulez-vous obtenir un certificat de l’enseignement ordinaire ayant un handicap mental ? Pour nous ceci est un point de vue discriminatoire. Parce qu’il exclut automatiquement tout enfant avec handicap mental de l’intégration. Et nous trouvons que ceci ne correspond ni aux décrets de la Communauté française, ni à la Convention des Nations-Unies.
Pour cette année scolaire, la bonne nouvelle, c’est que nous avons réussi à établir une coopération entre notre école ordinaire et une école spécialisée – et les Centres PMS respectifs. Mais il y a une chose qui ne correspond pas vraiment à notre vision : Cette intégration vise clairement à préparer la transition de notre fille vers l’enseignement spécialisé en fin d’année scolaire.
Pendant cette année, elle passera trois jours par semaine dans la deuxième différenciée de l’école ordinaire pour continuer à travailler les compétences de base comme le français, la mathématique. Et elle passera deux jours dans l’école spécialisée pour commencer à travailler des aspects professionnels. L’idée derrière, c’est que l’année prochaine elle passera pleinement en spécialisé. Vu notre vision de la vie de notre fille, nous aurions préféré continuer un projet d’intégration dans une école professionnelle ordinaire, soutenu par une école spécialisée.
Nous entendons souvent qu’on arrive à un âge bien difficile et que les enfants dans l’enseignement professionnel ordinaire avaient souvent déjà un parcours scolaire bien difficile, venant d’un milieu bien difficile. Donc pas le bon milieu pour l’intégration d’un élève « plus fragile ».
Notre fille aimerait bien un jour travailler dans une école maternelle en s’occupant des petits – pas comme institutrice, bien entendu, mais comme une « aide surveillante ». Elle a déjà fait des petits stages dans son ancienne école et ça s’est bien passé. Elle l’adore, et les enfants l’aiment beaucoup. Donc ça serait logique de l’orienter vers l’enseignement professionnel filière « Service aux personnes ». Dans le spécialisé, ça existe aussi, mais c’est une formation professionnelle plutôt logistique, ça ne prépare pas au travail AVEC des personnes. Elle sera donc bien freinée dans la réalisation de son rêve de projet de vie.
On nous a parlé de la possibilité d’une réorientation vers l’enseignement ordinaire plus tard, quand les élèves ont passé le cap de l’adolescence et la situation dans l’enseignement professionnelle se calme un peu. C’est effectivement une option que nous allons essayer de poursuivre quand le moment arrivera. Mais est-ce que c’est vraiment nécessaire de la retirer de l’ordinaire pendant quelques années, sans jamais avoir essayé de mettre en place un beau projet bien soutenu, comme on l’a toujours pu faire jusqu’à présent?
Il y a surement du bon dans le projet visé. Mais c’est dommage que la mise en place d’un projet d’intégration d’un enfant ayant un handicap mental dans l’enseignement secondaire ordinaire soit si difficile, même impossible. Nous ne disons pas que ça sera facile. Mais nous connaissons des projets similaires en Flandre et dans d’autres pays européens qui marchent. Pourquoi alors pas ici en Communauté française ?
Il y a suffisamment d’expériences qui indiquent que c’est faisable si tous les partenaires sont prêts à s’ouvrir et à penser à des pratiques innovantes. Mettre en place l’inclusion, c’est du travail. Il faut y croire et il faut finalement s’y mettre. Pour que tous les enfants aient leur place dans notre société et dans nos écoles !
Mouvement Personne d’abord : L’école inclusive est-ce possible ?
Vanessa, membre du conseil de gouvernance, antenne de Liège
Nous, les personnes qui présentent une déficience intellectuelle, nous voulons aller dans les écoles ordinaires. Nous voulons être avec tout le monde. Nous ne voulons pas qu’il y ait de différences entre les élèves. Nous ne voulons pas qu’on stigmatise l’élève qui a besoin d’aide.
Il faut pour cela des services adaptés, pour aider toute la classe.
Pour nous permettre de réussir cet objectif, nous avons besoin d’aide, l’école a besoin d’aide pour permettre la réussite de ce projet. Il faut que l’enseignant soit partie prenante du projet. Il faut que toute l’école soit partie prenante de la démarche.
Ainsi le professeur sera à l’aise pour dire aux élèves que chacun doit pouvoir s’accepter. Que chacun a sa place. Que tous les enfants sont égaux. Pour aider l’enseignant et tous les élèves, il faut aider le professeur titulaire de la classe.
Il faut faire pour cela des animations ensemble pour apprendre à la classe comment être solidaire, s’entraider. Nous avons beaucoup de choses à apporter aux autres de la classe.
Nous sommes une personne d’abord.
Xavier Lacroix : président du conseil de gouvernance et membre de l’antenne de Verviers.
J’ai mon expérience de l’enseignement spécialisé. Ce n’était pas une bonne expérience. Chaque année, j’ai appris la même chose. Tout le temps on voulait m’apprendre la même chose. C’est toujours la même chose qui revient. C’est enfantin. Je me cachais aussi dans l’école, les autres élèves n’étaient pas plus gentils. Nous sommes nombreux à avoir vécu cette expérience. Et nous disons que si nous étions dans les écoles ordinaires on saurait plus évoluer.
Pour que les choses se passent bien il faut sensibiliser tous les élèves de la classe pour qu’il y ait de la solidarité entre les élèves. Pour que nous soyons acceptés comme on est.
Si on est dans les écoles ordinaires, cela nous permettra d’évoluer dans notre tête, car je remarque que les personne dans l’enseignement ordinaire pensent et réfléchissent autrement. Ils parlent autrement. Et cela m’aurait aidé à évoluer. Si je peux en parler, c’est parce que j’ai eu des amis qui n’avaient pas de déficience intellectuelle. Ils m’ont aidé à évoluer. En se parlant. En m’expliquant des choses qu’ils ont faites.
Pour que cela soit une réussite, il faut donner les moyens à l’école. Les moyens en personnel. Il faut une ouverture des esprits. Il faut communiquer, dialoguer. C’est ça aussi l’apprentissage.
Dominique Paquot, Directeur de l’école primaire Singelijn
L’école Singelijn, une école inclusive.
Les valeurs fondamentales d’ouverture à la différence sont depuis de nombreuses années une des priorités de l’école Singelijn. Pour atteindre cet objectif, elle s’implique activement dans des projets spécifiques d’intégration d’enfants en situation de handicap quelles que soient ces situations.
Chez nous, l’intégration coule de source.
Elle est d’ailleurs inscrite dans notre projet d’établissement.
Les parents savent donc qu’en inscrivant leur enfant à l’école Singelijn, il rencontrera vraisemblablement dans son cursus scolaire des enfants en situation de « handicap. »
De même, les enseignants qui postulent dans l’école savent qu’il pourrait y avoir dans leur classe un enfant à besoins spécifiques.
Intégrer un enfant n’est pas simplement l’accepter dans l’école, mais c’est être capable de le mener le plus loin possible en lui proposant une approche pédagogique qui se veut active, coopérative et citoyenne. C’est l’école qui s’adapte à l’enfant et non l’enfant qui s’adapte à l’école.
Pour réussir une école inclusive :
Il faut un vrai travail d’équipe autour des élèves et donc une communication régulière et de qualité entre toutes les parties (parents, élèves, écoles ordinaires et spécialisées, logopèdes,…). Les conseils de classe au nombre de trois/an réunissent tous les partenaires impliqués dans le projet.
Il faut une implication de l’ensemble des partenaires. Pour y arriver, il est indispensable que l’équipe pédagogique et les parents ainsi que l’enfant y participent activement. Le rôle de la direction est aussi primordial car c’est elle qui va soutenir le projet et encourager son équipe à pratiquer l’intégration au quotidien dans les classes.
Il faut que l’adaptation et l’individualisation correspondent au mieux aux besoins et objectifs de l’élève car chaque élève est différent. Certains aménagements sont nécessaires qu’ils soient organisationnels, pédagogiques ou physiques. Mais attention, ces aménagements, ces adaptations, nous les pensons pour tous les enfants. Il n’y a pas dans l’école deux pédagogies, mais une seule accessible et disponible pour chaque élève. Par contre, en fonction des besoins spécifiques de certains élèves, nous créons un projet individualisé pour leur permettre de franchir une étape d’apprentissage, de vaincre le « sentiment d’échec » et de progresser à nouveau. C’est un véritable défi pour chaque enfant et pour l’équipe pédagogique !
Il faut une adhésion de l’ensemble de l’équipe pédagogique de l’école ordinaire pour favoriser la cohérence et la continuité.
Ce dernier point n’est pas anodin car le manque de cohérence et de continuité peut évidemment engendrer des difficultés majeures pour la mise en place d’un projet d’intégration.
Pour répondre aux objectifs d’une « école pour tous » il faut, j’en suis convaincu, repenser en profondeur le système pédagogique dont les méthodes sont souvent plus que dépassées, voire inadéquates afin qu’aucun enfant ne soit laissé pour compte, que tous les élèves puissent trouver dans l’école le chemin de la réussite.
C’est en partant de ce postulat que nous avons modifié et mis en place une autre méthodologie, un autre type d’enseignement permettant de créer une école pour tous, hétérogène, qui permet à chaque enfant de progresser, de grandir, d’évoluer selon son rythme, ses capacités, ses qualités, ses défauts.
Cette approche dépasse la question de l’intégration d’enfants à besoins spécifiques, elle s’inscrit dans la philosophie « d’école pour tous », celle qui accueille une diversité d’élèves quelles que soient leurs faiblesses, leurs forces, leurs intelligences, dans une école de la réussite qui rejette compétition et exclusion. Le plaisir d’apprendre plutôt que la pression et la performance.
Je peux affirmer maintenant que l’école Singelijn est devenue une vraie école inclusive. Et je peux aussi affirmer, sans me tromper, que cela porte ses fruits.
A l’école Singelijn, côtoyer un enfant en chaise roulante, un enfant porteur de trisomie, un enfant avec une canne, un enfant avec un appareil auditif, fait partie du quotidien sans que cela n’apparaisse différent, particulier.
C’est une richesse pour l’enfant porteur d’un « handicap » car il est lui aussi confronté à des projets ambitieux, il construit son image et son estime de soi et mène une vie sociale avec les autres enfants. Il apprend à s’adapter aux règles sociales du groupe.
Mais c’est aussi une richesse pour les autres enfants car l’inclusion permet à chaque enfant de comprendre que la différence entraine bien souvent un « handicap ». Elle l’amène donc à élargir sa vision du monde, à intégrer les différences des uns et des autres. Nous constatons alors que le climat de classe se modifie grâce à l’écoute des besoins, à la tolérance.
L’inclusion permet aussi de réfléchir sur l’identité au-delà des apparences. Elle permet de développer son sens de l’empathie vis-à-vis de l’autre qui rencontre des difficultés et donc de l’autre en général.
Un jour, un élève est venu dans mon bureau. « Dominique, tu t’es trompé ! Tu nous as dit que Léna avait de la chance d’être dans notre classe, mais c’est nous qui avons la chance de l’avoir ! »
Pour conclure, le jour où nous serons tous bien persuadés que l’élève vient à l’école pour apprendre au lieu d’y venir pour réussir, nous aurons fait un grand pas vers l’école de demain, c’est-à-dire l’école pour TOUS.
[1] Voir texte anglais : Persons with disabilities can access an inclusive, quality and free primary education and secondary education on an equal basis with others in the communities in which they live
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