Communiqué de presse

Arrêter des élèves qui manifestent : un signal inquiétant envoyé à toute une génération

La Ligue des Droits de l’Enfant exprime sa profonde indignation à la suite de l’interpellation de plusieurs élèves mineurs lors de la manifestation organisée le 4 juin 2026 à Bruxelles contre la réforme du décret-programme II de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Ces jeunes manifestaient pour défendre leur vision de l’enseignement et faire entendre leur voix sur une réforme qui les concerne directement. Leur mobilisation s’inscrit dans l’exercice légitime de droits fondamentaux garantis par la Convention internationale relative aux droits de l’enfant, ratifiée par la Belgique et juridiquement contraignante pour l’ensemble des autorités publiques.

La Ligue rappelle que l’article 13 de la Convention garantit à chaque enfant le droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la possibilité de rechercher, recevoir et diffuser des informations et des idées par tous les moyens de son choix. Les restrictions à cette liberté doivent demeurer exceptionnelles, strictement nécessaires et proportionnées.

L’article 15 garantit quant à lui le droit des enfants à la liberté d’association et à la liberté de réunion pacifique. La participation à une manifestation citoyenne constitue l’une des expressions les plus concrètes de ce droit dans une société démocratique.

L’arrestation de mineurs exerçant pacifiquement leurs libertés fondamentales soulève dès lors de graves questions quant au respect des engagements internationaux de la Belgique. Une démocratie ne se mesure pas uniquement à la manière dont elle protège la liberté d’expression des adultes, mais également à sa capacité à entendre et respecter la parole des enfants lorsqu’ils expriment leurs préoccupations collectives.

Les mobilisations observées ces dernières semaines dans le monde de l’enseignement témoignent également d’une préoccupation largement partagée par les acteurs éducatifs quant aux réformes en cours. Dans ce contexte, la participation des élèves aux débats qui concernent directement leur parcours scolaire ne peut être réduite à une question d’ordre public. Elle constitue l’expression d’une citoyenneté active que les institutions éducatives ont précisément pour mission d’encourager.

Lorsqu’ils se mobilisent sur des questions qui touchent directement leur éducation, leur avenir et leurs conditions d’apprentissage, les jeunes exercent non seulement leurs libertés fondamentales, mais participent également à la construction du débat démocratique. Une réponse essentiellement sécuritaire à cette expression citoyenne risque d’avoir un effet dissuasif sur l’exercice futur de leurs droits.

Un rapport de 2024 du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies a rappelé à plusieurs reprises que les enfants doivent pouvoir participer à la vie publique, exprimer leurs opinions et défendre leurs intérêts sans être exposés à des mesures intimidantes ou disproportionnées. Les autorités ont l’obligation positive de créer un environnement permettant l’exercice effectif de ces droits. Les actions des agents des forces de l’ordre peuvent être ressenties de manière disproportionnée par les enfants. Les adultes peuvent aussi empêcher les enfants d’exercer leur droit à la liberté de réunion pacifi­que par souci de sécurité ou d’éducation, souvent sur la base d’une interprétation étroite de l’article 3 de la CIDE (intérêt supérieur de l’enfant). Cependant, l’article 15 est précis et demande que le droit à manifester soit garanti tout comme pour les adultes !

La Ligue des Droits de l’Enfant s’inquiète particulièrement du signal envoyé à l’ensemble de la jeunesse lorsque l’expression collective d’un désaccord politique ou citoyen conduit à l’interpellation de mineurs. Une telle réponse risque d’alimenter un sentiment de défiance envers les institutions démocratiques et de décourager l’engagement citoyen des jeunes.

Nous demandons :

  • toute la transparence sur les circonstances et les motifs des arrestations intervenues le 4 juin ;
  • la communication des garanties mises en œuvre pour assurer le respect des droits des mineurs concernés ;
  • une évaluation indépendante de la proportionnalité des mesures prises ;
  • que le Délégué général et les associations aux droits de l’enfant soient pleinement associés à l’analyse des événements et de leurs conséquences sur les jeunes concernés ;
  • que les autorités réaffirment clairement le droit des enfants et des adolescents à participer au débat démocratique dans le respect des libertés fondamentales ;
  • une meilleure planification avec les agents des forces de l’ordre et les différents organismes (syndicats, organisations de jeunesse, associations des droits de l’Enfant, fédérations de parents d’élèves…) pour créer des espaces d’expressions publics et sécurisés pour les mineurs.

La Ligue rappelle que les enfants ne sont pas de simples spectateurs des décisions qui façonnent leur avenir. Ils sont des titulaires de droits, reconnus par le droit international, et leur parole mérite d’être protégée, entendue et respectée.

Face à ces événements, nous appelons les responsables politiques, les autorités de police et l’ensemble des institutions publiques à faire primer l’intérêt supérieur de l’enfant, principe cardinal de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant.

La protection de l’ordre public ne peut jamais conduire à banaliser l’atteinte aux libertés fondamentales des enfants. Dans un État de droit, les droits de l’enfant ne sont pas une variable d’ajustement ; ils constituent une obligation pour tous.

La Ligue des Droits de l’Enfant restera particulièrement attentive aux suites données à cette affaire et n’hésitera pas à interpeller les autorités compétentes afin que toute la lumière soit faite sur les événements du 4 juin.