Le placement d’enfants : entre protection nécessaire et dysfonctionnements institutionnels

État des lieux

En Fédération Wallonie-Bruxelles, environ 7.500 enfants vivent aujourd’hui placés en famille d’accueil ou en institution à la suite d’une décision du juge de la Jeunesse. Ces mesures sont souvent justifiées par la nécessité de protéger l’enfant d’un environnement toxique, précaire ou dangereux.

Pourtant, un nombre croissant de témoignages et d’études révèlent que certains enfants restent éloignés de leur famille pendant des années, sans raison réellement fondée ni projet de retour, alors même que des solutions alternatives pourraient être envisagées.

Difficultés et paradoxes du placement

Cependant, derrière ce cadre juridique clair et protecteur, la réalité concrète du placement révèle des difficultés et des paradoxes profonds.

De nombreux rapports d’experts, études sociologiques et témoignages d’acteurs de terrain, mais aussi des retours de familles concernées, témoignent d’une tendance inquiétante : certains enfants sont maintenus dans des mesures de placement pendant des périodes prolongées, souvent plusieurs années, sans qu’un projet de réinsertion familiale ou de retour dans leur milieu d’origine ne soit véritablement élaboré, suivi ou régulièrement évalué, alors même que la législation en vigueur l’exige.

Cette situation soulève de graves questions quant à la proportionnalité et à la justification de ces décisions, mais aussi quant au respect effectif des droits fondamentaux des enfants, notamment leur droit à la vie familiale et au maintien des liens affectifs.

Cette réalité soulève d’importantes questions sur la pertinence de certains placements, sur le respect des droits de l’enfant et sur les conséquences pour les familles concernées.

Le placement, censé être une mesure temporaire et exceptionnelle, semble s’imposer sous la forme d’un placement de rupture non-motivé de manière quasi systématique face à des situations de vulnérabilité sociale ou économique.

Or, cette tendance peut traduire une insuffisance criante dans le développement et la mise en œuvre de dispositifs alternatifs moins intrusifs.

Ces alternatives, lorsqu’elles sont réellement disponibles et accessibles, ont pour vocation de préserver l’environnement familial tout en assurant la protection de l’enfant, conformément aux obligations internationales, notamment l’article 9 de la Convention relative aux droits de l’enfant qui promeut le maintien de la vie familiale.

Quelle place pour la parole de l’enfant ?

La place de la parole de l’enfant dans ce processus décisionnel est également au cœur des débats.

L’article 12 de la Convention relative aux droits de l’enfant reconnaît le droit de tout enfant capable de discernement à être entendu dans toute procédure le concernant.

Pourtant, dans la pratique, la participation effective de l’enfant est encore souvent insuffisante, réduite ou formelle, ce qui peut compromettre la prise en compte réelle de ses besoins et de ses souhaits dans les décisions qui affectent profondément sa vie.

Lutter contre les placements abusifs

L’objectif de la Ligue des Droits de l’Enfant est de lutter contre les placements abusifs en défendant à la fois les droits des enfants et ceux des parents.

En dénonçant les dérives et en mettant en lumière les insuffisances du système actuel, elle entend promouvoir un cadre juridique plus juste et équitable, qui protège véritablement les intérêts de tous les acteurs concernés.

À travers ce travail, la Ligue vise à garantir que le placement reste un outil exceptionnel, utilisé uniquement lorsque toutes les autres solutions ont été épuisées, et toujours dans le respect du droit à la vie familiale, un droit fondamental reconnu par les conventions internationales et la législation belge.

Cette réflexion s’inscrit dans une perspective d’avenir, posant la question fondamentale :

Comment construire un système de protection de l’enfance capable d’allier rigueur juridique, respect des droits fondamentaux, et adaptation aux besoins spécifiques de chaque enfant et de chaque famille, dans le cadre d’une société qui se veut juste et protectrice ?

Témoignage de Monsieur Alexis Cloquet

Pour répondre concrètement à cette question, notre étude s’appuie sur le témoignage d’Alexis Cloquet, membre du Comité des familles.

En 2016, sa vie bascule lorsque son fils est placé en institution.

Ce placement est survenu après que la mère de l’enfant lui a donné un anxiolytique au lieu d’un antidouleur, alors qu’il se plaignait de maux de tête.

Bien que l’enfant aurait pu être confié à la garde exclusive de son père, les juridictions ont préféré le placer (injustement) en institution.

Pendant six ans, Alexis Cloquet a mené un combat acharné pour retrouver la garde de son fils.

Ce parcours difficile, marqué par l’incompréhension et la douleur, l’a amené à s’engager pleinement dans la défense des familles confrontées à des placements qu’il juge injustifiés.

Aujourd’hui, il a fait de la lutte contre les placements injustifiés son principal combat.