Un vrai Tronc Commun, Un Tronc Commun de Qualité, voilà les sous-titres de notre conférence de presse d’il y a un an, le 27 septembre 2018.
Le Tronc Commun Polytechnique est-il acquis ? Qu’en dit la DPC ? Pas grand chose …

A la première page nous lisons que « le gouvernement veillera à poursuivre et améliorer la dynamique et la mise en oeuvre du Pacte pour un enseignement d’excellence ».

Nous pourrions donc penser que Oui, le Tronc Commun Polytechnique étant la base même du Pacte d’excellence, il est acquis.

Mais quel Tronc Commun ?

Aujourd’hui, les parents, les élèves et même la plupart des enseignants, qui imaginent le Tronc Commun, se basent sur leurs connaissances du mode de fonctionnement de l’école fondamentale et de l’école secondaire actuelles.

Ils comprennent que ce « nouveau Tronc Commun » ne s’arrêtera pas à la deuxième année secondaire comme c’est le cas maintenant, mais qu’une troisième année va y être ajoutée qui ne sera pas une année à option.

Nous ne lisons rien, dans la DPC qui rappelle que le Tronc Commun Polytechnique, ce n’est pas ça, que le Tronc commun

c’est le moyen d’amener tous les enfants à apprendre,

et, pour cela, que l’entièreté du parcours scolaire sera revisité depuis la première maternelle jusqu’à la 3ème secondaire.

Où le gouvernement ré-affirme-t-il qu’il va assurer la mise en place de ce Tronc Commun Polytechnique ?

Bien sûr, nous lisons
– que « le gouvernement va envisager la possibilité de numéroter les années d’enseignement sur base du nouveau tronc commun afin de bien marquer le continuum pédagogique » : C’est nécessaire,

– qu’il « propose d’assurer des réelles dimensions polytechniques et artistiques du tronc commun afin d’aboutir à une véritable orientation positive pour tous les élèves, notamment en favorisant les collaborations avec les acteurs extérieurs (entreprises, centres de formation, institutions et associations culturelles, etc.) » : d’accord, mais rappelons que l’objectif des dimensions polytechniques et artistiques est moins d’orienter que d’éduquer des futurs citoyens qui ne soient pas analphabètes fonctionnels sur le plan technique !

Mais nous lisons aussi différentes précisions qui sont particulièrement inquiétantes :

– « veiller à une meilleure transition entre les niveaux d’enseignement et entre l’accueil de la petite enfance et l’enseignement maternel et mener une réflexion pour améliorer le continuum entre le préscolaire et le scolaire (0-6 ans) » : il ne s’agit pas de veiller à une meilleure transition entre les niveaux d’enseignement actuels, mais de construire un enseignement qui se développe progressivement comme un tout cohérent.
– « réformer l’encadrement différencié pour individualiser davantage l’indice socioéconomique et mieux cibler les moyens en privilégiant les pratiques pédagogiques innovantes » : individualiser d’avantage l’indice socioéconomique, c’est chercher à mieux identifier certains élèves « problématiques » sans se pencher sur les causes. Ce sont les causes qu’il s’agit de travailler…

– « généraliser la mise en place de la remédiation immédiate et personnalisée, dès que le besoin s’en fait sentir, dans toutes les écoles afin de lutter au plus tôt contre l’échec et le décrochage scolaire, et donc lutter contre le redoublement, notamment en mettant en place les outils pédagogiques nécessaires » : identifier les besoins, bien sûr, mais en différenciant à l’intérieur de la classe et non proposer de la remédiation perçue avant tout par l’élève comme un étiquetage négatif.

– « proposer aux élèves une heure d’étude dirigée gratuite et soutenir le développement d’activités de soutien scolaire de qualité et des écoles des devoirs au sein ou à proximité des écoles » : au secours, dans la classe, pas en externalisant …

– « encourager la mise en place d’évaluations formatives régulières tout au long de l’année et du parcours des élèves » : plus d’évaluation certificative, vive l’évaluation formative ? Faire plus de la même chose ? Il ne s’agit pas d’encourager mais bien d’exiger la disparition de toute forme d’évaluation qui ne soit pas formative au service de la différenciation (et donc intimement liée à la différenciation…).

Autant de propositions/précisions parcellaires qui montrent que le Tronc Commun n’est pas encore compris comme le moyen de permettre à tous d’apprendre ensemble, sans donner des moyens supplémentaires aux élèves « en difficulté » dans des écoles « en difficulté ».

Si les tests PISA et PIRLS montrent que la Fédération Wallonie-Bruxelles est en moyenne en-dessous de l’OCDE, rappelons une fois encore que ce n’est pas la moyenne qui est inquiétante, mais les extrêmes entre les résultats des uns et des autres.

Cela fait tant d’années que la ségrégation sociale est analysée, que l’on a envisagé des soutiens spécifiques via les Zep puis la subsidiation supplémentaire des écoles en discrimination positive puis la subsidiation supplémentaire des écoles qui organisent de l’enseignement différencié. Sans rien changer aux inégalités scolaires.

L’on doit bien observer, jusqu’à ce jour, un maintien de l’orientation négative, un maintien de la relégation, un maintien de la sélection basée sur l’appartenance sociale. Les inégalités sociales se transforment encore toujours en inégalités scolaires. Il s’agit de rompre avec la bonne conscience…

Il s’agit de mieux cibler les moyens que nous savons ne pas être extensibles…

Pour permettre à tous les enfants d’apprendre (et donc les enfants les moins favorisés, les autres apprennent sans problème), il s’agit de mettre en place les conditions pour que tous les enfants d’une même classe, d’une même école, quelle que soit leur origine sociale, culturelle, comprennent ce qui se joue à l’école, soient dans la solidarité, aient tous quelque chose à apporter aux autres.

Concrètement, il s’agit de s’assurer

– que tous les élèves acquièrent la langue de l’apprentissage,

– que les heures de remédiation ainsi que tous les moyens dispersés (écoles des devoirs, heures d’étude…) soient injectés dans la classe pour permettre une réelle différenciation au moment même où les élèves apprennent ensemble,

– que l’on en finisse avec les évaluations qui bousculent les élèves. Les évaluations formatives doivent être intégrées à l’apprentissage et indiquer les différenciations à mettre en place …

Nous attendions que ces lignes directrices soient amenées par le gouvernement à l’occasion de la DPC, qu’elles nous permettent de croire que le gouvernement assurera la mise en place d’un véritable Tronc Commun Polytechnique.

Aujourd’hui, nous attendons qu’il nous en convainque …

Pour la Plate-forme de lutte contre l’échec scolaire :

Claude Prignon, CGé – Changement pour l’Egalité

Retour vers la conférence de presse du 27 septembre 2019

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