La dyslexie

La dyslexie est reconnue officiellement par l’O.M.S. dans sa classification internationale du fonctionnement et du handicap[1].

La dyslexie est un trouble spécifique et durable qui entraîne des difficultés sévères et durables dans l’acquisition du langage écrit chez les enfants qui en sont porteurs. L’origine en est souvent un mauvais développement phonologique (difficultés à discriminer les sons proches, faible conscience phonologique[2]) ou des difficultés dans le traitement orthographique (confusions et inversion de lettres, mauvais codage de la position des lettres).La dyslexie a des répercussions dans quasiment tous les apprentissages. En effet, il est rare qu’un apprentissage ne nécessite ni lecture, ni écriture.

Il existe plusieurs types de dyslexies. La dyslexie phonologique est la dyslexie la plus courante. Les enfants atteints éprouvent des difficultés à convertir des lettres en sons et donc à analyser les mots. Il leur est difficile d’orthographier et de lire des pseudo-mots[3] et a donc des problèmes de décodage des vrais mots. Il a également difficile à différencier et de mémoriser des sons correspondant aux syllabes.

Une autre forme de dyslexie est la dyslexie de surface où la voie phonologique n’est pas la cause.  L’enfant éprouve des difficultés à lire le mot de manière globale et a une lecture saccadée. En général, les élèves sont atteints d’une combinaison de ces deux formes de dyslexies. C’est ce qu’on appelle la dyslexie mixte.

Une dernière forme de dyslexie concerne les troubles visuo-attentionnels. Ceux-ci désignent des troubles de la perception visuelle qui entraînent certaines difficultés d’apprentissage, plus particulièrement l’apprentissage de la lecture : sauts de mots, de lignes, des erreurs de retour en arrière, des omissions, etc.

Ce trouble est durable puisqu’ils persistent souvent à l’adolescence et à l’âge adulte, même si une rééducation efficace a été mise en place durant l’enfance.

La dysorthographie

La dysorthographie est un trouble associé à la dyslexie. Un enfant avec une dysorthographie peut avoir des difficultés avec les règles grammaticales, la conjugaison, les constructions de mots et de la phrase. C’est également un trouble du langage écrit. Les enfants avec un trouble dyslexique ont aussi un trouble dysorthographique. Cependant, on peut avoir un trouble dysorthographique sans pour cela être détecté avec une dyslexie.

Il est à noter que si un suivi permet aux troubles dyslexiques de s’atténuer avec le temps, ceux qui concernent la dysorthographie sont nettement plus persistants, même avec une rééducation intensive. Ce trouble handicapant persiste aussi bien à l’école que dans la vie professionnelle. Il est alors indispensable de mettre en place des outils de compensation comme l’outil numérique. Se pose alors le problème de la formation à l’outil, le coût de l’ordinateur ou de la tablette, …

Signes qui doivent alerter

Tous les enfants qui lisent ou orthographient mal ne sont pas porteurs d’une dyslexie. C’est la fréquence et la persistance de difficultés qui doivent nous alerter :

  • Lenteur générale dans le décryptage de la lecture et toute activité comprenant de l’écrit (lecture ou écriture). L’enfant lit lentement et ne comprend pas toujours le texte lu. Il ne sait pas expliquer ou raconter le texte qu’il vient de lire, ni répondre à des questions à son sujet ;
  • Ecriture peu lisible tant dans sa forme (segmentation des mots, graphisme, orthographe très défaillante, …) et dans son contenu. Difficultés à lire, lenteur, erreurs sonores, paralexies[4] verbales : bergerie lu berger, écolier lu école ou paralexies sémantiques : ruisseau lu rivière ;
  • Déficit en mémoire immédiate, l’enfant a des difficultés à se souvenir de ce qui tient de la forme visuelle (lettres, mots ou chiffres). Incapacité de recopier en une fois un mot lu au tableau, par exemple, sans devoir y revenir plusieurs fois ;
  • L’enfant inverse les lettres et/ou confond des lettres graphiquement proches (par exemple, les lettres miroir p,b,d,q) ou phonétiquement proches : par exemple, les consonnes sonores (b, d, g, v, j, s) sont remplacées par les consonnes sourdes (p, t, k, f, ch, s). Attention, beaucoup d’enfants font ces erreurs au début de leurs apprentissages de l’écrit. Il n’y a que s’ils perdurent qu’ils peuvent alerter.
  • Difficulté de se situer dans le temps. L’enfant se repère difficilement dans le temps (heure de la journée, mois, année, saison, etc.) et a difficile à établir une chronologie ;
  • L’enfant a de meilleures résultats à l’oral. Sa compréhension est supérieure lorsque l’énoncé est lu à haute voix. Ses capacités d’apprentissage deviennent « normales » si on passe par une autre modalité que l’écrit.
  • Meilleurs résultats en mathématique (sauf en cas de trouble dyscalculique). 

Aménagements raisonnables pouvant être mis en place (liste non exhaustive)

  1. Au niveau de la lecture :
  • Développer la conscience phonologique[5] en manipulant les syllabes, utiliser les gestes Borel-Maisonny[6].
  • Permettre à l’enfant de lire à mi-voix (avec un chuchoteur[7], par exemple).
  • Donner à l’enfant plus de temps pour effectuer la lecture.
  • Proposer des cours aérés avec une police de caractères adéquate (Arial, Verdana, Cambria…, et assez grosse taille 12 ou 14, sans recto-verso pour un même exercice. Demander à l’enfant ce qui l’aide : numérotage des lignes, des paragraphes, augmentation de l’espace entre les mots, surlignage d’une ligne sur deux, …
  • Proposer l’utilisation de la règle, d’un cache pour suivre la lecture, lui proposer de confectionner un marque-pages pour se retrouver facilement dans un livre
  • Ne pas forcer l’enfant à lire à haute voix devant ses pairs.
  • Lire les consignes, les textes à voix haute (permanence de l’écrit). Lire les questions à haute voix afin de permettre à l’enfant de prendre connaissance de la question AVANT de lire le texte. Lui permettre d’utiliser un surligneur afin de favoriser la mémorisation et la prise d’indices.
  • En présence d’un questionnaire sur un texte de lecture, privilégier les réponses à l’oral.
  • Au niveau de l’écrit :
  • Proposer des cours aérés avec une police de caractères adéquate (Arial, Verdana, Cambria…, et assez grosse taille 12 ou 14, sans recto-verso pour un même exercice. Demander à l’enfant ce qui l’aide : numérotage des lignes, des paragraphes, augmentation de l’espace entre les mots, surlignage d’une ligne sur deux, …
  • Limiter la prise de notes, ne pas faire copier les énoncés, éviter la copie de ce qui est inscrit au tableau ou sur un document.
  • Lui apprendre à surligner, souligner, encadrer l’essentiel. A utiliser des couleurs pour différencier les matières.
  • En dictée, réduire les attentes en quantité et préciser les exigences : exemple : privilégier la cohérence, privilégier le fond à la forme, réduire la longueur du texte à étudier, privilégier certaines difficultés orthographiques, s’entendre avec le logopède sur les capacités réelles de l’enfant et adapter ses attentes en fonction.
  • Accepter les ratures.
  • Lui apprendre à synthétiser, à aller à l’essentiel.
  • Accepter l’utilisation d’un matériel informatique en classe, penser à la prédiction des mots (logiciel gratuit de prédiction Dicom[8]), proposer des modes formulaires en créant des zones d’intervention.
  • Accepter les devoirs transcrits par l’adulte et/ou tapés sur ordinateur.
  • Au niveau mathématique

Les enfants avec une dyslexie n’ont pas toujours de difficultés en mathématique, sauf pour la compréhension des consignes et la lecture et la compréhension des « problèmes ». Voir plus loin ce qui concerne la dyscalculie.

  • Lire les consignes, les problèmes à voix haute (permanence de l’écrit). Lire les questions à haute voix afin de permettre à l’enfant de prendre connaissance de la question AVANT de prendre connaissance du problème. Lui permettre d’utiliser un surligneur afin de favoriser la mémorisation et la prise d’indices.
  • Faire attention à l’inversion possible des chiffres, à la reconnaissance et la distinction des signes mathématiques.
  • Langues vivantes
  • Ne pas utiliser l’écrit, se contenter de l’apprentissage en mode oral uniquement. Evaluer oralement exclusivement.
  • Organisation spatiale et temporelle
  • Limiter la surcharge de l’espace de travail. Apprendre à l’enfant à se contenter du strict matériel nécessaire à la tâche.
  • Structurer le temps par des repères de temps (programme de la journée, horloge, minuteurs) et d’espace (repères visuels, pictogrammes, couleurs…).
  • Aider au rangement des affaires dans le banc et dans les fardes, dans le cartable, éventuellement par du tutorat.
  • Donner le moins possible de travaux à faire à domicile (respect de la circulaire 108) afin de ne pas surcharger les périodes de rééducation.
  • Evaluations
  • Privilégier les évaluations formatives au sein de la classe et de l’école. Eviter les cotations (points), privilégier une pédagogie active (pédagogie universelle ou pédagogie coopérative, voire autres).
  • Evaluer prioritairement à l’oral.
  • En cas d’évaluation écrite, donner plus de temps ou diminuer la quantité à restituer tout en restant exigeant sur la qualité. Laisser un temps suffisant à la relecture, sans stress.
  • En secondaire, lui apprendre à mémoriser le plan des cours.
  • Encourager tous les progrès, même les plus petits.

De manière générale, les aménagements raisonnables que l’on met en place pour un élève doivent être généralisés à tous les autres élèves, qu’ils aient ou non un ou des troubles spécifiques des apprentissages. Tel est l’idée de l’enseignement inclusif. En permettant à tous les élèves de bénéficier des mêmes facilités, on évite non seulement la stigmatisation (risque important quand on différencie dans une classe) mais cela permet à tous les autres élèves, sans besoins spécifiques mais qui ont des difficultés d’apprentissage, d’en bénéficier. C’est aussi introduire un peu de justice dans les apprentissages.

En période de stage ou en enseignement en alternance

Lorsqu’une prise en charge a été correctement mise en place aux environs de la 3e primaire et avec l’entraînement, les difficultés de lecture s’atténuent mais ne disparaissent jamais complétement. Par contre, au niveau de l’écriture, les troubles orthographiques demeurent. Le jeune fera régulièrement des fautes d’orthographe qui peuvent avoir des conséquences dans le cadre professionnel, voire dans la vie quotidienne.

Lorsqu’un jeune ayant une dyslexie entre en stage dans une entreprise, ou quand un jeune travailleur commence un premier (ou un nouvel) emploi, il est nécessaire de continuer à mettre des aménagements raisonnables en place.  Par exemple (ceci est loin d’être exhaustif) :

  • Favoriser une communication claire et mettre en place des processus de fonctionnement précis avec le· stagiaire· ou travailleur·s concernés et décomposer les tâches à effectuer, minuter les tâches tout en permettant au jeune de visualiser le temps restant ;
  • Privilégier les consignes orales avec reformulation ;
  • Communiquer l’ordre du jour d’une réunion et les documents utiles à l’avance ;
  • Eviter les lieux de travail bruyants, les lieux de passage et les perturbateurs de l’attention ;
  • Confier le stagiaire ou le jeune travailleur à un parrain/tuteur de qualité qui veillera à l’accompagner dans l’acquisition de nouvelles tâches et dans les tâches complexes. Il facilitera également son intégration dans l’entreprise et la relation avec les collègues.

Concernant ses difficultés de lecture,

  • Imposer dans tous les documents une et une seule police de caractère (par exemple Arial, Verdana, Cambria…, et assez grosse taille 12 à 18), sans recto-verso, avec augmentation des interlignes et doubles séparations entre les mots et les lettres (dans les paramètres avancés de l’option « police » de Word, il est possible de modifier l’espacement entre les lettres) ;
  • Diminuer la discrimination visuelle en utilisant des feuilles de couleur (jaune, par exemple) ou en utilisant des fardes de plastique transparentes jaunes pour y insérer les feuilles blanches. En effet, le blanc reflète davantage la lumière, ce qui demande un supplément de concentration. Le stagiaire et/ou le travailleur peut également changer la couleur de fond de son écran et la taille de sa police pour faciliter sa lecture ;
  • Mettre à disposition des logiciels d’aide à la lecture (lecture vocale d’un texte, application existante également sur smartphone) ou à l’écriture (orthographe) ;
  • Etc…

Pour plus d’informations, prendre contact avec l’Aviq (Wallonie) ou avec Phare (Bruxelles).


[1] Les personnes avec DYS ne se considèrent en rien comme porteuses d’un handicap. Elles ne sont en situation de handicap qu’à certains moments, à l’école ou au travail, lorsqu’il manque les aménagements raisonnables nécessaires.

[2] La conscience phonologique est définie comme la capacité à percevoir, à découper et à manipuler les unités sonores du langage telles que la syllabe, la rime, le phonème.

[3]Le pseudo-mot est une chaîne de caractères ressemblant à un mot réel mais n’ayant aucun sens. Exemples de pseudo-mots de 3 syllabes : acotin, latéquo, pamilé, …

[4] Trouble de la lecture dans lequel le sujet remplace des mots du texte lu par d’autres, faisant ainsi perdre aux phrases tout leur sens.

[5] La conscience phonologique est définie comme la capacité à percevoir, à découper et à manipuler les unités sonores du langage telles que la syllabe, la rime, le phonème.

[6] La méthode Borel-Maisonny, méthode phonétique et gestuelle créée par Suzanne Borel-Maisonny, a aujourd’hui deux acceptions : c’est originellement et encore aujourd’hui une technique de rééducation orthophonique, mais aussi en parallèle une méthode d’apprentissage de la lecture (source Wikipédia) – voir aussi https://www.youtube.com/watch?v=OsX05BGyOGk

[7] Voir un exemple sur http://jeveuxetremaitresse.over-blog.com/2016/10/chuchoteurs-phonic-phones-mode-d-emploi.html

[8] https://orthophonielibre.wordpress.com/tag/dicom/

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