Beaucoup de personnes ont cette idée reçue que l’Ecole est accessible à tous, et même mieux, qu’elle permettrait une ascension sociale si l’élève travaillait suffisamment. Si nous réfléchissons dans ce sens, un élève de parents ouvriers aurait donc autant de chances de réussir à l’école qu’un élève issu d’un milieu plus favorisé. Mais cet exemple reflète-t’il la réalité du terrain? L’Ecole offre-t-elle les mêmes chances à tous les élèves?

Le 5 février dernier, Unia (Centre interfédéral pour l’égalité des chances), a présenté son «  baromètre de la diversité de l’enseignement ». Il s’agit du résultat d’une étude, menée sur trois années par des chercheurs universitaires belges, et qui a pour objectif d’une part, de mettre en avant les processus structurels qui produisent, renforcent et maintiennent les inégalités scolaires entres les élèves, et d’autre part, de créer un instrument scientifique capable de mesurer ces inégalités. Cet outil a pour mission de pouvoir outiller les enseignants mais aussi les différents acteurs de l’enseignement afin de diminuer ces inégalités et soutenir une politique d’égalité des chances pour tous les élèves.

La recherche a été faite dans les trois communautés belges et recouvre l’enseignement obligatoire ordinaire et spécialisé. UNIA s’est focalisé sur cinq critères de discriminations :

  • l’origine ethnique,
  • le genre,
  • l’origine sociale,
  • le handicap
  • et l’orientation sexuelle.

Les questions soulevées durant cette étude sont les suivantes :

  • Comment l’école gère t’elle la diversité? Que met-elle en place?
  • Comment l’école s’y prend-elle pour orienter les élèves dans telle ou telle filière?
  • Comment un élève originaire d’un milieu défavorisé et socio-économique faible ou ayant un handicap, est-il orienté vers une filière moins favorable?

A cette dernière question, le directeur d’UNIA, Patrick Charlier répond ceci : « De manière inconsciente, souvent, de la part du personnel enseignant, l’origine sociale ou ethnique peut jouer un rôle déterminant quant aux décisions prises. » l’Ecole reste donc encore trop productive d’inégalité selon l’origine sociale, économique et ethnique des élèves.

Le centre interfédéral met l’accent sur les formes indirectes de discriminations auxquelles sont soumis les élèves issus de l’immigration (primo-arrivants) ou de familles socio-économiquement faibles.

Mais qu’entendons-nous par “formes de discriminations indirectes” ?

Cela comprend le manque d’informations du système éducatif (méconnaissance du public cible sur le décret inscription et des droits à la scolarité) et de son mode de fonctionnement mais aussi, de sa “fausse gratuité”, un terme utilisé par les experts pour expliquer qu’il faut tenir compte de frais financiers supplémentaires, comme les surveillances du temps de midi, les garderies, les voyages scolaires, etc.

Quelles sont les solutions proposées ?

Les experts proposent différentes actions que les organisations peuvent mettre en œuvre :

Tout d’abord, un travail de sensibilisation et d’informations auprès des familles de milieux populaires où on ne trouve pas de mixité sociale. Des flyers, des tracts sont distribués dans l’espace public afin d’informer ce public à connaître et défendre ses droits en matière de scolarisation. Des projections de films sur les frais scolaires font aussi parti du programme.

Ensuite, Les primo-arrivants et MENA sont accompagnés dans la procédure de leur inscription scolaire. Malheureusement et malgré les efforts en vains des experts, une réalité les rattrapent. En effet, même si une volonté d’inscrire ces élèves dans des écoles bien positionnées dans la hiérarchie scolaire existe, les mineurs étrangers non accompagnés finissent par atterrir dans des écoles à faible indice socio-économique. D’une part, parce que les écoles haut placées dans la hiérarchie ont une certaine hésitation à accueillir ce public, et d’autre part, les écoles moins bien placées bénéficient d’un encadrement différencié et sont donc plus à même de répondre aux besoins d’élèves de familles socio économiquement faibles ou de familles immigrées (exemple : le Dispositif d’Accueil et de la Scolarisation des élèves Primo-Arrivants – DASPA).

Pour terminer, contrairement à ce qu’on pourrait penser pour les familles d’enfant porteur d’un handicap, l’intégration scolaire demande un investissement humain assez important et toutes les familles ne sont égales face à cette question.  Les familles de milieux défavorisés auraient plus de mal d’un point de vue financier, mais aussi culturel, à mobiliser le « dispositif d’apprentissage de l’intégration » qu’une famille plus aisée.

En ce qui concerne les élèves porteurs d’un handicap, les experts en matière scolaire recommandent un travail de sensibilisation concernant les bases légales en matière d’intégration auprès des professionnels du corps enseignant, des parents, des directeurs d’écoles et des CPMS. L’objectif est de mettre en avant les capacités des élèves plutôt que leurs lacunes.

Un autre point tout aussi important, est de pouvoir mettre en place des aménagements raisonnables. Ils apporteraient des pratiques méthodologiques positives et une vision nouvelle de l’apprentissage.

Unia met l’accent sur un système scolaire ségrégatif qui empêche une ascension sociale pour tous les élèves. Nous sommes dans un système de quasi-marché scolaire où nous appliquons des réorientations précoces en cascade. Et ce, au détriment des élèves de milieux précarisés, des enfants porteurs d’un handicap, de mineurs étrangers non accompagnés ou de famille d’enfants immigrés.

L’objectif de cette nouvelle étude est d’inspirer le corps enseignants et les autres acteurs sociaux pour pouvoir gérer la diversité dans un futur proche. Elle est à télécharger et lire à https://www.unia.be/fr/publications-et-statistiques/publications/barometre-de-la-diversite-enseignement

 

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