Voir LE SOIR du 06 mai 2008 à la page http://www.lesoir.be/forum/cartes_blanches/carte-blanche-la-rtbf-sera-t-2008-05-06-596409.shtml

Les élections régionales et communautaires approchent à grands pas, à vrai dire les différents partis politiques ont déjà commencé à fourbir leur armes.  Au niveau de la Communauté française, les matières éducatives sont au centre de ses compétences.

Il est sain que les différents partis politiques puissent mettre en débat leurs idées, leurs valeurs et les soumettent au vote démocratique des citoyens.  Nous sommes de ceux qui croyons que les idéologies ne sont pas mortes et que les projets des uns ou des autres ne contribuent pas nécessairement à la construction d’une Ecole démocratique et émancipatrice pour tous.  Nous nous inquiétons  de la possibilité pour nos citoyens de faire des choix en connaissance de cause et nous posons clairement ici la question du rôle pédagogique de la radio et plus particulièrement de la télévision de service public.

La RTBF s’est engagé pour 5 ans en 2007 à remplir un nouveau contrat de gestion que ses dirigeants et la ministre de tutelle ont voulu très souple, avec peu d’obligations précises en matière de programmes. La voie ténue de celles et ceux qui réclamaient un « autre traitement » nettement plus substantiel pour les questions d’éducation n’a pas été entendue en dépit de rencontres avec les cabinets. Ils ont espéré que ces matières – écoles, éducation permanente des adultes, jeunesse, éducation à la santé, à la consommation, au développement durable … – seraient prises sérieusement en compte. Force est de constater que cela n’a pas été le cas. Les auditeurs et téléspectateurs continuent à être informés par des émissions quotidiennes ou hebdomadaires sur le vin, le cheval, les jardins, les questions d’argent et de briques dans le ventre, les résultats de la Bourse, du Lotto … Mais rien de régulier et systématique sur les questions d’éducation !

Le dernier exemple en date d’une absence de traitement approfondi des politiques éducatives porte sur le décret inscriptions.  Ce à quoi nous avons assisté dans la presse et tout particulièrement en télévision est quand même hallucinant.  Ce décret s’en est trouvé réduit à des files de parents, devant quelques écoles.  Chaque média a joué le jeu de la surenchère à l’image, voire de la ‘théâtralisation’.  La particularité du « visuel » est d’occulter tout autant que de donner à voir. C’est à la fois sa force et sa limite.  Nous avons l’impression de vivre l’évènement en direct mais cela ne nous permet pas pour autant de le comprendre.  Nous avons assisté à une surmédiatisation d’un évènement avec des images chocs à l’appui, mais qui ont occulté complètement les véritables enjeux d’une école de la réussite pour tous les enfants. Cet exemple est symptomatique du traitement  des enjeux  éducatifs, hors médias spécialisés, dans la presse audio-visuelle : il en est réduit à de l’anecdotique et du spectaculaire.

Il n’est pas évident de lire notre système scolaire, d’en comprendre les tenants et aboutissants.  La rapidité avec laquelle les sujets sont abordés dans un journal télévisé ne permet certainement pas de traiter un sujet aussi complexe en profondeur.  Moins spectaculaires, mais nécessitant aussi des éclairages et perspectives, des sujets récents aussi importants que les résultats des enquêtes PISA ou la publication des forts intéressants ‘indicateurs de l’enseignement’.  Ils n’ont reçu qu’un traitement superficiel, rapide et unilatéral au JT.

Pour information, la dernière émission abordant en profondeur les questions des inégalités scolaires, des écoles ghettos et des moyens pour y remédier, remonte au 19 septembre 2007 avec Questions à la Une, Notre enseignement est-il discriminatoire ?

Car c’est bien cela dont il s’agit et qui trouve rarement écho sur les chaines de radio et télévision publiques : notre système éducatif francophone va mal, il est peu efficace et surtout il renforce les inégalités sociales de départ.

Si l’éducation a une place de choix dans les discours des décideurs en Communauté Française, nous ne pouvons accepter que le service public audiovisuel d’éducation et de culture ne prennent pas dès maintenant des engagements sur des dossiers qui sont au cœur de l’action de la Communauté et qui représente les 9/10 de son budget.

C’est pourquoi nous posons une double revendication :

– aux hommes et femmes politiques de tous bords, d’engager un débat sur le rôle de la télévision et pas uniquement sur la question de la publicité !  La télévision pourrait devenir un formidable outil démocratique (…), car ce qui mine aujourd’hui la démocratie, c’est l’opacité des décisions, le caractère bureaucratique des explications qui sont fournies aux citoyens et le silence auquel ces derniers sont condamnés.  Ce qui pourrait sauver la démocratie, c’est la mise en débat public, à tous les niveaux, des projets qui concernent la société.[1]

– au service public de radio et de télévision, de réaliser dans la perspective des élections de 2009, ce travail de mise en débat des enjeux éducatifs au travers d’une programmation régulière et à des heures de grande écoute.

Plateforme contre l’échec scolaire

coordonnée par la Ligue des Droits de l’Enfant

Véronique Marissal, Coordination des Écoles De Devoirs de Bruxelles

Vincent Carette, ULB

Joan Lismont, SEL

Michel Vrancken, CGSP

Prosper Boulangé, CSC-Enseignement

Catherine Stercq, Lire-et-Ecrire

Thierry Jacques, Mouvement Ouvrier Chrétien

Vincent Dupriez, Girsef/UCL

Hakim Hedia, FAPEO

Marcel Crahay, Université de Genève

Jean-Pierre Kerckhofs, Appel Pour une Ecole Démocratique

Rudy Wattiez et Benoît Galand, Changements pour l’Egalité, mouvement socio-pédagogique

Jean-Pierre Coenen, Ligue des Droits de l’Enfant

[1] Une autre télévision est possible, Ph. Meirieu, Chronique Sociale, 2007.

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