Retour du travail des enfants : la modernité selon l’Arizona
Retour du travail des enfants : la modernité selon l’Arizona : Le travail étudiant occupe une place importante au sein de notre société et constitue souvent une première expérience professionnelle pour de nombreux jeunes. Il leur permet d’acquérir une certaine autonomie financière, de développer des compétences et de découvrir le monde du travail.
Modifications législatives
Cependant, les récentes modifications législatives ont assoupli les conditions d’accès au travail étudiant. En effet, la loi du 18 décembre 2025 portant des dispositions diverses, par ses articles 120 à 124, a modifié la loi du 16 mars 1971 sur le travail en y insérant une nouvelle sous-section 5 et un nouvel article 7.15. Alors qu’auparavant un contrat d’occupation d’étudiant ne pouvait être conclu qu’à partir de 15 ans, à condition que le jeune ait achevé les deux premières années de l’enseignement secondaire, cette exigence scolaire a été supprimée.
ésormais, tout mineur ayant atteint l’âge de 15 ans peut être engagé sous contrat étudiant, même lorsque le jeune est encore soumis à l’obligation scolaire à temps plein. Cet assouplissement réglementaire ouvre le marché à un nouveau public : à titre d’illustration, en 2023, cette barrière scolaire excluait d’office 20.688 étudiants de 15 ans (soit environ 15 % de cette classe d’âge), alors que 29,9 % de leurs pairs éligibles occupaient déjà un emploi.
Le principe de l’obligation scolaire
Pour la Ligue des Droits de l’Enfant, cette évolution soulève des interrogations importantes du point de vue des droits de l’enfant. L’élargissement des conditions d’accès au travail étudiant risque en effet de fragiliser le principe de l’obligation scolaire, qui constitue une garantie essentielle du développement et de l’égalité des chances. Les jeunes visés par cette mesure ont, pour la plupart, connu un retard dans leur parcours scolaire, puisqu’ils n’ont pas achevé les deux premières années de l’enseignement secondaire avant l’âge de 15 ans. Dans une perspective d’égalité des chances, ces jeunes devraient être encouragés à privilégier la poursuite et la réussite de leur scolarité plutôt qu’une entrée précoce sur le marché du travail.
La priorité devrait rester clairement accordée à l’éducation, en tant que droit fondamental et condition essentielle de l’épanouissement de l’enfant, conformément au principe de l’intérêt supérieur de celui-ci.
Recours en annulation devant la Cour constitutionnelle
Le 30 juin 2026, la Ligue des droits de l’enfant, la FGTB, Synova et les Jeunes FGTB ont introduit un recours devant la Cour constitutionnelle afin de demander l’annulation de la loi autorisant certains jeunes de 15 ans, encore soumis à l’obligation scolaire à temps plein, à effectuer des travaux légers.
Selon les requérants, cette réforme constitue un recul dans la protection des droits de l’enfant. Les requérants estiment qu’elle porte atteinte au droit à l’éducation, au principe de l’intérêt supérieur de l’enfant ainsi qu’au principe d’égalité, dès lors qu’elle concerne principalement des jeunes en retard scolaire. Ils reprochent également au législateur d’avoir privilégié des objectifs économiques, liés aux pénuries de main-d’œuvre, sans prévoir de garanties suffisantes pour préserver la réussite scolaire et le développement des mineurs. Ils demandent dès lors à la Cour constitutionnelle d’annuler cette loi.
Interview de Madame Carbonero Fernandez Selena, secrétaire générale de la FGTB
Dans le cadre de cette analyse, nous avons interviewé Madame Carbonero Fernandez Selena, Secrétaire générale de la FGTB et son équipe, afin de recueillir leurs points de vue sur le travail des jeunes de 15 ans et sur la nouvelle réforme. Nous lui avons posé plusieurs questions sur cette thématique, et une vidéo accompagnant cette analyse présente ses réponses.
Retour du travail des enfants : la modernité selon l’Arizona
Le travail des enfants en Belgique et ailleurs : une précédente analyse de la Ligue Des droits de l’Enfant (Décembre 2024).