La santé mentale des jeunes à l’épreuve des crises politiques, économiques, sanitaires et de l’intelligence artificielle

L’impact des crises actuelles sur l’équilibre psychologique des jeunes

Dans le contexte actuel, de nombreux facteurs peuvent nourrir un sentiment d’angoisse et d’incertitude chez les jeunes. Les conflits armés, comme la guerre en Ukraine ou celle à Gaza, rappellent la fragilité de la paix internationale et leurs répercussions se font sentir bien au-delà des zones de guerre, notamment à travers les crises énergétiques, humanitaires et migratoires en Europe, y compris en Belgique. Par ailleurs, la montée en puissance de l’extrême droite dans plusieurs pays européens suscite des inquiétudes quant au recul des valeurs démocratiques, à la stigmatisation de certaines populations et à la polarisation croissante des sociétés.

À l’échelle internationale, les prises de position radicales, les attaques verbales et les stratégies de figures politiques comme Donald Trump renforcent un climat de tension et d’imprévisibilité sur la scène mondiale. À cela s’ajoutent les difficultés économiques, l’inflation, la pandémie du Covid-19, la crise du logement ou encore les défis liés au changement climatique, qui accentuent le sentiment d’insécurité collective. L’ensemble de ces éléments contribue à créer un environnement global anxiogène, marqué par l’impression d’un avenir incertain et instable.

L’état des droits de l’enfant dans le monde révèle une détérioration préoccupante, dont les conséquences sur la santé mentale des jeunes sont majeures et néfastes. Les conflits armés qui se prolongent et se rapprochent des frontières européennes placent les enfants au cœur des violences des différentes guerres. Ceux-ci, victimes de graves violations de leurs droits fondamentaux, allant des atteintes à la vie aux violences sexuelles, en passant par la destruction des écoles et des hôpitaux, les enfants subissent des traumatismes susceptibles de marquer durablement leur équilibre psychologique. Face à ces réalités, la Belgique ne peut demeurer passive. En tant qu’État de droit, partie à la Convention internationale des droits de l’enfant, elle est juridiquement et moralement tenue de promouvoir une protection effective des enfants et de faire respecter leurs droits.

Un enjeu majeur de notre société

La question de la santé mentale des enfants et des jeunes apparaît ainsi comme étant un enjeu majeur. Il est essentiel et urgent de mettre en place des mesures visant à garantir leur bien-être et à leur offrir un accompagnement adapté. La succession de crises sanitaires, économiques, climatiques et géopolitiques a profondément modifié les conditions de vie des enfants, des adolescents et des jeunes adultes. Ces derniers grandissent dans un environnement caractérisé par l’incertitude, l’accélération des transformations sociales, la précarisation, et par une pression accrue liée aux exigences scolaires, sociales et numériques. Ces facteurs cumulés fragilisent les équilibres psychologiques et contribuent à une dégradation du bien-être mental des jeunes.

Tout s’est arrangé (ou pas). La Ligue des Droits de l’Enfant a eu l’honneur d’assister à la projection de ce film documentaire (projection proposée par le Centre d’Action Laïque, la FAPEO, le Délégué Général aux droits de l’enfant et la Ligue des Familles, avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Fondation P&V), mettant en lumière notamment les conséquences néfastes de la pandémie du Covid-19, et en particulier l’impact psychologique des confinements successifs sur la santé mentale des jeunes. À travers divers témoignages, le film souligne la difficulté pour de nombreux jeunes de reprendre une vie dite « normale » après la pandémie. Il montre à quel point cette crise a profondément marqué leur quotidien, tant sur le plan personnel que dans leurs relations sociales, et combien ses effets se font encore sentir aujourd’hui.

Les données disponibles attestent d’une augmentation significative des troubles anxieux, dépressifs et du mal-être psychologique au sein de cette tranche d’âge de la population[1]. Cette évolution ne peut être appréhendée uniquement sous l’angle médical ou individuel, mais doit être comprise comme le résultat de déterminants sociaux, économiques et institutionnels, et des différentes crises que nous traversons en Belgique. La santé mentale des jeunes apparaît ainsi étroitement liée à la qualité des politiques publiques mises en œuvre, à l’accès effectif aux services de soutien, à la protection sociale et à la reconnaissance de leur place au sein de la société.

Agir dans l’intérêt supérieur de l’enfant

Dans ce contexte, les jeunes se trouvent confrontés à des tensions paradoxales. Alors qu’ils sont appelés à faire preuve d’adaptabilité, de résilience et d’autonomie, ils disposent souvent de ressources limitées pour faire face aux bouleversements qu’ils subissent. La vulnérabilité propre à l’enfance et à l’adolescence, périodes déterminantes pour le développement personnel et social, rend d’autant plus crucial l’encadrement juridique de la protection de leur santé mentale. Dans cette perspective, la Convention internationale des droits de l’enfant, adoptée en 1989, offre un cadre essentiel pour protéger la santé mentale des jeunes. Elle garantit le droit au meilleur état de santé possible, incluant la santé mentale, et oblige les États à agir dans l’intérêt supérieur de l’enfant. Elle souligne également l’importance d’écouter et d’associer les enfants aux décisions qui les concernent, en particulier dans un contexte de crises multiples.

Le mal-être croissant des jeunes met en évidence la nécessité de développer des politiques de prévention, d’augmenter les moyens alloués aux structures spécialisées en santé mentale et de garantir un accès effectif et équitable aux dispositifs de soutien, tout en favorisant un environnement social propice à l’épanouissement[2].

[1] Fiche d’information de l’Organisation mondiale de la Santé, Statistiques Santé mentale des adolescentes et des adolescents.

[2] Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant, « Droits de l’enfant : des maux aux mots », Rapport annuel 2024-2025, p. 6.