Enfants d’abord, migrants ensuite : quand le durcissement des politiques migratoires met en péril les droits de l’enfant

Fait divers 

En novembre 2025, le média d’investigation américain ProPublica relatait l’histoire de Carlos, un adolescent de 15 ans placé en détention par les autorités migratoires américaines (ICE) à la suite de l’interpellation de son oncle. Vivant aux États-Unis auprès de sa tante, qui en avait obtenu la garde, le jeune garçon s’est retrouvé séparé de son environnement familial et placé dans le système fédéral de prise en charge des mineurs. Son histoire illustre une réalité souvent moins visible des politiques migratoires : les mesures visant les adultes peuvent également bouleverser la vie des enfants qui les entourent, alors même que ceux-ci ne sont pas directement concernés par les décisions administratives.

Des modifications législatives

Si cette situation s’inscrit dans un contexte juridique et politique propre aux États-Unis, elle invite à interroger les conséquences humaines des politiques migratoires au-delà des frontières américaines. En Belgique également, les évolutions législatives et administratives en matière de migration soulèvent des questions essentielles quant à la protection des enfants. Le projet de loi relatif aux visites domiciliaires, les difficultés persistantes du réseau d’accueil et les restrictions apportées à certaines formes de prise en charge constituent autant de réalités qui méritent d’être examinées à travers le prisme des droits de l’enfant.

L’impact sur les enfants et leurs droits

Derrière les débats relatifs au contrôle des frontières, à l’accueil ou à l’éloignement des personnes étrangères se trouvent des enfants dont le quotidien est directement façonné par ces politiques. Certains grandissent dans des centres d’accueil collectifs, parfois confrontés à la promiscuité, à l’instabilité et à l’éloignement de leur environnement habituel. D’autres connaissent des ruptures dans leur parcours scolaire, des difficultés d’accès aux soins ou une incertitude prolongée quant à leur avenir. Lorsque les capacités d’accueil sont insuffisantes, certaines familles se retrouvent sans hébergement, exposant leurs enfants à des conditions de vie précaires, voire à la rue. À ces difficultés matérielles s’ajoute une dimension moins visible, mais tout aussi importante : la stigmatisation liée à l’origine, au statut migratoire ou à l’appartenance à une famille étrangère, susceptible d’affecter le sentiment d’appartenance, l’estime de soi et les relations sociales des enfants.

Ces réalités interrogent la place accordée aux droits de l’enfant dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques migratoires. Car si les décisions administratives concernent souvent les adultes, leurs répercussions peuvent se prolonger dans toutes les dimensions de la vie des enfants : leur sécurité, leur santé physique et mentale, leur scolarité, leurs relations familiales et leurs perspectives d’avenir.

La Convention internationale relative aux droits de l’enfant (CIDE), adoptée par les Nations unies en 1989, constitue à cet égard un cadre fondamental. Elle reconnaît à chaque enfant des droits propres, indépendamment de son origine, de sa nationalité ou de la situation administrative de ses parents. Elle rappelle que l’enfant est un sujet de droits à part entière, dont les besoins et la vulnérabilité doivent être pris en considération dans toutes les décisions qui le concernent.

Rencontres avec le Refugee Medical Point de la Croix-Rouge et Madame De Biourge

Nous avons eu l’opportunité de rencontrer l’équipe du Refugee Medical Point de la Croix-Rouge ainsi que Madame De Biourge, responsable de la Cellule Jeunes de Fedasil, qui ont aimablement accepté de participer à des interviews filmées. Ces vidéos, dans lesquelles les professionnels présentent leurs missions et répondent à nos questions, viennent compléter cette étude. Elles sont disponibles sur notre site internet et notre page LinkedIn.

Nous remercions chaleureusement l’équipe du Refugee Medical Point de la Croix-Rouge ainsi que Madame De Biourge, responsable de la Cellule Jeunes de l’Agence responsable pour l’accueil des demandeurs d’Asile (Fedasil), pour leur accueil, leur humanité et le partage de leurs expériences. Leurs témoignages nous ont permis de mieux appréhender les réalités du terrain et ont considérablement enrichi notre étude.