Etude : Les notes à l’école

Etude : Les notes à l’école

« L’école actuelle veut toujours hiérarchiser; ce qui importe avant tout, c’est de différencier. Cette idée fixe de hiérarchie provient de l’emploi des divers systèmes usités pour aiguillonner les écoliers: bonnes ou mauvaises notes, rangs, punitions, concours, prix… Mais il est entendu que, dans l’école de demain, tous ces expédients seront mis au rancart, ou n’auront en tout cas plus l’importance d’antan. L’intérêt, tel sera le grand levier qui dispensera des autres. »

(Claparède, 1920)

Introduction

Avec l’évolution des droits fondamentaux, l’école a été obligée de s’affranchir des châtiments corporels ou humiliants. Terminés, les coups de règles sur les doigts, les « mises au piquet » ou « le nez dans le coin », le bonnet d’âne et le banc d’infamie.

On pourrait donc croire que les droits de l’enfant[1] sont maintenant pleinement respectés par l’Ecole. Ce ne serait qu’une illusion, un rêve éveillé, une utopie. Mieux, une naïveté coupable ! Les châtiments corporels ont été remplacés par une violence plus insidieuse, plus dévastatrice et productrice de plus d’inégalités encore : la cotation des élèves.

Bien sûr, la cotation ne date pas d’hier et elle a côtoyé les violences physiques qui, elles, sont antérieures à l’Ecole. Mais, si ces dernières ont disparu, leur violence s’est déplacée sur ce qui restait de « pouvoir » aux professeurs : les notes ! Ne pouvant plus frapper les élèves qui chahutaient ou qui ne comprenaient pas une matière, les professeurs se sont rabattus sur la dernière maîtrise qu’il leur restait : la sanction par les notes !

Cela va donc leur permettre de sanctionner non seulement la manière dont un apprentissage a été réceptionné, mais aussi l’attitude et le comportement de chaque élève durant le cours.

Autrement dit, la note a deux usages. Le premier est de  » régler ses comptes  » avec les élèves qui n’ont pas accroché au cours, qui l’ont perturbé ou été inattentifs, sans avoir à analyser les raisons de ce désintérêt (manque de « sens » de l’apprentissage, cours incompréhensible, mal expliqué, bruits, raisons extrascolaires, …), d’autant plus que cela replacerait le professeur face à ses compétences.

Le second usage de la note est de « sanctionner » et donc de punir les élèves qui n’ont pas compris l’apprentissage, toujours sans devoir analyser les causes qui renverrait encore une fois le professeur face à ses compétences (manque de différenciations pédagogiques, de remédiation, de tutorat, …). Or, un apprentissage ne peut pas être compris par 25 élèves grâce à une seule et même manière de l’enseigner. Si l’on veut que tous les élèves comprennent, il faut mettre en œuvre plusieurs stratégies. Pour 25 élèves, cela signifie mettre en place entre 2 et… 25 méthodes différentes ! Si on ne prend pas la peine de mettre ces approches en place, on abandonne les élèves qui ont le plus besoin d’être aidés. Il est, dès lors, facile de pratiquer la sélection. C’est donc bien un choix personnel de chaque professeur.

Edouard Claparède[2], cité au début, pensait que les droits de l’Enfant auraient cours au XXIe siècle. Or, s’il y a bien un lieu qui est exempt de droits, c’est l’école.

Les notes dans le quotidien de l’école sont une source importante de tensions. Nombreux sont les étudiants qui ne comprennent pas leurs notes et la conteste. Même les parents s’interrogent sur son adéquation en fonction du travail de l’élève.

sur la manière dont ils la fabrique. Il ne faut éviter les débats en interne et taire le secret de polichinelle qu’il y a des professeurs plus « sévères » que d’autres, ce qui engendre des inégalités d’évaluations. L’Ecole est une machine à sélectionner et à amplifier les inégalités. Cette sélection se fait principalement par la note et par la complicité de professeurs qui ne se posent pas la moindre question sur leurs pratiques, et encore moins sur leur propre compétence et leur responsabilité personnelle dans la fabrication de ces inégalités.

Deux tropismes[4] éclairent notre système scolaire au sujet des notations. Le premier se dit à la salle des « profs[5] » : « Ma classe est composée de quelques élèves “faibles”, d’un gros ventre mou d’élèves “moyens” et de quelques élèves “forts”. Cette distribution, je dois retrouver dans mes résultats ! ».

Le second tropisme s’adresse aux élèves : « Avec les fautes que tu as faites, je n’ai pas d’autre solution que de te donner une moyenne qui te fera redoubler ton année ! » Ce sont deux « actes réflexes » (donc non remis en cause et encore moins analysés), qui vont décider de l’avenir d’un être humain. Et cet avenir va durer 70 ans. Autant d’années à souffrir de la décision inhumaine d’un être qui se prétend humain, et qu’un enfant a croisé par le plus grand des hasards dans une école pendant une petite année. Un être qui ne s’interroge pas sur sa propre humanité, qui n’aura plus jamais aucun lien avec cet élève dont il sacrifie l’avenir, et sur qui cette décision de sélection n’aura pas le moindre impact, au contraire de l’enfant qui devra porter cette marque d’infamie tout au long de son existence.

Evaluer, c’est « porter un jugement sur la valeur de…[6] ». Quand on évalue, il s’agit bien de porter un jugement. Il y a donc à chaque fois subjectivité (jugement de « valeur ») et imprécision (approximation). Ce sont les deux caractéristiques des notes.

Ces jugements de valeur sont souvent basés sur une conception naturaliste de l’intelligence. Des enfants seraient doués pour les études et d’autres, au contraire, seraient doués pour les travaux manuels. Cette conception est régulièrement portée par les partis politiques néolibéraux qui ont une caractéristique commune, c’est qu’ils n’ont aucune personne compétente en matière d’enseignement dans leurs partis. A tout le moins en France et en Belgique. D’ailleurs, cette « vérité » néolibérale est tellement dépassée qu’aucun chercheur en psychologie ou en sociologie ne se lèvera pour la défendre.

Hors les écoles à pédagogie active qui, elle, ont décidé de respecter leurs élèves, La plupart des institutions scolaires persistent à vouloir attribuer une note à toute production. Pourtant, et cela a été démontré depuis plus d’un siècle, le système d’évaluation par notation est tellement subjectif qu’il ne reflète jamais le niveau réel de l’élève en matière d’acquisition des apprentissages. Jean-Jacques Bonniol[7], professeur des universités en sciences de l’éducation, a par exemple calculé qu’il faudrait 78 correcteurs en mathématique et 762 en philosophie pour neutraliser les erreurs de calcul et améliorer l’objectivité de la notation.

La cotation est commode et ne nécessite aucune compétence pédagogique. Il ne faut pas trop réfléchir, elle est vite donnée et le nombre d’échecs déterminera la « qualité » du professeur. Elle permet de mettre les élèves en compétition et de sélectionner ceux qui ont le plus de « facilités scolaires », ceux qui proviennent des milieux les plus favorisés, tout en « criminalisant » les autres et en se débarrassant de ceux qui nécessiteraient plus d’investissement pédagogique. C’est donc de leur faute et de celle de leurs familles qu’ils sont en échec.

La cotation est le signe extérieur de la compétence d’un établissement scolaire. Elle est pratique : le professeur et l’école peuvent ainsi se dédouaner de leurs incompétences ou de leur idéologie de sélection sociale et, par là-même, de leurs décisions touchant à l’avenir des élèves.

Pour la plupart des parents élitistes, la « bonne » école est celle qui pratique l’échec scolaire. Pour eux, les écoles qui font « réussir » seraient « laxistes ». Ceci explique la dévotion qu’ont ces écoles et les professeurs qui y exercent par rapport à la notation.

Dans un collège français de 600 élèves, le principal a dénombré les actes d’évaluation délivrés sur l’ensemble d’une année scolaire : 90 000 notes, soit 150 par élève en moyenne. Certains professeurs évaluent et sélectionnent plus qu’ils n’enseignent.

Dans un collège français de 600 élèves, le principal a dénombré les actes d’évaluation délivrés sur l’ensemble d’une année scolaire : 90 000 notes, soit 150 par élève en moyenne. Certains professeurs évaluent et sélectionnent plus qu’ils n’enseignent.

Lire la suite :

Evaluer, pour quoi faire ?

Les notes ont-elles toujours existé ?

Les notes, une question qui se pose depuis longtemps 

Alors, pourquoi les professeurs tiennent-ils aux notes ?

Que pensent les parents des notes ?

Les notes antérieures des élèves influencent-elles les professeurs ?

Le redoublement a-t-il un effet sur l’évaluation professorale ?

Comment se passe la relation professeur/élève dans ce contexte ?

Tous les élèves sont-ils logés à la même enseigne ?

Les notes sont-elles imprécises et productrices d’inégalités scolaires ?

Les profs disent que les notes ont un « effet stimulant ». Est-ce prouvé ?

Si la note est inefficace, comment faire, alors ?

En définitive, la notation est-elle une maltraitance ?

Quelles sont les alternatives à la note ?

Supprimer les notes, ne serait-ce pas tromper les élèves ?

Comment font les pédagogies actives, qui n’utilisent pas la note ?

Conclusion


[1] Voir la CIDE (Convention Internationale des Droits de l’Enfant » – ONU 1989.

[2] Edouard Claparède était est un médecin neurologue et psychologue suisse (1873-1940). Ses principaux centres d’intérêt furent la psychologie de l’enfant, l’enseignement et l’étude de la mémoire. Claparède est l’un des deux ou trois psychologues qui ont profondément nourri la psychologie de Piaget, notamment par sa psychologie de l’enfant et par sa psychologie de l’intelligence.

[3] Pierre Merle. Les notes. Secrets de fabrication. PUF 2007

[4] Tropisme : réaction élémentaire ; acte réflexe très simple.

[5] Si, pour nous, l’école de la cotation est un lieu où il ne devrait pas être mis d’enfants, la salle des « profs » est un lieu où il ne faut surtout pas mettre d’enseignants. On y entre avec une idéologie de réussite pour tous et les doxas qui y sont véhiculées par des professeurs d’arrière-garde, vous rendent pareils à eux, discriminants, incompétents et injustes.  

[6] Le Petit Robert, 1999

[7] Ancien professeur des universités, Jean-Jacques Bonniol est le fondateur et ancien directeur du département des sciences de l’éducation à l’Université de Provence, Aix-Marseille (France).

Evaluer, pour quoi faire ?

Evaluer, pour quoi faire ?

La première mission des enseignants est de former des élèves et non d’évaluer, il faut le rappeler car souvent cette priorité est oubliée. Cependant, l’évaluation est nécessaire car on ne peut enseigner sans savoir si on l’a fait correctement. Nous devons savoir si chaque élève a compris, mais aussi comprendre pourquoi certains n’ont pas acquis le savoir transmis. Cela nous permettra de voir la manière dont on peut les aider ainsi que la manière et les types de remédiations immédiates[1] que l’on peut mettre en place.

On distingue généralement trois types d’évaluations des élèves :

  • L’évaluation formative, dans laquelle la note n’a pas de place, n’est donc généralement pas cotée. Les notes sont inutiles pour trouver ce qui fait obstacle à une démarche visée. L’évaluation formative est destinée à chacune des deux parties. D’abord à l’enseignant pour lui permettre de savoir s’il a fait correctement son travail et de mettre en place les remédiations, mais aussi à un élève d’apprécier l’évolution d’un apprentissage et, le cas échéant, de recevoir une remédiation ou de l’aide par tutorat. L’évaluation formative comprend aussi l’autoévaluation, par l’élève, de ses apprentissages et la capacité de détecter et de nommer ses difficultés. L’évaluation formative continuée devient finalement sommative, une fois que tous les élèves ont acquis l’apprentissage. Cela permet gain de temps et évite les évaluations-sanctions-sélection.
  • L’évaluation sommative dresse un bilan. Elle fait la « somme » des savoirs appris par un élève. Ces évaluations sont souvent cotées et participent alors à la mise en compétition des élèves et à la sélection des plus « faibles ». La note est établie en fonction d’une norme, celle du professeur, de l’établissement, ou du système éducatif. Il s’agit d’une évaluation-sanction-sélection. Cependant, l’évaluation sommative peut être le résultat d’une suite d’évaluations formatives non chiffrées.
  • Enfin, l’évaluation certificative, comme le dit son nom, a pour seul objectif de délivrer un « certificat » (diplôme, titre, …). En primaire, il s’agit du CEB, en secondaire des CE1D, CE2D ou CESS. L’évaluation certificative est un outil de sélection. On ne donne un « certificat » qu’à ceux qui maîtrisent les savoirs et compétences nécessaires.

L’évaluation par la note n’est en rien une obligation. Au contraire, de nombreuses pratiques issues le plus souvent de mouvements de pédagogies actives, modifient l’évaluation cotée pour aller vers une évaluation bienveillante et empathique, permettant à chaque élève de développer une meilleure estime d’eux-mêmes et ainsi d’être encouragés et poussés vers la réussite[2].

Mais l’évaluation est pervertie…

Loin de l’utiliser comme outil d’aide à la formation des élèves, de trop nombreuses écoles et de trop nombreux professeurs considèrent l’évaluation comme un outil de sélection dans une société où la compétitivité serait une exigence sociale majeure. Dans ce contexte dévoyé, « l’évaluation peut contribuer à la réussite ou à l’échec des élèves ». Selon Charles Hadji, l’évaluation prend une double forme, soit positive à travers une valorisation de l’élève en réussite scolaire, soit négative à travers la stigmatisation de l’élève en échec. Dès lors « l’évaluation peut être la meilleure ou la pire des choses. Elle peut être un facteur aggravant pour l’échec, et un facteur encourageant pour la réussite.[3] »

Les notes sont des outils qui perpétuent les divisions entre les élèves, au lieu d’aider à les réduire. Le système d’évaluation ne fait pas son travail qui doit être d’offrir une visibilité sur les acquis réels des élèves. En France, les inspecteurs dénonçaient cette « tyrannie de la note » en 2005[4] : « les évaluations menées souffrent d’un même défaut : un souci presque religieux de prendre pour référence la moyenne et d’aboutir à un classement, c’est-à-dire à la définition d’une situation relative et non d’une situation absolue. »

Le trait principal du système de notation est qu’il ressemble à une distribution de type gaussien[5], en forme de cloche, avec un petit groupe d’élèves « forts », un gros ventre mou d’élèves « moyens » et un petit groupe d’élèves « faibles ». La seule question que doit se poser le professeur est de définir le point limite. Une fois décidé, les élèves sont classés en fonction des trois critères repris ci-avant. Tout ce qui compte, c’est la « moyenne », le système ne pouvant fonctionner que s’il y a une part suffisante de notes faibles. 


[1] La remédiation n’a de sens que si elle est immédiate, donc placée au cœur de l’apprentissage, pendant le cours et surtout avant tout nouvel apprentissage. La postposer serait ajouter des difficultés car ce nouvel apprentissage est souvent la suite du précédent et ne ferait qu’accumuler difficultés sur difficultés.

[2] Quand nous parlons de « réussite », nous ne parlons évidemment pas « d’avoir les points », mais d’avoir acquis des savoirs.

[3] Charles Hadji, L’évaluation à l’école, Nathan 2015

[4] Les acquis des élèves, pierre de touche de la valeur de l’école ? évaluation du système éducatif  – Rapport IGEN – rapport conjoint IGEN-I.G.A.E.N.R. – juillet 2005

[5] Une fonction gaussienne est une fonction en exponentielle de l’opposé du carré de l’abscisse (une fonction en exp ( − x 2 ). Elle a une forme caractéristique de courbe en cloche. On parle aussi de « courbe de Gauss ».

Les notes ont-elles toujours existé ?

Les notes ont-elles toujours existé ?

L’école a existé sans la note pendant des siècles jusqu’à ce que les  Jésuites[1] créent un peu partout leurs Collèges avec, pour objectif l’émergence d’une jeunesse instruite et disciplinée, apte à assumer des responsabilités de « leadership ». Au XVIe siècle, Ignace de Loyola, en fit l’instrument de la reconquête catholique (la Contre-Réforme) afin de contrecarrer l’expansion protestante sur l’un de ses terrains de prédilection: l’accès aux savoirs, religieux et laïques. Ces écoles se veulent élitistes. Il s’agit de privilégier les plus méritants et d’éliminer les autres. Il s’agira donc d’élaborer un système obligatoirement sélectif.

Pour créer l’émulation – et donc la compétition – ils vont tester différents procédés. Les collèges sont régis par un code, le Ratio studiorum, qui pose comme principe que l’enseignant se doit de favoriser une honnête émulation qui fera effet de grand aiguillon pour l’étude. Les collèges vont commencer par élaborer tout un système complexe de récitations, compositions, « disputes », concours, prix, joutes, devoirs écrits, révisions quotidiennes, mensuelles, trimestrielles et annuelles. Les élèves sont placés dans des groupes hiérarchisés, placés en situation de concurrence perpétuelle[2].   

Chez les Jésuites (…), les élèves étaient divisés en deux camps, les Romains d’une part et les Carthaginois de l’autre, qui vivaient pour ainsi dire sur le pied de guerre, s’efforçant de se devancer mutuellement. Chaque camp avait ses dignitaires. En tête du camp, il y avait un « imperator », appelé aussi dictateur ou consul, puis venaient un préteur, un tribun et des sénateurs. Ces dignités, naturellement enviées et disputées, étaient attribuées à la suite d’un concours qui se renouvelait chaque mois. D’un autre côté, chaque camp était divisé en décuries, comprenant chacune dix élèves, et commandée par un chef nommé décurion et pris parmi les dignitaires dont nous venons de parler. Ces décuries ne se recrutaient pas indifféremment. Il y avait entre elles une hiérarchie. Les premières comprenaient les meilleurs élèves, les dernières les écoliers les plus faibles et les moins laborieux. Et ainsi, de même que le camp dans son ensemble s’opposait au camp adverse, dans chaque camp chaque décurie avait dans l’autre sa rivale immédiate, de force sensiblement égale. Enfin, les individus eux-mêmes étaient appariés, et chaque soldat d’une décurie avait son émule dans la décurie correspondante. Ainsi le travail scolaire impliquait une sorte de corps à corps perpétuel (…). A l’occasion, le maître ne devait pas craindre de mettre aux prises des élèves de force inégale. Par exemple, on faisait corriger le devoir d’un élève plus fort par un élève moins fort « afin que ceux qui ont fait des fautes en soient plus honteux et plus mortifiés » (…). C’est grâce à ce partage entre le maître et les élèves qu’un professeur pouvait diriger sans trop de difficulté des classes qui atteignaient parfois deux cents et trois cents élèves[3].

Au début, les maîtres comptaient les fautes et ordonnaient les copies selon le mérite. Ils transmettaient par correspondance ces résultats, parfois laconiques, aux familles. Voici par exemple le bulletin obtenu en 1780 par un interne du collège royal de Cahors (Compère, 1985):

Moeurs et religion: excellentes

Caractère: excellent, trop timide

Place sur 52 écoliers (novembre, décembre, janvier):

Thème: 27e, 39e, 35e, 26e

Version: 13e, 30e, 14e

Vers: 44e, 26e

Ces indications de rang vont être progressivement remplacées par des appréciations chiffrées : Au collège de Caen, on optera pour une échelle à 4 niveaux : 1 = bien; 2 = assez bien; 3 = médiocre; 0 = mal. En fin d’année, les classements permettront de distinguer « le bon grain de l’ivraie » : Les « optimi » seront promus dans la classe supérieure, au contraire des « inepti ». Les « dubii » seront admis dans la classe suivante, mais à l’essai et à conditions.

Les jésuites ont ainsi inventé le favoritisme encore en vogue dans nos écoles élitistes : les « dubii » (doubleurs) restent en principe dans leur classe, sauf si la famille insiste ou si des « personnages considérables » interviennent en leur faveur. C’est en 1890 que sera officialisée, en France, l’échelle de notation des compositions de 0 à 20, seulement dans le secondaire pour les compositions trimestrielles et le baccalauréat. Elles ne sont en revanche pas obligatoires en classe, tout au long de l’année, où les professeurs font comme ils veulent. L’idée fondamentale à l’époque est de noter les compositions pour pouvoir décerner des prix. Il s’agit donc de faire des moyennes pour départager les gagnants[4].

L’Etat français, en se substituant aux collèges religieux, va poursuivre le même objectif, former les élites bourgeoises sur la base de leur mérite. Les hyènes ne se mangent pas entre elles… et perfectionner la notation. Chaque cohorte va donc être « notée » et ces notes découlent du découpage imaginé par les Jésuites. Les « rangs », les « notes », les « grades » participent tous d’une sélection des élèves, les plus hautes notes étant attribuées aux élèves les plus « méritants », alors que les notes les plus basses seront attribuées aux « médiocres, insuffisants ou mauvais ».

Les « bons » élèves siègeront au banc d’honneur[5], tandis que les cancres seront relégués au banc de la honte ou au « coin ». En fin d’année, ils étaient – et sont toujours – condamnés à un infâme redoublement. Mais le maître avait-il d’autres solutions, dans des classes qui pouvaient compter jusque 200 élèves ? C’est à ce prix que la République française a pu scolariser des millions d’enfants qui ne l’étaient pas auparavant.

Notre histoire, en Communauté française, mais aussi notre école a toujours été et est toujours fortement influencée par ce qui se passe outre-Quiévrain. L’école française, encore aujourd’hui, a les mêmes faiblesses que la nôtre et les médias n’aidant pas, les professeurs belges se dédouanent de leurs pratiques de sélection et du taux de redoublement parce « qu’on a toujours fait ainsi ». Le « on », c’est la France et les images qu’elle nous renvoie de son propre système scolaire. Relisons « Le Petit Nicolas[6] » ou plus récemment « L’élève Ducobu[7] » mais aussi les films qui parlent de l’école en la montrant sous l’aspect sélection, ou incompétence des élèves (Rappelons-nous la série des Sous-doués, Mauvais élèves, Les Profs, Le Maître d’école, Le plus beau métier du monde, …). Car non, « on » n’a pas toujours fait ainsi…

Depuis la Révolution française, les hiérarchies sociales ne sont plus basées sur la naissance mais sur le mérite. Du moins, c’est ce que l’Ecole voudrait nous faire croire. On sait, cependant que celle-ci discrimine les élèves essentiellement sur base des origines sociales.

D’ailleurs, l’idéologie républicaine a fait long feu. C’est Octave Gérard[8] qui, sous Napoléon III a mis en place un modèle d’école que nous connaissons encore aujourd’hui en Belgique, qui a ensuite été repris et généralisé à partir des années 1880 par Jules Ferry. « La note sur 20 est choisie dans le secondaire car plus pointue que la note sur 10 du primaire. Les résultats sont théâtralisés et deviennent un moyen de discipline alors jugé très efficace. La mauvaise note est d’ailleurs une punition autorisée, au même titre que la retenue ou les devoirs. »[9]

En 1868, Octave Gérard crée un cursus divisé en trois cycles de deux ans chacun (élémentaire, moyen et supérieur). Octave Gréard impose dans tous les cours l’enseignement simultané[10]. Le passage d’un cours à l’autre est alors déterminé par des examens de passage. Dès lors, un élève peut rester 4 ou 5 années durant dans le cours élémentaire. Les passages de classe en classe font office de sélection de telle sorte que seuls les meilleurs atteignent le cours supérieur, puis le certificat d’études. En 1888, seulement 30 % des élèves parviennent à terminer leur cursus sans redoublement. Comme quoi, l’école d’aujourd’hui n’a rien inventé et nous reproduisons les mêmes croyances que ces ancêtres de l’école obligatoire.

Même si, dans les années qui ont suivi, l’objectif de régression de l’analphabétisme a fait massivement diminuer le redoublement, la répartition des élèves par classe est restée inégale au début du XXe siècle. Les cours élémentaires regroupaient les élèves qui n’avaient « pas assimilé les bases »[11]

Sous Jules Ferry[12], si la scolarité devient obligatoire, les passages de classe en classe sont filtrés de telle sorte que seuls les meilleurs atteignent le cours supérieur et le certificat d’études. L’école républicaine tend à privilégier la scolarité des « meilleurs », ceux qui sont issus des meilleures familles. Les tensions avec les parents ne datent pas d’hier. A l’époque déjà, les familles s’insurgeaient sur le choix des élèves présentés aux examens du certificat d’étude primaire, l’école ne s’intéressant qu’à ses « bons » élèves et délaissant déjà les autres.

Le processus d’industrialisation en cours en Europe va entraîner une énorme demande de main d’oeuvre. Le système scolaire va devoir répondre à cette demande et préparer les élèves à assumer différentes fonctions sociales tributaires de leurs compétences professionnelles et donc de leurs mérites individuels[13] : la sélection des élites sera un des principaux facteurs qui vont influencer durablement les pratiques d’évaluation.

L’évaluation notée a donc été pensée pour pratiquer une sélection entre les élèves, dans un objectif de formation d’« élites ». Nous en sommes toujours là aujourd’hui et, même si les professeurs n’en sont pas conscients (il suffirait pourtant qu’ils ouvrent leur ordinateur et s’intéressent un tout petit peu à la docimologie), ils participent à l’amplification des inégalités sociales. Il s’agit déjà bien d’un modèle scolaire qui tire vers le haut les plus « forts » et ignore les plus « fragiles ».

Les notes, une question qui se pose depuis longtemps


[1] Lire Qui a eu cette idée folle un jour d’inventer [les notes à] l’école ? Olivier MAULINI, Enseignement primaire, Genève. Texte édité par l’association Agatha, en marge des deux débats organisés le 29 février 1996: Abolir la note à l’école: Quels effets ? & Des notes à l’école, pour quoi faire ?

[2] Emile Durkheim voit dans cette machinerie classificatoire l’une des sources du génie national français.

[3] Durkheim, Emile (1938). L’évolution pédagogique en France, Paris, PUF (Quadrige). P 298-299.

[4] Claude Lelièvre, l’historien de l’éducation in Supprimer les notes, «c’est le contraire du laxisme» – Le Figaro, 11/12/2014.

[5] Les bancs à l’avant de la classe, près du maître.

[6] Le Petit Nicola, Sempé & Goscinny. Paris : Denoël, 1960, 120 p. et livres suivant…

[7] Ducobu des belges Zidrou (scénario) et Godi (dessins), 1992, repris par le cinéma… français.

[8] Octave Gréard, 1828-1904 est un pédagogue français. Il a élaboré en 1868 une nouvelle organisation des écoles primaires en trois cycles de deux ans chacun (cours élémentaire, cours moyen et cours supérieur) aboutissant au certificat d’études.

[9] Diane Galbaud, Une pratique toujours en vogue, malgré les critiques, in Le monde de l’éducation n°344, dossier « Que valent les notes ? », Février 2006.

[10] L’enseignement, dans sa forme la plus générale, peut être individuel, mutuel, ou simultané. L’enseignement simultané consiste, comme mode, à ordonner l’école de manière que tous les élèves ou du moins une partie notable des élèves puissent recevoir ensemble l’enseignement sur les diverses parties du programme. http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=3642

[11] Jérome Krop, La méritocratie républicaine : élitisme et scolarisation de masse sous la IIIe République, Presses universitaires de Rennes, 2014

[12] Jules Ferry est l’auteur des lois restaurant l’instruction obligatoire et gratuite. Il est ainsi vu comme le promoteur de « l’école publique laïque, gratuite et obligatoire ».

[13] Barbier, J-M (1983). Pour une histoire et une sociologie des pratiques d’évaluation en formation, Revue française de pédagogie, n°63, pp.47-60.

Les notes, une question qui se pose depuis longtemps

Les notes, une question qui se pose depuis longtemps

La question de la notation interpelle les parents mais aussi les enseignants depuis ses débuts. On relèvera l’expérience du professeur Laugier en 1930. Il a recherché dans les archives de l’époque 166 copies d’agrégation d’histoire et les a faites recorriger par deux collègues qui avaient une longue expérience, connus pour être capables de corriger méticuleusement. Ceux-ci ont travaillé séparément, sans connaître leurs appréciations respectives. Les résultats furent édifiants : la moyenne de l’ensemble des notes du premier correcteur dépassait de deux points celle du second. Les écarts de notes pour les mêmes copies pouvaient aller jusqu’à 9 points. Le premier a donné 5 à 21 copies qui ont été cotées entre 2 et 14 par le second. Le candidat classé avant dernier par l’un était second chez l’autre. Enfin, la moitié des candidats reçus par le premier étaient refusés par le second. 

Laugier et Weinberg ont montré, ensuite, que la double correction est illusoire. Pour obtenir une « note exacte » (c’est-à-dire une moyenne telle que l’adjonction d’un autre correcteur ne modifierait pas sensiblement la moyenne) il faudrait 127 correcteurs en philosophie, 78 en composition française, 28 en anglais, 19 en version latine, 16 en physique et 13 en mathématiques. Autant dire qu’aucun professeur n’est capable, dans quelque discipline que ce soit, d’obtenir une « note exacte ».

Pour aller plus loin, Laugier et Weinberg en France, ont demandé à un professeur de physiologie de recorriger 37 copies – dactylographiées et anonymisées – qu’il avait corrigées trois ans et demi auparavant. Dans 7 seulement copies sur 37, il remit la même note au même devoir. Dans tous les autres cas, il y eut des divergences comprises entre 1 et 10 points. Avec cette nouvelle correction, la moitié des élèves admis à l’époque aurait été refusées 3,5 ans plus tard, tandis que la moitié des refusés auraient été admis.

Ces expériences ont été reproduites de nombreuses fois, avec à chaque fois des résultats aussi surprenants qui montrent que les élèves « faibles » peuvent être piégés par des notes catastrophiques et que celles-ci débouchent sur une dynamique de dévalorisation qui peut, à terme, devenir irréversible.

A ce titre, l’étude de Jean-Jacques Bonniol et de ses collègues[1], menée en 1972 est éclairante. Ils distribuèrent à deux groupes de correcteurs les copies écrites identiques, rédigées par un groupe d’élèves de 6e. Le premier groupe se vit indiquer que ces copies provenaient d’élèves de « niveau élevé », tandis que le second groupe apprit que les élèves étaient d’un « niveau faible ». Le résultat fut sans appel : les copies des « élèves forts » étaient systématiquement surcotées par rapport aux copies des « élèves faibles ». La note moyenne des élèves supposés « forts » fut de 11,16 sur 20, tandis que celle des élèves supposés « faibles » ne fut que de 9,65. Le seuil critique étant à 10, les chercheurs en ont conclu que, dans l’esprit des correcteurs, les « bons » élèves ne peuvent que bien faire et les « mauvais » ne peuvent que mal faire. Une fois encore l’effet Pygmalion[2] était démontré.


[1] Bonniol, J-J., Caverni, J-P., Noizet, G. (1972). Le statut scolaire des élèves comme déterminant de l’évaluation des devoirs qu’ils produisent. Cahiers de psychologie, N°15, pp.83-92

[2] Sur l’effet Pygmalion, se référer au chapitre « Connaissance des notes antérieures des élèves » de ce dossier.

Alors, pourquoi les professeurs tiennent-ils aux notes ?

Alors, pourquoi les professeurs tiennent-ils aux notes ?

Fabrizio Butera[1] constate que, si la note peut être utilisée de manière formative, c’est loin d’être le cas aujourd’hui, car elle est essentiellement normative, « basée sur la comparaison des élèves, qui se manifeste sous forme d’un jugement et permet de mettre en évidence la performance relative des élèves et des étudiants. »

Il estime que ce type de notation est ancrée dans les écoles élitistes car elle convient bien aux professeurs et au système en raison de quatre présupposés, les « quatre M » que constituent « la Mesure, le Marché, le Mérite et la Motivation. »

Premier présupposé : la « Mesure ». La note permettrait de mesurer simplement et clairement les apprentissages. Il s’agit bien d’un présupposé car c’est une illusion. La réalité, continue Fabrizio Butera, c’est que « les notes mesurent la performance et non l’apprentissage ». La note rend compte du résultat à une épreuve donnée et non pas de l’évolution des résultats entre les deux épreuves.

Second présupposé ou illusion professorale : le marché ! La société est compétitive, nous devons préparer nos élèves à pouvoir affronter (et gagner) ce système de punitions et de récompenses qu’ils rencontreront au cours de leur carrière professionnelle. Fabrizio Butera rappelle opportunément que « l’incitation à la compétition amène à apprendre moins que ce que l’on pourrait et à développer des comportements antisociaux », comme la triche ou la rétention d’information (pour pénaliser ses camarades). La compétition à l’école conduit à la malhonnêteté intellectuelle. Dans un système où c’est « marche où crève », on ne collabore qu’avec le système. Pas avec ses pairs qui sont des concurrents pour les rares places éligibles. 

Un petit mot sur la « triche ». Elle s’apprend très tôt, dès le tout début de la première année d’école primaire. Elle est la résultante des pratiques professorales et de la pression qu’elles mettent sur les enfants et sur les familles qui la répercutent. La triche est en fait un « moyen adaptatif de survivre à la pression de devoir réussir en surpassant les autres ». L’élève n’étudie plus pour apprendre, mais pour avoir des points… et des points supérieurs à une majorité des autres élèves. Une affirmation que semblent confirmer les professeurs, même dans le supérieur : « La notation en classe préparatoire relève du ‘tri’ et non de ‘l’évaluation’, d’ailleurs les élèves ne viennent plus quand la dernière note est tombée » regrette Nicolas Truong[2].

Troisième idée préconçue : le Mérite. Selon les professeurs, la note ferait avancer les élèves en fonction de leurs résultats et non en fonction d’autres considérations comme l’origine sociale. En d’autres termes, comme professeur, je suis juste et je ne pratique pas de sélection sur base de l’origine, de ma sympathie, du comportement de mes élèves ou des ‘dys’-parités de mes élèves ? Le problème, c’est que les notes réintroduisent surtout des inégalités. En effet, et cela a largement été démontré, les savoirs et savoir-faire dépendent prioritairement du milieu d’origine de l’élève. « Les groupes sociaux défavorisés sont entravés par des facteurs tangibles, comme l’accès aux ressources, et des facteurs symboliques, comme les stéréotypes dont ils sont affublés ».

Quatrième et dernière (dés)illusion, le présupposé de la Motivation. Au mieux, la note enthousiasmerait les élèves, ou au pire, les motiverait. Jolie justification de ce pouvoir que s’arrogent les professeurs, celui de la « carotte et du bâton ». Cela motive peut-être les élèves, répond l’auteur, mais à quoi ? La note augmente en effet « le but de performance-évitement » qui est le désir de ne pas réussir moins bien que les autres, mais au détriment du « but de performance-approche » qui est, lui, ledésir de réussir mieux que les autres. Une motivation aussi peu ambitieuse n’est certainement pas un vecteur d’émulation entre les élèves.

Enfin, au bout de cette énumération de présupposés, Fabrizio Butera conclut par ce qui a été démontré depuis des décennies : tout ceci produit surtout un cinquième M : la Menace.

En effet, la note « menace le sentiment de compétence de soi » prioritairement pour les élèves ayant une histoire d’échec scolaire ou de mauvais résultats. « Même les bons élèves sont menacés et baissent dans leurs résultats dès lors qu’ils sont confrontés à un échec. ». La preuve en est que les bonnes notes sont relativement rares. Elles ont pour but de ne former que les élèves supposés les « meilleurs », donc de sélectionner.

La note est une menace pour les élèves, qu’ils soient injustement étiquetés comme « bons » ou « médiocres ». Cette note, celle de ce professeur qu’ils ne sentent pas et qui, le prenant de très haut, les juge incapables ou fainéants, a des conséquences considérables pour leur avenir. « Tant que les notes seront utilisées, dans la grande majorité des cas, pour rendre visibles les différences entre élèves, les comparer et in fine faciliter le processus de sélection, elles ne produiront que de la menace et des réactions de ‘survie’ scolaire ».

Outre que c’est un système simple et non fatiguant à mettre en place, les professeurs tiennent à la note car elle a trois fonctions qui les arrangent plutôt bien, et que nous avons déjà effleurées ci-avant :

  1. Il leur permet de récompenser ou de punir les élèves pour leur travail et leur comportement scolaire (voir les notes de « conduite ») ;
  2. Il leur permet d’établir une comparaison entre les élèves, imaginant – à tort, mais les doxas ont la vie dure dans les salles de profs – susciter l’émulation ;
  3. Il renseigne les parents et la hiérarchie scolaire et les collègues sur les « mérites » ou les « démérites » de chaque élève et permet ainsi les sanctions (prix, félicitations, blâmes, passage dans la classe supérieure = félicitations, redoublement ou orientations = punitions)

L’élève qui veut réussir devra obligatoirement adopter une attitude qui réponde aux attentes du maître, ce qui est bien pratique pour assurer l’ordre de la classe.


[1] Fabrizio Butera, La menace des notes, in Fabrizio Butera, Céline Buchs, Céline Darnon (dir.), L’évaluation une menace ? PUF, Paris, 2011.

[2] Nicolas Truong, Mathématiques et français : la théorie de la relativité, in Le Monde de l’éducation n°344, dossier « Que valent les notes ? », Février 2006.

Que pensent les parents des notes ?

Que pensent les parents des notes ?

Nombreux sont les parents qui se comportent comme des consommateurs attendant une note comme on attend un salaire « Tout travail mérite salaire… ». C’est ce qu’ils ont appris quand ils étaient sur les bancs de l’école et visiblement celle-ci ne leur a pas appris à remettre les dogmes en question. Bref, ne leur a pas appris à réfléchir. 

Les parents tiennent aux notes parce qu’il s’agit d’une course. Les premiers arrivés seront les mieux servis, ils auront les meilleurs diplômes. Ils ont été formés ainsi. Leurs propres parents leur ont mis la pression durant toute leur scolarité et cette dernière n’a tourné qu’autour de la note. Ensuite, ce ne sont pas des professionnels de l’éducation et ils n’imaginent pas qu’il est possible d’évaluer autrement (la plupart des professeurs non plus, d’ailleurs). Et, quand par hasard, ils sont confrontés à un système qui ne donne pas de notes, ils perdent pieds « Comment vais-je savoir si mon enfant connaît ses matières ? ». La note est tellement facile à comprendre : on a réussi plus ou moins brillamment ou on est en échec. Du moins, le croient-ils.

La faute en revient aux établissements scolaires et aux professeurs pour qui la note est un système d’évaluation facile et rapide. Il ne leur est pas nécessaire de se lancer dans des explications et encore moins de réfléchir à des solutions pour aider leurs élèves en difficultés. En mettant une note, ils « sanctionnent » un être humain en le mettant en concurrence avec ses pairs. En somme, ils le responsabilisent de leurs incompétences à transmettre les savoirs à tous les élèves. 

Une fois que les parents sont confrontés à un système qui ne met plus leur enfant en compétition avec les autres et qui ne produit plus d’échecs, la plupart y adhèrent et le trouvent mieux que les points. En effet, ceux-ci sont souvent incompréhensibles et sources de questionnements jamais apaisés car l’école n’est jamais disponible pour se justifier. Les parents sont aussi très critiques. Ils ne comprennent pas les évaluations qui sanctionnent trop durement les élèves, ou les professeurs qui passent plus de temps à les évaluer qu’à les former. »

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