La réforme de l’enseignement technique et professionnel en question(s)

La réforme de l’enseignement technique et professionnel en question(s)

Communiqué de presse août 2011

La Ministre Simonet lance une réforme du troisième degré de l’enseignement qualifiant. Comment ?   Les  élèves conserveront  comme acquises les unités de formation qu’ils auront réussies, à l’image des crédits dans l’enseignement supérieur. Le Gouvernement espère ainsi que les élèves qui ne seront pas parvenus à décrocher leur diplôme de fin du secondaire pourront tout de même revendiquer des compétences sur le marché de l’emploi.

Nous partageons l’intention du Gouvernement de lutter contre l’échec et l’abandon scolaires ; mais la réforme telle qu’envisagée pose de multiples questions et les réponses restent inexistantes, vagues ou peu consistantes :

  • Chaque jeune, quelle que soit son orientation, doit pouvoir avoir accès à une formation générale et citoyenne de qualité (historique, sociale, culturelle etc..) pour apprendre à communiquer avec les autres, acquérir un esprit critique et accéder à la citoyenneté.  La formation générale envisagée n’est-elle pas encore plus déforcée qu’elle ne l’est déjà actuellement ? Un Groupe de Travail est, paraît-il, constitué pour réfléchir à la  formation générale dans le cadre de la réforme.
  • N’est-ce pas un leurre de faire croire aux jeunes que la connaissance partielle d’un métier représente une certaine valeur sur le plan de la maîtrise professionnelle ? Quelle sera l’attitude des employeurs ? Hésiteront-ils à engager ces jeunes, quelque peu dégrossis professionnellement au tarif de manœuvre ou d’employé non qualifié ?
  • Les élèves non diplômés pourront toujours se tourner vers des organismes de formations professionnelles (FOREM, Bruxelles formation, …) afin de compléter leur formation et espérer, un jour, obtenir un diplôme. Comment va-t-on y arriver ? Quelle instance va arbitrer les productions des différents opérateurs et trancher en cas de divergence ? Quel sens cela a-t-il pour la Communauté française de s’avancer seule dans ces transformations des cursus de formation professionnelle ?
  • Quels moyens seront octroyés aux écoles pour leur permettre d’organiser la remédiation et l’aide aux élèves en difficultés ?  Rien n’est prévu ; l’école devra alors organiser l’emploi du temps des élèves voulant recommencer leurs unités ratées. Comment cela ? Comme les directions l’entendent ! Liberté pédagogique oblige…
  • Comment concilier l’individualisation du parcours de formation  et l’organisation des institutions de formation qui reposent sur un principe collectif, commun et obligatoire ?
  • Que fait-on au 2e degré qualifiant, degré qui accueille beaucoup trop d’élèves qui y arrivent suite à un échec ? On réforme  le 3e degré ; mais rien n’est prévu pour le 2e degré .
  • Quelle concertation avec les équipes éducatives et les enseignants du terrain ?  Les groupes de travail sont constitués essentiellement de chefs d’établissement,  inspecteurs, conseillers pédagogiques, chefs d’atelier, …
  • A-t-on préparé la réforme ? Les formateurs seront formés en août 2011 ; la circulaire sur les référentiels expérimentaux (246 pages) a été diffusée le 20 juin 2011.

Vouloir revaloriser l’enseignement technique et professionnel sans s’attaquer à ces questions  ne peut que mener à l’échec. On ne rendra l’enseignement qualifiant plus efficace qu’en améliorant la pédagogie, en généralisant les bonnes pratiques et en associant les équipes éducatives.

Selon nous, les difficultés des jeunes de l’enseignement qualifiant proviennent des défaillances de notre système éducatif, source de nombreuses inégalités.  Il s’ensuit une pratique systématique de la relégation.  C’est donc prioritairement en amont qu’il faut mettre en place une réforme.   Diverses recherches ont d’ailleurs montré que l’orientation précoce des élèves vers des filières différenciées accroissaient les inégalités. Face à cela, la plate-forme contre l’échec scolaire propose d’instaurer un tronc commun dans un premier temps jusque 14 ans  pour, progressivement, et après évaluation, aller jusqu’à 16 ans afin de retarder le plus tard possible la sélection, de laisser les jeunes mûrir leur projet d’avenir et d’éviter les relégations.

Si on ne s’attaque pas à ses causes majeures, si on ne renforce pas la formation générale dans  les filières qualifiantes, il est vain de lutter contre l’échec scolaire dans l’enseignement technique et professionnel. A moins que la stratégie envisagée repose sur une volonté plus ou moins consciente de supprimer le problème en diluant l’échec dans une multitude de mini-certifications ?   Pour rétablir son image d’une institution sans échec, l’école aura ainsi renoncé à former des jeunes qualifiés et citoyens.

Les Droits de l’Enfant ont 21 ans ? Je n’ai pas vu le temps passer !

Les Droits de l’Enfant ont 21 ans ? Je n’ai pas vu le temps passer !

Communiqué de presse 16 novembre 2010

Ce 20 novembre marque le 21e anniversaire de la Convention relative aux droits de l’Enfant. Celle-ci affirme que les enfants ont besoin d’une protection et d’une attention particulière en raison de leur vulnérabilité. Il est temps de se demander ce que ces droits ont apporté aux enfants de notre planète et plus spécifiquement de notre Communauté française ?

Chaque année dans le monde, huit millions et demi d’enfants meurent de faim ou du manque d’eau potable. Des maladies aujourd’hui disparues de nos contrées font toujours des ravages dans les pays sous-développés. Deux millions d’enfants meurent de maladies qui auraient pu être évitées grâce à des vaccins coûtant moins d’un dollar. Année après année, 200 000 enfants meurent victimes de combats armés, tués parfois par d’autres enfants. 300 000 mineurs sont engagés de force dans des conflits locaux.

Ce jour, 8 millions d’enfants abandonnés dorment dans les rues et 3 millions sont victimes des réseaux de prostitution. Enfin, comment ne pas rappeler que 211 millions d’enfants âgés de 5 à 14 ans sont exploités économiquement. Parmi ceux-ci 115 millions ne sont pas scolarisés.

Qu’en est-il chez nous, dans cette Communauté française que nous voulons respectueuse des droits fondamentaux ? Fort heureusement, très peu d’enfants meurent de faim en Belgique et les rares cas recensés relèvent de maltraitance parentale. Mais tous ne sont pas égaux face à l’alimentation. Les cas d’obésité sont en croissance, essentiellement dans les milieux les moins favorisés sur le plan socioéconomique. De plus en plus de familles n’y ont plus les moyens d’accéder aux soins de santé. De nombreuses parents repoussent la visite chez le médecin le plus longtemps possible et limitent les médicaments qu’ils ne peuvent pas payer.

Nos villes aussi ont leurs enfants des rues. On y voit des familles entières ou des adolescents isolés dormir sous des bâches, dans des parcs. Ils viennent d’Afrique ou d’Europe de l’Est.   La rue c’est aussi la faim, la soif, les maladies, la peur. Ce n’est jamais l’école, les visites chez le médecin, la chaleur d’un repas chaud ou d’un lit douillet.

Des enfants esclaves, il y en a aussi en Belgique. En France, le Comité contre l’esclavage moderne, estime leur nombre à plusieurs milliers. Ils sont principalement issus d’Afrique de l’Ouest. Il s’agit d’un esclavage domestique qui, par définition est très peu visible. En quoi la Belgique serait-elle épargnée ? Il est plus que probable que plusieurs centaines d’enfants esclaves sont exploités en Communauté française.

Le travail des enfants est, fort heureusement interdit. Pourtant, qui d’entre nous n’a pas rencontré un enfant qui donnait un coup de main dans un commerce, une exploitation agricole, un stand de foire ? Enfant de commerçant ou petite main payée quelques euros ? Quoiqu’il en soit, le travail des enfants est illégal et contraire à leurs droits fondamentaux. Mais il continue à bénéficier de la bienveillance de madame et monsieur tout le monde.

Si, par-dessus toutes les autres, il y a une institution qui a le devoir de respecter, promouvoir et défendre les droits de tous les enfants, c’est l’Institution scolaire. L’Etat l’a chargée de remplir son propre engagement d’éduquer tous les enfants.

Malheureusement, nous devons constater, 21 ans après, que le Droit n’a pas encore trouvé sa place à l’Ecole. Pire, celle-ci est devenue un lieu de non Droit qui brise l’avenir de plus de deux tiers des enfants qui lui sont confiés. Bien sûr, il y a des écoles qui sont de véritables îlots de paix où les droits sont respectés. Mais elles sont trop rares.

Les chiffres sont éloquents. Chaque année, 60 000 élèves redoublent et 17 000 jeunes sont orientés précocement vers des formations dévalorisées dont ils ne veulent pas. Il est scientifiquement prouvé, depuis près de 50 ans, que les redoublements ne servent à rien et sont néfastes (ils engendrent d’autres redoublements et intensifient l’abandon scolaire). Pire, les effets psychologiques qu’elles génèrent sur les jeunes et leurs familles doivent nous faire considérer les pratiques du redoublement et de l’orientation précoce comme de véritables maltraitances. A cela s’ajoutent 20 000 abandons annuels. Vingt mille jeunes qui, chaque année, se retrouvent sur la rue sans le moindre diplôme. En comptant les 1 400 jeunes qui sont mis à la porte des écoles, le bilan de l’Ecole est lourd : ce n’est rien moins que 100 000 élèves qui, chaque année, sont socialement détruits!

Il y a aussi des milliers d’enfants déscolarisés à domicile ou hospitalisés dans le seul objectif de pouvoir bénéficier d’un enseignement. Le nombre de phobiques scolaires est en augmentation constante. Il y a les dizaines de milliers d’enfants physiquement présents dans les classes mais psychologiquement exclus.

Et les milliers d’enfants handicapés que les écoles refusent d’intégrer. Leur inclusion dans un enseignement ordinaire, avec tous les autres enfants, est un droit défini par la Convention relative aux droits de la personne handicapée que l’Ecole, trop souvent encore, refuse.

Au terme d’une scolarité de 12 ans, seulement moins d’un tiers des élèves (27 %) s’en sort sans échecs. Mais avec quel message, quelle éducation donnée par le système scolaire ? Ils doivent être les meilleurs, battre les autres pour réussir, marcher ou crever… Et, surtout ne pas devenir de vrais citoyens solidaires.

Il y a aussi ces filles éduquées autrement que leurs frères, avec moins de droits et plus de devoirs ; ou ces jeunes qui cachent leur homosexualité, voire subissent l’ostracisme de leurs camarades, le rejet de leurs parents. Enfin des mineurs qui sont victimes de la prostitution ne sont pas une simple illusion. Et ce sont de « bons » citoyens belges qui en sont les clients…

Bien sûr, il est des choses positives, des enfants dont les droits sont vraiment respectés. Mais, finalement, c’est une minorité. Au moins un jeune appartient à un milieu social plus fragile, au plus ses droits sont piétinés. Il y a encore beaucoup à faire pour permettre à tous les enfants de bénéficier de leurs droits les plus fondamentaux. Nous aurions bien besoin des citoyens pour nous y aider. Mais 21 ans après l’adoption de la Convention relative aux Droits de l’Enfant par l’ONU, les sociétés de protection animales ont toujours cent fois plus de militants et de membres de soutiens que les associations de défense des droits de l’enfant. Cherchez l’erreur…

Coupe du Monde : PANINI prend les enfants pour des pigeons

Coupe du Monde : PANINI prend les enfants pour des pigeons

Communiqué de presse 23 juin 2010

La Collection PANINI  « South Africa 2010 » pour la Coupe du Monde est un miroir aux alouettes. Chaque enfant devra dépenser plus de 75 euros (soit plus de 3 000 anciens FB) pour compléter ce livret de 74 pages. Les enfants sont des proies faciles pour de telles entreprises. En effet, leur esprit critique est en voie de développement et ils ne sont pas à même de se rendre compte que PANINI profite de leur crédulité afin de leur faire dépenser une somme énorme pour un produit de piètre qualité et de peu de valeur.

Comme lors de chaque coupe du Monde et coupe d’Europe, PANINI nous revient avec sa collection de photos de joueurs de football. Ces événements internationaux sont, évidemment, d’un grand intérêt pour les enfants qui, naturellement, aiment le sport. Ils ne demandent, dès lors, qu’à remplir le plus rapidement possible le livret « offert gracieusement » par les grandes surfaces partenaires.

L’offre gracieuse du livret n’est pas anodine. Ce seront des millions de paquets de photos de joueurs qui pourront être vendues à des enfants dont la conscience de consommateur n’est pas encore formée. Pour acquérir les 633 photos qui manquent dans l’album (5 ont été « généreusement offertes » avec le fascicule et ont servi d’appât), chaque enfant devra débourser 76,20 euros. Avec la certitude de ne pas avoir toutes les photos mais seulement de nombreux doublons. Il leur faudra donc acheter de nouveaux paquets car les échanges ne permettent que très rarement de compléter une collection. Des images manquantes peuvent, évidemment, être acquises auprès de PANINI contre monnaies sonnantes et trébuchantes, ce qui ne manquera pas d’alourdir encore le coût prohibitif initial.

Commenceront alors les échanges dans les cours de récréation avec leurs inévitables dérapages. Tous les enseignants savent que ces prétendues « collections » entraînent régulièrement des bagarres, de petits vols, voire encore des rackets entre enfants. Et puis, il y aura les laissé-pour-compte qui seront exclus car ils ne feront pas parties des groupes de collectionneurs. En effet, tous les enfants et toutes les familles n’ont pas les moyens, ou l’envie, de dépenser pareille somme pour acquérir une collection futile qui n’aura plus aucun sens une fois la Coupe du Monde terminée.

En visant le monde de l’enfance, PANINI sait ce qu’il fait. Les enfants n’ont pas encore suffisamment d’esprit critique que pour se rendre compte qu’ils sont victimes d’une véritable arnaque. En effet, la collection proposée est très loin d’atteindre une telle valeur, et à raison de 60 centimes par paquet de 5 images, même les adultes ne se rendent pas compte que leurs enfants sont exploités.

Nous dénonçons ces pratiques commerciales révoltantes qui consistent à distribuer gratuitement ou à peu de prix un livret incitant à commencer une « collection » d’images et à ne pas informer les jeunes consommateurs et leurs parents quant au coût final minimum de la collection qui est tout bonnement prohibitif.

Nous appelons les parents à réfléchir avec leurs enfants sur le sens de telles prétendues « collections » mais également à refuser de participer à une action commerciale qui cherche à s’accaparer l’argent de poche des enfants et une part non négligeable du budget des familles.

Nous appelons les écoles à réfléchir sur le sens de telles « collections » au sein de leur établissement et des conséquences qu’elles ont sur le mode relationnel des enfants.

Restructuration chez Carrefour : des milliers d’enfants touchés !

Restructuration chez Carrefour : des milliers d’enfants touchés !

Communiqué de presse 24 février 2010

Restructuration chez Carrefour : des milliers d’enfants touchés !

Toute restructuration se fait toujours sur le dos des familles

Carrefour jette des milliers d’enfants dans la précarité sans le moindre état d’âme. La Ligue des Droits de l’Enfant rappelle que tout plan de restructuration se fait toujours sur le dos des familles. En supprimant 1 642 emplois, ce ne sont pas moins de 6 500 personnes qui se trouvent précarisées, dont la moitié d’enfants et de jeunes.

Non content de jeter des travailleurs à la rue, Carrefour s’en prend aux salaires des travailleurs épargnés, donc au pouvoir économique de ces familles !

Toucher à un emploi c’est toucher à une famille, à son bien-être, à sa dignité, à sa capacité de survie. Toucher à un emploi, c’est pénaliser des enfants et fragiliser leur avenir. Toucher à un emploi, c’est nier les droits fondamentaux de ces enfants :

  • Droit à l’éducation: l’école discrimine prioritairement les enfants précarisés, les frais scolaires deviennent souvent trop élevés pour ces familles ;
  • Droit aux loisirs: les familles sans emploi ne peuvent payer des loisirs à leurs enfants ;
  • Droit à la santé: les familles économiquement fragilisées ne peuvent plus assumer les soins de santé de leurs enfants, doivent les postposer ou, si elles les assurent, ce sont les parents qui ne peuvent se soigner ;
  • En outre, la paupérisation prive les enfants d’accès à la culture et d’un niveau de vie décent.

Il n’est pas concevable qu’une filiale qui fait un bénéfice de plus de 13 milliards1 de Francs belges fragilise 14 660 familles. Pour rappel 2 741 familles2 ont déjà payé le prix fort en perdant leur emploi entre 2004 et 2008.

La Ligue des Droits de l’Enfant assure sa solidarité à toutes les familles jetées sur le pavé ainsi qu’à toutes celles qui vont voir leur pouvoir d’achat s’éroder.

1 Même si son bénéfice net a chuté de 74,2 %, Carrefour Belgique a engrangé 327 millions d’euros de bénéfice en 2009, soit plus de 13 190 000 000 de francs belges.

2 En tenant compte que le personnel de Carrefour est principalement composé de femmes, on peut estimer que ce plan de restructuration va toucher plus de 25 000 enfants.

Depuis 20 ans les enfants ont des droits.  En sommes-nous conscients ?

Depuis 20 ans les enfants ont des droits. En sommes-nous conscients ?

Le 20 novembre prochain, cela fera vingt ans que l’assemblée générale des Nations Unies votait à l’unanimité la Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant (CIDE). Elle affirmait ainsi que les enfants avaient besoin d’une protection et d’une attention particulière en raison de leur vulnérabilité. Vingt ans après, qu’ont apporté ces droits aux enfants de notre planète et, plus spécifiquement, en Belgique ?

Chaque année dans le monde, huit millions et demi d’enfants meurent de faim ou du manque d’eau potable. Deux millions d’enfants meurent de maladies disparues de nos contrées, et qui auraient pu être évitées grâce à des vaccins coûtant moins d’un dollar. Année après année, 200 000 enfants meurent victimes de combats armés et 300 000 sont engagés de force dans des conflits locaux.

Au moment où vous lisez cet article, 8 millions d’enfants abandonnés dorment dans les rues et 3 millions sont victimes des réseaux de prostitution. Enfin, comment ne pas rappeler que 211 millions d’enfants âgés de 5 à 14 ans sont exploités économiquement. Parmi ceux-ci 115 millions ne sont pas scolarisés.

20 ans de Convention n’ont rien changé pour des centaines de millions d’enfants et cela ne nous empêchent pas de dormir. Pourtant, nous sommes tous concernés. La CIDE s’adresse non seulement aux Etats mais à tous les citoyens de ce monde. Elle nous donne mission de défendre les droits de tous les enfants, quels qu’ils soient et où qu’ils soient. C’est un devoir citoyen. Nous nous trouvons face à un massacre perpétuel d’innocents dont nous sommes tous coresponsables. Nous sommes responsables de fermer les yeux, de soutenir des régimes corrompus ou d’enrichir des multinationales qui vivent de l’exploitation humaine. Les droits des enfants du Tiers Monde, c’est avant tout ici, en Europe, qu’il faut commencer à les respecter ! Le moins que l’on puisse dire c’est que nous sommes très loin d’être performants.

Il est pertinent maintenant de nous demander comment ont évolué ces droits dans notre pays.  Nous préoccupons-nous mieux des enfants vivant chez nous, et nous efforçons-nous de respecter leurs droits, alors que nous ne nous préoccupons que très peu des droits des autres enfants du monde ?

Fort heureusement, les enfants ne meurent plus de faim en Belgique. Mais si ce droit fondamental est assuré, beaucoup d’autres droits sont déniés, essentiellement pour certaines catégories de populations.

Même si on ne meurt plus de faim en Belgique, tous ne sont pas égaux en matière d’alimentation. Il n’est pas rare que des enfants partent sans tartines à l’école et ne mangent pas de la journée. A contrario, les cas d’obésité résultant d’une mauvaise hygiène alimentaire sont en croissance dans les milieux les plus défavorisés.

En matière de droit au meilleur état de santé possible, on doit constater que de plus en plus de familles n’ont plus les moyens d’accéder aux soins de santé. De nombreuses parents repoussent la visite chez le médecin le plus longtemps possible et limitent les médicaments qu’ils ne peuvent pas payer. Quant au nombre de cancers chez les enfants il est en augmentation constante.

Les enfants en danger ne manquent pas. Nos villes aussi ont leurs enfants des rues. Bien sûr ils n’y dorment pas ou très peu. Ils ont un toit qu’ils regagnent (parfois fort tard) le soir. Mais ils vivent des journées entières dans la rue et y sont à la merci de tous les dangers.

La liberté est mise à mal. La CIDE affirme que nul enfant ne peut être privé de liberté de façon illégale ou arbitraire. Pourtant, la Belgique prive encore et toujours, de manière arbitraire, des familles de demandeurs d’asile avec enfants ou des mineurs étrangers non accompagnés. Elle les enferme dans des centres fermés qui n’ont rien à envier à la pire de nos prisons.

Le travail des enfants est, fort heureusement interdit. Mais, qui d’entre nous n’a pas rencontré un enfant qui donnait un coup de main dans un commerce, une exploitation agricole, un stand de foire ? Enfant de commerçant ou petite main payée quelques euros ? Quoiqu’il en soit, le travail des enfants de moins de 15 ans est illégal et contraire à leurs droits fondamentaux. Mais il continue à bénéficier de la bienveillance de madame et monsieur tout le monde.

Il n’y a pas, dans la société belge, de vaste mouvement social qui vise à dénoncer ces atteintes quotidiennes multiples aux droits des enfants. Au contraire, nous avons l’impression qu’en dehors des formes de maltraitances caractérisées, les citoyens de ce pays ne sont pas sensibilisés à la défense des droits de tous les enfants. L’enfant n’est pas encore devenu, dans les mentalités, ce sujet de droits qu’il est pourtant, dans les faits, depuis 20 ans aujourd’hui.

Si nous voulons voir un jour la Convention respectée dans notre pays il faudra d’abord que celle-ci soit connue et comprise par tout un chacun. Chaque jour, les militants des droits de l’enfant constatent que ceux-ci sont non seulement méconnus mais surtout niés. Lorsqu’en 1992 en lançant la Ligue des Droits de l’Enfant nous cherchions à faire connaître la Convention dans les écoles, très souvent nous nous voyions rétorqué « Les droits de l’enfant c’est très bien mais qu’on leur apprenne d’abord leurs devoirs ! » Nous mesurions alors à quel point le chemin serait long avant que les droits de l’enfant n’entrent dans la conscience collective.

Quand le 19 novembre 2007, à l’occasion des 18 ans de la CIDE, le groupe d’expert chargés du pilotage de la Coordination de l’aide aux victimes de maltraitance de la Communauté française écrivait une carte blanche proposant que l’on ajoute un 55e article à la Convention qui préciserait que l’enfant a le droit d’avoir des devoirs, nous avons pu constater combien, en presque deux décennies, peu de chemin avait été parcouru. Les droits fondamentaux de l’enfant font étonnamment très peur aux adultes.

Personne, jamais, ne proposerait d’ajouter un article à la Déclaration universelle pour préciser les devoirs de l’Homme. Mais quand il s’agit d’enfants, leurs devoirs doivent impérativement passer avant leurs droits ! Le mythe de l’enfant-roi est bien ancré, tout comme cette peur qu’il nous vole notre pouvoir d’adultes ou ne nous monte sur la tête.

Les adultes n’ont pourtant rien à craindre de la Convention. Les articles 28 et 29 de la CIDE, traitant de l’éducation et de ses objectifs, sont très clairs. La citoyenneté implique des devoirs : ceux de respecter ses parents, les valeurs culturelles et nationales, le milieu naturel et les droits de l’Homme tels que définis dans la Déclaration universelle ; donc le respect de tous les autres Hommes. Ceci implique, bien naturellement, le respect de ses pairs, de ses éducateurs, de ses voisins, … Et, c’est aux adultes que revient le rôle d’éduquer les enfants et les jeunes !

Ce qui est inquiétant, c’est que des experts en charge de l’aide aux victimes de la maltraitance tiennent encore un tel langage. Ces gens, qui sont indubitablement de bonne volonté,  relaient un discours que nous entendons depuis 20 ans dans le monde de l’éducation. Malgré la naissance de la CIDE, l’idée que les élèves puissent avoir des droits n’a pas encore été acceptée. Au contraire ! Plutôt que de leur donner des droits, il faudrait avant tout renforcer leurs devoirs.

Si, par-dessus toutes les autres, il y a une institution qui a le devoir de respecter, promouvoir et défendre les droits de tous les enfants, c’est l’Institution scolaire. L’Etat l’a chargée de remplir son obligation d’éduquer tous les enfants sur la base de l’égalité des chances.

Malheureusement, 20 ans après, nous devons constater que ces droits n’ont pas encore trouvé leur place à l’Ecole. Pire, cette dernière est restée un lieu de non Droits qui brise l’avenir de plus des deux tiers des enfants qui lui sont confiés. Bien sûr, il y a des écoles qui sont de véritables îlots de paix où les droits sont respectés. Loin de moi l’idée de les nier. Mon discours ici se veut global et vise avant tout l’ « Institution scolaire en Communauté française », l’Ecole avec un « E » majuscule.

Celle-ci n’est autre qu’un système archaïque qui n’a jamais voulu s’adapter à l’évolution du Droit. De ce fait, l’égalisation des chances pour tous y est une utopie. Les chiffres sont éloquents. Chaque année, 60 000 élèves redoublent et 17 000 jeunes sont orientés précocement vers des formations dévalorisées dont ils ne veulent pas. Pourtant, il est scientifiquement prouvé, depuis près de 50 ans, que les redoublements ne servent à rien et sont nuisibles (ils engendrent d’autres redoublements et intensifient l’abandon scolaire). Pire, les effets psychologiques qu’elles génèrent sur les jeunes et leurs familles doivent nous faire considérer les pratiques du redoublement et de l’orientation précoce comme de véritables maltraitances. A cela s’ajoutent 20 000 abandons annuels. Vingt mille jeunes qui, chaque année, se retrouvent sur la rue sans le moindre diplôme. En comptant les 1 400 jeunes qui sont mis à la porte des écoles, le bilan de l’Ecole est lourd : ce n’est rien moins que 100 000 élèves qui, chaque année, sont socialement détruits! C’est énorme ! Mais ceci n’est encore que la pointe de l’iceberg !!!

Il faut tenir compte des chiffres cachés. Pour ne citer que quelques exemples, prenons ces dizaines de milliers d’élèves démotivés et largués, orientés de force vers une formation dont ils ne veulent pas et qu’un conseil de classe leur a imposée. Il y a aussi ces milliers d’enfants déscolarisés à domicile et tous ceux qui sont placés en hôpital pour pouvoir continuer à bénéficier d’un enseignement, alors que leurs écoles les ont rejetés. Le nombre de phobiques scolaires est en augmentation constante. Il y a des dizaines de milliers d’enfants physiquement présents dans les classes mais psychologiquement exclus pour cause de précarité (les voyages scolaires onéreux – avez-vous une idée du prix d’un « déplacement pédagogique » à Euro Disney ou à Walibi ?, les classes de plein air impayables, les musées que l’on ne sait pas visiter, les bricolages que l’on ne sait pas payer…). Il ne faut pas négliger l’importance des conflits entre élèves qui ne sont pas gérés par les institutions et qui dégénèrent en absentéisme sournois. Et les milliers d’enfants handicapés que les écoles refusent d’intégrer alors que l’inclusion dans un enseignement ordinaire, avec tous les autres enfants, est un droit défini par la Convention relative aux droits de la personne handicapée.

Au terme d’une scolarité de 12 ans, moins d’un tiers des élèves (27 %) s’en sort sans échecs. Mais avec quel message, quelle éducation donnée par le système scolaire ? Ils doivent être les meilleurs, battre les autres pour réussir, marcher ou crever… C’est l’apprentissage de la compétition sociale. Surtout ne pas devenir de vrais citoyens solidaires !

Les deux autres tiers sont sacrifiés sur l’autel des devoirs de l’enfant. C’est l’école du non Droit. Il existe, au sein de l’Ecole mais également de la société, un lobby conservateur qui vise le renforcement de l’esprit compétitif à l’école et réclame de la part des élèves des valeurs traditionnelles telles que la volonté, le travail, l’effort, la compétition, le dépassement personnel. Le message est clair : « Surtout ne changeons rien et réservons la réussite scolaire à une élite … Notre élite » ! En tenant le langage « Tout le monde ne sait pas réussir » (ce qui, nous le verrons, est absolument faux) ce lobby veille à ce que l’Ecole ne soit jamais un lieu de droits, un lieu de citoyenneté, un lieu d’apprentissages pour tous.

L’égalisation des chances en matière d’éducation est largement combattue. Les derniers décrets « inscription » et « mixité » l’ont encore démontré avec l’émergence d’un mouvement visant à contrer la volonté politique de mixité sociale dans les écoles. Il y a un refus clair à ce que les enfants de familles modestes fréquentent à leur tour les écoles habituellement fréquentées par les familles socialement les plus favorisées.

Rappelons quand même que les sciences de l’éducation ont démontré depuis les années 60 – avec notamment les travaux du psychologue suisse Jean Piaget – que tous les élèves sont capables d’apprendre s’ils sont mis dans des conditions favorables. Les pays qui ont mis en place un tronc commun jusque 16 ans ont démontré depuis longtemps qu’il est possible de respecter le droit de tous les élèves, et que les systèmes éducatifs, tels que le nôtre, relèvent de la maltraitance.

Si l’on veut que les droits de l’enfant soient respectés en Communauté française, un énorme travail de re-sensibilisation semble indispensable. En 20 ans, nous n’avons que trop peu progressé. Si on ne s’attaque pas prioritairement aux mentalités, on pourra ressortir le présent article en 2029 sans y changer la moindre virgule. Durant ces 20 prochaines années, rien qu’à l’Ecole, onze millions d’enfants auront été sacrifiés (redoublements, abandons, orientations et renvois). Dans nos villes et nos villages, le travail des enfants restera une dramatique réalité qui, avec la crise ira en s’amplifiant ; de moins en moins d’enfants auront accès aux soins de santé, à la culture, aux loisirs ou à la protection contre la maltraitance ou le manque de soin. A quand le premier enfant mort de faim ?

Si des progrès conséquents ont été faits en matière de protection contre certaines formes de maltraitances vécues par les enfants, ce n’est jamais qu’un trop petit pas. Il reste beaucoup à faire, à commencer par la re-sensibilisation de tous. Savoir que les enfants ont des droits est une chose, connaître et accepter ces droits en est une autre. Sans cela ils ne seront jamais respectés.

Vingt ans après l’adoption de la CIDE par l’ONU, les défenseurs des droits de l’enfant, toutes associations confondues, sont encore à compter leurs militants bénévoles sur les doigts. Il n’est pas certain que nous puissions aligner deux équipes complètes pour jouer un match de football de bienfaisance. A titre de comparaison, les sociétés de protection des animaux ont des centaines de bénévoles et des dizaines de milliers de membres. Cherchez l’erreur…

La mixité à l’Ecole

Communiqué de presse 12 décembre 2008

Le décret mixité doit vivre

Le décret mixité est globalement un bon décret

 Le décret mixité est globalement un bon décret. De par sa philosophie progressiste et humaniste, il vise à créer un enseignement secondaire enfin accessible à tous les enfants, dans le respect des droits de tous. Il permet aux familles les plus défavorisées d’accéder à des écoles qui, jusqu’alors, les rejetaient de la manière la plus abjecte qui soit. Il lutte enfin contre les privilèges que s’étaient octroyés certains milieux sociaux au détriment des moins nantis. C’est un décret citoyen qui respecte le droit de tous les enfants et de toutes les familles. Il ne peut faire l’objet d’un classement sans suite.

On ne peut laisser des familles dans l’angoisse

 Son point faible se trouve dans la gestion des inscriptions multiples. Actuellement, de nombreuses familles se trouvent dans l’angoisse, ne sachant si leur enfant va pouvoir aller dans une école de leur choix. C’est, évidemment, totalement inacceptable. Ce n’est pas la faute du décret mais de parents qui ont obtenu plusieurs « sésames » et qui refusent de faire connaître leur choix définitif, bloquant ainsi des centaines de places dans des dizaines d’écoles.

NON à la page blanche. Il faut simplement corriger ce qui ne fonctionne pas

 Nous appelons le Gouvernement de la Communauté française à ne pas jeter le décret mixité,  à ne pas repartir d’une page blanche et donc, à ne pas remettre en cause le droit des familles les moins favorisées. Nous demandons au Gouvernement de modifier les modalités concernant la gestion des inscriptions.Le traitement collectif des préférences est, selon nous, la meilleure solution. Nous pensons qu’il faut décharger les écoles de la charge des inscriptions pour les confier à un lieu neutre qui protègera le droit des familles les moins favorisées et créera une plus forte solidarité entre écoles.

Nous appelons les familles « gagnantes » à faire leur choix rapidement

 Nous appelons les familles qui ont bénéficié de plusieurs inscriptions suite au tirage au sort à manifester rapidement leur choix définitif afin de permettre aux familles en attente de bénéficier rapidement d’une place pour leur enfant. Il s’agit d’un acte citoyen élémentaire.

Le gouvernement doit prendre ses responsabilités

 Enfin, nous appelons le Gouvernement de la Communauté française à prendre ses responsabilités en obligeant les familles ayant gagné plusieurs places par tirages au sort à signaler leur choix définitif avant le 15 janvier sous peine de leur imposer ce choix selon des critères de proximité. On ne peut laisser les familles « malchanceuses » dans l’angoisse plus longtemps.

La Ligue des Droits de l’enfant appelle les partis de la majorité à maintenir et renforcer le décret mixité qu’ils ont élaboré en commun et dont les objectifs sont fondamentaux. Un gouvernement ne peut accepter la pression de quelques centaines de familles et d’associations opportunistes dont le seul objectif est le maintien de privilèges de castes, au détriment de l’immense majorité de la population et principalement des plus faibles.

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