La première mission des enseignants est de former des élèves et non d’évaluer, il faut le rappeler car souvent cette priorité est oubliée. Cependant, l’évaluation est nécessaire car on ne peut enseigner sans savoir si on l’a fait correctement. Nous devons savoir si chaque élève a compris, mais aussi comprendre pourquoi certains n’ont pas acquis le savoir transmis. Cela nous permettra de voir la manière dont on peut les aider ainsi que la manière et les types de remédiations immédiates[1] que l’on peut mettre en place.

On distingue généralement trois types d’évaluations des élèves :

  • L’évaluation formative, dans laquelle la note n’a pas de place, n’est donc généralement pas cotée. Les notes sont inutiles pour trouver ce qui fait obstacle à une démarche visée. L’évaluation formative est destinée à chacune des deux parties. D’abord à l’enseignant pour lui permettre de savoir s’il a fait correctement son travail et de mettre en place les remédiations, mais aussi à un élève d’apprécier l’évolution d’un apprentissage et, le cas échéant, de recevoir une remédiation ou de l’aide par tutorat. L’évaluation formative comprend aussi l’autoévaluation, par l’élève, de ses apprentissages et la capacité de détecter et de nommer ses difficultés. L’évaluation formative continuée devient finalement sommative, une fois que tous les élèves ont acquis l’apprentissage. Cela permet gain de temps et évite les évaluations-sanctions-sélection.
  • L’évaluation sommative dresse un bilan. Elle fait la « somme » des savoirs appris par un élève. Ces évaluations sont souvent cotées et participent alors à la mise en compétition des élèves et à la sélection des plus « faibles ». La note est établie en fonction d’une norme, celle du professeur, de l’établissement, ou du système éducatif. Il s’agit d’une évaluation-sanction-sélection. Cependant, l’évaluation sommative peut être le résultat d’une suite d’évaluations formatives non chiffrées.
  • Enfin, l’évaluation certificative, comme le dit son nom, a pour seul objectif de délivrer un « certificat » (diplôme, titre, …). En primaire, il s’agit du CEB, en secondaire des CE1D, CE2D ou CESS. L’évaluation certificative est un outil de sélection. On ne donne un « certificat » qu’à ceux qui maîtrisent les savoirs et compétences nécessaires.

L’évaluation par la note n’est en rien une obligation. Au contraire, de nombreuses pratiques issues le plus souvent de mouvements de pédagogies actives, modifient l’évaluation cotée pour aller vers une évaluation bienveillante et empathique, permettant à chaque élève de développer une meilleure estime d’eux-mêmes et ainsi d’être encouragés et poussés vers la réussite[2].

Mais l’évaluation est pervertie…

Loin de l’utiliser comme outil d’aide à la formation des élèves, de trop nombreuses écoles et de trop nombreux professeurs considèrent l’évaluation comme un outil de sélection dans une société où la compétitivité serait une exigence sociale majeure. Dans ce contexte dévoyé, « l’évaluation peut contribuer à la réussite ou à l’échec des élèves ». Selon Charles Hadji, l’évaluation prend une double forme, soit positive à travers une valorisation de l’élève en réussite scolaire, soit négative à travers la stigmatisation de l’élève en échec. Dès lors « l’évaluation peut être la meilleure ou la pire des choses. Elle peut être un facteur aggravant pour l’échec, et un facteur encourageant pour la réussite.[3] »

Les notes sont des outils qui perpétuent les divisions entre les élèves, au lieu d’aider à les réduire. Le système d’évaluation ne fait pas son travail qui doit être d’offrir une visibilité sur les acquis réels des élèves. En France, les inspecteurs dénonçaient cette « tyrannie de la note » en 2005[4] : « les évaluations menées souffrent d’un même défaut : un souci presque religieux de prendre pour référence la moyenne et d’aboutir à un classement, c’est-à-dire à la définition d’une situation relative et non d’une situation absolue. »

Le trait principal du système de notation est qu’il ressemble à une distribution de type gaussien[5], en forme de cloche, avec un petit groupe d’élèves « forts », un gros ventre mou d’élèves « moyens » et un petit groupe d’élèves « faibles ». La seule question que doit se poser le professeur est de définir le point limite. Une fois décidé, les élèves sont classés en fonction des trois critères repris ci-avant. Tout ce qui compte, c’est la « moyenne », le système ne pouvant fonctionner que s’il y a une part suffisante de notes faibles. 


[1] La remédiation n’a de sens que si elle est immédiate, donc placée au cœur de l’apprentissage, pendant le cours et surtout avant tout nouvel apprentissage. La postposer serait ajouter des difficultés car ce nouvel apprentissage est souvent la suite du précédent et ne ferait qu’accumuler difficultés sur difficultés.

[2] Quand nous parlons de « réussite », nous ne parlons évidemment pas « d’avoir les points », mais d’avoir acquis des savoirs.

[3] Charles Hadji, L’évaluation à l’école, Nathan 2015

[4] Les acquis des élèves, pierre de touche de la valeur de l’école ? évaluation du système éducatif  – Rapport IGEN – rapport conjoint IGEN-I.G.A.E.N.R. – juillet 2005

[5] Une fonction gaussienne est une fonction en exponentielle de l’opposé du carré de l’abscisse (une fonction en exp ( − x 2 ). Elle a une forme caractéristique de courbe en cloche. On parle aussi de « courbe de Gauss ».

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