La position de la Ligue des Droits de l’Enfant est claire :

  1. Dans les écoles qui disent respecter les droits des élèves, il est urgent de supprimer les notes !

Pour Claude Lelièvre[1], supprimer les notes est le contraire du laxisme : Il s’agit de définir l’ensemble des connaissances qu’il n’est pas permis d’ignorer. Si ces connaissances sont jugées indispensables, il ne devrait pas être permis de pouvoir compenser. Car ce que permettent les notes, ce sont les moyennes. Avec une moyenne, vous pouvez passer d’une classe à l’autre si vous êtes capable de compenser vos lacunes avec vos atouts. Ce n’est pas être laxiste que de supprimer les notes, c’est le contraire, c’est exiger une réelle connaissance dans toutes les matières que l’on juge essentielles. Les autres arguments, autour de la motivation ou de la crispation engendrées par la note, viennent polluer le débat. La vraie question est là: accepte-t-on de valider des compétences jugées indispensables puisqu’elles font partie du socle commun tout en permettant de ne pas les connaître puisqu’elles se compensent?

  • Il est urgent de réduire les inégalités sociales et scolaire

Selon une étude du CNRS au cours de l’année 2014-2015, dans l’académie d’Orléans-Tours, la suppression partielle de la notation à l’école permet de réduire de moitié les inégalités des performances scolaires entre les élèves des différentes classes sociales. Supprimer partiellement les notes a des résultats positifs. Les apprentissages passent mieux, et les inégalités liées aux origines sociales se réduiraient significativement.

  • Il est urgent que l’école devienne un lieu de droits

Nous avons vu que la notation traditionnelle est aléatoire, dépendant d’un professeur et d’un établissement à l’autre. Elle comporte de nombreux « biais », qui sont autant d’erreurs systématiques d’appréciations liées aux stéréotypes inconscients de chaque professeur. Rappelons-nous que les redoublants, par exemple, sont notés plus sévèrement, les enfants de milieux modestes sont systématiquement notés de manière plus stricte que ceux provenant d’un milieu aisé, le genre de l’élève influera sur la cotation, les filles étant plus « sages » que les garçons, elles seront notées de manière plus indulgente. Par contre, en mathématique, ce sont les garçons qui seront surcotés.

  • Il faut l’école cesse d’être un lieu de souffrances.

La note est profondément injuste. Elle démotive les élèves en difficulté scolaire. Les notes faibles provoquent le processus psychologique d’« incompétence acquise » : les élèves ont acquis le sentiment qu’ils sont incompétents, sont découragés, laissent tomber les bras, ce qui bloque le processus d’apprentissage. La comparaison systématique à des élèves plus « forts », provoque l’apathie chronique, le burn out et des phobies scolaires, le décrochage d’abord interne, puis progressivement de l’absentéisme, ou encore de la violence résultant d’un profond sentiment de révolte. 

  • Il faut une école de la réussite pour toutes et tous.

Selon que l’on est issu d’un milieu défavorisé ou non, on ressentira la note comme injuste ou non et on sera en échec ou non. Cette reproduction des inégalités sociales qui touche les enfants des milieux populaires et qui est causée par les pratiques de sélection des professeurs et les écoles, est inacceptable dans un Etat de droit, même libéral. Que les enfants de milieux populaires finissent dans les filières de relégation alors que ceux des familles plus aisées ont droit de faire des études supérieures, est une ignominie sans nom. Les droits de l’enfant sont clairs, chaque enfant bénéficie des mêmes droits que les autres. A l’école donc à veiller à ce que les droits des enfants entre 3 et 18[2] ans soient respectés.


[1] Claude Lelièvre, l’historien de l’éducation in Supprimer les notes, « c’est le contraire du laxisme » – Le Figaro, 11/12/2014.

[2] Voire même au-delà de 18 ans, si le système scolaire a fait perdre injustement une ou plusieurs années à un élève, par un ou plusieurs redoublements.

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