in LE SOIR 16 novembre 2016 – Pierre Bouillon

L’association estime que l’on bafoue le droit de l’enfant au repos et aux loisirs. Selon Jean-Pierre Coenen, son président, il faut « cesser » de bombarder les élèves de travaux à domicile.

C’est fou. En Espagne, la plus grande fédération des parents d’élèves (Ceapa) vient d’appeler à la « grève des devoirs », pendant tous les week-ends de novembre. La Ceapa juge que les travaux à domicile sont « préjudiciables » car ils empêchent le « développement complet » de l’enfant.

Si ces parents se révoltent, c’est parce que, question devoirs, l’enseignant espagnol a la main lourde et que cela n’empêche pas le pays se vautrer aux tests Pisa. Sur son site, la Ceapa propose aux parents des activités alternatives – visiter un musée, ranger la maison, organiser un conseil de famille pour prendre une décision qui concerne la vie commune, débattre d’un sujet d’actualité, etc.

Chez nous aussi, le devoir est questionné. Une étude Pisa a établi que, dans les pays OCDE, en moyenne, l’élève de 15 ans lui consacre 5 heures par semaine. L’Espagnol, en bas du classement, y passe 7 heures. Le Belge frôle les 6 heures. Finlande et Corée : 3 heures. Portant sur l’année 2012, publiée en 2014, cette étude a noté que, globalement, le temps consacré aux devoirs était en recul par rapport à une étude menée en 2002. Mais pour l’OCDE, ce temps reste « considérable ». Bref : excessif.

« Etendre le décret de 2001 »

Avec nos 6 heures/semaine, nous sommes plus ou moins dans la moyenne. Mais la Ligue des droits de l’enfant estime que nous y allons trop fort. Dans un communiqué publié dimanche, elle rappelle que pour le primaire, un décret de 2001 interdit les travaux à domicile en maternelle, en 1e et 2e primaires. Les devoirs/leçons ne peuvent excéder 20 minutes/jour en 3e et 4e primaires et 30 minutes en 5e et 6e primaires. Si des écoles respectent le décret, si d’autres ont décidé de supprimer les travaux à domicile, beaucoup d’établissements carbonisent allègrement les limites fixées par la Communauté française. « Beaucoup d’écoles s’en tamponnent totalement, rapporte Jean-Pierre Coenen, le président de la Ligue des droits de l’enfant. Elles exagèrent. Souvent à la demande des parents, d’ailleurs. Et les parents qui sont demandeurs sont souvent des gens qui ont le temps de suivre leurs enfants. Mais la maman isolée, seule, est-ce qu’elle a le temps et l’énergie pour faire ça ? Non. Les enfants sont ainsi discriminés. »

La Ligue des droits de l’enfant souligne que nos élèves sont souvent privés de leur droit au repos, aux loisirs et à la culture, droit que leur garantit la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989. « On sait que beaucoup d’enfants doivent abandonner la danse, un sport, une activité, à cause de devoirs excessifs », dit Jean-Pierre Coenen. Pour lui, le décret de 2001 est bon. Il lui faudrait un prolongement pour le secondaire où là, aussi, on devrait fixer des limites. Il martèle : « La vie continue après la fin des cours, pendant les week-ends et les jours de congé. Elle doit être libérée pour permettre d’autres formations ou apprentissages personnels. »

Une réflexion en front commun

Les devoirs seront (peut-être) évoqués dans le Pacte d’excellence, en cours de conclusion. Il y est question d’organiser les devoirs à l’école, mais en dehors des heures de cours, ce qui supposerait d’allonger la journée scolaire. Chaud (beaucoup de parents n’aiment pas). Et il faudrait mobiliser des moyens pour encadrer les élèves. Autant dire que si le projet se réalise, ce n’est pas pour demain et que les travaux à domicile resteront des travaux à… domicile. Bref : la Ligue des doits de l’enfant ne part pas en croisade inutilement. Elle est en tain de cogiter sur ce fameux droit au loisir, au repos et la culture, avec d’autres associations (Ligue des familles, Fédération des écoles de devoirs, Centre d’études sur les méthodes d’apprentissage alternatives et Badje, une association active dans les écoles de devoirs, l’extrascolaire, etc.). Une fois cette réflexion aboutie, elle conduira à des actions de sensibilisation pour tenter de déloger de notre culture scolaire cette idée tenace qu’il faut, comme le dit Jean-Pierre Coenen, « bombarder » nos élèves de devoirs et leçons.

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